Yoshiko Kawashima

Espionne

1907-1948

Princesse mandchoue qui a grandi au Japon et qui est devenue espionne au service du Japon durant la Seconde Guerre mondiale.

Née Gioro Xianyu à Pékin, Kawashima était la quatorzième fille de Su Shanqi, fils du prince Su de la famille impériale manchoue. À l'âge de huit ans, elle est donnée en adoption à Naniwa Kawashima, un ami de son père, un japonais devenu agent de renseignement et aventurier mercenaire après la révolution chinoise de 1911. Elle grandit dans la maison de son grand-père à Matsumoto au Japon. Son père adoptif la renomme Yoshiko Kawashima. Elle considérera plus tard qu'aucun de ses foyers familiaux n'était convenable. Adolescente, elle est violée par le père de Kawashima et a plus tard une liaison avec Kawashima lui-même... Son vrai père, Su Shanqi, meurt en 1921 et sa concubine, qui n'a pas d'identité officielle, se suicide selon la tradition. Yoshiko est envoyée à Tokyo poursuivre ses études, qui incluent le judo et l'escrime. A Tokyo, elle mène une vie de bohème, financée par ses riches amants, hommes et femmes.

En 1927, Kawashima épouse Ganjuurjab, fils du général Jengjuurjab de l'armée de Mongolie-intérieure, meneur du mouvement indépendantiste de la Mandchourie et de la Mongolie basé à Ryojun. Le couple divorce deux ans plus tard et Kawashima s'installe dans la concession étrangère de Shanghai. Elle y rencontre alors l'attaché militaire et agent de renseignement Ryukichi Tanaka, qui utilise les contacts de Kawashima avec l'aristocratie de Mandchourie et de Mongolie pour étendre son réseau. Elle réside à Shanghai avec Tanaka durant la guerre de Shanghai de 1932. Lorsque Tanaka est rappelé au Japon, Kawashima sert comme espionne pour le major-général Kenji Doihara. Elle mène des missions clandestines en Mandchourie, souvent déguisée, et est considérée comme « étonnamment attirante, avec une personnalité dominatrice, presque un personnage de film dramatique, moitié adolescent, moitié héroïne, avec cette passion de s'habiller comme un homme. Peut-être fait-elle ça pour impressionner les hommes, ou peut-être qu'elle pouvait ainsi entrer plus facilement dans les groupes de guérilla unis sans attirer trop l'attention. Kawashima entretient durant cette période de bonnes relations avec l'ancien empereur Qing Pu Yi qui la considère comme un membre de la famille royale et l'accueille chez lui durant son séjour à Tianjin. Profitant de cette étroite relation, Kawashima le persuade de retourner dans sa Mandchourie natale pour prendre la tête du nouvel État créé par les Japonais, le Manchoukouo.

Après l'installation de Pu Yi comme empereur du Mandchoukouo, Kawashima continue de jouer divers rôles d'intrigante et est, pendant un moment, la maîtresse du major-général Hayao Tada, conseiller en chef des questions militaires auprès de Pu Yi. En 1932, elle forme une cavalerie de contre-insurrection composée de 3000 à 5 000 anciens bandits pour combattre la guérilla anti-japonaise durant la pacification du Mandchoukouo, et est saluée par l'agence de presse officielle japonais Domei comme la "Jeanne d'Arc du Mandchoukouo". En 1933, elle offre sans succès les services de son unité à l'armée japonaise du Guandong lors de l'opération Nekka, appelée par les Chinois défense de la Grande Muraille. L'unité continue d'exister sous son commandement jusque vers la fin des années 30. Kawashima devient par la suite une personnalité populaire dans la société du Mandchoukouo ; elle est invitée à la radio et édite même un disque de ses chansons. Les journaux et les magazines publient de nombreuses fictions et semi-fictions sur ses "exploits". De plus, sa grande popularité fait les affaires de l'armée du Guandong, son utilité comme espionne est certes révolue depuis longtemps, et elle devient un symbole pour la propagande mais cette situation est compromise par ses critiques de plus en plus acerbes envers la politique japonaise se servant du Mandchoukouo comme base des opérations contre la Chine, et elle disparaît progressivement des médias. Cette Mata Hari orientale a été exécutée en 1948 par le gouvernement du Kuomingtang

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