Les fascismes

Définition I Modèle italien I Modèle allemand I Modèle espagnol I Modèle polonais I Modèle chinois?

La Première Guerre mondiale fut gagnée par des régimes parlementaires représentatifs - dits démocratiques: État-Unis, France, Angleterre et Italie. Avec l'euphorie de la victoire, on aurait pu penser que ce type de régime s'en trouverait raffermi. Même l'Allemagne vaincue avait adopté un régime républicain et parlementaire. L'éclatement de l'Empire austro-hongrois avait produit plusieurs petits États - dont la Tchécoslovaquie et l'Autriche - qui semblaient suivre la même voie. En fait, le système démocratique allait connaitre durant l'entre-deux guerres une crise idéologique. Aprement combattue, sous sa forme occidentale, par la Russie soviétique et par les partis communistes, la démocratie parlementaire représentative fut souvent attaquée avec succès par des partisans de dictatures nationalistes que l'on a groupés sous le nom en vrac de "fascistes". Le premier pays où elles triomphèrent fut l'Italie de Benito Mussolini. Une autre grande pusisance européenne, l'Allemagne, se donna un régime fasciste plus tardivement: le régime national-socialiste - en abrégé "nazi" - d'Adolf Hitler, en 1933. Plusieurs autres pays européens suivirent cet exemple. Presque tous les historiens s'accordent pour affirmer que le fascisme, au sens strict du terme, demeure essentiellement un phénomène de l'entre-deux guerres.

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DÉFINITION

Elle est indissociable de l'expérience italienne. Le mot faisceau - en italien fascio, d'où fascisme - évoquait à la fois les licteurs romains de l'Antiquité, et les faisceaux formés par les fusils lorsqu'ils sont en l'air durant une parade. Il n'existe pas d'unanimité chez les historiens quant à une définition absolue de ce qu'est le fascisme. Néanmoins, ils s'accordent sur le fait qu'il est à la fois une réponse ponctuelle à un problème politique, et le fruit d'une expérience historique inachevée.

Faisceau d'un licteur romain de l'Antiquité

Le fascisme est une forme d'idéologie conservatrice d'extrême-droite qui vante les mérites de la nation et/ou de la race afin de former une communauté intégrale qui doit prévaloir sur toutes les autres loyautés et niveler si possible les différences de classe. Il met l'emphase sur le mythe de la renaissance nationale après une période de déclin ou de destruction. A cette fin, le fascisme fait appel à une "révolution spirituelle" dirigée contre les comportements sociaux jugé décadents - comme l'individualisme et le matérialisme -, et cherche à purger la société de tous les éléments qui menacent la cohésion sociale.

Le fascisme fait l'apologie de la jeunesse, de la masculinité, de l'unité nationale centrée sur des mythes, et surtout sur la violence organisée comme étant le seul moyen de purifier la société et la transformer en communauté intégrale. A l'occasion, il fait la promotion de la supériorité raciale basée sur une peuso-doctrine "scientifique" irrationelle, la persécution ethnique, l'expansion territoriale, et - dans sa forme la plus extrême - le génocide.

Le fascisme est hostile au libéralisme économique, au conservatisme et au marxisme, mais il emprunte des éléments à ces trois idéologies. Le fascisme rejette le principe de la lutte des classes et de l'internationalisme ouvrier parce qu'ils représentent une menace à la fois pour l'unité nationale et l'unité raciale. Il se fait souvent le champion des griefs lancés contre le capitalisme et la grande propriété terrienne, soit en utilisant des boucs-émissaires ethniques, ou en laissant sous-entendre qu'il y a un "complot" quelque part.

Le fascisme rejette également toutes les doctrines libérales basées sur le pluralisme politique et le gouvernement représentatif. En revanche, il cherche à faire participer le plus de gens possible en politique et utilise souvent le jeu du parlementarisme pour se faire connaitre et accéder au pouvoir. Bien que conservateur dans les intérêts politiques et économiques qu'il protège, le fascisme s'oppose au conservatisme des nantis en parlant d'un "ordre nouveau" qui veut éroder les valeurs conservatrices traditionnelles basées sur les hiéarchies établies, tout en donnant un caractère romantique dans son objectif de renaissance nationale.

Dans une moindre mesure, on retrouve dans le fascisme le soucil de faire une société égalitaire - comme dans le communisme. Il peut s'exporter comme une solution internationale aux problèmes d'instabilité économique et politique causée par les idées marxistes. Mais historiquement, le fascisme s'est surtout manifesté comme une sorte de solidarité idéologique entre États-nations. Dans ses moeurs, il fait l'apologie de la supériorité mâle, mais fait également la promotion de la solidarité féminine pour celles qui ont la chance de faire partie de la nation ou de la race privilégiée. 

 Conditions d'existence

Le fascisme doit répondre à quatre conditions précises pour être identifié comme tel dans une société:

  1. La première étape apparait lorsqu'une coalition restreinte d'hommes d'affaires, de hauts-fonctionnaires et de militaires décident de créer un dictateur qui sera le maître d'un pays. Le dictateur dépend de cette coalition d'intérêts uniquement pour obtenir le pouvoir afin de permettre à son parti de prendre le pouvoir et d'exercer le contrôle sur la société.
  2. La seconde étape dans l'établissement d'un régime fasciste se produit lorsque le dictateur se retourne contre la coalition d'intérêts qui lui a donné le pouvoir afin de la contrôler. Cela produit un partenariat insatisfaisant entre le dictateur et sa coalition d'intérêts, qui alterne entre la cordialité et la méfiance.
  3. La troisième étape amène le dictateur à appliquer les principes idéologiques associés au fascisme et décrits ci-haut. Il cherche à consolider son pouvoir en mobilisant la population derrière lui dans une sorte de croisade nationale, parfois raciste, mais presque toujours populiste.
  4. La quatrième étape se produit lorsque le dictateur se substitue à l'État afin de mieux assurer son emprise sur ce dernier. A ce stade, le régime fasciste atteint sa forme la plus achevée, et peut même exercer des mesures totalitaires.

Le dictateur fasciste est considéré comme un guide suprême, et la grande autorité politique, économique et judiciaire suprême. Après avoir pris le pouvoir souvent dans un climat de désordre, le fascisme impose son ordre. Un dictateur fasciste n'est pas un entremetteur, ni un arbitre, ni un représentant des intérêts ou des factions politiques d'un pays. Si les quatres conditions pré-citées ne sont pas présentes chez un chef d'État, il n'est pas un fasciste, et probablement pas un dictateur. Il sera très certainement un chef autoritaire.

Dans le fascisme, la puissance hypnotique du chef réside dans la conscience par l'individu de ce qui lui apparaît comme irrésistible. Le dictateur "résonne" par ses discours à travers une chaine très étendue d'individus et constitue leur "résonateur" qui renvoie à ces mêmes individus leurs craintes, leurs angoisses, et leurs aspirations sous une espèce d'une puissance à laquelle ils croient et qui se confond avec eux-mêmes. Aussi curieusement qu'il ne parait, si le dictateur est le chef suprême, le "meneur" c'est la foule qui se laisse dorloter, hypnotiser et stimuler. Un régime fasciste se gargarise d'une épidémie de réunions, de meetings, de défilés, d'effervescences collectives qui l'amène à reprendre le rapport du meneur et de la foule: le rapport du dictateur ("Duce", ou du "Furhrer" ou du "Caudillo") avec son peuple.

 Hiéarchie de meneurs

Au-dessous du dictateur - chef suprême -, il y a des chefs de moindre envergure mais tout aussi essentiels car ils doivent lui démontrer qu'ils sont capables de lui plaire, de le remplacer dans une large mesure d'une manière locale, ou tout au moins, de lui servir de relais - de courroie de transmission - à son action personnelle. Sans cette hiéarchine de meneurs, il n'y a pas de fascisme. Tous les chefs secondaires présentent à quelque degré les qualités dont le dictateur fait preuve éminemment. Le problème politique est de faire coincider le peuple et le parti et faire en sorte à ce que la population dans un régime fasciste se reconnaisse tout autant chez ces chefs secondaires que chez le chef suprême. Le dictateur et ses chefs secondaires ne doivent former qu'une seule et même personne.

Tout se passe comme si le fascisme appliquait le principe empirique et nomilaliste de Hobbes: seul l'individu est susceptible de volonté, donc seul l'individu est responsable. Mais pour des dictateurs comme Mussolini, Hitler et Franco, le principe de responsabilité joue du bas en haut: chaque chef secondaire est responsable vis-à-vis son supérieur immédiat, et tous sont responsables devant le chef suprême. Le principe de la personnalité du pouvoir est conçu et appliqué de manière stricte: sur l'individu seul revient la responsabilité. Ainsi, dans un système fasciste, les décisions effectives ne sont jamais rapportées à des majorités, mais à des personnalités. La souveraineté du peuple s'effectue en faisant appel à ce qui est souverain dans le peuple, ce qui totalement l'opposé de la conception de la démocratie parlementaire. Dans le fascisme, la chaine des chefs est continue; il faut qu'il y ait transmission directe et personnelle.

 Mécanismes de prise du pouvoir

Le fascisme a sans doute quelques principes idéologiques, mais il se développe surtout dans l'action:

Militantisme souvent violent - il force les masses apeurées à rester passives.

 Arguments irrationnels - L'idée d'appartenir à une "race supérieure", ou un "peuple élu" qui a une mission.

Discours du chef - moyen de promotion du parti et de sa cause nationale

Prises de contrôle au niveau local et régional - pour se donner des bases et déstabiliser les pouvoirs locaux et régionaux.

Pressions sur les institutions - amener des gens influents à appuyer un parti fasciste.

Préparations para-militaires - outil de promotion pour afficher le sérieux de la cause défendue, et exiter la curiosité populaire en éveillant son désir d'être sécurisée.

Prise du pouvoir soit par la force ou - le plus souvent - par une invitation de la classe dirigeante.

Consolide son pouvoir par les institutions déjà établies ( Chambre, Sénat, etc)

Lorsque le fascisme se consolide, il doit - à la manière du stalinisme - absorber et/ou éliminer les concurrents. Il a tendance à éliminer les personnalités influentes sur l'opinion publique, dont les chefs des partis d'opposition. Mais, le fascisme a surtout tendance à privilégier l'absorption des personnalités à tendance conservatrice ou centriste, nationaliste ou modérée. Souvent, ces derniers ne demandent pas mieux que de se mettre au service de "l'ordre nouveau" par l'étalage de leurs talents; d'autres préfèrent laisser faire en se contenant de regarder "l'expérience".

Peu importe le modèle historique de fascisme appliqué, celui-ci établit toujours une relation complexe avec les anciennes élites, surtout les conservateurs influents qui ne sont pas fascistes. Jamais un dictateur et/ou un parti fasciste ne deviennent les marionnettes de la classe dirigeante, mais plutôt une composante autonome de cette classe. En fait, le fascisme défend le capitalisme et la grande industrie contre l'instabilité et les partis de gauche, mais il a aussi son propre agenda qui parfois heurte certains intérêts capitalistes. Dans les sociétés qui ont expérimenté un régime fasciste, il y a toujours eu de la coopération, de l'interaction et de la compétition entre le fascisme et les autres éléments de la droite conservatrice. Cela a produit de nombreuses variantes de régimes fascistes.

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MODÈLE ITALIEN

L'Italie sortit victorieuse de la guerre. Elle avait payé le prix fort. Mais elle n'avait pu réaliser toutes ses ambitions territoriales. Il en résultait que de nombreux anciens combattants, dans la petite bourgeoisie, une grande sensibilité nationaliste bien exprimée par le poète Gabriele D'Annunzio. D'autre part, la situation économique et financière était catastrophique. La classe ouvrière était misérable - surtout dans le sud - et la situation était pire pour la classe moyenne. De Juin 1919 à Juin 1920, le gouvernement italien essaya de faire une réforme financière qui aurait touché les capitalistes beaucoup plus que les salariés. Mais il ne put trouver les ressources néessaires pour financer sa réforme. Son successeur, Giolitti, le plus prestigieux des hommes politiques d'avant-guerre, fut à son tour submergé par le mécontentement croissant de la population. Le meilleur exemple étant celui de la hausse du coût de la vie durant la guerre: l'indice passa de 100 en 1914 à 300 en 1919 et 400 en 1920. Des grèves et des occupations de terres par les paysans et d'usines par les ouvriers laissaient présager une révolution communiste

Le "faisceau" de Milan, qui groupait initialement 54 hommes, proposait des réformes sociales et démocratiques, une république, mais aussi l'annexion de territoires comme le Fiume et la Dalmatie. Pendant deux ans, Mussolini va s'occuper de créer des faisceaux partout en Italie, notamment à Rome, Florance et Turin. Cependant, il a assez peu de succès jusqu'en 1920. L'élection d'un maire communiste à Bologne en Novembre 1920 déclenche une expédition dite "punitive" de militants fascistes. Des jeunes groupés en équipes volantes - Squadre - entreprennent des raids contre les locaux des partis communistes et socialistes, brûlent leurs journaux, molestent leurs militants et mettent à sac leurs maisons. Naturellement, communistes et socialistes résistent et il y a des morts. Mais ces violences attirent nombre de nationalistes et de vétérans désoeuvrés, et le nombre de faisceaux augmente.

 

Le fascisme italien prend sa forme définitive par la création d'un conseil national fasciste - qui freine les excès de violence - puis d'un parti national fasciste en Novembre 1921. Les membres de ce parti ne sont pas que de simples militants, ils ont fait le serment d'être prêts à verser leur sang pour la révolution nationale fasciste. Plusieurs sont armés. Dans cette Italie de l'entre-deux guerres, le fascisme n'aura pas de doctrine très ferme. Mussolini - bien que républicain - deviendra royaliste pour ne pas écarter nombre d'officiers de l'armée. Il se prononce pour la journée de huit heures de travail, la réforme de la Constitution dans une interprétation fasciste, pour un accroissement du pouvoir exécutif, et pour la glorification de l'Italie. Il exalte la guerre, la violence et la conquête, ainsi que le réarmement de l'Italie. Il ne cesse d'attaquer la SDN, la démocratie, le parlementarisme, et les idées du président américain Wilson.

L'agitation

Dès l'été 1922, le conseil national fasciste réclama la dissolution de la chambre. Sinon, ce serait l'insurrection à laquelle les "milices" du parti, habillées de chemises noires, se préparaient activement. Le 20 Octobre 1922, Mussolini " marcha sur Rome" (en fait, il prit le train..) dans une double procession de chemises noires arrivant du nord et du sud. Beaucoup de préfectures de polices tombent entre les mains des militants fascistes.

Le gouvernement italien essayait de résister de son mieux à ce nouveau défi politique, mais il se sentait malhabile et désarmé:

Beaucoup d'officiers militaires et de carabiniers sont attirés par le nationalisme fasciste.

Le parlement est divisé sur le problème de la Révolution russe et ne voient pas la menace.

Les partis traditionnels sont dépassés par les événements.

Mussolini - en cravate - fait son entrée à Rome. A sa gauche, Balbo.

Cette Marche sur Rome n'était exécutée que par 26,000 hommes mal armés. Or, il y avait 28,000 soldats dans la capitale. Si le roi avait signé un décret instituant l'état de siège, les officiers lui auraient certainement obéi. Mais Victor-Emannuel III était désireux d'éviter l'effusion de sang et préféra capituler. Le 29 Octobre 1922, il chargea Mussolini de former son gouvernement. Pour la galerie, Mussolini se dit être le fidèle serviteur de Sa Majesté.

 Mussolini au pouvoir

Mussolini constitua un ministère de coalition, en prenant dans certains partis des hommes qu'il savait favorable au fascisme. La liberté de presse fur pratiquement supprimée. Mussolini ne cachait pas à la Chambre que, si elle n'obéissait pas, elle serait dissoute. Il obtint un vote de confiance de 429 oui contre 119 non. Puis, il se fit accorder les pleins pouvoirs par la Chambre et le Sénat. Dans l'ensemble, l'Italie n'opposa que peu de résistance. La fonction publique fut épurée en faveur des fascistes. Pour montrer à la population qui est le maître, les "expéditions punitives" de militants en chemises noires se poursuivaient toujours. En Janvier 1924, après une nouvelle réforme électorale, les élections donnèrent une forte majorité aux députés fascistes, puis la Chambre fut dissoute. Ce furent les dernières élections libres en Italie. Le 10 Juin 1924, le député socialiste Matteotti, courageux adversaire du régime fasciste, fut enlevé et disparut. Son corps fut découvert quelques jours plus tard lorsque les militants fascistes qui l'avaient tué avouèrent leur crime. Mussolini exprima des regrets. Mais il saisit cette occasion pour anéantir ce qu'il avait maintenu du régime parlementaire.

Discours de Mussolini sur la Place Venezia à Rome

Le 3 Janvier 1925, la dictature fasciste fut officiellement établie. L'opposition fut éliminée et souvent exilée. Des lois renforcèrent le cacartère fasciste de la Constitution. Le parlement était réduit à presque rien. Le Grand Conseil fasciste était devenu l'autorité suprême. La liste électorale pour l'élection de députés fut réduite à celle du parti unique. Mussolini, chef du parti, était désormais le maitre absolu de l'Italie.

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MODÈLE ALLEMAND

Le modèle de fascisme allemand s'inspirait du modèle italien. Lorsque Hitler devint chef du Parti national-socialiste des Travailleurs allemands - NSDAP, ou "nazi" - en 1923, il entreprit de structurer son organisation à l'exemple de celle du dictateur italien. Mussolini, qui surveillait du coin de l'oeil les progrès du nazisme en Allemagne, méprisait Hitler et son mouvement qu'il considérait comme une pâle copie de son propre parti fasciste. En revanche, Hitler vouait une grande admiration pour Mussolini qu'il considérait comme l'un de ses inspirateurs.

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Hitler s'adresse à ses militants, en 1932

Tout comme dans le fascisme mussolinien, le modèle allemand s'est organisé comme une réponse à la défaite du pays en 1918; comme un rempart contre le marxisme-léninisme bolchevique; comme le seul moyen de galvaniser les forces vives de la société vers un "ordre nouveau"; comme un outil de restauration et de conquête territoriale. Le fascisme allemand mettait également l'emphase sur l'importance centrale du chef suprême autour du quel tout doit s'organiser. Pour Hitler, le progrès, la civilisation de l'humanité reposent sur le génie et l'activité de la personnalité. De l'individu seul provient l'initiative et sur lui-seul revient la responsabilité; il appele cela le Furhrerprinzip - c'est à dire la verticale du pouvoir: les ordres sont émis par le boss et doivent être appliqués par tous les niveaux hiérarchiques et cela jusqu'à la base… Tout comme le fascisme mussolinien, sa variante allemande organise son militantisme politique autour d'éléments para-militaires en uniforme: les Sections d'assaut - ou S.A. Elle cherche également à racoler des populistes et des conservateurs influents pour donner du crédit à sa cause.

A gauche, un S.A devant une synagogue -- A droite, militants nationalistes du Casque d'acier

Tout comme Mussolini, l'activité et le charisme d'Hitler n'a produit un résultat significatif sur l'opinion publique qu'à partir de 1928 parce qu'il existait dans l'Allemagne de Weimar une capacité de réponse au stimulus activiste. Si l'action militante d'Hitler n'avait pas fait connaitre le parti nazi à un segment de la population allemande, les héros meurtris par la défaite de 1914-18 n'auraient été que des âmes solitaires et des martyrs inutiles destinés à l'oubli. Les nationalistes de tout acabit, allant des modérés articulés, juqu'aux Corps francs, ou encore les militants du Casque d'acier (image à droite, brandissant le drapeau républicain), étaient attirés par la personalité fascinante d'Hitler, par son parti qui projetait une image de force, et ils devaient donner des cadres au nazisme puis au pouvoir hitlérien. Avec Hitler, ils ne réussirent à accdéder au pouvoir qu'après une série de secousses consécutives à 1918 - dont la dernière était due à la Crise de 1929 - eut raison des politiciens démocrates et des officiers généraux qui s'étaient interposés jusque là entre eux et le pouvoir. (Au besoin, relire l'onglet Allemagne)

Cependant, le fascisme hitlérien différait du modèle italien par le caractère irrationnel de sa pensée mythique et raciste qui allait le mener aux pires excès durant la Seconde Guerre mondiale. Dans l'Italie fasciste, il n'y eut pas de persécutions systématiques dirigées contre des minorités identifiées; les rafles et déportations de Juifs italiens ne se firent que sous la pression allemande. Par contre, les écrits des principaux leaders allemands - Hitler, Goebbels, Rosenberg, Streicher, et Himmler - sont trufflés de références qui font à la fois l'apologie d'une race supérieure à préserver et de races inférieures à déplacer ou à exterminer. Certes, il existait un caractère irrationnel dans le fascisme italien, mais il ne pouvait agir qu'en sourdine car ils étaient neutralisés par l'humanisme de la Renaissance; de plus, les Italiens ont une conscience plus grande de leur histoire et cela militait contre une percée excessive de l'irrationalité. Mais dans le fascisme allemand, l'irrationalité se manifestait principalement par deux manifestations:

Les mythes sur la pureté de la race allemande "aryenne" - L'irrationalité visait à créer les conditions d'une prise du pouvoir par le parti nazi.

L'antisémitisme - Faire des Juifs les boucs émissaires de tous les malheurs allemands afin de les exclure de la vie publique.

La définition du fascisme allemand se fait également dans l'action. L'action signifiait d'organiser un groupe de taille à vaincre, et de le faire par la méthode des essais (élections de 1928) et des erreurs (putsch de 1923, élection d'Avril 1932). Avec ses militants organisés - en uniformes ou non -, Hitler voulait faire comme Mussolini: utiliser les défilés et les manifestations spectaculaires pour faire pression sur l'opinion et inciter une partie de la classe dirigeante à lui donner un créneau politique de plus en plus important. Il faut se rappeler qu'en Janvier 1933, les conservateurs allemands ont pris le pouvoir mais qu'ils ont demandé à Hitler de devenir chancelier, c'est-à-dire chef du gouvernement.

Dans son premier gouvernement, Hitler était minoritaire, car les conservateurs détenaient tous les postes-clés de l'économie, de la Défense et des Affaires étrangères. Cependant, Hitler savait que les conservateurs le sous-estimait et entreprit de se concentrer uniquement sur les problèmes de politique intérieure, car après la victoire électorale, seul comptait la prise en mains de la société. A l'instar de Mussolini - lui-aussi "invité" à exercer le pouvoir -, Hitler bannit ses rivaux politiques les plus dangereux ponctuellement: les communistes. Ce qui fut fait après l'incendie du Reichstag (par Hermann Goering). Après cette opération menée dans un climat "d'urgence", Hitler entreprit de légaliser sa dictature.

Il reçut la permission des députés de dissoudre volontairement la démocratie parlementaire par une majorité de voix.

Trois mois plus tard, il interdit l'existence du Parti social-démocrate allemand le 22 Juin 1933.

Hitler abolit le multipartisme en Allemagne en Juillet 1933.

Hitler se fit confirmer sa position de chancelier et de président du Reich en Août 1933.

La trame était nouée pour l'exercice du pouvoir dictatorial par Hitler et son régime. 

Haies de S.A durant l'assemblée annuelle du parti nazi à Nuremberg, 1938

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MODÈLE ESPAGNOL 

Le franquisme est le modèle de système politique instauré par le général Francisco Franco au début de 1939. Ce modèle fasciste s'articule sur une idéologie conservatrice et nationale-catholique qui se traduit par des institutions autoritaires: le parti unique, la censure, le corporatisme, le non-respect des libertés individuelles, et les tribunaux d'exception. Le franquisme est différent des modèles italiens et allemands, car il se rapproche beaucoup plus du régime catholique portugais de Salazar que du national-socialisme allemand. Ainsi, le modèle espagnol se nourrit des vertus martiales centrées sur les mythes historiques de l'hispanité d'autrefois, et qui fait du prêtre le héros espagnol par excellence. Le modèle espagnol reposera sur une base conservatrice classique et non pas sur des "excités". Franco n'a jamais eu l'intention de créer un "homme nouveau", ni d'organiser un mouvement militant nationaliste qui pourrait ultérieurement lui causer des problèmes politiques - comme les Phalangistes de Primo de Rivera. Le franquisme va s'orienter vers un cléricalisme qui fera de l'Église catholique d'Espagne une composante essentielle du pouvoir. Même avant 1939, l'Église catholique espagnole s'était majoritairement ralliée à Franco qui signera, ultérieurement, un concordat avec elle. Dès lors, le clergé mènera des actions de délation auprès des tribunaux franquistes à l'encontre des paroissiens restés fidèles aux idées républicaines: les prêtres et activistes catholiques seront les supporteurs de Franco et on les retrouvera autant dans le système d'éducation que dans l'armée, la police, et l'administration des prisons.

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Blason de l'Espagne franquiste - Pétain, Suner et Franco

Pour assurer son emprise, Franco dirige à partir de son bureau politique et nomme la plupart de ses fidèles aux postes clé de son gouvernement. Il croit lui-aussi à la verticale du pouvoir en contrôlant l'armée, la police, et tous les niveaux des pouvoirs législatifs et exécutifs. Il dissout tous les partis politiques - dont le Phalange - et les groupuscules de droite afin de les museler dans son Mouvement national: une macédoine de tendances politiques toutes opposées aux communistes. Franco, à la manière d'Hitler, manœuvrera habilement entre ces courants opposés au sein de son mouvement. De ce fait le Movimiento nacional est une instrument de contrôle, une patinoire ou les intérêts concurrents vont s'épuiser en de disputant les faveurs du boss. Franco désire une "démocratie organique" ou la volonté populaire est représentée par la famille, la municipalité et le "syndicat vertical". Les représentants ne sont pas élus au Parlement (Cortès) mais nommés par le gouvernement et/ou par les instances syndicales et patronales. Le système franquiste a instauré un ministère de la justice à sa botte, ou les juridictions civiles peuvent parfois être dessaisies au profit de tribunaux militaires afin de juger les délits politiques, au nom de la sécurité de l'État, évidemment. Le modèle franquiste est soutenu par une bonne partie de la société espagnole qui garde en mémoire le grand nombre de prêtres fusillés par les Républicains durant la Guerre civile. Certaines classes sociales vont appuyer Franco plus que d'autres: les grands propriétaires terriens, la bourgeoisies financière et industrielle, et une partie des classes moyennes. Cependant, le régime de Franco demeure centralisateur et il se brouillera occasionnellement avec les autonomistes basques et catalans.

Himmler, Franco et Suner è Hendaye en 1940

Durant la Seconde Guerre mondiale, le franquisme sera un système très répressif jusqu'en 1944, car il doit s'assurer de sa mainmise sociale et politique dans cet environnement international incertain. En Février 1939, le gouvernement français reconnaît la légitimité du régime de Franco en échange de la promesse de la neutralité espagnole en cas de guerre en Europe. A l'automne 1940, Franco n'entrera pas l'Espagne dans l'Axe à cause de l'épuisement du pays et de l'échec allemand durant la bataille d'Angleterre. Sur le plan intérieur, le régime franquiste avait fusillé 190,000 Républicains et en détenait prèes de ½ million d'autres dans des camps. Après la visite d'Himmler le 13 Mai 1941, Franco entreprend de ficher les Juifs d'Espagne selon leur niveau de "dangerosité". Fait à noter, les Juifs et autres réfugiés politiques fichés et capturés seront emprisonnés mais non livrés au Allemands. Ils seront discrètement autorisés à gagner le Portugal en 1943.

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UN MODÈLE CHINOIS?

Le régime nationaliste chinois était une coalition formée autour de Tchang kai-Shek et organisée sous un style fasciste: le Kuomingtang. Dans un pays aussi désemparé que la Chine des années 20, qui devait affronter des ennemis bien organisés, les militants influents du Kuomingtang ne se sentaient à l'aise que lorsqu'ils avaient à traiter avec un homme fort. Mais lorsque Tchang kai-Shek prit la tête de ce parti, il fit semblant de s'élever au-dessus de cette coalition afin de ne pas être gêné ni par celle-ci et ni par les intérêts étrangers. C'est ce qui explique l'attitude de Tchang kai-Shek vis-à-vis son tuteur soviétique durant l'entre-deux guerres, et sa nonchalance vis-à-vis son allié américain durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré le pouvoir qu'il devait exercer pour encadrer cette coalition, Tchang kai-Shek n'est jamais devenu ni un dictateur ni un fasciste. Pour le qualifier de fasciste, il aurait fallu que les hommes d'affaires et militaires chinois lui donnent les moyens financiers et matériels d'en devenir un. Quant à être un dictateur, il n'avait aucun moyen réel de s'imposer au-dessus de la mêlée. En fait, malgré sa de plus en plus autoritaire à partir de 1928, Tchang kai-Shek n'était qu'un arbitre en chef. La nature de son régime autoritaire masquait le fait qu'il n'était pas autre chose que le meneur d'une coalition.

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Le Kuomingtang à Shanghai - Tchang Kai Tchek

A cause des différences d'intérêts à l'intérieur de la coalition nationaliste du Kuomingtang, à chaque fois que des rivalités internes créaient une impasse, on faisait appel à Tchang pour arbitrer les disputes et dire le dernier mot. Ce fut la raison pour laquelle les Chinois de l'époque aimaient Tchang kai-Shek: il avait développé une capacité à arbitrer et à prendre des décisions sans débalancer l'équilibre de la coaliton formant le Komingtang. Cela changera progressivement lorsque le Japon interviendra en Chine en 1937.

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MONNEROT, J. "Sociologie d'une révolution".pp.566-708.

LE BON, G. "Psychologie des foules".p.106.

ARENTH, H. "Le système totalitaire".pp.

KENNEDY, P. "Rise and Fall of great Powers",pp.304-40.

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