Sus à L'indianapolis
Au moment ou la guerre du Pacitfique va bientôt se terminer, un drame secoua l'US Navy. Le croiseur USS Indianapolis disparaît sans laisser de traces. Peu de temps auparavant, le navire avait livré les composantes de la premièere bombe atomique à la nouvelle base de l'île de Tinian, dans les Mariannes, le 26 Juillet 1945. Suite àa la livraison, le croiseur a reçu l'ordre d'appareiller pour Guam pour rejoindre le cuirassé Idaho afin de participer èa l'invasion prévue du Japon. C'est èa ce moment-là que la marine perd sa trace. en fait, dans l'euphoire de la victoire prochaine, personne ne semble préoccupé par son retard sur l'horaire. Quatre jours plus tard, les Américains essaient désespérément de le rechercher. Il s'agit d'un incident de guerre classique: un navire de surface qui est coulé par un submesible ennemi. Le traitement de l'affaire n'a rien d'ordinaire. Pour ne pas ternir son image en pleine gloire, l'US Navy n'a pas hésité èa remettre la seule responsabilité du naufrage sur le commandant, en l'accusant de négligence. La perte de l'indianapolis causera des rancoeurs durant de nombreuses décennies. Le navire était un croiseur de bataille de classe Portland lancé en 1932. Jaugeant 9800 tonnes, il a opéré dans l'Atlantique durant l'entre-deux guerres. Le président Roosevelt en fit son navire de fonction, et a visité plusieurs pays d'amérique du Sud à bord de ce navire. Aprèes l'entrée en guerre des États-Unis, l'Indianapolis est transféré dans l'inventaire de la flotte du Pacifique et escorte plusieurs porte-avions, notamment en Alaska. Le croiseur coule un transporteur japonais en Février 1943. en Novembre de cette même année, il devient le navire amiral de la 5ème Flotte et a fait de l'appui-feu durant les batailles des Mariannes, des Gilberts et des Marshalls. Il a également participé èa la prise de Peleliu en Septembre 1944. En 1945, l'Indianapolis est envoyé devant Iwo Jima mais il est endommagé par un kamikaze et envoyé en cale sèche en Californie. C'est à ce moment qu'i participera à une opération jugée très secrète. Le 16 Juillet, l'US Navy reçoit l'ordre d'acheminer les composantes de la bombe atomique èa Tinian.
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La croisière
L'indianapolis est commandé par le capitaine Charles McVay, un officier de carrière talentueux et compétent (ci-contre), mais consterné à l'idée de repartir de nouveau dans le Pacifique alors que la fin de la guerre est si proche.
Son équipage, auquel s'ajoute 250 nouveaux matelots, l'est tout autant.
Tout le monde a la tête ailleurs... Le 15 Juillet 1945, McVay reçcoit l'ordre ultra-secret et son navire appareille le lendemain à 3H00 avec sa précieuse cargaison superviée par Robert Firman, un cadre du projet Manhattan. Il rallie l'archipel des Mariannes le 26 Juillet suivant à 9H10, àa une vitesse moyenne de 28 noeuds. Aprèes la livraison de la mystérieuse cargaison, le navire lève l'ancre le lendemain pour l'île de Guam. Une fois rendu, McVay rencontre l'amiral Spruance. Ce dernier envisage de router le navire vers Manille jusqu'èa la fin de la guerre avant de le renvoyer aux États-Unis. Spruance dit èa McVay: maintenant, vous n'avez aucune raison de vous presser. L'indianapolis appareille le 28 Juillet a 9H10 en direction du golfe de Leyte – une grande distance à parcourir. Le croiseur navigue seul car il n'y a pas de destroyers disponibles pour l'escorter. L'officier de quart sur la passerelle, le lieutenant McKissick, dirige l'allure d'un croiseur qui va en zigzaguant. la première journée se déroule sans histoire. Le 29, McKissick reprend son quart sur la passerelle à 17H00. McVay lui donnera une remarque dont il se souviendra longtemps: vous pourrez cesser de zigzaguer et faire des changement de cap après le crépuscule. Et McKissick de répondre tout simplementL: bien commandant... Si McVay n'avait pas prononcé ces mots, toute sa vie aurait été changée. Cet ordre siginfie que si la nuit est sombre comme celle d'hier, ce ne sera pas nécessaire de faire des changements de cap occasionnels. Et McVay de préciser: si les conditions météo se modifient, je compte sur vous pour m'en informer. En fait, cet ordre de routine peut être modifié pour s'adapter aux circonstances. Comme de fait, une fois la nuit tombée, McKissick donne l'ordre de cesser de zigzaguer. Lorsque McKissick quitte son quart à 2H00, il est relevé par l'officier en second Lipski, ancien attaché naval à Helsinki avant la guerre. De quanrt avec lui sur la passerelle, le maître d'équipage Allard qui sert èa bord de l'Indianapolis depuis 1941, le lieutenant mcFarland qui est le barreur, et l'officier de sécurité Moore. La visibilité est médiocre èa un point tel qu'Allard ne voit pas l'avant du navire. Plus tard durant la nuit, la visibilité s'améliore et devient même bonne lorsque la lune se lève èa l'arrière du bateau. McVay vient sur la passerelle pour bavarder un peu avec Lipski avant d'aller au lit. Un gros navire qui vogue de nuit a quelque chose de presque anodin. C'est une masse obscure et endormie, bercée par le ronronnement des machines et du roulis. Les hommes de quart marchent silencieusement dans la demi-clarté lunaire en faisant attention de ne pas marcher un un marin endormi – de nombreux matelos préfèrent dornir sur le pont à l'air libre plutôt que d'étouffer dans leurs dortoirs. Ailleurs, des éclairs de lumière sous les portes révèlent des parties de carte animées et baignant dans une éternelle odeur de café.
L'attaque
Entretemps, le capitaine Mochitsura Hashimoto n'est pas heureux. Il sait que les jours de l'Empire nippon sont comptés. Même la chance d'une mort glorieuse pour son empereur lui a été refusée et il en ressent un profond sentiment d'indignité. Durant la guerre, il a servi dans plusieurs submersibles avant d'avoir le commandement du I-58 en 1944 – un des submersibles japonais les plus modernes du petit inventaire de la Flotte combinée. Haschimoto ne parle pas ouvertement de défaite, mais la situation militaire est si mauvaise qu'il se dit coupable de ne pas en avoir fait plus pour sauver son pays. Le 16 Juillet, Haschimoto reçcoit l'ordre d'attaquer des navires américains. Lorsqu'il appareille de Kure, la population locale salue le navire avec quelques hourras et de la musique militaire. Par un étrange coup du sort, l'Indianapolis appareille le même jour de San Francisco et met le cap à l'ouest pour la mission que l'on sait. Les deux navires vont croiser le fer, et la rencontre aura des répercussion énormes sur l'histoire de l'US Navy.
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Le I-58 appareille pour une mission – Le compartiment des torpilles avant du I-58
Haschimoto continue toujours sa route bers le sud. le temps est lourd et nuageux mais la mer est calme. Le 27 Juillet, le I-58 arrive sur la route maritime entre Guam et Leyte – étinéraire très fréquenté – mais il semble vide de navires. Aucun contact radar est signalé. Deux jours plus tard, le submersible patrouille toujours en immersion périscopique. A 23h20, l'officier de quart, le lieutenant Tanaka, aperçoit une forme sombre à l'horizon. Haschimoto est réveillé et ordonne de faire surface. Tanaka bondit dans la baignoire avec ses jumelles et crie: par tribord 90 degrés, navire ennemi probable. Haschimoto donne l'ordre de plonger et de préparer les torpilles avant. Notons également que le I-58 portait également deux grosses torpilles humaines appelées Kaiten sur le pont du navire. Le capitaine devient fébrile car il croit voir un croiseur ou peut-être un cuirassé. C'est sûrement un ennemi, car le Japon n'avait pas de navires de cette taille dans ces eaux et aucun ne se serait aventuré aussi profondément en territoire ennemi. Haschimoto guette sa proie au fur et à mesure que la distance diminue. Aprèes quatre de chasse avec rien d'autre qu'un petit destroyer ennemi, Haschimoto croit pouvoir toucher le gros lot. Lorsque le navire américain se présente à 4000 mètres, Haschimoto choisit d'attaquer sa cible qui file doucement en ligne droite. La distance se réduit à 2000 mètres. Le silence gagne le submersible. Seuls les pilotes kamikaze des deux Kaitens se demandent ou est l'ennemi: pourquoi ne nous lance-t-on pas? Ils ont leur réponse quand Haschimoto ordonne de lancer des torpilles conventionnelles. un cameramen militaire est à bord du I-58 et filme Haschimoto au moment ou il ordonne de charger les torpilles (ci-bas à gauche).
_ Le I-58 repère l'Indianapolis – L'instant fatal du torpillage Les officiers de contrôle font leurs derniers calculs. La vitesse est rectifiée de 20 èa 12 noeuds et la distance au but est fixée à 1500 mètres, environ un mille marin.
Les torpilles de Type 95 d'un diamèetre de 533mm est réglées à une profondeur de 4 mètres avec une vitesse de 48 noeuds. Haschimoto ordonne l'ordre de tirer à trois secondes d'intervales. les torpilles sont lancées et le compartiment avant annonce: torpilles lancées... Sept minutes se sont écoulées depuis le repérage au télescope. Haschimoto fait un tour complet avec son périscope pour s'assurer qu'aucun autre navire ennemi est dans les parages immédiats; puis, il vire de bord pour amener sa course parallèle avec celle de l'Indianapolis. Le I-58 attend... La monotonie de la nuit calme et lourde va cesser. Une explosion frappe l'Indianapolis à la hauteur de la timonerie. Puis une autre prèes de la tourelle arrière suivie immédiatement d'éclairs oranges. Puis une troisième à proximité de la tourelle avant. L'équipage japonais crie et danse de joie tandis que le commandant hisse le périscope pour permettre à ses hommes de voir la victime à leur tour. Le navire ennemi ne semble pas giter. Les kamikazés un peu dépités supplien Haschimoto: euh, s'il ne coule pas, envoyez-nous... Ce dernier décide de ne pas les envoyer se faire tuer. A ce moment, le I-58 décide de plonger pour recharger ses tubes avant. en s'éloignant en profondeur, les bruits et crissements métalliques provenant de la cible disparaissent. En fait, personne ne devait plus revoir le croiseur amériain alors sur le point de couler. l'équipage s'affaire à recharger les tubes dans un espace exigu. peu aprèes, le I-58 reivnt en immersion périscopique. Il n'y a rien en vue. C'est alors un vif sentiment de fierté professionnelle que ressent Haschimoto: il a sûrement frappé le gros lot. A 2H30, le I-58 fait surface et met le cap au nord-est. Peu après, il transmet un message codé à sa base de Kure dans un cryptage déjà connu de l'US Navy: lâché six torpilles, trois au but, sur un cuirassé de classe Idaho, sans aucun doute coulé. N'importe qui se trouvant à l'écoute de cette fréquence – et les Américains l'étaient certainement – pouvaient capter ce message à travers tout le Pacifique Centre.
Le naufrage
Lorsque l'Indianapolis quitte Guam, 1114 marins et 82 officiers se trouvent à bord. Vers minuit, environ 65 officiers étaient aurepos dans leurs cabines communes à l'avant du navire. La plupart dormaient mais quelques-uns s'étaient atardés au carré ou à la douche. Les deux torpilles japonaises, portant 1300 lbs d'Amatol chacune, encadrent les coursives des officiers. Cette forte quantité d'explosif éclae dans le ventre fragile et non blindé dans un espace de 55 mètres. C'est la seconde torpille qui est mortelle pour le croiseur car elle ouvre une brèche énorme qui paralyse toute l'activité du navire: les machines s'arrêtent et les générateurs ne produisent plus d'électricité. Impossible de lancer un signal de détresse. Cette explosion souffle les cloisons intérieures de sécurité et détruit tout espoir d'étanchéité. En quelques minutes, l'Indianapolis est transforné en tas de ferraille flottant – et pas pour longtemps... Les deux premières explosions saisissent le navire comme deux grandes gifles. Sur la passerelle, tous les officiers de quart sont jetés par terre. le capitaine McVay est projeté en l'air hors de sa couchette. L'officier en second Lipski trébuche au bas de l'escalier qu'il montait. Il en est de même pour le médecin du navire, le docteur Haynes. d'autres marins sont soufflés par-dessus bord. McVay croyait que son navire avait été touché par un kamikaze, mais la seconde explosion ne lui laisse aucun doute: c'était bel et bien un torpillage par un submersible. Sa première réaction est la surprise complète teintée d'incrédulité – surtout quand on est un Américain à deux doigts de la victoire – de constater que son croiseur est fatalement touché. Après tout, ce genre de chose n'arrive qu'aux autres dans le camp ennemi. McVay demande aux officiers de la passerelle: savez-vous quelque chose? Puis, il demande au télégraphiste d'envoyer le signal de détresse. A ce moment, la troisième torpille éclate à l'arrière. Puis, un silence de mort ou s'entendaient le sifflement de l'eau et le bruit faible des turbines. L'officier Moore lui apprend la terrible nouvelle: la plupart des compartiments se remplissent rapidement, et il n'y a aucun moyen de colmater les fuites. Voulez-vous abandonner le navire? McVay refuse car le croiseur ne gite que très peu. Quelques minutes plus tard, McVay se ravise car il constate que son navire est fichu – et lui aussi, probablement. Il donne l'ordre d'abandon en ayant comme seule préoccupation que Guam avait reçu son messsage de détresse. Dès lors, tout va se passer très vite...
Peinture de représentant les deux premiers impacts – Haynes doit ouvrir cette porte brûlante... Enetretemps, le docteur Haynes se dirige vers l'arrière du bateau dans des coursives enfumées, mais il constate que les murs sont rougis par le feu qui l'entoure de tous les côtés. La chaleur est si intense qu'il perd l'équilibre et se brûle légèrement les mains en tombant par terre. A ce moment, il entend un cri de l'autre côté d'une porte métallique: ouvrez la porte, ouvrez le hublot, vite! Haynes ouvre le hublot qui lui amène un peu d'air frais, mais il sait que sa seule planche de salut est d'ouvrir la porte métallique au-devant du couloir. Oubliant la douleur de ses mains – des mains de chirurgien – il se saisit de la poignée (ci-haut). Une fois sur le pont, il voit la scène de carnage qui s'offre sous ses yeux: blessés gisant partout à demi-estropiés et visages convulsés. Haynes s'occupe de ces blessés. Soudain, il remarque que l'un des marins blessés glissent vers tribord et voit les deux trous laissés par les torpilles. La gîte du navire s'accroît; les crissements de tôles deviennent stridents montent vers lui: le râle de la mort du croiseur. Haynes dit à l'officier Schumeck: ne vous occupez pas des canots rigides; ils sont trop bien fixés. Vous n'avez pas le temps! Décrochez les canots pneumatiques le long de la cheminée et allez chercher les gilets de sauvetage, hurle-t-il. Les hommes trébuchent au milieu des fumées dans les coursives obscures. Certains se débattent sans raison comme des poulets décapités tandis que d'autres marchent nonchalamment comme des automates. Le pont est encombré de morts sangignolants, mais il y a aussi beaucoup de marins indemnes ou légèrement brûlés. Pas un sur ving ne porte des chaussures ou une lampe de poche et encore moins un gilet de sauvetageè ils sont là, déconcertés, mais calmes. Lorsque le navie pivote sur lu-même pour s'enfoncer, les hommes enjambent la rambarde tribord et chacun réagit suivant sa nature. Une centaine de marins se glissent le long de la coque et tombent dans une eau souillée par le mazout. Ils essaient de s'éloigner pour ne pas être aspirés par le bouillon du navire. L'arrière se dresse verticalement durant plusieurs minutes et le navire coule à pic. Douze minutes se sont écoulées entre l'explosion de la première torpille et la disparition du navire. Nous sommes le lundi 30 Juillet, à 0H14.
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Le retardataire
Rappelons que durant la guerre, le théâtre d'opération du Pacifique a été divisé en deux zones d'opérations: Le Pacifique Centre, attribué à l'amiral Nimitz qui a son QG à Guam. Et le Pacifique Sud-Ouest, attribué au général MacArthur, dans son QG de Manille.
L'US Navy avait établi la "borne frontalière" entre les deux zones au méridien 130. Alors que Nimitz est le patron èa l'est de cette ligne, tout ce qui se trouve àa l'Ouest est sous le commandement de l'adjoint naval de MacArthur, le vice-amiral Kinkaid de la 7ème Flotte US. la responsabilité du trafic maritime civil et militaire dans la zone de MacArthur incombe au Contrôle maritime des Philippines commandé par le commodore Gilette. Ce dernier a 484 marins et 183 officiers pour gérer la défense régionale, les ports, les navires de transport, les transporteurs de troupes dont cet organisme assurait la synchronisation de leurs déplacements. Fait à noter, Gillette n'a aucune responsabilité en ce qui concerne les navires de guerre cas ceux-ci sont soit sous l'autorité de Kinkaid, ou de Nimitz à Guam. C'est ainsi que par une bizarerie administrative, la responsabilité de la recherche en haute mer va se dérouler dans une rivalité entre deux zones de commandement. En fait, personne n'a fait de cas du départ de l'Indianapolis de Guam; et personne ne sait à qui le capitaine McVay doit se rapporter à son arrivée à Manille: à la Zone du Pacifique Centre ou auContrôle maritime de Manille? Ultérieurement, chaque officier responsable des transmissions vont nier leur responsabilité pour ne pas avoir signalé l'absence du croiseur. C'est là que réside un des secrets du naufragede l'Indianapolis: rien n'était prévu dans le cas ou un navire n'arrive pas à destination. Les instructions étaient claires en ce qui concerne les départs, mais les arrivées ne devaient faire l'objet d'aucun rapport. Mais que faire si le navire attendu n'arrive pas? Lorsque personne à Guam ou Manille ne signale l'arrivée de l'Indianapolis dans le golfe de Leyte, les officiers de Gillette ne s'en préocuppe pas. Il a dû être routé ailleurs, pense l'adjoint de ce dernier. Après tout, le vieux cuirassé West Virginia s'est présenté à Leyte à l'improviste alors que personne ne l'attendait, puisque le Contrôle maritime n'avait pas été avisé.
Les naufragés
Personne ne sait ou le croiseur Indianapolis a coulé. Même aujourd'hui, l'épave n'a pas encore été retrouvée. L'US Navy a évalué le naufrage à 134 degrés 48 min Est par 12 degrés 02 min Nord – avec une marge d'erreur de 100 milles. Les survivants ne sont pas au meilleur endroit pour barbotter: la terre la plus proche, l'archipel Palau, est à 250 milles au Sud, Guam est àa 600 milles à l'Est, et le golfe de Leyte est à 550 milles à l'Ouest. A cet endroit, la profondeur moyenne du fond marin est de 3000 mètres... Les naufragés se retrouvent en grappes dispersées et réagissent de différentes façons selon leur âge. Les jeunes et instables prennent cela presque à la blague. Les blessés à demi conscients sont peu à peu engloutis par la mer. Les problèmes immédiats sont simples: se trouver un débris flottant pour s'accrocher; se découvrir un compagnon d'infortune; se dégommer de ce mazout collant; trouver un gilet de sauvetage ou un radeau pneumatique. tout est une question de chance. le capitaine McVay se heure à une caisse de pommes de terre sur laquelle il grimpe aussitôt. A quelques mètres de lui, il aperçoit deux radeaux pneumatiques et les atteint rapidement; c'est là qu'il entend appeler à l'aide, car il se croit le seul survivant (ci-bas)..
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McVay est projeté par-dessus bord – Des naufragés se regroupent
Il repêche le maître d'équipage Allard et deux autre marins à demi noyés. A l'aube, les naufragés voient un radeau avec cinq hommes dessus. McVay les fait approcher et ils attachent leurs radeaux avec des filins de cinq mètres pour qu'ils ne puissent pas se cogner tout en restant ensemble (ci-haut à droite). La mer continue d'éloigner les naufragés les uns des autres. Le docteur Haynes et son assistant Modischer se trouvent par hasard dans le groupe le plus important: environ 530 hommes qui essaient de garder la tête hors de l'eau. Haynes fait ce qu'il peut pour réconforter les malheureux dont certains sont blessés et même à l'agonie. le principal obstacle provient du mazout (gas-oil) qui s'étend partout telle une nappe visqueuse et irritante pour les yeux et les plaies. Ceux qui en avalaient vomissaient durant des heures. Durant la nuit, une centaine de blessés disparaissent dans les flots, trop faibles pour rester accrochés aux débris. Au lever du jour, les 800 survivants découvrent un monde nouveau. Chacun voit qu'il n'y a rien de solide sur quoi s'accrocher, et que l'eau est le seul univers. Chaque naufragé sait que la mer est trop salée pour être bue, que le mazout suflureux est un irritant toxique, et que les premiers embruns sont pénibles. Même ceux qui flottent sur les radeaux ne peuvent rester au sec.
Le soleil
Les débris et radeaux dérivent lentement, mais restent à portée de vue jusqu'à la fin. Le soleil devient un adversaire redoutable car il est de plus en plus chaud. Les hommes récupèrent de vieux vêtements pour se couvrir le corps et la tête. Certains enlèvent leurs gilets de sauvetage pour se couvrir les jambes. mcVay se croit rassuré: avec son petit convoi d'infortunés qui s'égraine sur 25 mètres de long, il est sûr d'être vu d'un avion. Plusieurs radeaux ont des fusées éclairantes mais pas de briquet pour les allumer. Les alumettes de secours sont inutilisables. Des marins s'évanouissent sous les coups de chaleur et doivent être refroidis en se cramponant aux radeaux et autres esquifs. Dans l'après-midi de ce lundi, McVay aperçoit d'autres radeaux de naufragés mais ces derniers sont trop fatigués pour ramer dans sa direction. Ils ont vite compris que sous ce soleil brûlant, l'inventur de ces radeaux n'a pas su y rester longtemps. Le bord écorche les fesses et les ampoules se forment rapidement en ramant et chaque coupure se transforme en ulcère sous l'effet combiné de la chaleur et de l'eau salée. Les coudes sont à vif et la peau rôtie par ce soleil de merde devient tendre et sensible. la soif commence à torture les naufragés, surtout ceux qui sont désydratés en buvant de l'eau de mer. Les hommes s'alimentent en canettes de pommes de terre, des boîtes d'arachides et autres débris de nourriture, mais la plupart n'ont rien à manger et craignent de souffrir de maux d'estomac et d'aggraver leur soif. Le plus frustrant pour le moral est d'apercevoir des avions qui volent trop haut pour repérer les naufragés. Dans la nuit du mardi, les naufragés voient les feux de position d'un avion. McVay lance sa première fusée éclairante; d'autres en font autant sans succès. Le capitaine devient déprimé car il sait que beaucoup de ses marins sont morts mais il est loin de se douter de l'ampleur de la catastrophe. Une pensée se forme sur ses lèvres: est-ce que c'est tout ce qui reste de mon équipage?
Les requins
Les naufragés ne s'aperçoivent pas qu'ils sont entourés de requins et autres squales. Soudain, un homme pousse un cri, agite les membres et disparait; un ruisseau de sang pétille à la surface. Les cris sont repris par d'autres: c'rest la panique. Tous s'agitent et hurlent pour éloigner les intrus. Les marins ne pensent qu'aux requis avec leur aile dorsale, mais les barracudas sont également présents. Ce squale a des dents aussi tranchantes que des rasoirs et il nage à 80 km/heure. S'il attrape un homme à l'eau en passant, il peut lui couper une jambe. Dans certains groupes de naufragés, les requins avalent des dizaines d'hommes. Cependant, les attaques de squales ne sont pas continuelles car elles diminuent lorsque la mer se lève; mais, dès que la mer se calme et que le soleil revient, les naufragés sont de nouveau hantés par le retour des "ailerons". Les vivants se débarassent de leurs morts pour éloigner les prédateurs. Au cours des dernières heures d'agonie, les hommes encore valides donnent spontanémment leur force, leur nourriture et même leur gilet de sauvetage pour aider ceux qui tiennent à peine debout. Peine perdue. Les estropiés, les brûlés meurent les uns après les autres et sont lancés en pature aux requins, loin des "vivants". Le mardi soir, la plupart des grand blessés étaient morts. Les gilets de sauvetage avaient été conçus pour flotter durant 48 heures. Un homme se débat brusquement pour enlever le sien, mais il est entraîné par le fond comme s'il avait été ferré avec un boulet au pied. Les autres autour de lui essaient en vain de l'aider mais il est difficile de soutenir un camarade lorsqu'on a soi-même le menton dans l'eau. Durant la journée du mercredi, les pertes ont été nombreuses, car le courant éloigne les naufragés et les requins reviennent parfois à la charge. L'officier en second Lipski est un des derniers à mourir. Complètement aveugle et délirant, il murmure à Haynes: je m'en vais maintenant. Dis à ma femme que je l'aime et que je veux qu'elle se remarie. Les hommes lui ôtent son gilet de sauvetage et le glisse dans l'eau.
Le pire cauchemard du naufragé en eaux tropicales Pis encore, les gilets de sauvetage de l'US Navy atteignent leur point de saturation. Le jeudi, le calme final s'étend sur les naufragés. Toute force est avanouie, leur émotion éteinte, les naufragés semblent plus proches de la mort que de la vie. Plus personne ne parle ni ne bouge. Les plus vaillants s'astreignent à écouter et à surveiller le moindre bruit. Puis soudain, le son d'un avion à basse altitude retentit – c'est un hydravion PBY Catalina qui tournoie au-dessus des naufragés: le voila! Il nous a vus! Il nous a vus! L'espoir renaît car il s'est écoulé trois jours depuis le torpillage. Le Catalina décrit plusieurs cercles pour repérer la position des malheureux, et lâche un radeau pneumatique autogonflant, des gilets de sauvetage et des fusées. En après-midi, un hydravion PBM arrive sur les lieux et va garder la position durant quatre heures. A huit milles au nord du groupe principal, McVay est réconforté car il sait que les avions annoncent l'arrivée imminente des secours. Il fait allumer toute une caisse de fusées de signalisation, ce qui produit une fumée brunâtre très opaque. Le Mariner piloté par le capitaine Gwinn avait quitté Peleliu pour une patrouille de reconnaissance. Il voit une tache qui rappelle le bouillonnement produit par un submersible. Lorsqu'il descend au ras des flots, il voit une tête sortie de l'eau, puis quelques autres, puis un essaim de naufragés; des bras s'agitent. Il reprend de l'altitude pour transmettre son premier message radio: repéré trente hommes à la mer. Position 11degrés 30 minutes nord par 133 degrés 30 minutes est. Quelques minutes plus tard, Gwinn modifie ses chiffres dans un nouveau message: euh, repéré 250 naufragés dans l'eau… _ Pas de doute, ce sont des naufragés – Quelques rescapés épuisés Dans l'atoll d'Ulithi – qui sert de base navale avancée pour l'éventuel débarquement au Japon – l'amiral Buckmaster prend sur lui de donner directement des ordres à toutes les unités en laissant de côté la paperasse. Personne ne posa des questions sur son initiative, ni sur le moment ni plus tard. Un autre PBY Catalina piloté par le capitaine Marks se rend sur les coordonnées du naufrage et se pose difficilement sur les flots. Il repêche quelques naufragés épuisés. Le premier rescapé laisse échapper que l'Indianapolis a été torpillé. Marks est frappé de stupeur et n'ose pas transmettre la nouvelle car le code qu'il avait dans son avion n'est pas assez secret – il craint que les Japonais apprennent quelque chose. A 22H30, le PBY décolle avec 7 rescapés. Lorsque le dinghy revient à l'avion l'un d'entre eux balbutie: voilà tout ce qu'il reste de l'Indianapolis. Nous sommes naufragés depuis quatre jours. C'était le docteur Haynes. Entretemps, le PBM Mariner se pose lui-aussi difficilement sur les flots et repêche 36 rescapés avant de redécoller vers Peleliu. Vers 23H00, un premier navire américain arrive dans la zone et repêche une centaine de naufragés. Le vendredi, deux autres navires quadrillent ce même secteur et repêchent d'autres survivants ainsi que des corps au milieu des débris flottants. Les radeaux de l'extrémité nord sont les derniers à être secourus. A 10H00 du matin, les bateaux sont en vue: ils arrivent droit sur nous, au diable les avions; les copains vont nous ramasser. Les rescapés apprennent que ce ne sont ni les avions ni les navires qui les avaient vu, mais plutôt la vigie d'un destroyer qui avait vu la fumée opaque de la caisse de fusées allumées par McVay. Une autre grappe de naufragés sont repêchés. Finalement, une baleinière recueille quelques isolés à la limite nord de la zone de recherche: 4 radeaux grossièrement ficelés avec 19 naufragés – dont McVay. La nouvelle de la perte du croiseur Indianapolis a fait l'effet d'une bombe. Personne dans l'US Navy ne s'attendait à un pareil désastre. Le commandant de l'un des navires de sauvetage dira plus tard que l'absence de communication entre les deux zones d'opération a été particulièrement fâcheuse pour les navires filant d'une zone à l'autre – et c'est évidemment le cas de l'Indianapolis. De nombreux blessés sont acheminés à Guam. Aux Philippines, le commodore Gillette met son hôpital de campagne au service des naufragés: 155 d'entre eux y sont acheminés, mais l'accès est interdit aux journalistes. Même les infirmiers doivent présenter des papiers d'identité. Dans la salle des traitements, le personnel médical s'affaire. L'épiderme de certains marins est devenu si dur qu'il faut utiliser des aiguilles de format spécial pour les injections. Les corps déshydratés doivent être constamment arrosés d'eau douce. Des blessés arrivent à Guam – Le docteur Haynes Le QG de l'amiral Nimitz est anxieux de connaître les circonstances du drame. Le 12 Août, les marins encore valides sont envoyés à Guam accompagnés d'infirmières, en attendant leur comparution pour leur enquête préliminaire. Parmi eux, il y a Allard et Haynes. La consternation succède à la stupeur. Peu après son exploit, le capitaine du I-58 retourne vers le Japon et rédige son journal de bord. Il est convaincu avoir coulé un cuirassé de classe Idaho. Une torpille humaine Kaiten Le capitaine McVay est convalescent à Peleliu. Le 5 Août, un avion de journalistes arrive de Guam et McVay accepte de les recevoir à l'hôpital. En présence d'un sténographe, il raconte sa malheureuse aventure et celle vécue par ses marins. Vers la fin de l'entrevue, un journaliste pose une question importante: au bout de combien de temps auriez-vous dû, normalement, être signalés manquants? Cette fois, McVay se vide le cœur: voilà une question que j'aimerais poser à quelqu'un! Nous aurions dû être à 30 milles au large de Leyte le mardi matin vers 6H00. A midi ou à 13H00, ils auraient dû commencer à s'inquiéter. Un navire de cette taille est aussi exact qu'un train, a-t-il dit. McVay répond aux questions des journalistes – D'autres blessés sont débarqués L'amiral Nimitz ordonne la tenue d'une commission d'enquête à Guam pour découvrir ce qui s'est passé, conformément aux règlements de l'US Navy. La censure est toujours de rigueur et personne aux États-unis n'est au courant du naufrage. Les journalistes qui ont interviewé McVay remettent leurs papiers à la marine, qui les a censurés. Nimitz désigne le vice-amiral Lockwood comme président de la commission, mais celle-ci ne se réunit pas à la date prévue. La fin de la guerre approche et l'euphorie est générale. Le rapporteur de la commission d'enquête cite le commodore Gillette – qui commande le port de Leyte – comme premier témoin. Ce dernier affirme qu'il n'a aucune autorité pour contrôler les mouvements des navires de guerre. Lockwood essaie d'y voir clair. Il ne sait même pas ce qui a causé le naufrage de l'Indianapolis; mais, au fur et à mesure que les témoins défilent, la commission admet qu'il s'agit d'un submersible ennemi. C'est à ce moment que le capitaine McVay et ses adjoints encore en vie sont désignés comme "partie intéressée" – et on leur recommande de consulter un avocat… Il n'y a aucun doute que la commission se réunit au pire moment: les témoins sont dispersés, la guerre est terminée et il faut "faire vite". Elle siègera jusqu'au 30 Août 1945 et entendra 43 témoins, dont 20 de l'Indianapolis – y compris McVay. Les témoignages de cette commission n'ont pas été rendus publics, mais on en connaît les grandes lignes. La préoccupation de Lockwood était de comprendre le défaut d'organisation responsable de l'absence de recherche pendant quatre jours. La commission a entendu des représentants de tous les états-majors du théâtre du Pacifique. On leur a demandé pourquoi le croiseur n'était pas escorté; pourquoi il a été "présumé" arrivé à destination, etc. Cinq jours après la fin des travaux de la commission, l'amiral Nimitz fait diffuser l'ordre suivant: tout bâtiment de l'US Navy naviguant isolément sera considéré comme en retard lorsqu'il ne sera pas arrivé à destination dans les 8 heures suivant son heure normale d'arrivée. Ce temps sera porté à 24 heures pour les navires auxiliaires et 72 heures pour les petites unités (destroyers, dragueurs de mines, etc.). Le commandant du port de destination devra immédiatement aviser du retard l'état-major dont il dépend; celui-ci prendra les mesures nécessaires pour contacter le navire manquant, appeler le commandant du port de départ, les commandants des régions traversées afin d'effectuer les recherches nécessaires par air et par mer. Ainsi se trouve confirmée la grave lacune expliquant la disparition de l'Indianapolis dans l'ignorance complète. Auparavant, personne n'était responsable; maintenant, ce point est éclairci – mais trop tard pour les marins qui ont péri avec le croiseur. Le 15 Août 1945, le président Truman reçoit la presse à la Maison-Blanche. Entouré de sa femme et de ses conseillers, il annonce solennellement la capitulation du Japon et la fin de la guerre. Exactement au même moment, l'US Navy publie le communiqué No.622: le croiseur Indianapolis a été perdu corps et biens dans la mer des Philippines suite à une action ennemie. Les proches des victimes ont été prévenues. Le soir de la victoire sur le Japon, le malheur entre dans 900 familles. La commission termine ses travaux le 20 Août et recommande à Nimitz que des lettres de blâme soient envoyées au capitaine McVay et aux deux adjoints du commodore Gillette à Leyte – Gibson et Sancho. Ce sont des plis confidentiels mais qui tachent le dossier des marins de carrière. Sancho, un officier télégraphiste, jette la lettre au panier. Gibson, un officier de carrière, est ulcéré par ce qu'il considère comme une punition injustifiée: vous avez manqué d'attirer l'attention du commandant du port de Leyte sur le fait que l'Indianapolis était en retard alors que vous n'aviez reçu aucun avis de modification d'itinéraire. Ce manquement a eu pour conséquence un retard de plusieurs jours et a entraîné la perte de nombreuses vies humaines. Vous êtes blâmé pour négligence, dit la lettre. La lettre de blâme adressée à McVay est non équivoque: …vous avez commis une erreur de jugement lorsque vous avez omis de donner l'ordre de zigzaguer la nuit de la perte de votre navire. D'autre part, vous n'avez pas mis en œuvre tout ce qui était en votre pouvoir pour envoyer un message entre le moment de l'explosion et celui du naufrage. Vous êtes blâmé pour négligence. Gibson s'empresse de contester sa lettre de blâme en écrivant un message de protestation au QG de l'US Navy à Washington. Quant à McVay, sa longue expérience lui fait penser que l'affaire ira plus loin qu'une simple commission d'enquête et opte pour la patience. L'arrivée à San Diego des 311 survivants sur les 900 naufragés de l'Indianapolis le 26 Septembre est triomphale. Ils ont droit à des discours officiels et à un défilé d'honneur dans la ville avec fanfares. McVay, lui, retourne chez lui à Washington où il est confronté au désavouement de son père – lui-même ancien amiral à la retraite – et à un monceau de lettres amères, accusatrices ou compatissantes, mais qui posent toutes la même question: que s'est-il passé? Tous les articles de journaux avaient fait allusion au retard des secours sans donner d'explications. L'US Navy conserve son mutisme. Un journaliste interview McVay en lui demandant ce qui va lui arriver. Il lui répond: j'étais le capitaine de ce navire et je suis responsable de son sort. Ils feront ce qu'ils voudront de moi, mais j'espère qu'ils prendront leur décision rapidement. Un tribunal militaire est convoqué le 3 Décembre 1945 à l'arsenal de Washington pour des débats publics – une procédure tout à fait inhabituelle. L'US Navy n'a jamais révélé qui a pris la décision de faire comparaître McVay, mais il est de notoriété publique que Nimitz s'y est opposé – non sans raison: 4 porte-avions de flotte, 3 porte-avions d'escorte, 9 croiseurs et 350 navires américains de tous types ont été coulés dans le théâtre d'opération du Pacifique, certains dans des circonstances plus que douteuses. Pas un seul capitaine de vaisseau n'a été jugé et relevé de son commandement pour être jugé. Un capitaine a perdu son job, sans toutefois avoir passé par une cour martiale. McVay, lui, a eu la malchance d'être coulé à la fin de la guerre: quelle belle tache au prestige victorieux de l'US Navy. La cour martiale navale en Décembre 1945 – McVay fait son témoignage Au début de la séance, l'US Navy informe les journalistes présents que les événements qui ont suivi le naufrage de l'Indianapolis ne sont pas de la compétence de la cour martiale. En d'autres mots, la marine veut restreindre le genre de questions qui seront posées au tribunal. McVay est assis au premier rang avec sa femme et son avocat, le capitaine Cady. En face d'eux, le greffier Ryan et deux commodores qui font office de procureurs. La cour est présidée par le contre-amiral DuPuy Barker. L'acte d'accusation est rédigé par le secrétaire d'État à la marine, James Forrestal, et contient deux charges: 1- Négligence criminelle pour avoir mis un navire en péril. 2- Insuffisance dans l'accomplissement de ses fonctions. Les deux procureurs affirment à la cour que: le capitaine de vaisseau McVay, alors qu'il commandait l'Indianapolis, naviguant seul entre Guam et Leyte, dans une région où la présence sous-marine de l'ennemi était possible a, alors que la visibilité était bonne après le lever de la lune à 20H00 en ce 29 Juillet, négligé et omis d'apporter les soins et l'attention nécessaire à la sécurité dudit navire, en omettant de faire procéder à des changements de cap. Pour expliquer l'accusation de négligence, les procureurs affirment que: ayant été informé que ledit navire avait été gravement touché et en danger de couler, a omis à ce moment et à cet endroit, de donner à temps et de vérifier l'exécution des ordres opportuns tels qu'ils sont nécessaires pour effectuer l'abandon du navire comme il était de son devoir de le faire. En raison de son omission et insuffisance, de nombreuses personnes à bord ont péri lorsque ledit navire a coulé… McVay répond qu'il plaide non coupable sur tous les chefs d'accusation. D'abord, c'est la parade des témoins: • Le commandant du Contrôle naval de Guam – qui affirme avoir demandé une escorte pour McVay et qu'on lui a répondu que cela n'était pas nécessaire. • Un capitaine de destroyer à titre d'expert conseil – qui affirme que la région où naviguait le croiseur était probablement patrouillée par l'ennemi. • Un astronome – pour parler de la visibilité du ciel éclairé par la Lune… Ensuite, c'est au tour des survivants blessés considérés comme témoins à défiler au prétoire – entre autres le premier maître Benton sur ses béquilles. Beaucoup d'entre eux sont favorables au capitaine et certains mêmes font des déclarations en sa faveur. L'officier de pont McKissick précise à la cour que l'ordre de cesser les changements de cap ne lui a pas semblé anormal: nous avons fait cela durant toute la guerre. Il précise que si la visibilité avait été bonne, il n'aurait pas hésité à refaire des zigzags et à prévenir le commandant. Quant à la possibilité d'une menace sous-marine, il répond que: nous avons reçu des dépêches semblables durant toute la guerre. Lorsque questionné sur l'ordre d'abandon, McKissick répond que: personnellement, je ne l'ai pas entendu. Mais cet ordre a bien pu être donné. J'étais très loin en avant et j'avais assez d'ennuis sur les bras à ce moment. Le surlendemain, c'est au médecin de bord, Haynes, de faire un récit dramatique des événements. Questionné lui aussi sur l'ordre d'abandon, il estime que: environ 900 hommes ont quitté le navire et que, dans l'eau, on s'est retrouvé dans une groupe de 300 ou 400. L'un des procureurs lui demande combien avaient été sauvés: je crois que le baleinier Doyle en a ramassé 93. La tension dans le public monte lentement. Lorsqu'on lui demande ce qu'il est arrivé des autres, Haynes fait objection car il n'était en rien responsable de ce qui s'est passé dans l'eau. Et la cour de déclarer: tout témoignage concernant les morts par immersion doit avoir un lien avec l'éventuelle négligence de l'accusé qui aurait eu lieu avant la mort des naufragés dans l'eau. Et vlan! Une seule personne est accusée: McVay, puisque ce n'est pas le souci de la cour martiale d'écouter le témoignage sur la responsabilité des autres. Une nouvelle anime les grands quotidiens américains: l'US Navy annonce qu'elle a convoqué comme témoin le capitaine de frégate Haschimoto. Encore là, la marine n'a jamais révélé le responsable de cette décision, mais le moment est mal choisi. L'enquête sur le désastre de Pearl Harbor est en cours, ainsi que les procès de Nuremberg. De surcroît, les journaux dévoilent les atrocités commises par les Japonais en Malaisie, en Birmanie et aux Philippines. La présence de Haschimoto est mal accueillie par l'opinion publique américaine, qui considère comme un affront national de faire témoigner un officier ennemi contre un officier américain. L'initiative est condamnée dans tous les journaux américains. Le congressman de la Caroline du Nord, Doughton, affirme qu'il n'a jamais rien vu d'aussi méprisable que la comparution d'un officier japonais pour témoigner contre l'un des nôtres. Son collègue de la Louisiane, Lacarde, déclare en Chambre que: le conseil de guerre devant lequel comparait McVay comme accusé marque la marine d'une tache anti-chrétienne. L'éditorialiste du Boston Herald, Ruark, affirme qu'il aurait été possible d'enregistrer la déposition de Haschimoto au Japon: la seule raison qui explique sa venue est de redonner une visibilité à une cour martiale alors que celle-ci sombre dans l'indifférence générale, explique-t-il. Le Washington Post est lapidaire: nous sommes en train de donner à l'ennemi les pleins pouvoir sur notre justice. Entre-temps, la cour martiale poursuit ses audiences. Le maître d'équipage Allard affirme que les circonstances du torpillage étaient favorables, et il dit aux procureurs que: étant donné les circonstances, je ne pense pas qu'il ait été nécessaire de faire des changements de cap. Quand j'ai pris mon quart à 20H00, l'homme de barre s'est étonné de ce que nous zigzaguions, et j'ai eu la même réaction. Puis en regardant le livre de bord, j'ai vu que nous allions cesser. Je ne crois pas qu'il ait eu la moindre raison de le faire. Un des procureurs intervient, mais Allard ajoute que: sous les ordres du capitaine McVay, l'entraînement de sécurité et les soins apportés ont été meilleurs qu'à n'importe quel moment sur ce navire. Haschimoto prête serment – Haschimoto est un témoin protégé Haschimoto se présente au prétoire dans une salle pleine à craquer. Chacun voulait voir ce marin ennemi qui a infligé une des plus sanglantes gifles à l'US Navy et qui s'en était tiré sain et sauf. L'avocat de la défense, Cady, s'objecte fortement à la présence du capitaine du I-58: avec la permission de la cour, je m'objecte formellement à ce qu'un officier ennemi vaincu d'une nation qui s'est rendu coupable de viles perfidies en violation des lois de la guerre vienne ici témoigner contre l'un de nos officiers supérieurs sur un sujet qui touche sa valeur professionnelle et son jugement. Un procureur se lève et regrette qu'on ait insisté sur le côté émotionnel de la présence de ce témoin. Le rapporteur Ryan réplique que Haschimoto n'est pas présent pour témoigner contre l'accusé mais pour déterminer exactement ce qui a causé la perte du croiseur. Et il ajoute: il y a des cas de nos soldats traduits en cour martiale où des témoins ennemis sont appelés à témoigner. Haschimoto est assermenté et fait un témoignage sobre et limité. Il ne se dit pas en mesure de commenter la deuxième accusation – la négligence dans l'opportunité d'abandonner le navire – qui échappe à sa compétence. La cour le questionne sur son itinéraire de croisière et dessine un croquis de sa manœuvre d'attaque. Haschimoto explique que la cible était un peu confuse lorsqu'il l'aperçoit et qu'il était impossible de voir si celle-ci zigzaguait ou pas. En décrivant l'attaque, il déclare que trois torpilles ont frappé le croiseur et non deux. La cour lui demande: est-ce que le navire a changé de cap? Haschimoto répond: aucun changement radical dans la marche du navire La cour: est-ce que cela aurait fait une différence si la cible avait zigzagué? Haschimoto: cela n'aurait nécessité aucun changement pour lancer les torpilles. La cour: en cas de changement de cap, qu'auriez-vous fait? Haschimoto: rien. Cela n'aurait fait aucune différence. Les journalistes et le public sont surpris par le peu de questions posées au témoin. Haschimoto n'a pas été interrogé sur les conditions atmosphériques. Pourtant, en tant que capitaine du submersible assaillant, il était l'homme le plus qualifié pour discuter de la visibilité. Haschimoto s'incline devant la cour et est reconduit en garde à vue par son gardien. Il resta à Washington sous bonne garde avant de retourner au Japon. Le témoignage de Haschimoto a illustré une combinaison de circonstances parfaites pour un assaillant. Par pur hasard, son submersible a fait surface au moment et à l'endroit précis les plus favorables. S'il avait fait surface une demi-heure plus tôt ou plus tard, le I-58 n'aurait jamais vu l'Indianapolis. Son radar de fabrication allemande était fermé. Son hydrophone fonctionnait mal. Dix milles plus à l'Est, c'était lui et non le croiseur qui aurait eu la Lune en contre-jour. Dix milles plus au Nord, Haschimoto n'aurait jamais pu manœuvrer son submersible pour tirer, même s'il avait vu le navire ennemi car le croiseur filait à une vitesse supérieure. Si l'Indianapolis avait été accompagné de destroyers munis de sonars (le croiseur n'en n'avait pas), la situation aurait été retournée. Si la nuit avait été sans Lune, le navire aurait pu être sauvé. Beaucoup de "si", en effet, et en voici un de plus: si une ou deux de ces circonstances fortuites ne s'étaient pas produites, le torpillage n'aurait jamais eu lieu. Dans ce cas, il est approprié de parler de la "fortune des armes". Les journaux et politiciens américains sont unanimes en déclarant que les vrais responsables du drame sont ceux qui ont tardé à leur envoyer du secours. Ils ne comprennent pas pourquoi la cour martiale avait amené Haschimoto jusqu'à Washington, dans une atmosphère hostile, pour confirmer des faits que personne ne contestait. De nombreux courriers aux lecteurs adressés aux grands quotidiens exigent que l'US Navy révèle "toute l'histoire". Les éditorialistes américains constatent que le capitaine du I-58 est responsable d'infiniment moins de morts que la négligence du commandement américain dans le Pacifique. En fait, si l'US Navy poursuit son enquête pour isoler les véritables responsables, il est possible que des sanctions soient prises à l'égard d'un ou de plusieurs amiraux. L'avocat Cady fait comparaître une série de témoins qui soutiennent tous la cause de McVay. Par la suite, il demande la présence d'un sous-marinier américain qui a coulé 28 navires japonais comme témoin expert: le capitaine Donaho. Ce dernier explique à son tour que les changements de cap ne peuvent plus influer sur la précision des torpilles: avec les submersibles modernes, les tables d'attaque, les torpilles rapides, la dispersion du tir et un équipage entraîné, je n'ai jamais trouvé que cela ait influé sur le résultat, dit-il. Au grand bonheur de Cady, Donaho se révèle l'adversaire le plus coriace de la cour martiale: La cour: aurait-il été plus difficile de régler la position de tir si la cible avait changé de cap entre le moment où la repérez et celui où vous tirez? Donaho: non, pourvu que je puisse voir la cible. La cour: Voulez-vous dire que si la cible avait changé de cap vous n'auriez pas eu besoin de faire de nouveaux calculs? Donaho: Ce n'est pas cela. Si la cible change de route, j'aurais changé les données pour l'attaquer. La cour: Si la cible file à 18 nœuds, quand auriez-vous fait une nouvelle occasion de tirer? Donaho: Il faut 5 secondes pour observer et 5 secondes pour l'enregistrer = tirer en 10 secondes. La cour: Si la cible vire à 45 degrés est-ce que la dispersion des torpilles aurait été efficace que si elle n'avait pas virée? Donaho: Certainement. La précision des réponses de Donaho allait droit au but. Il remet en question la doctrine officielle de l'US Navy en affirmant que les changements de cap n'avaient aucune utilité. Il s'agit d'une opinion partagée par bon nombre de marins, mais rarement exprimée pour ne pas déplaire à la hiéarchie. Puis, ce fut à McVay lui-même de contre-interroger le témoin expert. McVay: vous vous trouvez à 10,000 mètres à l'avant de la cible que vous conservez dans votre périscope durant 27 minutes. Est-ce qu'une modification de route aurait modifié vos chances de succès? (c'était exactement le cas de l'Indianapolis…) Donaho: certainement pas, du moment que je peux suivre la cible pendant 27 minutes… Le 18 Décembre 1945, McVay fait sa déposition à sa propre demande après avoir prêté serment. Il veut présenter sa version des faits et tout le monde dans la salle d'audience a la gorge serrée. Cependant, il ne fait que des déclarations prudentes et se contente de répondre aux questions posées par la cour. McVay donne le ton: je ne comprends pas que votre seule préoccupation majeure demeure celle de la visibilité nocturne car il n'existe aucun moyen mathématique pour la mesurer. L'appréciation que vous en faites reste essentiellement subjective. Lorsque le procureur l'interroge sur le fait de ne pas avoir zigzagué, la salle se met à rire tout doucement. McVay répond: les témoins vous ont illustré que ce n'est pas le fait de louvoyer ou non qui aurait fait une différence ou non dans le sort du navire. C'est encore une question subjective. En fait, les procureurs sont à court d'arguments. Avant de quitter le prétoire, McVay est autorisé à faire une déclaration: je tiens à insister sur le fait que je considère tous les officiers de quart sur la passerelle cette nuit-là comme hautement qualifiés, et je suis convaincu que si les conditions avaient été telles que pour justifier une modification de cap, ils l'auraient fait et m'auraient informés. Le réquisitoire des procureurs prend fin quand Cady envoie quelques remarques acides, dont celle-ci: …la première réaction du capitaine a été de sauver son navire – ce qu'on ne peut pas dire de certains autres cas connus! La cour se retire pour délibérer. A la reprise de l'audience, le président de la cour martiale, Barker, acquitte l'accusé McVay du premier chef d'accusation, mais le reconnaît coupable du second chef – soit de négligence criminelle dans l'exercice de ses fonctions. Un grondement sourd d'indignation saisit la salle. McVay sait qu'il n'ira pas en prison mais n'a aucune doute sur l'avenir des choses: sa carrière militaire est finie. Avec une pareille tache sur son CV, il ne peut espérer avoir de l'avancement ou de responsabilité basées sur sa valeur professionnelle. La sentence est mal reçue par l'opinion publique américaine. Tous les éditorialistes affirment que McVay a été un bouc-émissaire – un "scapegoat" – pour protéger l'image de l'US Navy. Des articles de protestation paraissent pendant plusieurs semaines dans les grands quotidiens et les congressmen sont inondés de missives dénonçant l'injustice du verdict. Le dossier McVay circule à travers tous les échelons de la marine et aboutit sur le bureau de Forrestal. Ce dernier prend en considération les états de service de l'accusé ainsi que les nombreuses recommandations de clémence et va l'exempter de toute sanction en le réintégrant au service actif. Cependant, Forrestal maintient le blâme contre McVay et au printemps de 1946, il devient l'adjoint de l'amiral Merrill et restera dans la marine jusqu'en 1949. Entre-temps, les esprits s'échauffent autant chez les familles qui ont perdu un proche dans le naufrage que dans les coulisses de la marine. Les lettres continuent d'affluer et elles exigent que les "coupables soient identifiés". Désormais, c'est la presse écrite qui prend en main le dossier. L'US Navy se demande sur qui jeter le blâme et la responsabilité de la tragédie. Qui sont ceux qu'elle devra jeter en pâture devant l'opinion publique? Des sous-fifres seront sacrifiés pour préserver l'institution et ménager sa hiérarchie. La marine n'a d'autre choix que de se rabattre sur le capitaine Sancho, responsable du port de Leyte – et qui avait déjà reçu une lettre de blâme durant la commission d'enquête, et son adjoint Gibson. Leur supérieur à Leyte, le commodore Gillette, apprend que sa tête a été mise à prix. Idem pour son alter-ego à Guam, le capitaine Granum. Le 15 Février 1946, une meute de journalistes se ruent sur le Pentagone où ils sont mis en présence de l'amiral Nimitz, devenu patron des Opérations navales. Ce dernier leur dit que: nous n'avons ni le désir ni l'intention de nier aucune de nos erreurs. Il annonce également l'exemption des sanctions contre McVay ainsi que le nom des "responsables" de cette tragédie: Gillette, Sancho, Gibson, et Granum. Les journaux en font des titres éclatants, du genre: trois gars de Leyte et un de Guam étaient restés assis en se tournant les pouces pendant que 900 hommes agonisaient lentement… Les accusés restent sans voix lorsqu'ils apprennent leur blâme par le biais des journaux. Gibson, devenu employé de banque en Virginie, apprend la nouvelle de ses voisins. Sancho est introuvable; la marine annonce qu'il a quitté le service et qu'elle ne sait pas où il est. Seul Gillette se montre combatif envers les journalistes. Mais, l'opinion publique avait trouvé "ses coupables" et elle va se désintéresser rapidement de ce dossier. La réputation des quatre sous-fifres sera lavée par Forrestal en 1947, tandis que le blâme contre McVay est maintenu. Le plus important pour l'US Navy est d'avoir préservé sa hiérarchie supérieure, aux détriments des sous-fifres. L'expérience du naufrage de l'Indianapolis a été traumatisante pour McVay. Durant sa retraite, il a reçu autant d'hommages que d'opprobre de la part de ses concitoyens. Son sort rappelle celui du capitaine du paquebot Lusitania coulé en 1915. Surtout, il ne pouvait pas endurer que la marine maintienne la motion de blâme adressée contre lui. Un grand nombre de survivants se regroupent pour fonder une association visant la réhabilitation de leur ancien capitaine, mais leur voix demeurent sans écho à Washington – déjà plongé dans la gestion du conflit indochinois. McVay prend occasionnellement la parole dans des réunions d'anciens (ci-bas). Il se considère toujours responsable de ce qui est arrivé à ses hommes et cette notion – tout comme celle de l'imputabilité – est forte chez les militaires de carrière, comme l'explique l'historien Audet (ci-bas). A partir de 1966, McVay souffre d'anxiété post-traumatique et devient dépressif. Le 30 Juillet 1968, il revêt son uniforme de cérémonie et se tire une balle dans la bouche devant l'entrée de son domicile. McVay à une réunion d'anciens en 1965 – Quelques survivants de l'Indianapolis Le fils de McVay poursuit les efforts pour exonérer la réputation de son père avec l'aide de l'association des survivants. Cependant, la machine bureaucratique du Pentagone est lente à s'attarder sur ce dossier poussiéreux; mais celle-ci va piocher durant plus de 30 ans pour que justice soit faite. Le 7 Décembre 1990, les survivants de l'Indianapolis rencontrent Haschimoto à Pearl Harbor lors de la commémoration du 49ème anniversaire de l'attaque japonaise. L'ennemi d'alors se réconcilie avec les vétérans présents au mémorial Arizona. Neuf ans plus tard, le capitaine du I-58 accepte de joindre sa voix à ceux qui veulent exonérer le capitaine McVay. Il écrit un courriel au sénateur John Warner qui préside le Comité sénatorial sur les forces armées. Il se lit comme suit: November 24, 1999 Attn: The Hounorable John W.Warner Chairman, Senate Armed Forces Committee Russell Office Building, Washington. DC, 20510 I hear that your legislature is considering resolutions which would clear the name of the late Charles Butler McVay, captain of the USS Indianapolis which was sunk on July 30, 1945, by torpedoes fired from the submarine which was under my command. I do not understand why captain McVay was court-martialed. I do not understand why he was convicted of the charge of hazarding his ship by failing to zigzag because I would have been able to launch a succesful torpedo attack against his ship whether it had been zigzaging or not. I have met many of your brave men who survived the sinking and I would like to join them by urging tant your national legislature clear the captain's name. Our people have forgiven each other for that terrible war and its consequences. Perharps, it is time your people forgave McVay for the humiliation of this unjust conviction. Mochitsura Haschimoto Former captain of I-58 Japanese Navy WWII Umenomiya Taisha 30 Fukenop Kawa Machi, Umezu Ukyo-ku, Kyoto 615-0921, Japan La lettre de Haschimoto devient rapidement connue de tous les médias américains et va aider à l'exonération du blâme du Congrès américain à l'égard de McVay. En Juillet 2001, la marine annonce l'exonération complète de McVay pour la perte de son navire. Cela a été rendu possible par les efforts du secrétaire d'État à la marine, Gordon England, et l'action militante du sénateur Bob Smith. Cette seule exonération démontre qu'une cour martiale n'était pas nécessaire. Quant au navire lui-même, une équipe de chercheurs d'épaves a essayé de trouver l'Indianapolis, mais Il faudra attendre d'autres recherches qui seront fructueuses en 2017. Le survivant Jim Jarvis – Le Pacifique est un grand océan – L'épave est retrouvée en 2017 _____________________________ © Sites JPA, 2022
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Stupeur
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Et Haschimoto?
Il fait coder son message au QG de Kure le 30 Juillet à 03H00. Pendant plusieurs jours, il navigue sans rencontrer un seul navire ennemi, mais il est informé que les Américains sont à la recherche d'un important navire de guerre coulé. Haschimoto n'y prête pas attention et ne fait pas de rapprochement avec sa victoire. Le QG japonais aurait dû le savoir dès le lundi. Après tout, un bâtiment aussi important ne pouvait pas disparaître durant quatre jours sans que l'US Navy le sache… Le 7 Août, le I-58 intercepte des transmissions ennemies sur la destruction d'Hiroshima par un engin atomique, mais Haschimoto croit à des rumeurs. Lorsque la deuxième bombe est lancée sur Nagasaki, le I-58 chasse encore. Il repère un convoi américain et Haschimoto envoie ses deux kamikazes à bord de leurs Kaitens. L'un d'entre eux coule un gros cargo américain. Le 15 Août, le I-58 entre dans le détroit de Bungo avec son équipage triomphant. Le soir même, Haschimoto reçoit un message secret annonçant la reddition du Japon. Il décide de ne pas en informer l'équipage avant de s'assurer de la véracité de la transmission. Deux jours plus tard, le I-58 arrive à la base des Kaitens à Hiaro. Sa mission est terminée – et toutes les autres aussi… Il fait aligner l'équipage sur le pont et leur annonce officiellement la capitulation du pays. Mais à sa grande surprise, il est quand même promu capitaine de frégate d'une marine qui a cessé d'exister. Après quelques formalités administratives avec les autorités du port, Haschimoto remet son navire et retourne chez lui pour chômer dans une ville sous-alimentée. Quant à son submersible, il restera amarré au port de Sasebo jusqu'en Décembre 1945. L'US Navy va s'en débarrasser en Janvier 1946: il coule glorieusement avec des fleurs de cerisiers attachées en bouquet autour du périscope (voir Séquelles, le Japon).
L'enquête préliminaire
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Blâmes
La cour martiale
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Un témoin inusité
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Les dépositions
Le verdict
L'exonération
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