Vers l'Elbe

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Pendant que les forces américaines et britanniques terminent la réduction de la poche de la Ruhr, trois armées américaines exploitent leurs percées initiales du Rhin vers l'Elbe. De l'Oder, vingt armées soviétiques exploitent les leurs, également en direction de l'Elbe, et débutent le siège de Berlin qui promet d'être difficile. Camions et chars foncent à pleine vitesse sur des routes que les Allemands, dans la débâcle, ont souvent négligé de miner, prenant villes et villages devant des civils allemands à la fois inquiets ou parfois terrorisés – selon que le libérateur vient de l'Ouest ou de l'Est. Occidentaux et Soviétiques ne sont intéressés qu'à atteindre leurs objectifs le plus rapidement possible, peu importe les faibles tirs antichars qu'ils subissent sur leurs chemins. A l'Ouest, la résistance allemande faiblit constamment. La moyenne quotidienne de prisonniers allemands récoltés est de 50,000 entre le 2 et le 12 Avril 1945. Les différentes unités de la Volksturm étaient les plus nombreux à se rendre; ces quiquagénaires n'avaient pas envie de se faire percer la peau alors que tout était perdu. Les réguliers allemands encore valides sont usés à l'os et désertaient – malgré la présence de court martiales volantes qui ne prononçaient que des sentences de mort. Quant aux quadragénaires des Volksgrenadiers, leur entrainement insuffisant ne leur permettait pas de maintenir leurs positions et leurs rangs se dispersaient dès le début des tirs ennemis. Le nombre impressionnant de prisonniers allemands capturés amena une chute des pertes alliées. La 3ème Armée de Patton n'aura que 2100 tués et 8000 blessés entre le 22 Mars et le 8 Mai.
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Du Rhin vers l'Elbe
La 9ème Armée US arrive à Wolmirstedt sur la rive gauche de l'Elbe. Ses avant-gardes établissent la première tête de pont américaine sur la rive droite de l'Elbe près de Magdeburg. La 1ère Armée US de Bradley progresse de 80 milles en quatre jours, et se retrouve aux pieds des montagnes du Harz à Nordhausen – où sont assemblées les fusées V-1 et V-2. Le 13 Avril, Bradley et Patton tenaillent la 11ème Armée allemande qui fut encerclée, et presque entièrement capturée. Le 8ème Corps US arrive lui-aussi à l'Elbe et y établit une tête de pont sur la rive droite du fleuve à Wittenberg. Le 14 Avril, il prend Leipzig. Le 26, le général Hodges fait sa jonction à Torgau avec le général Zhadov, commandant la 5ème Armée de la Garde.
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A plein gaz vers l'Elbe – Tigres contre Shermans
Quant à Patton, il devait batailler devant Mulhausen contre certaines unités allemandes coriaces. Le 21, il était à Chemnitz, et fait bifurquer l'axe de sa progression de l'Est vers le Sud-Est en direction de la Bavière. Les progressions motorisées et blindées américaines sur les autobahns se heutent parfois à des petits groupes de Volksgrenadiers munis de Panzerfaust ou d'une poignée de chars Tigre bien résolus à ralentir leur mouvement. Il y a, ici et là, quelques échaufourrées (clip ci-haut), mais dans l'ensemble, rien ne semble arrêter la ruée alliée au coeur de l'Allemagne.

Entretemps, les Américains découvrent 300 tonnes d'archives de la Wilhemstrasse dans une voute aménagée dans les montagnes du Harz; ils trouvent également les réserves d'or de la Reichsbank, soit 1.2 milliards de dollars, ainsi que pour 3 millions de marks de monnaie et devises étrangères. Lorsque poche de la Ruhr fut liquidée, des unités de Bradley furent retransférées à la 3ème Armée de Patton, ce qui permit à ce dernier d'épauler les progressions de la 7ème Armée de Patch en Bavière et en Autriche; à ce moment, Eisenhower craignait qu'Hitler ait réussi à quitter Berlin pour s'enfermer dans sa "redoute nationale" à Berchestgaden . La progression de Patton est phénoménale, car elle pousse son 8ème Corps jusqu'à Linz en Autriche, soit 10 milles au-delà de la limite prévue du partage de la zone d'influence entre les Alliés occidentaux et les Soviétiques. Le 3ème Corps de Van Fleet pousse ses avancées jusqu'aux pieds des Alpes bavaroises. Ce qui fit accélérer les avances de Patton était la rumeur qu'Hitler se trouvait dans un convoi en route pour Berchestgaden. Il donna l'ordre à ses commandants de corps d'armée d'abattre Hitler dès que capturé.
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Poignée de main américano-soviétique sur l'Elbe – Sacs de la Reichsbank cachés dans la mine de Merkers
Montgomery à Lubeck
La mission de Montgomery était de pousser son groupe d'armées jusqu'à Lubeck et d'isoler le couloir qui mène au Dannemark. Les Britanniques devaient pousser le long de la Baltique et désarmer toutes les forces allemandes qu'ils rencontreraient. Il disposait de la 2ème Armée britannique et de la 1ère Armée canadienne pour faire ce travail. Le général Dempsey prend Munster et pousse son 30ème Corps en direction de Brême. Les progressions britanniques sont temporairement retardées par la division blindée Clausewitz. Néanmoins, le 8ème Corps britannique atteint l'Elbe devant Lauenburg dès le 19 Avril. Soucieux de progresser le plus rapidement possible, Montgomery demande à Eisenhower trois divisions allouées aux armées américaines; cela lui est accordé. Le 30 Avril, les unités anglo-américaines, protégées par des chasseurs réactés Meteor, traversent l'Elbe en force et occupent Lubeck; d'autres unités britanniques prennent Wismar, six heures avant l'arrivée des éléments avancés des forces du maréchal Rokossovsky.
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Jonction des Américains et des Russes en Saxonie – Le croiseur Hipper est encore à Brême
Le 6 Avril, le 12ème Corps britannique du général Ritchie affronte la dernière résistance semi-organisée au nord-est de l'Allemagne: la grande ville portuaire de Hambourg. Mais les unités allemandes qui la défendent n'ont plus de moral et de soutien. De plus, la population civile avait suffisamment souffert pour que le commandant allemand, le général Wolz, accepte de rendre le 2 Mai. Deux jours plus tard, les soldats de Ritchie atteignent le canal de Kiel à Eckernforde. A ce moment, Ritchie était à 35 milles du petit port de Flensburg, ou l'amiral Doenitz avait installé le nouveau gouvernement du Reich après le suicide d'Hitler. A Brême, les Britanniques découvrent le croiseur Hipper encore à quai. Entretemps, le 30ème Corps de Horrocks progresse vers le port de Brême, mais lentement; il est ralenti non pas par la résistance allemande, mais par le haut degré de destruction qui gène le mouvement des véhicules. Le seul point de résistance armée est à Lingen, où des parachutistes de la 7ème Division lancent frénétiquement des petites contre-attaques en criant le "heil Hitler". Brême était défendue par une division sous-dotée de fusiliers-marins allemand. Elle se bat bien, mais n'a pas empêché les Britanniques d'encercler la ville et de forcer sa reddition le 26 Avril. Quelques heures plus tard, les éléments avancés de Horrocks occupent Cuxhaven, à la bouche de l'Elbe.
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Des torpilles qui ne serviront pas – Char Tigre II détruit
Progressions françaises
Pendant que les généraux Patch et Patton nettoient leurs zones méridionales et centrales des derniers lambeaux allemands, la 1ère Armée française avait été laissée sans objectifs précis par le SHAEF. Eisenhower demanda aux Français de ne se contenter que d'occuper Baden-Baden en Forêt Noire. De Gaulle et De Lattre refusent un tel prix de consolation. Pour De Gaulle, "l'importance nationale" de la France exigeait que les troupes françaises participent de plein droit aux progressions alliées sur la rive droite du Rhin. Pendant que De Gaulle convainc Eisenhower, De Lattre convainc Devers de la justesse des doléances françaises. De Lattre allait déployer les Français sur la rive droite du Rhin au sud de Lauterbourg. Durant leurs progressions, les Français font leur jonction avec la 7ème Armée US de Patch. Ce dernier avait dut batailler quelque peu pour se frayer un chemin dans la région industrielle de Bamberg-Schweinfurt-Nuremberg, pour ensuite faire son entrée à Munich le 19 Avril. Le lendemain, la 5ème Division blindée française encercle Stuttgart; la ville se rend après quelques heures de résistance. Les Français font 28,000 prisonniers. Au même moment, le général Béthouard atteint la frontière suisse à Schaffhausen, et coupe la retraite à un corps d'armée SS commandé par le général Keppler: 40,000 soldats allemands sont cadenassés. Les soldats français n'étaient pas chauds à l'idée d'interner ces SS réputés pour leur fanatisme. Le 2ème Corps français arrive aux pieds du nid d'aigle d'Hitler à Bertchesgaten le 2 Mai. Goering, qui s'y trouvait, a eu juste le temps de fuir.
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Drapeau français dans le Rhin – Français à la frontière autrichienne
Entre le 2 et le 7 Mai, les unités françaises nettoyèrent ce qui restait des unités allemandes encore valides, grâce aux renseignements fournis par des résistants autrichiens anti-nazis. Mais la plupart du temps, les soldats allemands se rendaient sans même livrer bataille. La 2ème Division marochaine fait son entrée à Ulm sur le Danube. Le 7 Mai, un cessez-le-feu fut décrété en Autriche, suite à la capitulation du maréchal Kesselring. Durant cinq semaines de campagne, la 1ère Armée française avait réussie à détruire 8 divisions allemandes et capturé 180,000 prisonniers. Parmi ces derniers, le fils du maréchal Rommel, Manfred, qui fut promptement relâché par le général De Lattre - vraisemblablement pour des raisons politiques.
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Pont flottant américain sur le Danube – Les Russes à Vienne
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Les Russes arrivent
Le 16 Avril, les Soviétiques débutent leur offensive finale de l'Oder ver l'Elbe entre Dresde et la côte balte. Le centre de l'attaque est l'encerclement et la prise de la capitale du Reich. Il s'agissait d'une offensive bien coordonnée par Joukov. Ce dernier avait ramené sa droite et centrée sur Berlin. Rokossovsky inséra son Front biélorussien dans l'espace vide créé, sur la droite, depuis sa tête de pont sur Dantzig. Koniev fit glisser son Front ukrainien de la Haute Silésie jusqu'à la rivière Neisse. Ces trois fronts soviétiques totalisaient 2.5 million d'hommes, 6250 chars, 7500 avions, 41,600 pièces d'artillerie tractées ou autopropulsées et mortiers, 3255 rampes lance-fusées Katioucha, et 95,000 camions et véhicules majoritairement fabriqués aux Etats-Unis.

De l'Oder au Danube
Le dispositif d'attaque soviétique prévoyait donc une concentration maximale des forces au centre et une économie aux ailes (ci-haut). Au nord et au sud de Berlin, les défenses allemandes étaient éparses et fluides, comme l'avait expérimenté les Alliés occidentaux depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe. Au sud, trois armées soviétiques du 1er Front ukrainien bousculent aisément les maigres défenses allemandes devant Gorlitz et font leur jonction à plusieurs endroits avec les unités de la 3ème Armée US de Patton. Soviétiques et Américains n'ont aucune difficulté à exterminer ce qui restait des débris de la vénérable 4ème Armée blindée allemande. L'action de ces trois armées (52ème, 5ème, et 13ème) a servi de couverture pour la réalisation difficile de la pince gauche autour de Berlin, réalisée par le reste du 1er Front ukrainien. Le 1er Mai, ces trois armées arrivent dans la région de Magdebourg.
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Automoteurs soviétiques prêts à l'attaque – Le pilonnage soviétique du 16 Avril
Au nord, entre Berlin et la côte balte, six armées soviétiques ont également progressé assez rapidement depuis leurs têtes de pont sur l'Oder. En trois jours, elles ont cassé les défenses allemandes du Groupe d'armées de la Vistule, mais subissent une résistance plus sévère au fur et à mesure que les Soviétiques essaient de converger vers Berlin. Dans des efforts désespérés et suicidaires, des unités débraillées du Groupe d'armées Vistule lancent des contre-attaques qui réussisent à faire replier les Soviétiques de quelques milles, mais ces efforts n'ont pour effet que de saigner les effectifs allemands encore valides. Plus au nord, les Soviétiques n'ont pas de difficulté pour progresser vers la côte balte. Les maigres renforts allemands venant de personnel convalescant furent insuffisants pour contrer le rouleau-compresseur soviétiques à son plus fort.
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Renforts allemands en Silésie – Soviétiques observant l'efficacité de leur pilonnage
Le 18 Avril, les Soviétiques entrent à Neubrangdeburg; trois jours plus tard, ils sont à Dermin. Le 26 Avril, ils font leur jonction avec les Britanniques à Rostock. La célèbre base expérimentale de Peenemunde est rapidement occupée, mais les Anglo-Américains avaient réussi à faire évacuer des savants et du matériel sur la rive gauche de l'Elbe. Le 5 Mai, les avant-gardes soviétiques sont devant Gustrow et Ludwighust. La division de l'Allemagne nazie entre Soviétiques et Alliés occidentaux est désormais une réalité.
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