L'Italie

Comparé à la bataille de Koursk et aux offensives soviétiques de l'hiver-printemps 1944. La campagne de l'Italie manque singulièrement d'énergie et de résolution. Elle est aussi lente que la progression d'un escargot, titre un caricaturiste allemand. En Avril 1944, l'opinion publique anglo-américaine ne cache plus sa déception, voire même son impatience devant ce qui semble une affaire qui traine. Washington et Londres ne parviennent pas à taire cette grogne et cela en dépit du fait qu'une nouvelle attaque est lancée sur les défenses allemandes pour forcer les Allemands à dégarnir des troupes de Rome sur la Ligne Gustav. Selon le général Westphal, cela a parfaitement réussi. Le 3 Septembre 1943, les armées alliées débarquent sur la pointe sud de l'Italie à Reggio. Le général Montgomery ne rencontre aucune résistance, car les troupes allemandes étaient déployées beaucoup plus au nord. Les Alliés feront une double progression le long des côtes. La 8ème Armée de Montgomery progresse sur la rive adriatique ainsi que le long de la chaine centrale - notamment les troupes canadiennes. Elle occupe rapidement la base navale de Tarente sans grande résistance. Cette armée est constituée de deux corps: le 13ème et le 5ème. Ces unités comprennent des troupes britanniques, canadiennes, néo-zélandaises, polonaises, indiennes, tchèques et même une brigade juive. Quant aux troupes sous commandement américain, elles sont groupées dans la 5ème Armée US commandée par le général Clark. Ces unités comprennent des troupes américaines, françaises, marocaines, soudanaises, et une brigade canadienne. Alors que les Britanniques préfèrent progresser méthodiquement par les voies les plus difficiles, les Américains foncent sur la rive thyrrénienne et arrivent devant la Ligne Gustav que les Allemands terminaient de fortifier. Les troupes de Clark entreprennent leurs attaques frontales contre Cassino le 20 Janvier 1944. A Rome, Kesselring ne tarde pas à dégarnir la capitale pour acheminer les renforts à la Ligne Gustav. Sur ce plan, la diversion prévue par le général Alexander semble fonctionner. Mais les troupes de Clark n'étaient pas suffisamment entrainées et motivées pour faire face à de pareilles défenses. Elles sont sous-équipées en armements lourds pour lancer des attaques frontales. Elles vont rater leurs deux premiers assauts au prix de plusieurs centaines de morts et de blessés. De surcroit, les belligérants sont confrontés aux premières pluies automnales qui transforment les chemins de montagne en bourbiers et les ruisseaux en torrents.

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Anzio

En Italie, le moral vacille chez les unités encadrées par les Américains. A certains endroits, les Américains doivent besogner fort pour déloger les Allemands retranchés dans certains villages de montagne, et cela avant même d'arriver à la Ligne Gustav. Le village de San Pietro fut un exemple classique d'un village de montagne transformé en retoute pour mener un combat retardateur: 10 jours d'assauts d'infanterie et de combats corps-à-corps avant de le capturer. Churchill voulait qu'Alexander presse le pas pour repousser les Allemands de l'Italie. Mais il n'ignorait pas que le relief italien est le paradis du fantassin dans la défensive. Il faut beaucoup moins de forces pour bloquer un attaquant dans un terrain montagneux que sur une topographie plate ou vallonnée. Quant à Roosevelt, il était absorbé par les préparafits du débarquement européen et ne manifestait que peu d'intérêt pour ce side show italien. L'attitude du président américain amena Churchill à solliciter la permission de donner un caractère plus important au volet de l'attaque principale en Italie, soit le débarquement à Anzio

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Un torrent emporte un pont flottant - Échanges de tirs à San Pietro

Durant la Seconde Guerre mondiale, aucune opération amphibie ne fut aussi initialement réussie que le débarquement anglo-américain à Anzio. Il débuta à l'aube du 22 Janvier 1944 par la destruction des bunkers côtiers allemands et par la fuite d'un bataillon allemand habitant cette localité. Le soir du 22, l'US Navy et la Royal Navy avaient débarqué 36,000 hommes, 3000 véhicules, et 90% du matériel du 5ème Corps US commandé par le général Lucas. Ce corps d'armée comprenait à 1ère Division britannique du général Penney, la 3ème Division du général Truscott, une brigade de commandos britanniques, un régiment de parachutistes et trois bataillons de Rangers américains. Les Alliés perdirent 13 tués et 97 blessés. Il n'y avait aucune force allemande entre Anzio et Rome – distante de 37 milles. Rien ne pouvait empêcher les Anglo-Américains d'entrer dans Rome le lendemain.

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Débarquement de véhicules divers à Anzio

Mais le général Lucas n'avait pas l'audace et le flair d'un Patton. Après la force résistance allemande à Salerne, il croyait à un piège. C'était un militaire très ordinaire qui préféra consolider sa tête de pont en organisant des défenses et des tranchées, plutôt que de saisir l'opportunité créée par la surprise du débaquement pour foncer vers Rome. Son supérieur, le général Alexander, approuva. A ce moment, il n'y avait aucune force militaire à Rome, sauf une compagnie de prévots militaires et une poignée de SS. Kesselring fut surpris par le débarquement allié, et encore plus par le manque d'initiative de Lucas: Anzio est le plus grand camp de prisonniers de toute l'Europe. plus de 30,000 soldats y sont enfermés à leurs propres frais… Il ne perdit pas de temps et achemina une bonne partie des effectifs allemands au nord de Rome vers Anzio pour refouler les Alliés à la mer. Churchill fut déçu du manque d'énergie de Lucas: j'aurais préféré voir un tigre bondirau-travers des montagnes; au lieu de cela je n'ai affaire qu'à une baleine échouée. L'Histoire officielle de l'US Army avait consignée que Anzio fut la seule opération amphibie de l'US Army qui n'a pas été exploitée dès que le débarquement lui-même fut réussi, et où un ennemi a réussi à la contenir sur son périmètre pendant un long moment. Cependant, Lucas manquait également de matériel lourd pour lancer ses forces sans risquer de se faire attaquer de flanc, mais à ce moment, il ignorait qu'il y avait le vide ennemi autour de lui. Lorsque Hitler apprit la nouvelle de ce débarquement, il donna à Kesselring la liberté de manœuvre nécessaire pour le refouler. Selon le furhrer, si les Alliés étaient vaincus à Anzio, peut-être penseraient-ils deux fois avant de tenter un débarquement en France. Kesselring achemina la Division Hermann Goering, la 4ème Division aéroportée, deux divisions d'infanterie et deux autres motorisées, em plus de quelques autres unités d'artillerie déjà en mains. Il aurait 10 divisions contre 4 alliées.

Riposte allemande

La contre-attaque de Kesselring contre le périmètre allié d'Anzio débute le 16 Février par un barrage d'artillerie de 300 obusiers, relayé par les attaques menées par une trentaine de chasseurs-bombardiers Fw-190. Environ 1100 tonnes de bombes et d'obus furent déversés sur les attaquants. Les assauts allemands désorganisent la coordination de deux bataillons de Rangers. Encerclés, ils durent se rendre, et ils furent les premiers Américains à parader dans Rome, comme prisonniers: sur les 700 hommes de ces deux bataillons, 6 purent rejoindre le périmètre allié. Les unités motorisées allemandes enfoncent le périmètre sur 4 milles, mais sont incapables de progresser plus profondément; la raison étant la forte densité des obusiers alliés. La bataille allait s'enliser dans un affrontement classique rappelant la Première Guerre mondiale: les deux camps creusent des tranchées qui balisent le périmètre. Durant trois mois, il y aura des affrontements statiques comprenant des patrouilles de tranchées, des raids de tranchées, des pilonnages d'artillerie, de la guerre psychologique menée par hauts-parleurs. Entretemps, le général Lucas fut limogé et remplacé par Truscott.

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Grenadiers allemands en action - Obusier américain de 155mm à Anzio

Les Alliés ne briseront pas leur périmètre qu'avant le 29 Février dans la région de Cisterna. La ville avait été fortifiée pour servir de nid de résistance. Les défenseurs allemands furent chassés après trois jours de combats qui laissèrent une ville en ruines (ci-contre). Kesselring ordonna une contre-attaque immédiate pour prévenir la consolidation du périmètre allié. Mais les unités anglo-américaines le prirent de vitesse et le front allait se stabiliser dans une succession de combats statiques assaisonnés d'artillerie. De plus, les Allemands entourèrent le périmètre allié de champs de mines pour les dissuader de percer. Durant cette période dite de siège, les Allemands allèrent épuiser leurs stocks de munitions, alors que les Anglo-Américains pouvaient compter sur une logistique et un appui de matériel lourds pour tenir en joue leurs assiégeants. Mais dès le début Mars, les Allemands avaient perdu plus de 5300 hommes et les Alliés 3400. Cependant, les Allemands ne disposaient pas de forces de réserve pour remplacer ces hommes entrainés morts au combat. Les Alliés disposaient de tels renforts, même sous-expérimentés Le 3 Mars, Kesselring joua le tout pour le tout dans une percée massive. Il lança deux régiments appuyés par une cinquantaine de chars pour briser le périmètre allié. Les duels d'artillerie furent nourris de part et d'autre. Les combats furent acharnés mais les Alliés eurent le dessus à cause de leur maitrise du ciel et de leur supériorité en artillerie lourde: les croiseurs et destroyers pouvaient faire un appui-feu efficace pour leurs soldats. Le 5 Mai, Kesselring avait perdu 3500 tués et 31 chars dans cette seule bataille. Mais le 7ème Corps de Truscott - supérieur en nombre et en ressources - était aussi épuisé que les Allemands, et ne put briser le siège de son périmètre. Durant de longs mois, les deux belligérants ne font que défendre leurs positions, et cela malgré le fait que les Alliés disposaient de 135,000 hommes. Tout projet de percée fut tabletté.

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Cassino

Pendant que les Anglo-Américains s'enpêtrent sur leur périmètre d'Anzio, le général Clark a toujours de la difficulté à venir à bout de la résistance allemande bien établie sur la Ligne Gustav, ainsi que sur les collines entourant celle du monastète du Mont Cassin. Un subalterne de Clark, le général Juin, constate que ses tirailleurs algériens et marocains ont de la difficulté à combattre dans un pareil environnement. Ils capturent certaines positions élevées et se font clouer par les défenseurs allemands. Il constate qu'il ne peut pas progresser avec deux divisions d'infanterie dans un pareil relief. Pour briser l'impasse, Alexander, Clark et Juin concluent qu'ils doivent forcer le verrou du mont Cassin afin de passer par la vallée du Liri qui rejoint Anzio et de là, vers Rome. Ce monastère se dresssait droit au-dessus de l'entrée de la vallée du Liri. Alexander avait le sentiment de ne faire que du sur-place. Pour reprendre l'initiative, il disposait de la 5ème Armée de Freyberg. Ce dernier exigea la destruction du monastère car il était certain qu'il abritait un détachement allemand, ou tout au moins, des pointeurs d'artillerie. Clark se montra sceptique, et il refusa de se livrer à un "acte de vandalisme". Les événements donneront raison à Clark: les seuls Allemands présents dans le monastère étaient trois prévots dont la fonction était de refouler les permissionnaires désirant visiter le monastère.. Freyberg en appela à Alexander de la décision de Clark, et le général américain dut plier. Sous les instructions d'Alexander, la RAF fit un raid sur le mont Cassin le 15 Février: 142 quadriomteurs B-17 et plus de 80 bimoteurs déversèrent 453 tonnes de bombes; le monastère fut complètement détruit.

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Le monastère - Des grappes de bombes frappent le monastère

Mais tout comme à Stalingrad, le site dévasté fut rapidement investi par les troupes allemandes qui y établirent des postes de tir au mortier et à la mitrailleuse, et de ce fait, le mont Cassin devenait un îlot de résistance encore plus difficile à capturer - les Alliés n'y observent aucun mouvement. Le 16, la 2ème Division néo-zélandaise et la 4ème Division indienne attaque le mont Cassin, et se firent saigner dans plusieurs assauts. Les tirs plongeants des mortiers allemands furent dévastateurs pour les fantassins britanniques. Devant cette résistance innattendue, le général Juin suggéra à Clark de se détourner de cet objectif pour tenter de percer ailleurs, mais Clark ne voulait rien entendre et préféra continuer les attaques frontales. Le 15 Mars, une nouvelle attaque aérienne plus massive fut tentée: 260 quadrimoteurs B-17 déversèrent 1200 tonnes de bombes sur le mont Cassin et ses environs - y compris sur le PC de campagne du général Alexander, qui n'apprécia pas… Ce bombardement fut suivi d'un pilonnage à l'artillerie d'une durée de deux heures. Lorsque les unités néo-zélandaises et les Gurkhas se lancèrent à l'attaque, elles s'épuisèrent à franchir le tas de ruines fumantes au pied du mont.

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Les ruines sont rapidement occupées et fortifiées - Des soldats Néo-Zélandais

De sucroit, elles leur fallaient grimper ce mont. Pendant plusieurs jours, les combats de rues et d'élévations ressemblèrent à ceux de Stalingrad. Les pertes alliés furent importantes et Freyberg ordonna la retraite de ses unités. Il avait 2000 tués sur ses bras. Du 16 Janvier au 31 Mars, la 5ème Armée avait perdue 14,000 Américains tués et 33,000 blessés; 11,000 Britanniques tués et 10,000 blessés; ainsi que 3400 Français tués et 4100 blessés. Cela semble justifier la maxime de Clausewitz que la défensive est la force la plus puissante dans la guerre. Les deux camps reçurent des renforts, et les combats se figèrent dans un statisme tout comme dans le périmètre d'Anzio. Alexander et Clark reçurent du matériel lourd, notamment de l'artillerie, ainsi que des renforts supplémentaire pour forcer le goulot de Cassino. Le 11 Mai 1944, une nouvelle attaque massive fut lancée après un pilonnage de 1600 pièces d'artillerie de gros calibre. Les troupes de montagne allemandes furent surprises et décontenancées par les tirs. Le 13ème Corps US se fraya un chemin sur la gauche du mont Cassin, ce qui surprit Kesselring car il n'avait aucune unité blindée pour lui barrer le chemin de la vallée du Liri.

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Infanterie polonaise et leurs adversaires allemands

Sur la droite du mont Cassin, l'assaut sur le monastère fut mené par la 1ère Division polonaise qui perdit 20% de ses effectifs à cause de la ténacité de la résistance allemande. Mais la percée américaine obligea les défenseurs allemands à diluer leurs défenses, et ainsi, les Polonais purent arriver au sommet du mont et se batailler dans le monastère.Ils durent se battre pour chaque édifice en ruines et chaque buton (image ci-haut). Les principaux adversaires des Polonais étaient les soldats de la 1ère Division de parachutistes, une unité d'élite commandée par le général Heidrich. Ils opposèrent une telle résistance aux Polonais que ceux-ci durent momentanément se replier sur les pentes du mont, sans l'abandonner. C'est uniquement quand les Américains ont consolidé leurs tête de pont sur le Rapido et le Liri que Kesselring réalise qu'il risque d'être flanqué. C'est à contrecoeur qu'il ordonna aux défenseurs des collines avoisinantes du mont Cassin de se replier, tout en ordonnant à Heidrich de poursuivre la résistance au monastère.Dans la nuit du 16 Mai, les Polonais tapis sur les flancs du mont Cassin lancent une attaque massive de nuit qui malmena les hommes de Heidrich. Kesselring ordonna à ce dernier de se replier en escaliers et de rejoindre le gros de ses forces qui se repliaient au nord de Rome. Les Polonais prirent le monastère le 18, et les autres unités alliés sécurisèrent les collines avoisinantes quelques jours plus tard.

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Vers Rome

Dans la nuit du 11 au 12 Mai, les 5ème et 8ème Armées alliées réussirent leurs attaques sur la Ligne Gustav, et un corps américain s'était frayé un chemin dans le Rapido. Il poursuivit sa progression jusqu'à la tête de pont et fit sa jonction le 22 Mai avec le périmètre anglo-américain d'Anzio. Clark profita de la retraite générale allemande pour privilégier une marche vers Rome. A ce moment, le général Alexander émit ses directives visant à couper la retraite des forces allemandes en Italie centrale, afin de les encercler et les détruire. Cependant, il ne réussit pas à convaincre son subordonné Clark d'abandonner sa marche vers Rome. Alexander fut outré mais ne le démit pas - probablement pour des considérations de politique inter-alliée. Mais en refusant d'obéir à Alexander, Clark allait louper l'opportunité d'embouteiller le gros des forces allemandes et de mettre fin aux hostilités en Italie. L'entêtement de Clark ne laissait que peu de moyens mobiles aux autres unités alliées dans leur objectif de rattrapper et d'encercler les forces de Kesselring. Comme toujours, un succès stratégique dépend de la rapidité avec laquelle une victoire locale peut être exploitée. La mobilité britannique était moins grande que celle des Américains; quant à celle des troupes françaises commandées par Juin, elles se limitent surtout à leurs mules et à leurs pieds.. Néanmoins, la carte maitresse des Alliés contre Kesselring était la supériorité aérienne: ses troupes furent sans cesse harcelées dans leur repli.

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Clark n'avait qu'une seule idée: Rome - Premières Jeeps américaines à Rome

Laissant les Français, Britanniques et Polonais lutter pour capturer des hauteurs souvent tenues par les Allemands dans la vallée du Liri, Clark ordonna au 7ème Corps US de foncer sur Rome. Qui plus est, Alexander succomba également au mirage romain en approuvant l'initiative impétueuse de son subordonné indiscipliné. Churchill mit en garde Alexander de ne pas se laisser attirer par des objectifs de prestige - surtout ceux qui ne peuvent être conquis par ses propres forces. Nonchalamment, au lieu d'utiliser la radio, Alexander écrit à Clark le message suivant, qui n'est même pas un ordre: en ce moment, je crois qu'il est plus important de couper leur retraite que n'importe quelle autre entreprise. Qu'en pensez-vous? Deux jours plus tard, Alexander écrivit une autre lettre à Clark: comme camarade de combat je vous prie de me croire que la gloire ne viendra pas avec la capture de Rome, mais plutôt de l'encerclement de l'armée allemande d'Italie. Encore une fois, aucun ordre direct. Clark lui rétorque qu'aucune armée n'avait conquis Rome par le sud, et que c'était un honneur réservé à l'US Army. Le 31 Mai, les Américains bousculent un dernier îlot de résistance à Velletri, ce qui force Kesselring à évacuer ses derniers fonctionnaires de Rome qu'il déclare "ville ouverte".

Le parcours de la 5ème Armée USvers Rome

Le 4 Juin, la 88ème Division US du général Sloan fut la première unité à entrer dans la Ville éternelle. La population acceuilla en liesse les Américains et manifesta un état quasi-hystérique. Au grand dam d'Alexander et de Churchill, Kesselring put terminer le repli de la majeure partie de ses unités dans le nord de l'Italie, dans les Appenins. A partir de l'automne 1944 et du printemps 1945, les combats se dérouleront uniquement dans le nord du pays et dans ses centres urbains. Les Britanniques auront beau insister auprès de Roosevelt pour une plus grande participation américaine en Italie, mais celui-ci fit la sourde oreille: deux jours après l'entrée dans Rome, le dossier italien fut éclipsé par le débarquement en Normandie.

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Les Britanniques font leur entrée à Rome - Prisonniers allemands

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Le bilan

La campagne alliée en Italie était terminée. Le gouverement italien de Badoglio fut réinstauré sous la protection anglo-américaine. Mais cette campagne fut un échec stratégique personnel pour Churchill. Il n'était plus question que de donner aucun crédit à vaincre l'Allemagne par son "ventre mou", et à se donner une excuse pour se maintenir en Méditérannée. Churchill perdit toutes ses illusions lorsque Roosevelt approuva l'Opération Dragoon, soit le débarquement anglo-américain en Provence durant le mois d'Août 1944. Roosevelt n'avait plus aucune raison d'enlever le momentum à la progression alliée en Provence et dans la vallée du Rhône afin de permettre aux Britanniques d'entrer en Yougoslavie ou envahir l'Allemagne par le sud. Sur le plan militaire, les officiers et soldats allemands ont prouvé qu'ils pouvaient être des défenseurs redoutables, surtout en régions montagneuses. Ils ont fait subir d'énormes pertes aux Alliés, pour des objectifs souvent douteux et avec des ressources minimales. Quant aux Alliés, ils n'ont pas fait preuve ni d'un leadership suffisant, ni d'une imagination suffisante pour vaincre leurs adversaires. Ils se sont fait railler par Staline, surtout devant les progrès spectaculaires de l'Armée rouge en Europe orientale. La supériorité humaine et matérielle ne rime à rien si elle est gaspillée par de mauvaises tactiques. Quant aux pertes, les unités allemandes commandées par Kesselring ne sont plus que l'ombre qu'elles étaient au début de 1943. En Juillet 1944, il disposait de 23 divisions dotées à 30% de leurs effectifs en hommes et en matériel. De ce nombre, 4 furent anihilées: les 44ème, 71ème, 94ème, 362ème et 715ème. Ses unités motorisées et blindées ont perdues presque tout leur équipement. Durant la campagne, les pertes américaines totalisèrent 18,000 tués, les Britanniques 10,500, les Français 7200, les Canadiens 3742, et les Polonais 3700. Les Allemands ont fait 25,000 prisonniers; les Alliés, le double...

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