Rheims et Berlin

En Avril 1945, le plus grande partie de la résistance allemande s'écroule. Selon les mots mêmes d'Hitler, à l'Est le soldat fuit, à l'Ouest il se rend. Le territoire allemand est rapidement coupé en deux par les progressions des armées alliées. Seul un mince corridor entre Lüneburg et le Danemark tient encore. Le 30 Avril, Hitler se suicide dans la Chancellerie de Berlin, et la capitale du Reich se rend le 2 Mai. En Italie du Nord, les Anglo-Américains obtiennent la capitulation des troupes allemandes et ils entrent en Autriche. Peu avant la chute de Berlin, Hitler avait désigné l'amiral Donitz comme son successeur en cas de la prise de la capitale. Il reçoit l'ordre d'établir son quartier-général sur la côte balte à Plon, et s'y installe avec un certain nombre de fonctionnaires civils et militaires. C'est à cet endroit qu'il apprend la prise de Berlin par les Soviétiques, mais il ne sait pas encore si Hitler est mort. Néanmoins, Donitz a la certitude que la guerre est perdue, et qu'il doit tout tenter pour faire cesser les hostilités afin d'éviter des pertes de vies supplémentaires en Allemagne.

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Le dilemne de Doenitz

L'amiral Doenitz a été le premier surpris d'avoir été désigné comme le successeur d'Hitler. Cet officier de carrière avait dirigé l'arme sous-marine depuis 1939 et remplacé l'amiral Raeder comme patron de la Kriegsmarine à partir de 1943. Il n'avait jamais été nazi et ne possédait pas l'expérience politique pour hériter d'un tel fardeau. Mais il accepte stoïquement le job. Dans un premier temps, Doenitz va s'entourer de plusieurs hauts-fonctionnaires civils compétents, dont Zedric Von Kroesik – un ancien ministre des Finances – afin d'organiser un embryon de structure gouvernementale. Le travail d'organisation se fait d'une manière totalement improvisée étant donné la situation chaotique qui prévaut en Allemagne. De surcroît, le temps manque car les Alliés se rapprochent rapidement des côtes baltes. Le gouvernement Doenitz quitte la petite ville portuaire de Plon à cause de l'arrivée imminente des troupes britanniques, pour se réfugier dans la ville de Flensburg, dans le Schleswig-Holstein.

Le testament d'Hitler

Plusieurs personnes accompagnent Doenitz à Flensburg pour l'aider à organiser son nouveau gouvernement. En plus de Von Kroesik, il y avait Ribbentrop, Speer, Keitel et Jodl. De Berlin, Bormann câble à Doenitz que les "conditions du testament d'Hitler" s'appliquent et que ce dernier est officiellement le nouveau patron du Troisième Reich. Le testament d'Hitler atteste que:

Mais il y a problème: seul Seyss-Inquart parvient à Flensburg. Goebbels s'est suicidé, et Bormann disparaît dans les tunnels du métro de Berlin tapés par les obus soviétiques. Avec la disparition de ces deux nazis, Doenitz décide de s'entourer de gens qu'il connaît bien. Dès la première séance de ce nouveau gouvernement, les fonctionnaires civils exigent la cessation ordonnée des hostilités; tandis que les militaires – Keitel en tête – veulent poursuivre la résistance. L'écroulement militaire de la Wehrmacht les oblige à se rallier aux opinions de Kroesik et Speer. Deux facteurs conditionnent la pensée de Doenitz:

 Une obsessionAvec la prise de Berlin, il est confronté à un problème: le sort des réfugiés allemands fuyant la partie orientale de l'Allemagne devant les poussées soviétiques. Ces réfugiés savent que l'Armée rouge ne leur fera pas de cadeau, et essaient désespérément de fuir. Dans la débâcle générale, Doenitz veut gagner du temps pour faire passer le plus grand nombre de civils à l'Ouest de l'Elbe. Cette obsession pour les réfugiés explique le comportement de Doenitz vis-à-vis les Alliés.

 Comment capituler Doenitz sait que les Alliés n'accepteront pas de négocier avec aucun chef du Troisième Reich, suite à la décision prise à Casablanca. Mais pour Doenitz, il était peut-être possible de "discuter" de certaines modalités avec les Alliés. Lorsqu'il apprend la mort d'Hitler et de Goebbels, la disparition de Bormann, ainsi que l'arrestation de Goering le 2 Mai, Doenitz est confronté à un dilemme:

  1. S'il continue de résister = accroissement des pertes et des destructions.
  2. S'il capitule en bloc = les réfugiés allemands ne pourront pas passer à l'Ouest.

Curieusement, la première directive de Doenitz est d'ordonner la poursuite des combats, même s'il sait que tout est foutu. Il sait que s'il ordonne une cessation générale et immédiate des hostilités, les forces allemandes se rendront dans le désordre, et que cela va accroître le désarroi dans les populations civiles. Doenitz apprend que l'Allemagne n'a plus que dix jours de réserves de carburant. De surcroît, la capitulation des forces de Kesselring en Italie du Nord le convainc que la fin est proche.

Il opte pour des capitulations partielles, à la fois pour une contrôler les redditions, tout en espérant gagner du temps pour faire passer les réfugiés à l'Ouest:

  1. Il ordonne la reddition de la Kriegsmarine par son célèbre message radiodiffusé.
  2. Il ordonnera la reddition des forces allemandes du Nord.
  3. Il enverra des négociateurs signer avec les Alliés à Rheims.
  4. Il se plie à la décision soviétique de re-signer une capitulation à Berlin.
  5. Finalement, il coopère ponctuellement avec les Alliés.

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A Lunenburg

Le 3 Mai, Doenitz envoie deux émissaires négocier la reddition des forces allemandes du Nord au maréchal Montgomery – y compris celles à l'Est qui fuient en lambeaux devant les attaques du maréchal Rokossovsky. Il se méfie de Keitel, et envoie deux hommes "propres". L'amiral Von Friedeburg et le général Kinzel se présentent au QG de fortune du 21ème Groupes d'Armées de Montgomery. Ce dernier se montre un peu surpris: qui sont ces gens? Qu'est-ce qu'ils veulent? L'acceuil est sec. Von Friedeburg dit que Doenitz est prêt à signer une capitulation pour les seules forces allemandes du Nord. Le maréchal n'a pas été préalablement informé de la démarche de Doenitz, et n'a pas l'autorité de son patron, Eisenhower, pour agir seul. Montgomery accepte, à priori, l'offre de Von Friedeburg, mais à condition d'y inclure les unités allemandes en Hollande, en Frise et au Danemark. Protestations. Von Friedeburg doit retourner faire rapport à Doenitz. De son côté, Montgomery a besoin d'un ordre pour approuver cette capitulation partielle, et ajourne le meeting. A Flensburg, Doenitz est ravi du délai britannique.

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Le général Kinzel signe la reddition - Montgomery appose sa signature

Les tatillonnages se poursuivent durant la journée du 4 Mai. A 18H20, Eisenhower permet à Montgomery de recevoir la reddition allemande. Cependant, celle-ci ne couvre que les troupes allemandes combattant le 21ème Groupe d'Armées britannique depuis la Hollande jusqu'au Schleswig-Holstein. Entre-temps, cette signature n'empêche pas les Soviétiques de se rapprocher du Danemark. Von Friedeburg et le général Kinzel se représentent devant Montgomery, mais ils le trouvent en train de lire le journal.. Il fait attendre les émissaires allemands en pleine pluie durant une heure. Ils sont ensuite reçus par Montgomery, et les signatures sont échangées.

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A Rheims

Doenitz croyait que cette capitulation limitée des forces allemandes du Nord allait calmer la requête alliée pour une capitulation immédiate, mais il se trompait. Les Alliés exigeaient une reddition inconditionnelle immédiate dans les plus brefs délais. Ils voulaient tous en finir avec cette guerre. Eisenhower constatait que certaines poches de résistance allemandes tenaient encore le coup contre l'Armée rouge, alors que tout était presque tranquille à l'Ouest de l'Elbe. Cela ne plaisait pas aux Soviétiques. Pour gagner du temps, Doenitz envoie l'amiral Friedeburg au QG d'Eisenhower à Reims pour exposer les difficultés reliées à une reddition immédiate de la Wehrmacht sur tout le territoire allemand.

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La salle de reddition - Enfin la nouvelle tant espérée

Si Friedeburg signe la capitulation, j'accepterai de le rencontrer, mais pas avant, dit Eisenhower à ses subalternes. Friedeburg espérait rencontrer Eisenhower mais traita plutôt avec son adjoint, le général Bedell-Smith. Ce dernier se montra à la fois réceptif et réservé devant les propos des Allemands. Friedeburg suppliait les Américains de laisser un délai de 48 heures avant une capitulation générale pour permettre au plus grand nombre de réfugiés allemands – civils et militaires – de passer à l'Ouest de l'Elbe pour échapper aux Soviétiques. Friedeburg n'est pas très habile dans son art de persuader ses interlocuteurs, comme en témoigne Alain Decaux dans le commentaire ci-contre. Devant la réticence américaine, Doenitz envoie le général Jodl à Reims pour aider la délégation de Friedeburg. Le 5 Mai, Jodl réussit à persuader les Américains d'accorder le délai requis. Bedell-Smith en cause privément à Eisenhower dans une antichambre: Donnez-leur un délai de 48 heures, pour leurs réfugiés. Donnez-leur ça. Ils ne demandent rien d'autre. Eisenhower hoche la tête positivement, sans sourire. Puis Bedell-Smith dit aux deux hommes que la capitulation générale sera exigée si ne qua non à partir du 9 Mai à 00H00: Friedeburg a ses 48 heures...

Le général Jodl signe l'acte de capitulation

Ainsi, ce sera Bedell-Smith qui recevra les plénipotentiaires allemands au nom d'Eisenhower. Bedell-Smith lit la déclaration de reddition à la délégation allemande conduite par Jodl et Friedeburg. Elle ordonne la cessation immédiate et simultanée des hostilités sur tous les fronts le 8 Mai à 23H00ce qui confirme la défaite militaire et politique du Troisième Reich. Le déroulement de la cérémonie s'inspire de la capitulation partielle à Lüneburg.

Par la suite, des officiers généraux subalternes signent au nom des branches des forces armées alliées:

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A Berlin

Pendant ce temps à Moscou, il y avait un mécontent. Staline se croyait à l'écart de ce grand moment historique, et il exige auprès d'Eisenhower qu'une nouvelle séance de signatures se fasse à Berlin. Eisenhower ne voit aucune objection – après tout, les Soviétiques ont été ses "alliés galants" et il lui semblait normal de les satisfaire. Il dit à Staline qu'il se rendra à Berlin signer la reddition en compagnie du maréchal Joukov. S'en suit deux incidents tragi-comiques reliés au protocole et., à la France.

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Officiers soviétiques et britanniques à Berlin - Les officiers généraux belligérants signent

Dans toutes les armées, il y a des officiers pointilleux sur les questions de protocole. Dans l'US Army, on fait remarquer à Eisenhower qu'il ne peut pas se rendre à Berlin pour se "présenter" à Joukov. Ce dernier n'était que commandant de groupe d'armées, alors que le patron du SHAEF est généralissime. Eisenhower acquiesce et ordonne à son adjoint britannique, Tedder, d'être reçu par Joukov avec le général Spaatz.

Vichinsky, Tedder et Joukov à Berlin

Entre-temps, la France demandait également à être présente pour la nouvelle séance de signatures à Berlin. De Gaulle ordonne à De Lattre de Tassigny de s'incorporer dans la délégation inter-alliée: De Lattre, nous ne sommes pas invités à Berlin, c'est pour cela que je vous y envoie… Lorsque Joukov s'aperçoit qu'Eisenhower est absent, il refuse de rencontrer la délégation inter-alliée durant cinq heures. Une fois calmé, Joukov reçoit ses camarades de combat occidentaux, mais bougonne sur le choix des signataires:

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Keitel signe pour l'Allemagne - De Lattre signe pour la France

Les plénipotentiaires allemands sont le général Keitel – qui se présente à Joukov en levant son bâton de maréchal –, l'amiral Friedeburg et le colonel-général Stumpff. Keitel signe le document attestant de nouveau la capitulation de l'Allemagne, après avoir assuré à Joukov qu'il avait été mandaté par Doenitz pour la signer. De surcroît, Keitel se permet même de grommeler son mépris devant De Lattre et la délégation française: ..signer à côté d'un Français, c'est un comble… La guerre européenne se termina officiellement le 9 Mai à 0H28.  La capitulation des forces allemandes fut complète, à l'exception du petit Groupe d'Armées Centre de Schorner – toujours encerclé en Bohème et dépourvu de moyens de communications avec Doenitz. Il y eut quelques petits combats avec les Soviétiques, mais cette dernière unité allemande se rendit le lendemain, 10 Mai. Finalement, ce fut au tour de la 20ème Armée allemande basée en Norvège (14 divisions) de se rendre au général britannique Thorne, à Oslo. En France, les îles anglo-normandes ainsi que les ports de Royan, Lorient et de St-Nazaire capitulent.

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La commission de contrôle inter-alliée

L'Allemagne disparaît de facto comme État, car elle est sous la coupe d'un gouvernement militaire. Joukov, Eisenhower, Montgomery et De Lattre devaient également redéployer leurs unités en accord avec les plans de Yalta, car Occidentaux et Soviétiques s'étaient aventurés soit trop à l'Est ou à l'Ouest. L'US Army va évacuer l'Autriche, ce qui permet son occupation par l'Armée rouge. Les zones d'occupation sont alors tracées dans un climat de méfiance qui va préfigurer la guerre froide. Lorsque la conférence de Potsdam débute le 15 Juillet, les Soviétiques sont à moins de 30 milles de Hambourg, à 12 milles de Kassel, et à 80 milles du Rhin. Les occupants vont ainsi "s'installer" dans cette Allemagne vaincue.

Speer, Doenitz et Keitel sont faits prisonniers

Curieusement, cette commission de contrôle inter-alliée va coopérer avec l'administration Doenitz à Flensburg. Les Alliés ont besoin de son aide pour coordonner certaines activités essentielles comme les communications téléphoniques et télégraphiques, ainsi que le raccommodage du transport ferroviaire. Mais cette coopération avec Doenitz scandalisait les milieux informés. Rapidement, le SHAEF ordonne aux Britanniques de dissoudre cette administration et d'arrêter Doenitz et ses acolytes; ce qui fut fait le 24 Mai.

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