Yves Farge

Journaliste

1899-1953

Journaliste, résistant et politicien français qui a été ministre du Ravitaillement dans le gouvernement de Georges Bidault en 1946.

Né à Salon-en-Provence, Farge quitte l'école à quinze ans pour devenir dessinateur industriel ; parallèlement, il adhère aux Jeunesses socialistes. Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme aide-infirmier. Après la guerre, il devient journaliste et travaille au Maroc jusqu'en 1931. Ensuite, il vit à Paris où il travaille pour les revues Monde d'Henri Barbusse et La Lumière, puis à Grenoble où il entre à La Dépêche dauphinoise dont il devient le rédacteur en chef l'année suivante. Après les accords de Munich, il devient pacifiste. Farge se trouve un job au journal Progrès de Lyon ou il tient une rubrique sur la politique étrangère. Peu après la débâcle de 1940, il opte pour la résistance et se met en rapport avec d'Astier de la Vigerie. Dès lors, Farge prend le nom d'emprunt de Grégoire puis Bonaventure.

Farge fut impliqué dans l'histoire du maquis du Vercors, mais l'affirmation trouvée sur le site de l'Ordre de la Libération selon laquelle Jean Moulin lui aurait donné en 1942 la mission d’organiser militairement le maquis du Vercors – ce qu ine fait pas retenu par les historiens. Ces derniers retiennent que Farge a transmis à Jean Moulin fin janvier 1943 une note écrite par Pierre Dalloz sur les possibilités militaires du Vercors. Moulin entérina le projet connu sous le nom de code "Montagnards" après une rencontre entre Farge, Dalloz et le général Delestraint le 10 février 1943. Devenu commissaire de la République, il sera présent dans le Vercors en juillet 1944 lors de l'épisode de la "République libre du Vercors". Il fut aussi membre de l’état-major de l’Armée secrète dirigée par le général Delestraint. Après les arrestations de ces deux grands résistants, il fut recherché par la Gestapo et se rendit à Paris où, contre le Service du travail obligatoire, il présida le Comité d'action contre la déportation. Dans ce cadre, il rencontre les chefs d'entreprise membres de l'Union des cadres industriels de la France combattante (UCICF, devenue UCIF puis UNITEC), dont Léon Blanchard, directeur de l’Énergie électrique du Rhône et du Jura, chargé d'organiser le sabotage des usines du Creusot et futur préfet de l'Ain, ainsi qu'Eugène Roy, avec qui Farge travaille sur la conception de clous tétraédriques capables de percer les pneus des véhicules allemands. Suite au refus d'Alban Vistel d'occuper ce poste, le général de Gaulle nomme, en avril 1944, Yves Farge commissaire de la République pour les départements de la région rhodanienne: l'Ain, l'Ardèche, la Drôme, la Savoie, la Haute-Savoie, l'Isère, la Loire et le Rhône. Il rencontre à Paris Michel Debré qui lui remet son ordre de nomination signé par le général de Gaulle ainsi qu'un document lui donnant le pouvoir de nommer les préfets des huit départements. Sous le nom de Grégoire, Yves Farge part alors pour Lyon avec son épouse et quelques collaborateurs dont Josèphte Condamin, sa secrétaire. Il s'installe clandestinement dans un appartement mis à sa disposition par son ancienne patronne, Hélène Brémond, copropriétaire du Progrès, au 37 rue Bugeaud, près de la gare des Brotteaux et de la Préfecture. Soutenu par les Mouvements unis de résistance et notamment Alban Vistel, il s'attache d'abord à prendre contact avec les résistants de la région, visitant notamment, durant l'été, le maquis du Vercors ainsi que les groupes résistant de l'Ardèche. Dans le Vercors, il organise les secours après l'invasion du plateau et de Vassieux-en-Vercors par les parachutistes allemands le 21 juillet 1944. Le 23 août, 80 Allemands sont fusillés en Haute-Savoie en représailles du massacre de détenus de la prison Montluc au fort de Côte-Lorette. Farge menace de faire fusiller 800 Allemands prisonniers du maquis s'il arrivait quoi que ce soit aux internés de Montluc. Dans la soirée du 24 août, le commandant de la prison, le capitaine Boesche, remet les clés au général Chevalier, l'un des prisonniers ; il avait aussi reçu, à 18 heures, 2 parlementaires alsaciens envoyés par le lieutenant Nunninger, qui conduisait avec le commandant Kœnig le Groupe Franc disposé autour de la prison. De ce fait, environ 800 prisonniers seront ainsi sauvés. Le 3 septembre 1944, Yves Farge sort de la clandestinité et salue le drapeau à la croix de Lorraine hissé dans la cour de la Préfecture. Il se fait reconnaître à ses fonctions de commissaire de la République par le général Diego Brosset, commandant la 1re Division de la France libre qui avait investi la ville. Farge met en place immédiatement le nouveau Conseil municipal, dirigé par Justin Godart.

Comme tous ses collègues, Farge détient, de début septembre jusqu'au 13 octobre 1944, le droit de grâce délégué par le président du Gouvernement provisoire, le général de Gaulle. Or, c'est durant cette période que les tribunaux d'exception chargés de juger les crimes de collaboration (cour martiale créée le 3 septembre, remplacées par trois cours de justice à Lyon, Grenoble et Chambéry, auxquels s'ajoutent des tribunaux militaires), tournent à plein régime. Farge reçoit les demandes de grâce adressées par les condamnés à mort sur lesquelles il doit statuer en quelques heures. Il raconte, dans ses mémoires, l'émotion que lui procure une telle responsabilité. Pendant ses quinze mois de présence à Lyon comme commissaire de la République, Farge est énormément mobilisé par les problèmes de ravitaillement, cruciaux du fait de l'importance de la population lyonnaise. Cette compétence l'amène à prendre le poste de ministre du Ravitaillement en janvier 1946. Farge deviendra ministre du Ravitaillement, poste très difficile, dans le gouvernement provisoire de Georges Bidault, du 8 janvier au 16 décembre 1946. Il dénonce le trafic des vins et procède à l'épuration des services les plus compromis de son ministère. Farge meurt suite à un accident de voiture qui aurait été organisé par les services soviétiques.

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