Le Japon capitule

En Mai 1945, le Haut-commandement japonais est dans le désarroi le plus complet. L'Allemagne nazie a capitulée, et il devient évident que les Anglo-Américains vont redéployer toutes leurs forces dans le Pacifique pour achever le Japon. Les relations avec l'URSS commencent à se déteriorier, et Tokyo craint que Staline annule le pacte nippo-soviétique conclu en 1941. Les Américains ont pris l'île d'Okinawa, située seulement à 400 milles du Japon métropolitain, tandis que leurs quadrimoteurs n'en finissent plus de réduire les villes japonaises en cendres. Le gouvernement japonais redoute fortement une invasion massive du Japon, et plusieurs de ses membres commencent à envisager de négocier une paix honorable avec les Alliés. La Marine impériale était convaincue de cela depuis sa défaite dans le Golfe de Leyte, en 1944. Mais l'Armée de terre désirait obstinément poursuivre la guerre. D'un point de vue strictement stratégique, le Japon avait déjà perdu la guerre en Juin 1945; pourquoi, alors, ne pas capituler maintenant, ne serait-ce que pour se garder une quelconque marge de manœuvre diplomatique, au lieu de risquer une invasion et d'autres souffrances?
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Que faire?
Malgré le désastre imminent, une partie du Haut-commandement ne partage pas toutes ces craintes. En Mai 1945, il croit que la meilleure chose à faire est de poursuivre les contacts diplomatiques avec l'URSS, et il anticipe que les Anglo-Américains seront repoussés s'ils essaient de débarquer au Japon. Mais c'est de la pensée magique. Bien que les grandes unités du Japon métropolitain sont intactes, elles manquent cruellement de matériel et de logistique pour soutenir un effort défensif, car l'industrie de guerre est en ruines. L'aviation japonaise a sacrifié ses meilleurs pilotes plusieurs années plus tôt, et a envoyé ses recrues s'écraser sur les navires ennemis comme kamikazes. Le Japon n'a qu'une centaine d'appareils encore opérationnels, mais usés. Le Japon a levé en masse plusieurs dizainnes de milliers de civils - une sorte de Volksturm japonaise - mais il sait que leur valeur combattive laissera cruellement à désirer en cas d'une invasion.
Du côté des militaires, chaque camp a ses ténors:
Le ministre de la Guerre, le général Anami, est très pessimiste sur les chances d'infliger un revers coûteux aux Américains sur le sol japonais. Il favorise la paix. Il résume la pensée des cadres supérieurs de l'armée.
Les officiers plus jeunes et de rang inférieur ont une approche jusqu'au boutiste: ils veulent poursuivre le conflit en exigeant d'avantage de sacrifices pour les soldats et les civils. Ils croient pouvoir infliger un revers coûteux aux envahisseurs afin de forcer les Américains à signer une paix honorable qui soit favorable au Japon.
La réalité ne trompe personne, pas même l'empereur Hiro-Hito isolé dans son palais à Tokyo. Ses conseillers civils lui ont démontré que la situation était sans espoir et que la guerre devait cesser, immédiatement. Au début de Juillet 1945, pendant que le Haut-commandement s'illusionne en organisant frénétiquement un effort de résistance, les diplomates se ruent à Moscou pour avoir une audience avec Staline ou Molotov. Par contre, il n'y avait pas que les militaires qui se faisaient des illusions. Le premier ministre Suzuki croyait que les diplomates japonais à Moscou pourraient amener Staline à servir de médiateur; en d'autres mots, le gouvernement japonais en était rendu à souhaiter la médiation soviétique pour sauver l'honneur du Japon.
La déclaration de Potsdam
Le 17 Juillet, Staline rencontre Truman et Churchill à Potsdam. Il informe ses partenaires occidentaux que les Japonais essaient de le rencontrer pour rechercher la paix, sans toutefois être disposés à accepter une reddition sans conditions. Truman, Churchill ainsi que Tchang-kai-Shek s'entendent pour rédiger la "Déclaration de Potsdam" destinée au Japon, et lui rappelle qu'il doit capituler inconditionellement. Le secrétaire d'État américain, Byrnes, insiste sur le sérieux de cette déclaration dans un message pour les actualités cinématographiques, en invitant le Japon à se rendre sous peine de "destruction complète" (clip ci-bas).
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Byrnes: la résistance est futile - Stimson et Byrnes
Devant un pareil ultimatum, le gouvernement japonais se ravise. A partir du 28 Juillet, toutes les discussions du Cabinet vont tourner autour du caractère "inconditionnel" de la reddition. Pour les hauts-fonctionnaires, est-ce que cela signifie que la nation doit capituler en même temps que ses forces armées? C'était une technicalité qui n'avait pas été définie durant la rédaction de la Déclaration de Potsdam; et, le gouvernement japonais va titiller sur ce seul point. Une question fait l'unanimité entre le Cabinet, le corps diplomatique et les forces armées japonaises: la protection de l'Empereur.
A Washington, certains diplomates croient qu'il est possible d'obtenir la reddition du Japon, sans qu'il soit nécessaire de lancer la bombe atomique et/ou de risquer l'anarchie dans le pays. L'assistant secrétaire d'État à la Guerre, McClay, croit que l'institution impériale doit être sauvegardée afin que les forces d'occupation américaines puissent maintenir l'ordre dans ce pays après la guerre: Ils peuvent garder le Mikado, mais à condition qu'il soit un monarque constitutionnel qui ne doit pas avoir aucun pouvoir exécutif. Stimson fut réceptif à cette idée, mais Byrnes s'y oppose car le président a déjà pris la décision de lancer la bombe atomique contre le Japon "dès que possible".
A Potsdam, Staline dit à Truman et Churchill que les militaires japonais n'accepteront jamais un arrangement qui abolirait l'institution impériale. Truman apprécie l'information, mais il le savait déjà, par ce que les codes japonais sont déchiffrés depuis longtemps. Selon le général Umezu, il serait inutile pour nous de survivre comme peuple si la structure de l'État elle-même serait détruite, et cela au prix de la destruction complète du peuple japonais. Entre-temps, le ministre japonais des Affaires étrangères, Togo, supplie son ambassadeur à Moscou: ..dans les conditions terribles que nous devons endurer, surtout la menace d'invasion, toute attente résultetait en 1000 ans de conséquenses catastrophiques, je vous exhorte à tout faire pour obtenir une audience auprès de Molotov. Mais Molotov causait plutôt avec l'ambassadeur chinois, en lui expliquant les modalités de l'entrée en guerre prochaine de l'URSS contre le Japon.
L'URSS attaque
Selon les dispositions prévues à la conférence de Yalta de Février 1945, Staline ordonne à ses troupes concentrées sur la frontière mandchoue de passer à l'attaque le 8 Août. Cela posait problème pour les Américains. Au début de l'année 1945, Roosevelt avait souhaité l'aide militaire soviétique pour achever le Japon. Mais en Juillet, l'aide de Staline n'était plus requise car les ingénieurs de Los Alamos terminaient la confection de l'arme nucléaire. Bien que la bombe nucléaire fut testée avec succès en Juillet, le nouveau président, Truman, sait qu'il n'y a pas grand chose que les Etats-Unis pouvaient faire pour empêcher les Soviétiques de s'emparer des territoires prévus en Manchourie.
Pour envoyer un message clair aux Soviétiques, la bombe atomique est larguée sur Hiroshima le 6 Août - deux jours avant le début de l'entrée en guerre prévue de l'URSS contre le Japon. Trois jours plus tard, une seconde bombe nucléaire éclate sur Nagasaki. Hiro-Hito organise une conférence au sommet d'urgence dans le bunker souterrain du Palais impérial. Il dit à ses cadres civils et militaires que la capitulation s'imposait. C'est un précédent, car, habituellement, l'Empereur régnait sans diriger - et cette fois il impose sa volonté. Les participants furent ébranlés par la fermeté de Hiro-Hito et ils endossent sa décision: paix, il y aura… Des messages furent envoyés à Washington stipulant que le Japon est prêt à capituler selon certaines conditions. Presque sur-le-champ, Tokyo reçoit un message de Byrnes qui exhorte le Japon à capituler inconditionnellement, et que l'Empereur sera assujetti à l'autorité du commandement allié. Ces propos sont repris par Truman devant le Congrès (voir citations historiques). Ce à quoi Tokyo répond: quel sens voulez-vous donner au mot "assujetti"? Le 14 Août, Byrnes informe le gouvernement japonais que l'institution impériale ne sera pas abolie. En d'autres mots, Hiro-Hito recevra des ordres d'un nouveau shogun: les Etats-Unis. Le gouvernement japonais rencontre de nouveau Hiro Hito pour lui demander son avis. Ce dernier est plus que jamais décidé à accepter l'offre alliée, appelée "instrument of surrender".. Entretemps, les Soviétiques attaquent toutes les positions japonaises en Manchourie, de même que Port Arthur. Les Japonais de Mandchourie font face à des unités expérimentées, tandis que leurs soldats n'ont pas combattu depuis 1940. Les troupes japonaises sont rapidement délogées par l'excellente coordination inter-armes soviétique. Les soldats japonais déposent les armes rapidement, ce qui amène les Soviétiques aux portes de la Corée.
Le message de l'Empereur
Lorsque la deuxième bombe nucléaire américaine éclate sur Nagasaki, la situation au sein du gouvernement japonais devient chaotique. Une faction de l'armée était prête à se rebeller pour contrer toute idée de paix. Selon le marquis Kido, la grande majorité de la population civile et des militaires ignoraient totalement que le gouvernement envisageait de négocier une paix dite honorable: si la population avait su que le gouvernement négociait dans son dos, cela aurait conduit le pays à l'anarchie, voire à une révolution. Néanmoins, Hiro Hito enregistre son discours de capitulation sur un disque qui sera diffusé le 15 Août. Dans la nuit du 14 au 15, les jeunes officiers envahissent le Palais impérial tenter de s'emparer de l'enregistrement de l'Empereur. Des tirs sont échangés. Le général Mori est tué. Le coup d'État échoue. Le général Anami se suicide. Le 15 Août à midi, les hauts-parleurs de Tokyo diffusent le message de Hiro Hito à des Japonais qui entendent la voix de l'être divin pour la première fois. C'est fait: le Japon annonce aux Alliés qu'il capitule: nous devons imaginer l'inimaginable, supporter l'insupportable.
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Une Japonaise brûle de l'encens pour honorer son fils - Le général Anami
Le double choc de la défaite et de la capitulation est énorme dans l'ensemble du pays. L'armée de terre fut particulièrement ébranlée, et elle se croit déshonorée. Nombreux furent les officiers - jeunes et vieux - qui se font hara-kiri à Tokyo et dans les grandes villes japonaises, pour échapper aux déshonneur de la défaite. Le maréchal Sugiyama et le vice-amiral Onishi - le patron des kamikazes - sont de ceux-là. Dans l'ensemble, ce double choc psychologique est encore plus fort que l'explosion des deux bombes atomiques.Dans l'intervalle qui suit l'annonce de la capitulation jusqu'à la cérémonie officielle de reddition, les Américains sont stupéfaits de la volte-face de la population japonaise à leur égard. Elle passe de l'antagonisme général à la collaboration stoïque avec l'occupant. Ce comportement se généralise non seulement au Japon, mais également en Corée et dans les zones mandchoues dégagées par les Soviétiques. L'attitude des forces japonaises en Chine est encore plus surprenante. Malgré le fait qu'elles se considèrent comme invincibles, ces grandes unités japonaises déposent leurs armes mécaniquement devant les soldats chinois et soviétiques lorsque la proclamation d'Hiro Hito est diffusée outre-mer. Même chose pour les petits contingents qui s'obstinent à résister en Asie du Sud-Est. En revanche, des problèmes de communication et d'isolement géographique font en sorte que plusieurs petits groupes de soldats japonais isolés dans les îles du Pacifique vont continuer de se battre.
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Sur le Missouri
Le 30 Août, une petite force anglo-américaine débarque à Yokosuka. Le 2 Septembre, le nouveau ministre japonais des Affaires étrangères, Shigemitzu, se présente à bord du cuirassé Missouri pour la signature officielle de la capitulation du Japon. Il s'était ancré dans la baie de Tokyo et était protégé par une escadrille de chasse - afin d'ajouter de la pompe pour la cérémonie.. A bord de ce navire de ligne de la classe Iowa, il y avait les délégations officielles de tous les pays alliés qui étaient en état de guerre contre le Japon.
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Escadrille de protection pour le spectacle - Le cuirassé Missouri
La délégation japonaise se présente devant les deux commandants américains du théâtre d'opération du Pacifique, soit l'amiral Nimitz et le général MacArthur.
Elle est vêtue de vieux habits d'avant-guerre avec chapeaux hauts-de-forme, ce qui contrastait avec les tenues modernes et décontractées des Occidentaux. L'organisation de la cérémonie fut menée par MacArthur, avec son génie de la mise en scène pour plaire aux journalistes. Il se mit debout derrière un micro (ci-contre) et fait face à la délégation devant lui. D'un ton solonel et nasillard, il "invite" le Japane-eeese government et l'État-major impérial à signer les documents de capitulation at the places indicated (voir citations historiques)… Le gouvernement du premier ministre Suzuki avait mandaté le général Yoshijiro Umezu à signer la capitulation des forces armées japonaises - ce qu'il fit, sobrement. Puis, ce fut au tour du ministre Shigemitzu. Ensuite, MacArthur fit signer les généraux alliés mandatés par le gouvernement. En guise d'élément revanchard, il fait signer le général Wainwright - le vaincu de Corregidor - et le général britannique Percival - le vaincu de Singapour - respectivement au nom de l'US Army et de l'Angleterre.
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Le général Umezu capitule - Signature de l'amiral Nimitz
Puis, ce fut la signature des généraux australiens, néo-zélandais, chinois, et soviétiques. Après les signatures des mandataires alliés, l'amiral Nimitz signa au nom de l'US Navy. Finalement, MacArthur signe l'acte de capitulation au nom du gouvernement américain, et se permet le mot de la fin pour le bénéfice des actualités cinématographiques et de la presse (ci-bas).
Prions ensemble pour la paix...
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