Barbarossa

L'Opération Barbarossa est le nom de code donné par l'OKW à l'invasion de l'Union soviétique. Elle se déroulera du 22 Juin au 6 Décembre 1941, et fait référence àa l'empereur Frédéric Barberousse qui a fait croisade contre les Slaves au Xème siècle. Cette opération ouvre un front de l'Est qui deviendra le principal théâtre d'opération de la guerre terrestre en Europe qui causera 80% des pertes de la Wehrmarcht. La nature de la guerre s'en trouvera changée, car elle n'est plus circonscrite à des petites campagnes rapides et localisées, mais se mue en un effort total qui produira les plus sanglantes batailles terrestres de la Seconde Guerre mondiale. Barbarossa va également sceller le caractère de la victoire pour les deux belligérants: ce sera une victoire totale ou la défaite totale. Ce sera également une guerre idéologique entre deux régimes totalitaires qui sera menée avec un degré sans précédent de dureté. Capitalistes contre communistes. Germains contre Schytes... L'Allemagne nazie possède une supériorité initiale considérable en hommes (2 contre 1) et en équipements. En 1941, la Wehrmarcht apparait splendide. Elle comptait 208 divisions sur quatre théâtres d'opération – Europe occidentale, Europe orientale, Balkans et Afrique du Nord –, dont 21 blindées. Ses soldats, marins et pilotes avaient été bien entrainés et ont été forgés par les combats antérieurs. Leur moral était excellent, et le matériel semble avoir été adéquat. L'Allemagne avait mobilisé 6.7 millions d'hommes. Leur répartition par branches militaires est la suivante:

 

Branche

Effectif

Pourcentage

Armée

4,900,000

72.5%

Aviation

1,485,000

22%

Marine

298,000

4.4%

Waffen-S.S

80,000

1.1%

A ce moment, la mobilisation est loin d'atteindre tous les hommes valides; sans compter que les pertes humaines en morts, blessés et disparus n'excède pas 100,000. Sur le plan de ses ressources humaines mobilisables, l'Allemagne est en excellente forme. Durant tout le printemps 1941 l'armée allemande fit la plus grande concentration d'unités militaires de son histoire. Cinquante grosses unités devaient être créées par l'OKH pour encadrer les 3.4 millions d'hommes, 600,000 véhicules et 600,000 chevaux qui devaient être transportés et déployés sur des aires de départ entre la Baltique et la Mer Noire. La structure logistique pour approvisionner, nourrir et entretenir de telles unités était en cours d'organisation; d'immenses dépôts de ravitaillement avancés s'aménagaient. Et tous ces mouvements et travaux devaient être effectués sans éveiller de trop gros soupsons chez les Soviétiques et sans nuire aux ressources des autres théâtres d'opération.

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Blindés allemands en Pologne orientale – Le PZKW-III sera inadéquat sur le front de l'Est

Cette énorme concentration d'hommes et de matériel a nécessité plus de 17,000 trains pour l'acheminer, entre Mars et Juin, pour réduire la visibilité de ces préparatifs. A la fin de Février, il y avait 25 divisions déployées sur les aires de départ; 7 autres arrivèrent en Mars; 13 en Avril; 30 en Mai, et 51 en Juin. A ces 126 divisions s'en ajoutèrent 19 autres comme éléments de réserve. Au même moment, la Luftwaffe achemina 2000 appareils de tout types pour l'invasion de l'URSS: 720 chasseurs, 120 appareils de reconnaissance, 1160 bombardiers et avions d'attaque au sol. Mais cette Luftwaffe est loin d'avoir été renforcée significativement pour l'énormité de sa tâche en Russie. Ses effectifs alloués pour la Russie étaient totalement insuffisants devant l'énormité du territoire à couvrir. De plus, 1500 appareils restaient en France et au Pays-Bas pour faire face à l'Angleterre. L'économie de guerre allemande a de la difficulté à s'ajuster à l'effort indispensable d'une guerre totale. Son industrie enregistre ses premiers délais de production: elle devait livrer 600 chars par mois; elle en livre 227, principalement des PZKW-III.

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Efforts pour contruire un pont – La raffinerie Astra Romana à Ploesti

Concernant les chars, l'Allemagne allait s'élancer en URSS avec seulement 750 exemplaires de plus que durant la campagne de France: 3300 au lieu de 2574. La quinzainne de divisions motorisées qui seront utilisées durant Barbarossa ne représentent que le huitième de son infanterie, dont les sept huitièmes marcheront à pied dans les chaleurs estivales avant de patauger dans la boue et la neige. Elles utilisent sept marques de camions différents: allemandes, tchèques, et françaises – ce qui complique leur entretien sur le champ de bataille. La plupart des unités d'artillerie tractées et trains régimentaires sont hippomobiles; et, ni les attelages ni les véhicules ne sont adaptés pour rouler en URSS. Malgré que de nombreuses unités furent acheminées par le rail, d'autres doivent user leurs maigres camions sur les mauvaises routes d'Europe orientale avant d'arriver à leurs aires de départ. Pis encore, d'autres doivent marcher plusieurs centaines de kilomètres. Avant même le début des opérations militaires, des difficultés d'approvisionnement apparaissent. Les fabrications de pétrole et de caoutchouc synthétiques sont si insuffisantes qu'elles expliquent la hantise d'Hitler pour la protection des puits pétroliers roumains de Ploesti. Ainsi, Hitler attaqua l'URSS avec un instrument trop faible que celui que l'Allemagne aurait pu forger si le furhrer avait eu la patience de le préparer pendant quelques années de plus. Cet instrument militaire avait écrasé des armées moins puissantes comme en Pologne et dans les Balkans, ou contre une armée française relativement immobile. En Russie, l'adversaire sera redoutable, la topographie et les distances peuvent ralentir les mouvements mécanisés. Lorsque l'OKH a voulu parler des limitations d'une offensive aéro-terrestre sur un si grand territoire, Hitler le musela. Il était las d'écouter les objections de ces militaires qui se sont toujours trompés. Hitler refusera d'entendre les demandes de l'armée pour des habits d'hiver afin de se protéger du froid russe. Selon Hitler, l'armée terminerait sa campagne de Russie avant les neiges automnales.

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Le déploiement allemand

Tout comme durant la campagne de France, Hitler va envahir l'URSS avec trois groupes d'armées. Hitler garda les généraux Brauschitsch et Halder dans leurs postes respectifs, et confia la direction des trois groupes d'armées aux mêmes généraux qu'en 1940: Von Leeb, Von Bock et Von Rundstedt. L'axe de progression de ces groupes d'armées s'articule comme suit (carte ci-bas):

Groupe d'armées Nord (Leeb) – Pousse le long de la côte balte vers Léningrad.

Groupe d'armées Centre (Bock) – Pousse au centre via Smolensk et Moscou

Groupe d'armées Sud (Rundstedt) – Pousse en direction méridionale en Crimée et Rostov.

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L'Opération Barbarossa: Une invasion qui se veut une croisade...

Au nord, Leeb possède 29 divisions et 570 chars pour progresser en deux axes; l'un se dirigeant vers Riga, l'autre vers Dunabourg. De ces deux points, les deux axes convergent pour envelopper Léningrad. L'appui aérien est donné par la Luftflotte 1 du général Keller. Au centre, Bock possède les moyens les plus importants, soit 49 divisions et 930 chars et de l'appui aérien de la Luftflotte 2 du maréchal Kesselring. Sa mission principale est de briser le centre du dispositif défensif soviétique. Au sud, Rundstedt possède 42 divisions et 750 chars ainsi que de l'appui de la Luftflotte 4 du général Lohr. Son objectif est d'attaquer et d'occuper l'Ukraine, conquérir la Crimée et de se positionner si possible aux portes du Caucase. Les Groupes d'armées Nord et Centre peuvent en partie affecter certaines unités pour coopérer mutuellement dans des progressions parallèles. En revanche, le Groupe Sud est isolé géographiquement des deux autres à cause des marais du Pripet; aucune collaboration ne sera possible entre Bock et Rundstedt avant qu'ils n'atteignent le fleuve Dniepr.

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Volontaires de la division Azul – La Légion des volontaires français – Des soldats roumains

Pour l'invasion de l'URSS, Hitler pouvait compter sur la collaboration de la Roumanie, de la Hongrie et de la Slovaquie. La Finlande promit une aide militaire qui serait uniquement limitée à la reconquête de l'isthme de Carélie qu'elle avait cédée à l'URSS en 1940; l'armée finlandaise pourrait exercer une pression au nord de la ville de Léningrad. En Roumanie, le maréchal Antonescu fournit 12 divisions organisées en deux armées (les 3ème et 4ème). La Hongrie joua un rôle militaire plus modeste; un seul corps d'armée formé de deux brigades de cavalerie et d'une brigade d'infanterie motorisée. La Slovaquie fournit deux divisions d'infanterie placées sous la houlette des forces de Rundstedt. Quant à l'Italie, aucune information ne lui est fournie sur Barbarossa. Les dirigeants nazis essayèrent d'enrôler des volontaires dans les pays occupés sous l'écran mensonger d'une croisade européenne afin, selon eux, de libérer l'Europe du bolchevisme. Ces volontaires combatteront dans la Waffen-SS. Cependant, de l'aveu même des nazis, le taux de recrutement resta très bas. Ces volontaires n'auront droit ni aux rêves de gloire recherchés, et seront, après la guerre, considérés comme des parias dans leurs pays d'origine. Comme à l'époque des légions romaines, les forces auxiliaires sont aux ailes. A l'aile gauche, la Carélie constitue le fief de l'armée finlandaise, encadrée de 5 divisions allemandes. A l'aile droite, les Roumains exerceront une pression pour capturer la ville d'Odessa et occuper la Crimée. Quant aux volontaires étrangers recrutés, ils seront éparpillés sur l'ensemble du front sous commandement allemand, et déployés le plus à l'avant possible.

Les tactiques

Les Allemands appliquèrent, là-encore, les étapes de la guerre aéro-terrestre, comme en Pologne, en France et dans les Balkans:

  1. Bris des communications et sabotage des lignes par la prévoté.
  2. Pilonnage bref de certaines positions frontalières avant l'aube.
  3. Attaques aériennes des positions ennemies et des aérodromes sur la ligne de front et à l'arrière
  4. Maitrise du ciel ennemi par les avions de chasse.
  5. Avancées des éléments de reconnaissance avancée: autos blindées et semi-chenillés.
  6. Avancées des chars en formations massives pour faire des perçées.
  7. L'infanterie motorisée par camion suit derrière pour exploiter les perçées.
  8. Arrivée du gros de l'infanterie pour achever une formation ennemie encerclée.

 Tout comme en 1939-40, si les formations blindées étaient trop coriaces, celles-ci seraient émêchées des airs par l'action des Stukas, afin que les chars dispersés puissent être leurrés sur des positions antichars, et détruits.

 Pour éviter des pannes d'essence dans certaines unités blindées et motorisées, le général Warlimont avait prévu que la Luftwaffe utiliserait un certain nombre de transporteurs Ju-52 pour leur parachuter du carburant. Lorsqu'un secteur est conquis, le gros du ravitaillement lourd serait acheminé par le rail. L'armée de terre avait demandé à la Luftwaffe de ménager les ponts-rails russes, sauf dans les lieux engorgés par les unités soviétiques. Quant au bataillon de motocyclistes affecté dans chaque division, il a été supprimé. Les motocyclistes seront beaucoup moins nombreux et n'agiront que comme estafettes.

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La nourriture et les renforts arriveront par le rail – Le général Warlimont

Le principal problème tactique dans l'application du plan Barbarossa est qu'il s'ouvre en éventail dans l'espace russe: les unités soviétiques qui seraient attaquées n'auraient qu'à se replier vers l'intérieur du pays. Pour réduire leur chance d'échapper à l'encerclement, le Groupe d'armées Centre allouerait certaines unités soit au Groupe Nord ou au Groupe Sud, le temps de gober une formation ennemie, avant de poursuivre l'offensive. De surcroit, les généraux allemands anticipaient que certains efforts défensifs russes seraient basés sur la levée d'unités de partisans opérant sur les flancs et les arrières des progressions allemandes. Pour pallier à ce problème anticipé, l'OKH forma neuf divisions de sécurité – Sicherungsdivisionen – et en alloua trois à chaque groupe d'armées. Ces divisions n'avaient pas l'entrainement nécessaire pour se battre contre une autre armée, mais elles seraient adéquates pour faire la chasse aux partisans. Mais au fur et à mesure que l'armée allemande s'enfonce en Russie, ces unités anti-partisans seraient débordées par leurs tâches.

Les tactiques

La force, composition et déploiement de l'Armée rouge est bien connue chez tous les historiens occidentaux au niveau de la division, parfois même au niveau d'unités plus modestes notées dans l'Histoire (semi-officielle) de la Grande Guerre patriotique soviétique. En 1941, l'armée russe était très impressionnante sur le plan matériel. Elle possédait autant de blindés et d'avions que tous les pays industrialisés réunis, mais il s'agissait d'un matériel disparate et démodé. Dès le milieu des années 30, l'armée russe organisa la formation de "corps mobiles" formés de cavalerie, de blindés et de camions. Le maréchal Toutachevsky favorisait l'organisation et l'utilisation de "forces mécanisées indépendantes" pour porter la guerre chez l'ennemi. Dans sa réflexion sur l'usage des chars d'assaut, Toutachevsky était plus avancé que le colonel De Gaulle et les théoriciens britanniques. Mais Toutachevsky fut liquidé durant les Purges et Staline décida de disperser ses unités mécanisées indépendantes. L'armée russe mit des chars partout, si bien qu'en 1941, elle n'a pas de véritable division blindée organisée sous le modèle allemand.

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Le char BT-7 – Le chasseur biplan Polikarpov – L'infanterie russe en 1941

Son char d'assaut principal, le BT-7, était une machine rapide d'inspiration américaine, et elle disposait d'une bonne petite pièce de 47mm; mais, il était trop peu blindé pour s'opposer aux modèles allemands. Le Bureau du renseignement militaire allemand à l'Est sait que des modèles plus puissants ont été expérimentés, mais il ne croit pas qu'ils soient assez nombreux pour jouer un rôle déterminant. L'Armée rouge de 1941 est essentiellement une armée d'infanterie, disposant de nombreux noyaux de réguliers, mais lente à mobiliser. Elle dispose surtout du rail pour acheminer ses unités et son matériel sur des aires de départ ou de défense. Son leadership avait été quasi-décapité par les Purges de 1937-8, et la mauvaise tenue de l'infanterie soviétique en Finlande amena le Commissaire d'État à la Guerre (Vorochilov) à entreprendre une réforme accélérée de certaines divisions russes. Selon une remarque de Staline à Harriman, l'Armée rouge en 1941 était nikodu de godista – bonne à rien. Une armée qui ne dispose que d'un nombre restreint de véhicules pour la déplacer sur le champ de bataille, et sous-équipée en matériel de communication. Durant Barbarossa, il sera difficile pour l'armée russe de coordonner ses mouvements, et même de communiquer avec ses quartiers-généraux. Elle était encadrée par des officiers encore sous les effets frémissants des Purges. Beaucoup négligeaient d'avoir de l'inititiative, de crainte que leurs ordres soient "mal interprétés" par les commissaires politiques civils attachés aux divisions.

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Staline et Vorochilov – Staline et Jdanov – Le général Shaposhnikov

Les renseignements de l'armée allemande n'étaient pas au point quant au nombre des unités d'infanterie et d'artillerie. En Mai, le nombre approximatif de divisions mobilisables était évalué à 230; en Août, les renseignements allemands en identifieraient 360. Quant à la puissance des chars russes, Gudérian savait que les Soviétiques avaient beaucoup de chars; et il se doutait qu'ils avaient des engins plus gros et meilleurs que les siens. L'OKH n'avaient qu'une vague, mais correcte, idée de la force de l'aviation soviétique: entre 7300 et 9500 avions de tout types, dont 4000 déployés à l'Ouest. Quant à la marine soviétique, elle possédait 139 submersibles – la plus grande force sous-marine au monde – et quelques navires de ligne désuets, mais elle ne coulera que 292,000 tonnes de navires allemands durant la guerre, comparé au 5.5 millions de tonnes par les submersibles américains, et 14.5 millions de tonnes par les Allemands.

Défenses et tactiques soviétiques

La doctrine militaire soviétique a toujours été la même depuis l'époque tsariste: continentale et russocentrée. Elle est essentiellement défensive dans sa finalité. Comme la Russie devait défendre une longue frontière continentale contre des Occidentaux plus agressifs et mieux armée qu'elle, le gouvernement russe a toujours insisté pour garder un grand nombre d'hommes sous les drapeaux, même en temps de paix. Durant les années 30, Staline avait fait débuter la construction d'une série d'ouvrages bétonnés et armés le long de sa frontière occidentale: la Ligne Staline. Égrainée sur plus de 110 milles en petits segments non-intereliés, cette position fortifiée devait servir comme points de concentration et d'aires de départ pour contre-attaquer un envahisseur. Lorsque Staline annexa sa partie de Pologne et les pays baltes, la frontière soviétique fut déplacée vers l'Ouest et la Ligne Staline fut presque abandonnée. De nombreux canons et mortiers lourds ont été démontés pour être installés ça et là le long de l'immense frontière. En plus de la Ligne Staline, l'Armée rouge disposait:

  • De nombreuses petites bases avançées le long de sa nouvelle frontière.
  • De nombreux régiments de cavalerie frontaliers.
  • De nombreux terrains d'aviation aménagés à moins de 50 milles de la frontière.
  • Plusieurs bases militaires défensives à 100 milles à l'arrière, munies d'artillerie et de chars
  • L'Armée rouge applique une stratégie défensive en deux échelons: des troupes frontalières pour endiguer des attaques initiales et des troupes dites de réserve interne pour contre-attaquer. Les ordres de ces effectifs frontaliers variaient. Certaines unités n'étaient pas autorisées à se replier et devaient, au besoin, se faire tuer sur place. D'autres unités étaient autorisés, après un certain délai, à se replier soit selon des directives pré-établies par la Stavka (État-major général russe), soit par un ordre direct de Staline. Pour s'assurer que les divisions frontalières soviétiques fassent leur job, des unités appartenant au ministère de l'Intérieur (NKVD) - qui se sont faites la main par l'exécution de dizainnes de milliers d'opposants - étaient chargés de bloquer tout retrait non-autorisé par la force. La Stavka comptait, au pis-aller, sur la défense vigoureuse et la destruction des ponts sur les principaux cours d'eau pour bloquer les avances ennemies. Les rivières et fleuves comme le San, le Bug, la Bérézina et la Dvina coulaient en axes souvent perpendiculaires à la direction anticipée d'un envahisseur.

    L'État-major général soviétique - Stavka - avait créé cinq districts militaires - appelés "Fronts" - couvrant la Russie occidentale, et dont les principaux éléments étaient déployés à moins de 100 milles de la frontière:

    1. Front de Léningrad (Popov) – Trois armées solidement campées en Carélie.
    2. Front de la Baltique (Kuznetsov) – Deux armées occupant les pays baltes sur 200 milles.
    3. Front Spécial Ouest (Pavlov) – Trois armées de la Lithuanie à l'Ukraine sur 280 milles.
    4. Front de Kiev (Kirponos) – Quatre armées couvrant l'Ukraine à Lipkany sur 500 milles.
    5. Front d'Odessa (Tyulenev) – De Lipkany à la Mer Noire sur 300 milles.

    Afin de donner un appui aérien à ces déploiements, l'aviation soviétique avait construit la plupart de ses terrains dans une bande linéaire entre les deux échelons défensifs. Une grande partie de ces avions étaient démodés, comme les chasseurs biplans I-15, mais il y avait plusieurs escadrilles de chasseurs monomoteurs monoplans récents Yak-1. En cas d'attaque, ces avions devaient prendre l'air immédiatement et courir sus aux formations ennemies. En revanche, les terrains étaient trop près de la frontière et seraient exposés aux raids aériens allemands; ces terrains n'étaient pas protégés par des batteries anti-aériennes. Le problème du déploiement frontalier soviétique est que, malgré ses effectifs imposants, il était trop ténu sur une frontière trop longue pour arrêter une attaque massive en un – ou des – endroit(s) précis. Comme les unités russes étaient sous-motorisées, elles ne seraient pas en mesure de converger immédiatement vers le point chaud à culbuter.

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    L'attaque allemande

    Le 22 Juin 1941 à 3H15, l'artillerie allemande ouvrir un feu moyen sur les positions frontalières soviétiques. Du côté russe, personne ne le croyait, car deux heures plus tôt, un convoi de blé était entré en Allemagne sans encombres. A l'aube, la radio allemande apprit la nouvelle à toute l'Europe. Hitler affirme qu'il a décidé de remettre le destin du peuple allemand, du Troisième Reich et de toute l'Europe entre les mains de nos soldats. Moscou reçut le texte de la déclaration de guerre une heure après le début des hostilités. Sur l'heure du midi, Molotov annonça l'attaque et l'entrée des troupes allemandes en URSS et appelle le peuple russe aux armes, comme en 1812.

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    Estafettes et véhicules allemands en Russie – La terre brûlée – Prisonniers russes à Kobrine

    Dès l'aube, les bombardiers allemands firent des raids en profondeur sur certaines villes russes: Kiev, Sébastopol, Jithomir et Kaunas furent frappées. Au nord et au sud des marais du Pripet, la résistance frontalière soviétique fut vite circonscrite. Des ordres furent donnés par Timoshenko pour acheminer des renforts à la frontières ne servirent à rien: ces renforts furent vaincus et faits prisonniers (ci-bas). En une seule journée, deux divisions frontalières soviétiques sont détruites, et une troisième dispersée. Dans le secteur du Groupe d'armées centre, le général Guderian a pris les ponts de Brest-Litovsk intacts et ses chars traversèrent le Bug. Cependant, la riposte russe est rapide et surprend les Allemands, habitués à avoir rapidement le dessus sur un adversaire. Dans la soirée du 22, les Allemands doivent repousser de nombreuses contre-attaques. Les unités qui percent au nord des marais du Pripet prennent Kobrin, Bialystok et referment une pince sur des unités frontalières soviétiques encerclées à Slonim (image gauche). Durant leur progression, les soldats sont plus affectés par la chaleur que par leurs adversaires; ils chancellent et tombent sous les coups de chaleur.

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    Soldats russes encerclés à Slonim – Ukrainiens accueillant les Allemands en libérateurs

    En Ukraine, le gros des défenseurs frontaliers soviétiques attendaient les Allemands, mais ils sont pris par la rapidiré de la manoeuvre allemande. Le groupe blindé Kleist était le fer de lance pour les unités des 6ème et 16ème Armées. Pour Rundstedt et Kleist, l'idée de manoeuvre était de faire une attaque massive vers Kiev. Les Allemands prennent Lvov (Lemberg) à seulement 30 milles de la frontière. Ils furent chaudement acceuillis par la population locale, non sans y découvrir que les troupes de NKVD avaient massacrés quelques centaines de nationalistes ukrainiens pour les empêcher de collaborer avec les Allemands. Les Ukrainiens livrèrent les commissaires politiques soviétiques aux Allemands. Ceux-ci ont été exécutés d'une balle dans la nuque.

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    Généraux faits prisonniers – Commissaire politique exécuté – La progression au nord est rapide

    Pour Goebbels, ce fut un bon prétexte pour faire de la propagande car les événements lui donnaient raison au sein de la hiéarchie nazie: il serait peut-être possible de se gagner certaines populations. Lorsque les éléments motorisés soviétiques montent au front, ils se congestionnent près des ponts à traverser et ils deviennent des cibles de choix pour la Luftwaffe. Des concentrations de camions de troupes frontalières soviétiques garnis de ravitaillement, d'ateliers et de popotes roulantes ont été frappées à huit endroits entre Brest-Litovsk et Kovel. Privés de leurs véhicules, les soldats soviétiques se dispersèrent car ils étaient dès lors sans ordres. Les pilotes de la Luftwaffe ont eu un grand plaisir à casser tout ces véhicules (ci-bas).

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    Concentration de véhicules détruits – Un He-111 attaque en rase-mottes – Sur les Marches de l'Est

    A l'exception des marais du Pripet, aucune barrière géographique naturelle importante ne pouvait barrer la route aux armées allemandes. Malgré qu'elles furent en tout temps inférieures en nombre et en ressources par rapport à l'Armée rouge, les Allemands avaient une supériorité numérique et matérielle uniquement aux points qu'ils ont choisi pour percer les défenses de leurs adversaires. Les rivières qui pouvaient ralentir les progressions ne posaient pas de problèmes pour la Wehrmarcht. Comme les Français l'ont appris à leurs dépends en 1940, les divisions allemandes avaient leurs compagnies de pontonniers avec eux pour franchir les rivières. Du côté du Groupe d'armées Nord, la densité des forces soviétiques déployée dans les pays baltes et barrant la route de Léningrad était trois fois moins forte qu'au sud. Les avant-gardes allemandes arrivent rapidement devant lres premiers ouvrages de la Ligne Staline qui furent prises d'assaut au lance-flammes. Ces positions peu défendues ont été conquises rapidement.

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    Des bunkers de la Ligne Staline – Lance-flammes en action

    Les progressions motorisées se firent plus rapidement que celles des autres groupes d'armées. Leeb attaque dans un style semblable à Rundstedt et Kleist. Une des pinces motorisées et blindées de Leeb, commandée par le général Manstein, fonce avec ses formations dans la vallée du Dubissa, prend par surprise le viaduc qui la franchit et prend Dubissa et, en quatre jours, prend tous les ponts du fleuve Duna avant que les Russes ne les fassent sauter. Mais Manstein dut défendre les ponts et attendre les renforts de l'infanterie avant de poursuivre sa route.

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    Infanterie allemande passant des camions russes détruits – La Luftwaffe est très satisfaite

    Du côté du Groupe d'armées Nord, la densité des forces soviétiques déployée dans les pays baltes et barrant la route de Léningrad était trois fois moins forte qu'au sud. Les progressions motorisées se firent plus rapidement que celles des autres groupes d'armées (ci-contre). Leeb attaque dans un style semblable à Rundstedt et Kleist. Une des pinces motorisées et blindées de Leeb, commandée par le général Manstein, fonce avec ses formations dans la vallée du Dubissa, prend par surprise le viaduc qui la franchit et prend Dubissa et, en quatre jours, prend tous les ponts du fleuve Duna avant que les Russes ne les fassent sauter. Mais Manstein dut défendre les ponts et attendre les renforts de l'infanterie avant de poursuivre sa route. En ce qui concerne l'aviation soviétique, elle perdit environ 2000 avions durant les deux premiers jours de l'invasion; la plupart de ces avions ont été détruits au sol (clip ci-bas). D'autres aérodromes sont bombardés en altitude. Les pilotes russes étaient en congé le dimanche du 22 Juin, et n'eurent le temps que de constater les dégats. Ceux qui parvinrent à décoller manoeuvrèrent cahotiquement et de firent descendre rapidement par les pilotes de chasse expérimentés. Le maréchal Kesselring prit ces pilotes russes en pitié: c'est un vrai massacre des Innocents, dit-il. Presque tous les bombardiers bimoteurs et quadrimoteurs soviétiques basés à l'Ouest furent détruits en rase-mottes par des Me-110. En 72 heures, la Luftwaffe acquit la maitrise du ciel en Russie occidentale, et les formations allemandes purent progresser sans être gênées par les avions soviétiques.

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    Terrain d'aviation attaqué par un Me-110 – Avions soviétiques détruits au sol – Aérodrome bombardé

    Devant un tel désastre, le NKVD arrêta le général d'aviation Pavlov qui fut invité à se suicider. On proposa également la même porte de sortie au général Korobkov de la 10ème Armée. Trois généraux de division accusés de négligence et de lâcheté furent arrêtés et fusillés. Selon les mémoires du journaliste américain Alexander Werth, toutes les lignes de communication furent simultanément détruites par la Luftwaffe et la prévoté.

    Résistance soviétique

    Subissant le choc de l'ennemi, la résistance militaire soviétique fut inégale. Beaucoup de soldats recevaient leurs consignes et leurs ordres en retard, et parfois pas du tout. En l'absence de communications, les liaisons avec les unités voisines étaient quasi-inexistentes, et personne n'essayait d'établir de tels contacts. La cohésion combattive de ces unités disparurent et elles se rendirent rapidement. Les Allemands en profitèrent pour manœuvrer sur les arrières des unités russes et frapper leurs postes de commandement. De mal en pis, les colonnes soviétiques ne prirent aucune précaution pour se camoufler en bordure des routes, pour éviter de se faire repérer par les avions allemands: elles firent également de belles cibles. En revanche, quelques unités russes se battirent vaillament. Le 8ème Corps soviétique du général Boldine réussit quelques contre-attaques.

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    L'entrée de la citadelle de Brest-Litovsk – Combats dans la citadelle – La reddition

    Un îlot de résistance soviétique digne de mention fut la citadelle de Brest-Litovsk sur la rivière Bug. Bien que les colonnes motorisées et blindées de Gudérian l'avaient contournée depuis le 22 Juin, cette citadelle dirigeait le feu de plusieurs batteries d'artillerie vers les aires de départ allemandes. A partir du 23 Juin, l'artillerie et l'infanterie allemande l'encerclèrent et firent de nombreux assauts qui furent tous repoussés. Inévitablement, les Stukas ont participé au siège. Les Allemands utilisèrent un mortier lourd automoteur de 615mm, surnommé Karl, pour lancer des projectiles perforants de 2.2 tonnes. La garnison de la citadelle de Brest-Litovsk avait reçue l'ordre de ne pas se rendre, et beaucoup de ses défenseurs furent tués. Les "échanges de coups de feu" furent nombreux et nourris. La citadelle ne se rendit que le 24 Juillet – sans autorisation – lorsque les survivants eurent épuisés leurs munitions. Ils seront internés pour la durée de la guerre, pour être parqués dans les camps de Sibérie après la guerre, parce qu'ils désobéi à l'ordre de mourir sur place. Les Allemands furent surpris de voir l'entêtement combattif de certaines unités russes prises de court alors que tout espoir était impossible. Les soldats russes étaient très redoutés car ils creusaient des trous d'hommes et des tranchées doubles qui ne faisaient feu sur les Allemands que lorsqu'ils étaient à bout portant. Les Russes excellaient dans l'art d'infliter les positions ennemies. Le PC de combat du 247ème Régiment d'infanterie allemand l'apprit à ses dépends Le soir du 22 Juin, le Présidium du Soviet Suprême annonçait la mobilisation immédiate de presque tous les réservistes entre les années 1925-36, soit 15 millions d'hommes. Le 23, l'État-major général soviétique – la Stavka – prit le contrôle effectif à la fois des opérations militaires et de l'effort de guerre à venir, chapeauté par Staline et Molotov. Les généraux Joukov et Shaposhnilov furent affectés comme responsables d'État-major et géraient les actes des généraux de théâtre d'opération. Ils seraient eux-même surveillés par les commissaires politiques Jdanov et Kroutchev.

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    Phase 1

    L'Opération Barbarossa se déroula en trois phases:

    1. Phase 1 – 24 Juin au 5 Août: Progression jusqu'au Dniepr et à Smolensk
    2. Phase 2 – 10 Aôut au 15 Septembre: Bifurcation vers Kiev et l'Ukraine.
    3. Phase 3 – 30 Septembre au 5 Décembre: Progression vers Moscou.

    Sept jours après le début de l'invasion de l'Union Soviétique par l'Allemagne nazie, les progressions allemandes reprennent leur élan. En une semaine d'opérations, la Wehrmarcht avait conquis un espace équivalent à la superficie de l'Allemagne. Lorsque l'Union Soviétique fut envahi, les apparatchiks, politiciens et généraux russes se demandaient si Staline pouvait rester chef d'État. Celui qui s'était allié à Hitler, qui avait ignoré les renseignements de ses officiers sur les préparatifs militaires allemands aux frontières, qui ne prit pas en considération les avertissements des ambassadeurs étrangers - même celui du Vatican - quant à l'imminence d'une invasion de son pays, devait-il payer de sa personne? Les archives russes ne permettent toujours pas d'éclaircir le profond mystère entourant l'éclipse de Staline durant 10 jours après l'invasion. Lorsque Khroutchev fit son discours anti-stalinien au XXème Congrès du PCUS en 1956, il révéla toutes les carences et négligences du dictateur russe devant la menace allemande. Roy Melvedev fit un article intitulé "Staline était-il un grand capitaine" où il décortiqua plus méthodiquement les défauts de Staline durant la guerre.

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    Fantassins portés – Char russe détruit par un antichar – Des carcasses partout – Le général Hoeppner

    Staline réapparut le 3 Juillet par un appel à Radio-Moscou. Il essaya d'expliquer ce qui l'avait amené à signer le pacte germano-soviétique: un répit indispensable pour gagner du temps. Puis il fit un appel au peuple russe non pas au nom du régime soviétique mais à celui de la "Sainte Russie". Il ordonne au peuple russe de pratiquer une politique de la terre brûlée contre l'envahisseur – rien qui soit utile doit être laissé entre ses mains: maisons, granges, récoltes, wagons, et immeubles; le bétail doit être évacué; le carburant non-transportable brûlé. Tout comme 1812, on demande aux Russes d'opposer une insurrection populaire à un adversaire occidental supérieur. Le 7 Août, Staline limogea le maréchal Timoshenko de son job de Commissaire d'État à la Défense pour occuper ce poste lui-même. Staline limogea la plupart des généraux commandant les fronts, sans les malmener, pour les remplacer par trois commandants:

  • Vorochilov, au Nord – qui s'opposerait à Von Leeb.
  • Timoshenko, au Centre – contre Von Bock
  • Boudienny, au Sud – contre Rundstedt
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    Les maréchaux Von Leeb, Von Bock et Kesselring – Le discours radio du 3 Juillet

    Les unités motorisées et blindées allemandes avaient pris le port letton de Riga, sur la Baltique, tandis que leur infanterie terminait le nettoyage de la région de Kovno. Le 8 Juillet, elles sont à Pskov. Le 10 Juillet, elles sont au Lac Peipous; ce qui signifie que le Groupe d'armée Nord de Leeb avait parcouru les 2/3 du chemin le menant à Léningrad. Dans cette région, une vingtainne de divisions soviétiques avaient été détruites. Leeb est le seul commandant de groupe d'armées qui possède une supériorité numérique sur son adversaire soviétique. Quant au Groupe d'armées Centre de Bock, ils réduisirent la poche de Slonim le 29 Juin. L'objectif des Groupes blindés 2 et 3 était de converger vers la ville de Minsk afin d'y embouteiller des réserves blindées soviétiques qui avaient beaucoup de mal à se déployer à cause du sol semi-marécageux de la région (petite carte à gauche). Le Groupe blindé 3 de Hoth eut beaucoup de difficultés à progresser sur des sols semi-marécageux qui ralentissaient les chars et cassaient les camions et véhicules pris en France. Pour malmener les défenseurs de Minsk, la Luftwaffe rasa la ville en trois raids aériens.

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    Char russe détruit par un antichar – D'autres chars russes détruits – Combats à Minsk

    Hoth et Hoeppner se glissent entre les bunkers incomplets de la Ligne Staline et atteint Minsk, la capitale de la Biélorussie. Ce fut la première bataille chars contre chars de la campagne de Russie. Comme les Allemands attaquaient d'une manière coordonnée, ils n'eurent aucun mal à détruire ces unités blindés soviétiques hâtivement réorganisées, et qui subissaient leur premier combat. Les tankistes et artilleurs antichars allemands utilisèrent les mêmes tactiques utilisées en France et en Afrique du Nord: utiliser les chars contre les équipages inexpérimentés, leurrer les équipages expérimentés sur des positions antichars, et casser les blindés les plus entêtés avec les avions Stukas. Les Allemands perdirent plusieurs chars, mais ils détruisirent 2500 chars soviétiques, tuèrent 44,000 soldats et firent 270,000 prisonniers entre Minsk et Bilaystok. Ce fut la première grande victoire de l'armée allemande à l'Est. Les progressions des unités motorisées et blindées du Groupe d'armées Sud furent ralenties par la résistance des Soviétiques à Jithomir, qui barrait la route vers Kiev. Rundstedt et Kleist ne voulaient pas s'attarder inutilement en usant leurs blindés dans des combats de rue, et laissèrent à l'infanterie la tâche de prendre la ville. Les combats furent musclés (ci-bas). Entretemps, Rundstedt et Kleist contournèrent Jithomir par le sud pour isoler les défenseurs soviétiques et forcer une partie de ceux-ci à repasser le fleuve Dniepr. Durant ces premiers moments de débâcle, les Soviétiques se trouvaient confrontés au même problème que les Allemands en 1942: leur infanterie manquait d'équipement antichar et elle ne pouvait pas s'accrocher au terrain sans ce soutien. Il y a aussi le fait que plusieurs unités blindées étaient attachées à l'infanterie – ce qui est fatal pour l'efficacité des blindés qui se feront massacrer en petits paquets.

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    Combats de rue a Jithomir – L'encerclement à Ouman

    Au bout de dix jours de combats, Jithomir tombe. Rundstedt et Kleist n'ont plus aucun obstacle et peuvent pivoter leurs armées vers le sud-estpour encercler une concentration militaire soviétique à Ouman. Le maréchal Boudienny essaie de briser l'encerclement allemand mais ses blindés manoeuvrent trop lentement pour réussir à percer. Du 2 au 8 Août, deux armées soviétiques sont anéanties: 103,000 prisonniers et quelques centaines de chars (ci-haut). La victoire d'Ouman brisa la résistance soviétique à l'Ouest de l'Ukraine, et elle perment aux deux armées roumaines de franchir le Dinestr et de contrôler les ressources minières de Krivoi-Rog et de Nikopol. Comme dans certaines régions de Pologne en 1939, les Allemands sont acceuillis en libérateurs et les villageois leur apportent le pain et le sel. Durant les combats aéro-terrestres, il y eut beaucoup de récriminations entre les officiers supérieurs allemands. Cela arrivait au moment où ceux-ci étaient incertains de la direction à donner à l'offensive. Les généraux de blindés, comme Hoth et Gudérian, reprochaient aux généraux d'infanterie de ne pas comprendre tout le potentiel tactique du char d'assaut. Ils les accusaient de restreindre leur liberté de mouvement devant des adversaires visiblement désorganisés. Après que la poche de Minsk fut liquidée, Hoth croyait que l'objectif immédiat le plus important était de prendre les villes de Vitebsk et Smolensk, bifurquer vers le nord pour aider le Groupe d'armées de Bock, puis re-bifurquer vers le sud pour encerler Smolensk avec Gudérian. Mais pour leur supérieur, Von Kluge, ces mouvements sont trop excentriques et il invite Hoth et Gudérian à ne pas trop s'éloigner de l'infanterie et à coopérer aux batailles d'anihilation qu'elles doivent livrer. Encore une fois, l'armée allemande appliquait la stratégie séculaire de l'encerclement et l'anihilation aux dépends d'une soi-disante "blitzkrieg" motorisée et blindée.

    Smolensk

    Halder était soucieux de voir autant de blindés soviétiques échapper les encerlements pour revenir combattre les unités allemandes. Dès le 13 Juillet, Hitler mit la pédale de frein sur certaines progressions allemandes, car il comprit qu'une avance rapide à l'Est devenait moins importante. Ce qu'il faut faire est de détruire le plus d'unités soviétiques possible. Vitebsk et Smolensk seraient dès lors ciblées. Entretemps, les Groupes blindés de Hoth et de Gudérian n'ont pas attendu la liquidation de la poche de Minsk pour se déployer vers le Dniepr. Les progressions se font sur une topographie plus plate et moins marécageuse, mais dans une chaleur torride. Les deux généraux constatent que la population russe applique la politique de terre brûlée ordonnée par Staline: aucune nourriture disponible, maisons brûlées. Leurs progressions sont gênées par le ravitaillement qui suit mal, et le manque de pièces de rechange pour les camions et les chars. Ce qui ennuie Gudérian c'est qu'il doit attendre l'infanterie et ses pontonniers avant de traverser le plus grand fleuve de la Russie, ce qui pourrait donner à son adversaire, Timoshenko, le temps de réagir. Le patron de Gudérian, Kluge, lui conseille fortement de modérer ses ardeurs.

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    Les pontonniers de Guderian sur le Dniepr – Une rampe BM8 Katioucha – Des Russes sortent du bois

    Plusieurs compagnies d'infanterie allemandes sont fauchées par le tir de saturation de 320 fusées tirées d'une batterie complète de ces fusées d'artillerie; d'autres unités paniquent et se replièrent précipitamment. Une autre surprise stupéfiante pour les Allemands fut le nouveau char T-34 qui était inconnu des tankistes allemands. Admirablement profilé et bien protégé, il ne pouvait être neutralisé qu'à très courte portée et par derrière. Dès qu'il apparut au combat, les tankistes allemands n'en croyaient pas leurs yeux de voir leurs projectiles de chars rebondir comme des balles de tennis sur le blindage angulaire de ce nouveau blindé. Qui plus est, il leur semblait aussi bien capable aussi aisément contre l'infanterie. Ces chars ne firent qu'une bouchée des chars allemands (ci-bas). Devant l'échelle que semble prendre la bataille, Guderian (ci-contre) fit des attaques frontales d'infanterie pour fixer l'adversaire qu'il prend de flanc avec ses divisions blindées. Qui plus est, il envoie un rapport cinglant à l'OKH vantant les qualités du nouveau char soviétique avec une exigence frénétique: que l'industrie allemande manufacture une copie modifiée de cet engin dans les meilleurs délais. De surcroît, Guderian fait peindre aux couleurs allemandes les exemplaires de T-34 capturés par ses unités pour utilisation immédiate contre leurs anciens propriétaires (ci-contre à droite)... Le 16 Juillet, le 29ème Division motorisée atteint Smolensk le 16 Juillet et prend une partie de la ville intacte; elle s'empare des quartiers industriels, ce qui permet aux Allemands de diriger leur feu contre les Soviétiques des deux rives du Dniepr. Les divisions soviétiques furent vite encerclées, et le 26 Juillet, deux autres unités allemandes ferment la poche à Dorogobush. Les Soviétiques se battent avec l'énergie du désespoir, car leurs défenses militaires sont les seules crédibles qui barrent aux Allemands la route de Moscou. Ils savent que la ville est occupée et ils doivent faire l'effort de briser leur encerclement.

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    Surprise désagréable pour Gudérian – Chars allemands détruits – Guderian utilisera des T-34 capturés

    Les unités d'infanterie soviétiques qui ont encore des chars en état sont envoyés en tête pour faire des percées, mais les chars Gudérian et les Stukas les neutralisèrent rapidement. Le 3 Août, Gudérian prend Roslavl et encercle de nombreuses autres divisions soviétiques le 29 Août. Les "bêtes" sont prises au piège à deux endroits (image gauche). Pour Gudérian, il ne reste qu'à attendre les "piétons" pour terminer l'encerclement et l'anihilation de ces forces soviétiques. Le 3 Août, l'infanterie et l'artillerie allemande attaquent. Le 5, les encerclés soviétiques se rendent. Les poches de Smolensk et de Roslav sont liquidées: 19,000 tués et 310,000 prisonners; 3000 chars et 980 avions furent détruits. Malgré que toutes les opérations militaires ne s'étaient pas déroulées selon le plan prévu, le chef d'État-major allemand de l'armée de terre (OKH), Halder, était satisfait des résultats impressionnants des conquêtes: nous avons fait ce que nous avions à faire, soit d'anihiler le gros des armées soviétiques déployées entre les fleuves Dvina et Dniepr. Son optimisme fut confirmé par les chiffres fournis par ses subalternes: 164 divisions mises hors de combat, dont une soixantaine complètement détruites. Halder conclut que l'armée soviétique ne serait plus en mesure de combattre à moyen terme à cause du faible nombre de divisions actuellement en état de se battre entre la Baltique et la Mer Noire. Malgré les hécatombes à Minsk et à Ouman, l'armée allemande avait subie des pertes aussi élevées que durant toutes ses autres campagnes réunies. Le 8 Août, les statistiques de l'OKH révélèrent les chiffres suivants:

  • 98,600 tués et "manquants".
  • 250,000 blessés.
  • 30,000 prisonniers.
  • 863 chars détruits ou "cassés".
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    Allemands faits prisonniers – Waffen-SS victorieux – Civils apeurés

    Le taux de pertes ne dépassait pas 11% de l'effectif total engagé sur le front de l'Est. La dotation de chaque division d'infanterie fut réduite de 20%, contre 40% pour les divisions blindées. La situation logistique était cependant plus délicate. L'absence de bonnes routes ralentissait les progressions et brisait de nombreux véhicules et camions. Le manque de carburant fut partiellement comblé par les stocks soviétiques et par des parachutages. Le Groupe d'armées Sud était dans une plus piteuse situation matérielle: 60% de ses camions n'ont pas résisté à la topographie russe. Rundstedt fut obligé de s'en remettre aux chevaux pour assurer la mobilité de ses unités. La situation du rail était encore plus critique. Il fut difficile de convertir la jauge ferroviaire soviétique au gabarit occidental. Il y avait, de surcroit, un manque de locomotives. Néanmoins, Halder trouvait le taux de pertes très acceptable, surtout en regard des pertes subies par l'armée soviétique durant la même période:

  • 220,000 tués.
  • Un million de prisonniers
  • 3170 chars détruits.
  • 2600 avions détruits.
  • Le grand nombre de prisonniers soviétiques capturés depuis le début de l'invasion piqua la curiosité de Goebbels et l'incita à visiter un des lieux de détention. Son attitude vis-à-vis les "sous-hommes" soviétiques va changer (clip ci-bas). Il reconnaît que les unités ennemies bousculées à la frontière orientale de l'Allemagne avaient de l'étoffe pour encaisser un tel coup. A Moscou, Staline et son bureau politique appréhendent la catastrophe. Dix jours avant la visite de Goebbels sur le front de l'Est, le patron du Kremlin émet l'ordre No.270 qui oblige désormais les officiers et soldats à tenir le terrain au prix de leur vie. L'ordre ressemble dans son esprit à celui donné par Joffre en Septembre 1914. Tout officier ou commissaire politique qui déserte ou se rend à l'ennemi sera considéré comme déserteur et sa famille sera décrétée "famille d'un ennemi du peuple". L'ordre précise que: tous les soldats qui veulent se rendre doivent être abattus sur place par tous les moyens. Les officiers supérieurs auront le devoir de dégrader et d'abattre sur place tous les chefs qui se planquent et ne combattent pas avec les hommes sur le champ de bataille. Pour Staline, tout devient très clair: Il n'y a pas de prisonniers de guerre soviétiques, il n'y a que des traîtres. Malgré la dure clareté de cet "ukase", d'innombrables soldats de l'Armée rouge seront gobés plusieurs semaines plus tard. L'ordre No.270 expliquera l'attitude mesquine et insensible du pouvoir stalinien lors du rapatriement des prisonniers de guerre en 1945...

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    Goebbels visite des prisonniers de guerre soviétiques – Contraints à se rendre...

    Cependant, les pertes allemandes furent suffisamment importantes pour convaincre l'OKH et Hitler de la nécessité de vaincre définitivement l'armée soviétique à un ou deux endroits bien identifiés. Concrètement, le plus gros effort tactique serait livré par le Groupe d'armées Centre de Bock, aidé par le Groupe d'armées Sud de Rundstedt. Les observations de Halder sont entièrement partagées par Hitler. Halder lui fit part que les succès et les pertes de l'armée allemande ne permettaient pas de s'entêter à prendre Moscou, contrairement à ce qu'il croyait. Là encore, Hitler était d'accord avec lui. Pour ce dernier, il est temps de remettre de l'ordre dans les priorités opérationnelles de Barbarossa: ceinturer Léningrad.

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    Phase 2

    Durant le mois d'Août, les intentions militaires d'Hitler continuent d'osciller. Le 12 Août, il fait réduire la pression militaire sur Léningrad et croit qu'une poussée sur Moscou serait peut-être souhaitable. Les soldats du Groupe d'armées Centre reçoivent le message et les tankistes au moral très élevé écrivent des graffitis nach Moskau. Mais le 23 Août, Hitler se ravise. Il s'envole avec Halder pour une petite ville de Russie récemment capturée – Novi Borissov – où il est acceuilli par des soldats en liesse stupéfaits de voir Hitler venir les rencontrer si loin. Devant ses généraux , il leur dit que la priorité serait de liquider l'énorme concentration militaire soviétique près de Kiev. Ce serait, dit-il, le seul moyen pour le Groupe d'armées Centre de poursuivre sa route vers Moscou sans être menacée sur son flanc droit par un pareil ennemi. De plus, Bock avait pris une avance de 180 milles sur le Groupe d'armées Sud de Rundstedt, toujours barré devant Kiev ou les Soviétiques résistent toujours.

    Hitler à Novi Borissov

    Von Bock est convaincu qu'il peut atteindre Moscou dans des délais raisonnables. Il est consterné de l'ordre qu'il reçut: Hitler lui ordonne de faire pivoter la majeure partie de ses unités blindées vers le sud pour cadenasser par le nord cette concentration de troupes soviétiques. Tous les officiers généraux présents essaient de le faire changer d'avis, mais Hitler ne bronche pas et les écoutent attentivement. Gudérian fut acceuilli par Brauschitsch et lui dit que la décision d'Hitler était déjà prise, tout en lui demandant de ne pas "parler de Moscou au furhrer". Mais avec la permission d'Hitler, Gudérian explique en détails les raisons pour lesquelles les blindés doivent foncer sur Moscou. Hitler expliqua à son tour ce qui avait motivé son choix en déclarant que c'était la seule chose à faire sur le plan militaire. Les généraux doutèrent poliment. Hitler, alors, déclara: Mes généraux ne comprennent rien de la stratégie militaire. Cela m'étonnera toujours. Dans ces conditions, vous devrez choisir entre obéir ou démissionner, dit-il, âprement. Mais Gudérian, tout comme Brauschitsch et Halder, ne démissionnèrent pas. Ils acceptèrent d'obéir aux ordres de bifurcation vers le sud. Devant un Gudérian déçu, le général Jodl lui dit: ne vous inquiétez pas. Vous savez comme nous que le furhrer a toujours raison. De son côté, Staline fut informé des difficultés qu'éprouvaient Boudienny à Kiev. Les attaques du Groupe d'armées Sud étaient si puissantes que même Khroutchev demanda la permission à Staline de faire évacuer une partie des troupes soviétiques. Staline refusa froidement, et pour bien se faire comprendre, il limogea Boudienny et le remplaça par Timoshenko, le général des causes désespérées. De plus, la défense du secteur de Kiev permet à Staline de poursuivre l'évacuation d'une partie des établissements industriels amorcée depuis 1940. Les soldats soviétiques doivent se resaissir car Gudérian est parti de Roslavl pour foncer vers le sud.

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    Les ruines de Kiev – Prisonniers russes fusillés

    De plus Kleist a franchi le Dniepr à Krementchoug. L'étau allemand se resserre rapidement autour de Kiev. Qui plus est, la témérité de Boudienny aida l'encerclement de ses forces. Dans l'immense saillant formé par les fleuves Dniepr et Desna, il concentre six armées – près d'un million d'hommes – sur une topographie bien exposée aux coups de ses adversaires.Quant à la ville de Kiev, elle est défendue par 11 divisions et le Groupe d'armées Sud n'est pas assez puissant pour la prendre. Rundstedt demande à la Luftwaffe de faire quelques raids. Du 30 Août au 4 Septembre, la ville subit sept raids aériens qui la transforment en un champ de ruines, tuant de nombreux soldats et civils. Le 16 Septembre, Gudérian et Kleist firent leurs jonction, transformant les unités de Boudienny en débris désorganisés dans une poche qui se réduisit comme une peau de chagrin. Ce fut la plus grande bataille d'encerclement de l'histoire militaire. Les reconnaissances aériennes rapportent des images de panique où se débattent plus d'hommes que les Allemands n'en a encerclé à Dunkerque. Toutes sortes d'unités se meuvent en désordre et sont bombardés par tous les modèles d'avions allemands alors en service à l'Est. L'encadrement militaire semble avoir disparu. L'infanterie allemande commence à ramasser des milliers de prisonniers ainsi que d'énormes quantités de matériel. Le 18, Boudienny essaie de briser une dernière fois son encerclement, mais ce fut peine perdue. Les combats sont trop accablants pour les Soviétiques; le général Kirponos est tué au combat, de même que deux autres généraux. Le 19, Kiev se rend, et l'armée allemande peut alors contempler cette énorme masse de soldats soviétiques qui capitulent en rase-campagne entre le fleuve Dniepr et Borispol.

    Une partie des Russes faits prisonniers à Kiev

    Jamais la Wehrmacht n'avait capturée autant de prisonniers, soit 665,000. D'ailleurs, l'armée allemande ne savait pas quoi en faire. Beaucoup seront internés puis déportés comme main-d'œuvre forcée. Beaucoup d'entre eux mourront de faim sans qu'il s'agisse d'une cruauté gratuite de la part des Allemands; il n'y avait pas assez de vivres pour nourrir un aussi grand nombre de prisonniers. Mais, il y eut également un ordre d'éliminer physiquement un certain nombre de prisonniers: l'armée allemande fusillera 100,000 russes, presque tous des soldats. Pour Staline, la perte de Kiev est un choc colossal. Durant tout l'été, la radio soviétique avait vanté la résistance russe en stipulant que jamais dans l'histoire nationale les Allemands n'avaient occupé une grande ville russe. Comme la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre, le moral des divisions soviétiques dans la région de Moscou commença à chuter. La perte de Kiev présageait celle de Moscou. Les réservistes qui touchaient leurs uniformes et qui se dirigaient vers Vyasma se demandaient s'ils auraient la trempe nécessaire pour stopper une telle armée. La victoire à Kiev fut importante à deux niveaux:

    Militaire – Elle élimine la concentration de troupes soviétiques en Russie méridionale

    Politique – Elle permet à Hitler de prouver aux généraux qu'il a toujours raison.

    L'historien contemporain s'étonne du manque de clairvoyance des généraux de la Wehrmarcht, car ils firent le jeu d'Hitler. En préférant foncer sur Moscou, Léningrad et Rostov au nom de la gloire militaire personnelle et du prestige des unités, ils ne tinrent pas compte de la réalité militaire qui leur interdisait de mener un tel effort conjugué. La menace que fit peser les forces de Boudienny en Ukraine sur deux groupes d'armées leur aurait suffi à privilégier la destruction de celles-ci avant d'entreprendre leurs progressions respectives. Il aura fallu l'intervention d'Hitler - informé par la réflexion de Halder - pour leur signaler leurs priorités opérationnelles. Les généraux obéirent à contrecoeur, mais le spectaculaire résultat sur le terrain donna entièrement raison à Hitler. Lui, le vagabond de Vienne, le caporal de Bohème, avait triomphé tactiquement sur des officiers formés aux écoles militaires et même à la Kriegsacademie: l'amateur avait eu le dessus sur les professionnels.

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    Boudienny – Von Kleist – Le maréchal Von Rundstedt – Timoshenko – Hitler et Halder

    Dès lors, rien n'empêchera Hitler de diriger personnellement les opérations tactiques de l'armée allemande par le biais de généraux obéissants. Le "génie" du furhrer semblait se confirmer, une fois de plus, disaient bon nombre de généraux. En cas de litiges tactiques, Hitler pourra se passer de l'opinion des généraux; désormais, il leur faudra dire oui à tous les ordres offensifs ou défensifs qu'il donnera. La chute de Kiev met le Groupe d'armées Sud en bonne position pour continuer sa progression vers le bassin du Don et la Crimée. Malgré les énormes revers de l'été 1941, l'opinion des généraux allemands sur l'Armée rouge est parfois révélatrice. La plus intéressante remarque a été consignée par Kleist dans son journal: nous nous sommes rendu compte que les hommes étaient des combattants remarquables, et nos premiers succès ne furent remportés que grâce à notre entraînement supérieur. Quand ils auront acquis de l'expérience, ils vont devenir des soldats de premier ordre. Doués d'une étonnante endurance, ils combattaient avec acharnement et pouvaient se passer de presque tout ce qui était considéré indispensable dans les autres armées. Même les officiers risquent de devenir compétents. Le soldat russe ne pleure pas lorsque blessé. S'il est coincé dans un réduit, il n'en sortira que s'il est grenadé et/ou lorsque ses vêtements sont en feu. Bref, le "sous-homme" soviétique était devenu à ses yeux un être presque surhumain.

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    Phase 3

    La victoire spectaculaire de l'armée allemande à Kiev avait neutralisée la seule opposition sérieuse en Russie méridionnale. Au nord, Leeb amorçait péniblement le siège de Léningrad, et au sud, Rundstedt reprit lentement l'offensive. Les divisions de Gudérian retournèrent dans la région de Smolensk. L'OKH était confronté à trois options pour la poursuite de l'Opération Barbarossa:

    1. Se replier sur de meilleures positions – pour mieux tenir le front.
    2. S'arrêter sur les positions existantes – pour passer l'hiver et refaire ses forces.
    3. Continuer vers Moscou et Rostov

    Les généraux allemands étaient divisés sur cette question. Certains généraux, comme Halder, Hoeppner et Kluge, favorisaient une pause à Smolensk afin de permettre le ravitaillement adéquat des unités en hommes, vivres et matériel. L'armée allemande avait subie des pertes importantes et le ravitaillement des groupes d'armées commençait à poser un problème. Von Bock va insister plus que Hitler pour une poursuite de l'offensive vers Moscou, affirmant que les deux camps étaient exténués, l'issue de la bataille reposerait sur la seule volonté d'en finir. Mais Rundstedt et Leeb souhaitaient mettre un terme à l'offensive, mais leur avis avait moins d'importance puisqu'ils n'étaient pas directement concernés par l'attaque vers Moscou. Sur les 17 divisions blindées, seulement 6 étaient avaient la dotation requise en hommes et en machines pour attaquer, et les autres étaient affaiblies par une suite ininterrompue de combats. Bien avant qu'arrive la saison des pluies, les Allemands avaient perdu 70% de leurs camions et véhicules légers; ils devaient s'en remettre aux chevaux pour conserver une certaine mobilité. Certains autres, comme Guderian et Hoth, favorisaient une poussée vers Moscou en fonction de la conjoncture vécue et des renseignements qu'ils avaient sur l'état des forces soviétiques (armée démoralisée et affaiblie; faible distance à couvrir pour atteindre Moscou; maitrise du ciel par la Luftwaffe, etc). Le commandant du Groupe d'armées Centre, Bock, partageait cet optimisme, ragaillardi par les victoires précédentes, ainsi que par l'auréole de gloire associée à la prise de la capitale ennemie.

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    Vers Moscou mais l'hiver approche – Positions défensives – Après la boue voici la neige

     Mais ce fut Hitler qui trancha le débat. Le 5 Septembre, avant même que la victoire de Kiev soit acquise, Hitler opta pour prendre Moscou rapidement, "avant l'hiver". Treize jours plus tôt, il voulait conquérir Léningrad en allouant plus de ressources au Groupe d'armées Nord, tout en étant engagé dans une grande opération d'encerclement à Kiev.. Tout comme Napoléon, Hitler refusa de pauser à Smolensk et préféra saisir ce qui était déjà insaissisable. Le 3 Septembre, une giboulée était tombée dans la région de Smolensk; elle fondit rapidement mais transforma les petites routes terreuses en mares de boue. Hitler était le prisonnier du calendrier qu'il s'était fixé. Étant donné l'état de fatigue de ses groupes d'armées, il lui est indispensable de vaincre l'URSS en 1941. Il ne voulait pas que l'armée allemande s'embourbe inutilement en Russie en 1942. Il apprend que les Etats-Unis sont presque devenus des belligérants. Les Américains et les Britanniques sont prets aider militairement l'URSS. Pour lui, passer l'hiver sans avoir vaincu les Russes signifierait la reconstitution d'une plus grande armée soviétique contre laquelle il faudra recommencer une campagne presque gagnée.

    Vers Moscou

    La troisième phase de l'Opération Barbarossa, appelée "Typhon (Taifun)", avait été préparée par l'État-major du Groupe d'armées Centre dès la mi-Août. Elle était prévue pour être lancée le 15 Septembre, pour profiter au maximum de la déroute des armées soviétiques; mais, elle fut retardée au 2 Octobre à cause des pluies automnales. Bock reçut 78 divisions - dont 15 blindées et 8 motorisées - en "renfort", mais ces unités étaient émêchées par les combats antérieurs. Ces unités devaient encore affronter 14 armées soviétiques majoritairement composées de recrues et d'infanterie de second niveau, concentrées dans les régions de Vyasma et de Briansk. Le plan Typhon prévoyait:

    1. Un resserrement de l'étau allemand autour de Léningrad assiégée.
    2. Un offensive avec double mouvement tournant pour encercler Vyasma et Briansk.
    3. La prise de Kharkov et de la vallée du Donetz vers Rostov.
    4. L'encerclement et la prise de Moscou.

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    Les Allemands prennent Poltava – De nouvelles unités sont formées – Des chasseurs Yak-1

    Appuyées par les Luftflotte 1 et 2, Gudérian balaya tout ce que les Russes lui envoyaient au-travers de son chemin. Le 1er Octobre, il progresse de 90 milles et prend la ville d'Orel, ce qui permet au 47ème Corps blindé d'envelopper Briansk en délogeant les positions défensives soviétiques le long de la rivière Desna. Les Soviétiques ne purent manœuvrer car ils manquaient de camions et de véhicules. Le 25 Octobre, ils se firent encercler dans deux poches qui furent réduites par l'infanterie allemande. Quant au Groupe blindé 4, il prit la ville de Poltava et bouscula les forces du général Koniev par le nord en direction de Vyasma. Le général Hoeppner exploita son succès en prenant Vyasma. Simultanément, le Groupe blindé 3 partit du nord de Smolensk et converga vers Vyasma par le sud. Lorsque les deux groupes blindés convergèrent, ils avaient encerclés un grand nombre de troupes soviétiques qui n'avaient ni la mobilité de manœuvre ni la volonté de se battre.

    Après une semaine de combats, 73 divisions soviétiques se rendirent: 663,000 prisonniers et plus de 1200 chars capturés. La 4ème Armée allemande exploita ce succès phénoménal en progressant de 200 milles pour se retrouver au village de Naro-Fomisnk. Lorsque la nouvelle de cette énorme défaite atteignit Moscou le 10 Octobre ce fut la panique - le "Bolshoi drapp": une période d'instabilité qui dura une dizainne de jours. Toute la population moscovite était convaincue que la capitale allait être encerclée et occupée et plusieurs milliers de civils l'évacuèrent. Le gouvernement soviétique fut évacué à Kuybichev sur la rive gauche de la Volga, avec les archives, les fonctionnaires, les œuvres d'art, et même le cerceuil de Lénine. Le 18 Octobre, l'état de siège fut déclaré à Moscou, et les désordres dans la capitale furent durement réprimés. Un nouveau commandant militaire de la région de Moscou fut nommé: le général Joukov. Ce dernier avait renforcé les défenses de Léningrad plusieurs mois auparavant. A partir du 20 Octobre, plus d'un demi-million de civils furent conscrits pour construire un réseau défensif de bunkers, pillboxes et tranchées antichars sur 62 milles autour de la capitale. Plus de 177 milles de fils barbelés et 100,000 arêtes furent déroulés et plantés. A l'intérieur même de la capitale, des carrefours furent fortifiés avec de nombreuses barricades de barbelés et des pillboxes faits de sacs de sable. Radio-Moscou insuffait constamment des encouragements à la population, lui demandant de manifester "l'esprit de Borodino" devant les envahisseurs allemands. Deux facteurs aidèrent les Soviétiques dans la défense de Moscou: la pluie et la boue. La première neige était déjà tombée le 10 Octobre; lorsqu'elle fondit, les chemins menant vers Moscou se transformèrent en mer de boue: la raspoutidza pour les Russes, la schlammperiod, pour les Allemands.

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    Moscovites creusant des tranchées – Maudite boue – Collecte pour les soldats du front

    Cette boue salissait le mécanisme des armes légères et des canons. Des requêtes furent envoyés en Allemagne par Hoeppner, Gudérian, Hoth et Bock, pour des bottes et des vêtements d'hiver. Fait à noter, la population allemande savait que son armée avait remportée de grandes victoires à Kiev et à Vyasma/Briansk et subie des pertes, mais manifesta une inquiétude réservée lorsqu'elle apprit que le gouvernement organisait des "secours d'hiver" pour les soldats du front. Goebbels réclamait de la chaussure neuve, des manteaux, des lainages chauds, des provisions, des médicaments, des livres et des skis pour les soldats en Russie. La population percevait que quelque chose allait de travers dans les opérations à l'Est. Un ennui beaucoup plus sérieux pour les unités allemandes était qu'elles s'éloignaient de plus en plus de leurs points de ravitaillement. Qui plus est, la pluie et la boue gênaient les efforts de la Luftwaffe pour parachuter des vivres et du carburant aux chars et véhicules; mais les soldats russes souffraient des mêmes problèmes dans leurs déploiements. Sur le plan stratégique, la caractéristique de l'Opération Barbarossa fut l'absence de forces de réserves: toutes les unités sont en ligne. Il n'existait aucune possibilité de manœuvrer dans cette boue et neige alors qu'il y a quelques mois, l'armée allemande remportait ses victoires beaucoup plus par la manœuvre que par le combat.

    Staline appelle ses Sibériens

    Après les deux grosses défaites de Kiev et de Vyasma/Briansk, il ne restait que fort peu de troupes soviétiques pour tenir tête au Groupe d'armées Centre qui se rapprochait de Moscou. Ni des raids aériens sparodiques, ni l'action des partisans inorganisés n'avaient pu endiguer les progressions allemandes. Staline disposait d'un bon atout militaire, soit les 30 divisions sibériennes bien encadrées et entrainées pour des combats hivernaux. L'Armée rouge les avaient déployées le long de la frontière mandchoue car Staline craignait une attaque japonaise. Lorsque l'ambassade soviétique à Tokyo cabla à Moscou que l'expansion japonaise ne visait plus la Russie mais l'Asie du Sud, Staline fut suffisamment rassuré pour transférer ces divisions à Moscou. L'élément le plus important fut que Staline décida de rester à Moscou, et cela remonta le moral des troupes car cela prouvait que malgré ses failles, le dictateur n'avait pas fui le danger imminent. Son discours au début de Décembre électrisa les unités alignées en parade sur la Place Rouge.

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    Sibériens arrivant à Moscou – Tankistes dégelant leur char – Commentaires de vétérans

    Les pertes en officiers sont énormes. Beaucoup de compagnies sont commandées par les sergent et des régiments par des lieutenants. In extremis, les Allemands firent leurs derniers combats devant Moscou. Le 22 Novembre, Gudérian prend Kraysnalia Poliana à 30 milles de Moscou. En Russie méridionnale, la conquête de la Crimée est en bonne voie d'être achevée, sauf pour la ville-forteresse portuaire de Sébastopol. Rundstedt a dévalé le corridor du Donetz et a balayé toute opposition. Le 24 Novembre, il prend la ville de Rostov. Il est le premier commandant de groupe d'armées à avoir réussi l'intégralité de ses progressions durant Barbarossa. Cependant, les approches de la ville avaient été minées et les avant-gardes allemandes sautent sur ces défenses. Le lendemain, les Soviétiques lancent une contre-attaque massive avec deux armées, et obligent les blindés de Rundstedt (commandés par Kleist et Manstein) à se replier. Rundstedt fait replier ses forces sur la rive ouest de la rivière Mius. Ce fut le premier recul allemand important. Hitler ne le digéra pas. Il limogea Rundstedt et ordonna son retour en Allemagne. Il est remplacé par Reichenau comme commandant du Groupe d'armées Sud. Lorsqu'il apprit la nouvelle, son second, Kleist, téléphone à Hitler pour intercéder en faveur de Rundstedt pour approuver la solidité de la nouvelle position de repli. Hitler accepta sans insister. Mais Rundstedt était déjà rentré en Allemagne, et le limogeage qu'il l'a frappé n'est pas rapportée ni inscrite dans son dossier.

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    Un froid mortel pour des piétons – Prisonniers allemands

    Au nord de Moscou, les blindés de Hoeppner progressent encore, péniblement. Le 30 Novembre, il prend Dimitrov et Istra à 16 milles de Moscou (image ci-haut). Mais il fait si froid que les soldats allemands prennent les manteaux et les capotes des cadavres russes qu'ils font dégeler pour enlever ces vêtements.  L'unité de Hoeppner est celle qui a la meilleure tenue au feu de toutes celles engagées dans la bataille de Moscou. Le 5 Décembre, le thermomètre descend à -50C, et les envahisseurs deviennent frigorifiés. Le général Warlimont, de la division des plans de guerre et de statistiques de l'OKH, remit un document à son supérieur, le général Brauschitsch, indiquant que compte tenu des facteurs matériels, climatiques, logistiques et stratégiques, le Groupe d'armées Centre était rendu au bout de son rouleau. Selon Warlimont, les combats devaient cesser pour l'hiver afin de sauver l'armée: l'attaque est d'autant plus dépourvue de signification que le moment est proche où les troupes seront complètement épuisées. Warlimont sait qu'Hitler ne veut rien entendre: Hitler ne voulait tout simplement pas comprendre que son effort stratégique de 1941 était terminée, mais l'armée, elle, le savait, car le point de rupture était atteint. Brauschitsch présente les faits présentés par Warlimont à Hitler qui, à son tour, se fait recevoir avec une volée de bois vert: Vous autres les professionnels, tout ce que vous savez faire, c'est de tenir un couteau et une fourchette. Je n'ai jamais été dans une école de cadets ni fréquenté la Kreigsacademie, mais de mon seul génie j'ai conquis l'Europe. Vous n'aurez pas le dessus sur moi! L'offensive continue! Je veux Moscou et j'aurai Moscou! Entretemps, les soldats allemands affaiblis titubent dans le blizzard comme des zombies. Gudérian est planqué en défensive à 12 milles de Moscou et il endure les assauts de ces Sibériens récalcitants. Il téléphone à son supérieur, Bock, en lui disant qu'il se replie complètement du saillant de Tula. Pris entre Hitler et Gudérian, Bock essaie de raisonner ce dernier, mais Gudérian se replier sur l'Istra.

    Raids aériens sur Moscou

    A partir de l'automne, la capitale de l'URSS a subi quelques raids aériens qui ont causé beaucoup plus de peur que de dégats. Les principaux édifices gouvernementaux, le théâtre du Bolshoi, le Kremlin, etc, avaient été savamment camouflés pour ressembler à des cibles sans intérêts pour tout pilote militaire ennemi. Le gouvernement soviétique connaissait les effets du Blitz sur Londres, et avait préparé une organisation de défense civile fort efficace pour la lutte contre les incendies, le sauvetage et les soins médicaux. De surcroit, la capitale était défendue par des milliers de canons anti-aériens en périphérie et à l'intérieur de la ville, de même que des centaines d'affuts de mitrailleuses juchées sur les toits des immeubles. Le système de communications par téléphones de campagne entre ces batteries.

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    Un affût antiaérien sur un toit – Bombardements sporadiques – Le métro sert d'abri

    La régie centrale de défense était bien organisé. Moscou bénéficiait également de trois escadrilles de chasse pour défendre son ciel. Du côté allemand, la Luftwaffe était handicapée par la distance à parcourir avant de bombarder Moscou. Ses bimoteurs He-111 étaient limités à six bombes de 500 lbs chacuns au lieu de huit, afin d'augmenter la dotation en carburant. Tout comme durant la bataille d'Angleterre, peu de chasseurs monomoteurs étaient équipés d'un réservoir auxiliaire largable pour escorter ces bombardiers. Le résultat fut que les deux premiers raids diurnes furent interceptés par les chasseurs soviétiques basés près de la capitale. Durant le bombardement de nuit, les avions allemands se heurtaient à un feu anti-aérien tellement nourri que la Luftwaffe discontinua ses attaques à la fin Octobre. Tout comme durant la bataille d'Angleterre, les bombardements aériens allemands ne minèrent pas le moral de la population moscovite, et solidifient la solidarité entre les citoyens et le régime soviétique. Durant les alertes, la population se rue soit dans les caves, des abris fortifiés, ou encore le métro (à gauche).

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    Contre-attaque soviétique

    Depuis sa nomination comme commandant militaire du district de Moscou, Joukov n'a pas perdu de temps à organiser les défenses à l'Ouest de la ville. Les positions avancées qu'il a fait construire sont une zone fortifiée avec des moyens rustiques ayant plusieurs kilomètres de profondeur partant de Klin, suivant le cours de la rivière Isra, traversant la Moskova et jusqu'au village de Nara. Les boisés qui entourent Moscou favorisent la défense en localisant les axes d'attaque sur les chemins. Des pillboxes en rondins sont aménagés avec mortiers et mitrailleuses avec des petits champs de mines devant eux. Des ponceaux sont minés et parés à exploser au moment où les véhicules allemands se présenteront. La contre-attaque de Joukov devant Moscou se fit sur les axes suivants:Au nord de Moscou, cinq armées soviétiques devent bousculer les forces de la 9ème Armée allemande et ses deux groupes blindés. Devant la capitale, cinq autres armées devaient dégager la capitale devant les éléments ennemis les plus affaiblis.Au sud de Moscou, un corps d'armée et deux armées devaient bousculer la 2ème Armée blindée très affaiblie et tenter un mouvement tournant vers Vyasma. Joukov fit également acheminer plusieurs centaines de blindés ainsi que des régiments de cavalerie seraient mis en premières lignes pour constituer le fer de lance de la contre-attaque. Pour fixer les Allemands épuisés sur leurs positions, des groupes de francs-tireurs seraient chargés de mener des feux de fixation avec pour ordre d'abattre le plus d'officiers possibles. Cela accroitrait l'insécurité chez les avant-gardes allemandes.

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    Obusiers de 152mm ouvrent le feu – Une contre-attaque – Le IL-2 Stormovik

    A l'aube du 6 Décembre, à -40C, plusieurs centaines d'obusiers de 152mm et de rampes lance-roquettes Katioucha saturèrent les zones de progression allemandes et hachèrent sur place des centaines d'Allemands. Dès la fin du tir de barrage d'une heure, les nouveaux avions d'attaque au sol IL-2 Stormoviks survolèrent les positions ennemies pour marteler leurs chars, leurs abris de fortune et toutes les petits groupes de soldats qui se faisaient voir (ci-haut). Sur cette neige durcie, les chars T-34 et des régiments de cavalerie filèrent à vive allure pour tomber sur les bataillons allemands et les décimer: les sabres des cavaliers frappent, les mitrailleuses crépitent, et les chenilles des chars soviétiques écrasent les poursuivis. Plusieurs de ces chars montaient chacun une dizaine de soldats sibériens en tenue d'hiver. Ce fut un ouragan: en deux jours, les armées de Joukov progressèrent entre 20 et 70 milles. Une centaine de chars allemands gelés sont détruits et les Allemands en détruisirent une centaine d'autres gelés car ils ne pouvaient les évacuer. La contre-attaque réussit à dégager Moscou car le temps reste froid et clair jusqu'au 12 Décembre. Les Allemands se replient en catastrophe. Le 13, le vent se relève et le blizzard hivernal ralentit autant la fougue des poursuivants que la terreur des poursuivis.

    Initialement, les soldats russes ne souffrirent pas autant des combats et du froid mordant que les Allemands, privés de tout - même de moral. Le tiers des unités d'assaut sont des troupes sibériennes en vêtement molletonnés avec des bottes de feutre larges. Tous leurs véhicules sont munis d'un accessoire indispensable qui faisait défaut aux Allemands en hiver: des chaines. Les canons et les armes automatiques ont la lubrification nécessaire pour ne pas figer en basse température. Malgré que l'Armée rouge utilise des chars dans sa contre-attaque, ce sont les unités de cavalerie qui se montrent les plus mobiles et les plus efficaces. Mais au fur et à mesure que les Allemands dépenaillés se resaississent, les Soviétiques subirent eux-aussi des pertes. Bien qu'il ait sauvé Moscou, Joukov n'a pas réussi à transformer sa contre-attaque réussie en contre-offensive, faute de moyens et de planification stratégique; et la météo était toujours aussi horrible. Les combats s'arrêtaient souvent d'eux-mêmes. Pour les soldats belligérants, la seule chose importante à la fin de la journée est de se trouver un abri et un feu, même dans une maison partiellement détruite pour ne pas geler vif durant les 18 heures de la nuit russe.

    Que faire?

    Devant la déconfiture du Groupe d'armées Centre devant Moscou, l'OKW comprit que la situation de l'armée allemande était terrible.Comme les Allemands n'ont pas d'effectifs de réserve, il faut que ce soit ces mêmes troupes fatiguées et terrorisées qui rétablissent la situation sur le front. Encore une fois, malgré sa mégalomanie irrationnelle, Hitler se reprit en mains: il interdit aux unités du Groupe d'armées Centre de retraiter sur une trop grande distance, et ordonna à celles-ci de se consolider en hérissons défensifs dès le 16 Décembre: c'est le Haltebefehl. Hitler ne voulait pas rééditer le désastre de la retraite de Napoléon, et ordonna de tenir sur place. Dans le froid, une âme aussi ferme que Gudérian est submergée par le désespoir en parcourant la steppe blanche battue par les vents.

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    Des corps de soldats allemands à perte de vue – Endiguer le coup...

    Les généraux allemands voulaient se replier plus profondément sur de meilleures positions et raccourcir leur front pour mieux le défendre. Il leur fallait rétablir les communications radio. Ils avaient l'impression qu'Hitler et l'OKW n'étaient pas au courant de la situation réelle. Ces généraux veulent envoyer Gudérian à Berlin pour supplier Hitler. Mais Gudérian refuse, surtout lorsqu'il apprend que le général Brauschitsch a été limogé sans cérémonies par Hitler. Le 20 Décembre, Hitler décide de commander les troupes terrestres sans intermédiaires: je ne connais aucun général capable de gérer l'armée. Je m'en charge. Et la position d'Hitler est très claire: sauver l'armée! oubliez son matériel! Désormais, chaque officier doit comprendre que le recul rend l'hiver plus dangereux que de tenir sur place. Hitler veut, via ses généraux, exorciser le spectre de la retraite napoléonienne. Dans sa rage folle, Hitler n'a pas tout à fait tord. Depuis le début du repli allemande devant Moscou, l'armée allemande avait perdue une grande quantité de matériel et de soldats (ci-haut). Que resterait-il de cette armée s'il faut la faire replier jusqu'au Dniepr? Hitler – et plusieurs autres Allemands – savaient que l'armée de Napoléon avait été décimée non pas par des batailles mais par le froid et les distances. Hitler ordonne qu'elle reste sur place: ce sera le seul moyen de la sauver. Pour une fois, il a raison...

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    Le spectre de 1812? – Civils remercieant leurs libérateurs – Un autre village est repris

    La hiéarchie militaire allemande du front de l'Est commençait à changer. Le commandant du Groupe d'armées Centre, Bock, est limogé; il est remplacé par l'ennemi personnel de Gudérian, le général Von Kluge. De même, lorsque Gudérian expose avec les détails les souffrances des soldats allemands devant Moscou, Hitler lui répondit qu'il avait tord de se laisser impressionner. Hitler lui dit que les soldats de Frédéric II eux-mêmes mouraient sans goût, qu'on juge mieux les choses de loin et que le terrain sur lequel les unités allemandes sont accrochées, serait défendu sans coup férir. Le 31 Décembre, Gudérian est relevé de son commandement. Pour la Russie stalinienne, ce fut sa première victoire de la Seconde Guerre mondiale, et quelle victoire! Une bonne dizainne de milliers de soldats allemands gisaient dans la neige, de même que quelques centaines de prisonniers. Moscou était sauvée, ainsi que le régime soviétique et l'aura de Staline. Pour le reste, l'URSS a été sauvée non pas par l'application de découvertes modernes, mais au contraire parce qu'elle avait de plus primitif. Si le régime soviétique l'avait dotée d'un réseau de routes et de rails comme ceux existant en Europe occidentale, elle aurait été envahie encore plus rapidement. L'absence d'infrastructures routières dignes de ce nom, la topographie et la météo a été aussi importante pour stopper les Allemands que la contre-attaque de Joukov devant Moscou. A défaut d'avoir infligé une défaite décisive à l'armée allemande, l'Armée rouge avait infligé le second revers important à la Wehrmarcht depuis 1939. Après avoir échouée devant l'Angleterre, elle perdit une seconde fois en URSS; et ce qu'elle perdit, ce fut son invincibilité. Quant à l'Armée rouge, elle ne put progresser longtemps en Janvier 1942. Le 16 Janvier, le front s'était stabilisé à 160 milles à l'Ouest; le front du Groupe d'armées Centre fut pénétré par un gros saillant au nord Moscou. En Russie méridionnale, les positions défensives du Groupe d'armées Sud tenaient bon. Hitler avait déjà clos ce chapitre désastreux de sa guerre, et pensait déjà à ses campagnes pour l'année 1942.

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