Le raid de Doolittle

Cet événement fait partie du folklore militaire américain de la Seconde Guerre mondiale pour son audace, son intrépidité et ses résultats considérés comme incertains. Pour canaliser le mécontentement populaire aux Etats-Unis depuis l'attaque sur Pearl Harbor, le président Roosevelt exigea que ses stratèges organisent un raid contre Tokyo. Il savait que la première priorité était de remonter le moral de l'opinion publique américaine. Il appliqua ce que Churchill avait fait deux ans plus tôt lorsque Londres fut bombardée une première fois et pour la même raison: galvaniser l'esprit revanchard américain par un geste d'éclat. Le problème dans l'exécution d'un tel raid était qu'aucune base terrestre n'était assez proche du Japon pour effectuer un raid aérien. De sucroit, un porte-avions devrait s'approcher jusqu'à 300 milles des côtes japonaises pour lancer ses appareils, et il aurait de fortes chances d'être détecté et intercepté. Le 10 Janvier 1942, un officier naval d'État-major du bureau de l'amiral King, le capitaine Francis Lowe, crut qu'il serait possible de monter des bombardiers bimoteurs sur un porte-avions. Le 16, l'adjoint de Lowe, le capitaine Donald Ducan proposa d'utiliser le nouveau bimoteur tactique B-25 avec une charge d'une tonne par appareil, afin d'accroitre l'autonomie de l'appareil dans une mission de combat. Avec une charge d'une tonne, le B-25 pouvait parcourir 2000 milles et - avec l'ajout de deux petits réservoirs auxiliaires - lâcher quelques bombes sur le Japon et se poser en Chine. Lowe et Ducan se gagnèrent l'appui du commandant du porte-avions Hornet, Mitscher, testèrent l'utilisation du B-25 dans le plus grand secret, et découvrirent qu'à pleine puissance au décollage, le B-25 n'exigeait que 500 pieds de piste pour décoller. Le plan d'attaque fut approuvé par l'US Navy.

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L'attaque

Le 8 Avril 1942, le porte-avions Enterprise et son escorte de destroyers eurent l'ordre de naviguer vers un point de rendez-vous avec le porte-avions Hornet, parti depuis San Francisco. Sur le pont du Hornet, il y avait 16 B-25 alignés précairement, chacun transportant une tonne de bombes. Les marins de l'Enterprise n'en revinrent pas de ce qu'ils voyaient; à leurs yeux, aucun bombardier bimoteur terrestre n'avait décollé d'un porte-avions. L'Enterprise était chargé d'assurer la couverture aérienne, tandis que les croiseurs Salt Lake City et Northampton protégaient les flancs des deux porte-avions contre une présence navale. Le plan d'attaque était, de l'avis de plusieurs officiers, assez risqué. Lorsque les navires furent ravitaillés en mazout, la petite armada devait naviguer plein Ouest vers le Japon, sans leurs destroyers.

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Les bimoteurs B-25 sur le pont du Hornet - Le Hornet vu de l'Enterprise

La mission de bombardement fut commandée par un officier de l'Army Air Corps, le colonel James Doolittle. Ses avions devaient tous décoller le lendemain afin d'arriver au-dessus de Tokyo au crépuscule et larguer leurs bombes avant de filer vers la Chine et se poser sur le terrain de Chuchow. Les cibles choisies furent Tokyo, Osaka, Nagoya et le port de Kobe. Il n'était pas question de s'attarder au-dessus de chaque ville attaquée: hit and run! De facto, il s'agissait d'une frappe aérienne. La navigation se déroulait comme prévue jusqu'au 18 Avril. Durant la nuit, le radar de l'Enterprise repéra deux échos à dix milles des navires. A l'aube, les avions de l'Enterprise repérèrent deux bateaux de pêche japonais directement sur la route de la flottille. Un des bateaux de pêche signala la présence des Américains par radio. Les deux navires furent coulés par un des croiseurs accompagnateurs. Parmi les marins présents lors de ces premiers coups de canon, il y avait le futur acteur Rod Steiger. Afin de ne prendre aucun risque d'ébruiter le secret de l'opération, Doolittle opta pour lancer l'attaque, même si la distance optimale de décollage n'avait pas encore été atteinte. Doolittle savait que le retour des avions en Chine serait peut-être compromis par une panne d'essence. Néanmoins, Doolittle ordonna le décollage. Ce ne fut pas une mince affaire, car la mer était grosse et les avions tanguaient dangereusement sur le pont, lorsque privés de leurs amarres.

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Doolittle et ses équipiers sur le Hornet - Décollages plutôt risqués...

Les B-25 durent compresser leurs moteurs à pleine puissance sur le pont et décoller. L'espace de décollage était plus que minimal et de nombreux appareils effleurèrent l'écume des vagues. L'appareil de Doolittle lui-même failli s'abimer en mer au décollage, car le pilote, nerveux, avait inversé les volets au décollage. L'appareil piqua mais parvint à se redresser avant la catastrophe. Afin d'économiser le carburant, les B-25 volèrent au ras des flots pour la plus grande partie de leur trajet. A quelques milles de la côte japonaise, ils prirent leur altitude de combat. Les attaquants se séparèrent en deux vagues distinctes. Entretemps, aucune indication de l'imminence du raid américain ne fut dévoilé par Radio-Tokyo dans son édition de langue anglaise, selon l'ambassadeur américain Joseph Grew. Les avions purent survoler le territoire japonais sans être interceptés par la chasse. Vers 2H00 du matin, les sirènes d'alarmes sonnèrent à Tokyo et ailleurs. Le port de Kobe fut touché (image gauche), de même qu'à Yokohama et Yokosuka. Une des bombes endommagea le porte-avions léger Ryuho, à l'ancre. Au-dessus de Tokyo, les B-25 lâchèrent leurs bombes à 2000 pieds; elles frappèrent une aciérie, un dépôt d'essence et une centrale thermique. Un bombardier fut abattu par des tirs anti-aériens. L'équipage fut fait prisonnier et trois d'entre eux furent décapités. Un autre B-25 atterrit à Vladivostok. L'équipage est interné, en regard au traité de non-agression soviéto-japonais. Les autres se posèrent çà et là sur les côtes chinoises. La plupart des 80 équipiers survécurent à leur mission.

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Immeubles endommagés à Tokyo - Aviateur américain capturé - Bon pour le moral

Les conséquences

Ce premier raid américain sur l'archipel fit très peu de dégâts mais il avait frappé un symbole, Tokyo. L'attaque avait été une surprise à l'instar de Pearl Harbor. En réaction, dans les semaines qui suivirent, le Service aérien de la Marine impériale japonaise s'attaqua en priorité aux porte-avions américains. De son côté, l'armée japonaise, menée par le général Hata, occupa aussi massivement la Chine pour éviter que ce pays ne serve de repli aux bombardiers, massacrant à l'été 1942 environ 250,000 civils des provinces du Zhejiang et du Jiangxi. En contrepartie, l'opération fut un succès pour la propagande américaine et l'effort de guerre. Elle montrait que le Japon n'était plus à l'abri des bombes. Une autre conséquence fut l'affectation d'une partie des chasseurs japonais à la défense du territoire ce qui permit de limiter le nombre d'avions sur le front du Pacifique sud. La décision de s'en prendre prioritairement aux porte-avions mena au revers militaires japonais à Midway, dont le but était d'attirer l'US Navy pour détruire "ce qui en restait", pour que plus jamais les Américains ne soient en mesure de bombarder le Japon. Fait à Noter, Doolittle ne fut jamais entièrement satisfait de cette mission qu'il considéra comme une demi-réussite, même si elle avait eu un impact décisif sur la suite de la guerre.

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