La Birmanie

![]()
La Birmanie était l'une des plus petites colonies de l'Empire britannique; elle demeurait méconnue du public occidental. Elle se fit connaître par le caractère des combats de la Seconde Guerre mondiale, et non pas par la vision idéalisée d'un paradis oriental. Historiquement, la Birmanie fut un territoire contesté, et elle le demeurera jusqu'en 1945. Autrefois, la Birmanie fut annexée à l'Inde à la suite de trois guerres au XIXème siècle. Cela fit l'affaire de l'Angleterre car lui permettait d'exploiter les richesses naturelles de ce territoire: pétrole, caoutchouc. Les Birmans différaient en tout point des Indiens: ils avaient une langue sans aucune parenté avec le sanscrit; leur économie n'était pas liée à l'Inde, et la population avait une conscience nationale développée. Sur le plan religieux, les Birmans étaient majoritairement bouddhistes, ce qui les éloignaient encore plus du monde indien. Cette annexion forcée à l'Inde fut durement ressentie par les Birmans. En 1935, la Birmanie retrouva une quasi-indépendance par le biais du Government of India Act. Les Britanniques espéraient ainsi désamorcer la mauvaise humeur de la Birmanie et stabiliser une région géographiquement proche de la précieuse Malaisie et de Singapour. La seule différence de statut avec l'Inde "fédérale" était que les principales institutions birmanes demeuraient sous contrôle britannique. Inutile de dire que les nationalistes birmans ne furent qu'à demi-satisfaits.
__________
Genèse
Sur le plan politique, la Birmanie était un terrain beaucoup plus fertile pour le Japon que n'importe quel autre pays. Qui plus est, la route de Birmanie posait un problème militaire pour l'armée japonaise dans sa lutte contre la Chine. Sur le plan stratégique, la Birmanie permettait aux Britanniques et ultérieurement aux Américains d'acheminer une aide matérielle et militaire à la Chine nationaliste de Tchang kai-Shek. Un lien routier et ferroviaire liait le port de la capitale, Rangoon, jusqu'à Kunming en Chine. Dès 1941, les Japonais firent des raids aériens épisodiques contre ces voies de communications pour ralentir le flot de l'aide aux Chinois. Les Britanniques n'avaient que peu de moyens pour la défendre: quelques unités de précieux réguliers renforcés par une division néo-zélandaise, une division indienne sous-entrainée et deux escadrilles de la RAF - ce qui était insuffisant pour couvrir le territoire de la Birmanie. Le gouvernement américain voulait aider militairement le gouvernement de Tchang kai-Shek - il lui avait donné l'accès au Prêt-Bail - sans précipiter l'entrée en guerre des Etats-Unis. Le président Roosevelt ordonna au général Claire Chennault d'organiser une escadrille de volontaires civils pour entrainer des pilotes chinois et ultérieurement aider les Britanniques en Birmanie: ce fut l'American Volunteer Group. Les premiers éléments de cette force arrivèrent en Birmanie à l'automne 1941, mais contrairement à la légende, les pilotes américains ne prirent part à aucun combat avant le 7 Décembre 1941. Pour la population birmane, l'arrivée de ces étrangers, combinée à son mécontentement anti-britannique, contribua à accroitre l'influence politique du Japon. Mais ce dernier ne voulait pas ulcérer le gouvernement britannique en soutenant ouvertement les nationalistes birmans, et préféra agir secrètement par l'entremise d'un colonel d'État-major, Suzuki, pour faire de l'agitation anti-britannique. Ce Lawrence d'Arabie japonais créea le noyau d'une armée birmane qui faciliterait la tâche de l'armée japonaise pour occuper le pays et fermer la route de Birmanie.
L'attaque
La campagne de Birmanie fut une répétition de la campagne de Malaisie. Les Japonais l'envahirent le 11 Décembre 1941 à partir du territoire thailandais. Les agents birmans formés par Suzuki facilitèrent initialement la tâche de l'armée japonaise, mais le gros du travail fut fait par l'armée japonaise: c'est elle qui fit les bataille et qui repoussa les Britanniques et leurs alliés chinois. Les Britanniques arrêtèrent le premier ministre birman, U Saw, jugé pro-japonais. La 15ème Armée japonaise conquéra le sud du pays, et prit Rangoon, sa capitale. Le général Alexander voulait la tenir, mais les défenseurs ne faisaient pas le poids contre l'armée japonaise. Il opta pour se replier et regrouper ses forces en haute-Birmanie à la vallée de l'Irrawaldy. Tout comme en Malaisie, les Britanniques crurent que les obstacles naturels seraient suffisants à eux-seuls pour endiguer la progression d'une armée importante, notamment des chars. Mais ce ne fut pas le cas. Quant à la RAF et à l'American Volunteer Group, leurs efforts courageux ne firent aucune différence.
_
_
Attaques japonaises à Salween et à Yenangyaung
Lorsque les Japonais prirent Singapour, ils acheminèrent deux autres divisions en renfort pour les opérations en Birmanie. Lorsqu'une tête de pont fut établie sur la rivière Salween le 31 Janvier, les Japonais prirent Moulmein. Tchang kai-Shek était soucieux de la progression japonaise en Birmanie et envoya une armée chinoise pour soutenir les Britanniques. Les nationalistes birmans sourcillèrent car ils se doutaient que Tchang profiterait de l'occasion pour gober certaines portions de la Birmanie. Les Britanniques reçurent également trois de leurs unités d'infanterie et une blindée commandée par le général Slims. Tout comme en Malaisie, les Britanniques furent surpris de constater que les Japonais progressaient avec aisance dans les pistes de jungle et les obligaient à se replier pour éviter l'encerclement. Les Alliés eurent beaucoup de difficultés à mener une action coordonnée: les unités chinoises utilisaient des tactiques différentes des Britanniques et même des Japonais. Le soutien aérien des chasseurs alliés était la seule barrière qui tenait à bout de bras les progressions japonaises et les Alliés décontenancés.
_
Un P-40 de l'American Volunteer Group – La pénible retraite alliée vers l'Inde
Lorsque les Japonais prirent Mandalay, le général Alexander n'eut le choix que d'ordonner la retraite de ses forces vers l'Inde. Les puits de pétrole assiégés de Yenangyaung furent capturés, malgré leur sabotage partiel par les Alliés. Le 29 Avril, les Japonais infligèrent une défaite cuisante à l'armée chinoise qui fut mise en déroute. Lashio fut occupée et la route de Birmanie fut fermée. La retraite vers l'Inde via la vallée de l'Irrawaddy fut pénible pour les hommes, les camions et les mules. Les routes étaient tortueuses, la jungle épaisse par endroits, et les troupes en retraite avaient les Japonais sur leurs talons. La frontière entre la Birmanie et l'Inde était une chaine montagneuse difficile à passer, et les Alliés durent subir les joies de la mousson. Quelques unités épuisées s'écrasèrent sur le bord des routes et furent cueillies par les Japonais. Cette retraite eut un effet démoralisant sur les soldats alliés. Tchang kai-Shek se mit à douter de la volonté de résistance des Alliés. Épuisés mais en vie, les soldats alliés entrèrent dans l'État de Manipur au début de Mai 1942.
_
_
Prisonnier des Japs – Bren carriers se frayant un chemin – Épuisés mais en vie
Entretemps, l'armée birmane indépendante harcela également l'armée alliée en retraite, tout comme le colonel Suzuki l'avait prévu. Mais ce n'était pas une armée fiable, même dans son rôle d'auxiliaires pour le Japon; beaucoup de ses membres en profitèrent pour régler des querelles ethniques par le pillage et la rançon. La Birmanie dut subir à la fois la précarité d'un pays en guerre avec des acteurs mondiaux et l'insécurité d'une guerre civile épisodique entre Birmans: Karens, Kachins, Chins et Indiens s'entre-égorgèrent sans l'arbitrage musclé des Japonais. Curieusement, tous ces groupes ethiniques birmans considéraient les Japonais comme étant la seule puissance capable de débarasser leur pays des étrangers et de les laisser régler eux-mêmes leurs comptes. Cependant, ces groupes n'étaient pas assez puissants pour opposer une longue guérilla aux Japonais. L'armée japonaise mit fin aux activités de l'armée birmane indépendante organisée par Suzuki car elle voulait stabiliser le pays. Cette force fut remplacée par une unité birmane plus professionnelle et très encadrée par les Japonais. Au fil du temps, la population birmane manifesta progressivement un ressentiment anti-Japonais. Car avec Tokyo, pas question d'indépendance politique avant la fin de la guerre.
___________________________
© Sites JPA, 2022