Le siège de Léningrad

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Le premier obus tombe sur Léningrad le 1er Septembre 1941. La ville se trouve dans une situation précaire, car elle est complètement isolée du reste du pays. Elle abrite non seulement sa population de 2.5 million d'habitants (dont 400,000 enfants), mais plus de 340,000 réfugiés chassés des régions baltes par la progression allemande. Il faut ajouter à ce nombre les contingents de troupes terrestres et de marine. Léningrad a un trop grand nombre de bouches à nourrir compte tenu de ses réserves alimentaires. Comment cette masse d'encerclés va-t-elle manger et se chauffer? Les moyens de communication manquent: La Luftwaffe contrôle le ciel, et l'armée allemande est postée de chaque côté des voies ferrées. Les Finlandais se positionnent en Carélie. Les Soviétiques ne disposent d'aucun port afin d'acheminer des vivres. La seule route encore utilisable est le lac Ladoga. La priorité des autorités civiles et militaires était double:
l a été dit que les autorités civiles et militaires ont très mal évaluées la menace qui pesait sur Léningrad avant 1939, et surtout avant 1941. Les omissions sont si nombreuses qu'elles seraient inutiles à citer. Cependant, nous pouvons les résumer en quatre éléments:
Durant la poussée allemande du groupe d'armées de Von Leeb, plusieurs milliers de tonnes de grains ont été évacués par rail vers l'Est – et non pas vers Léningrad. Aucun effort n'est entrepris par les fonctionnaires pour rediriger ce grain dans la ville-forteresse. Qui plus est, la population de Léningrad – bien protégée par les lignes de défense aménagées en hâte – ne croyait pas que les Allemands s'approcheraient aussi rapidement de leur ville. Elle sait que l'Armée rouge recule, mais ne connaît pas la progression de l'ennemi, et encore moins les détails du plan Barbarossa. Son attitude cynique et fataliste l'amène à douter de tout – autant de ses dirigeants que de l'étendue des succès de la Wehrmarcht. En revanche, la population ne peut ignorer les pilonnages modestes mais assez fréquents de l'artillerie allemande qui frappe les quartiers périphériques. Dans leur hâte, les autorités de Léningrad ont privilégié les défenses militaires à la défense civile. Peu d'abris anti-aériens ont été aménagés. De surcroit, les services de secours d'urgence et de pompiers laissent carrément à désirer.
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L'étau se resserre
Étant donné que les Allemands ne peuvent prendre d'assaut Léningrad, ils sont obligés d'en faire le siège. Le maréchal Von Leeb est certain que les autorités locales soviétiques vont capituler du seul fait qu'elles ne peuvent pas assurer le ravitaillement de leur ville assiégée.
L'OKW à Berlin est du même avis. Cependant, Hitler ne veut pas se badrer d'une capitulation soviétique; il affirme que Léningrad doit être effacée de la surface de la terre, car c'est le berceau du régime bolchévique, et qu'il ne voit "aucune raison" quant à l'existence de cette grande ville. Dans les faits, la directive d'Hitler ne change rien aux problèmes de Von Leeb: ce dernier doit faire le siège de Léningrad s'il veut vaincre les Soviétiques – à condition que ses renforts ne soient pas envoyés ailleurs.L'artillerie allemande débute ses premiers pilonnages coordonnés le 4 Septembre. Les quartiers périphériques sont les premiers atteints (ci-contre à gauche); ils sévissent sans interruption durant trois jours. Ensuite, la Lutwaffe prend le relai et bombarde la ville du 8 au 10. Le raid du 8 est le plus intense, car il cause 178 incendies majeurs. L'un d'entre eux détruit les marchés d'alimentation Badayev. D'autres rasent des entrepôts: 3000 tonnes de sucre et 3000 tonnes de farine sont ainsi perdues. Après ce désastre, ordre est donné de disperser les dépôts plutôt que de les concentrer dans les quelques grands immeubles de bois encore disponibles. Les Allemands perdent cinq bombardiers dont trois par des tirs anti-aériens. Les deux autres sont éperonnés par des chasseurs biplan I-15 Tchaïka. D'autres chasseurs interviennent, mais ces derniers ne font pas le poids contre les Me-109F allemands et sont rapidement rayés du ciel. Cependant, les défenses anti-aériennes de Léningrad sont efficaces, et le service auxiliaire civil avertit la population de l'arrivée des bombardiers ou de pilonnages d'artillerie (clip ci-bas à droite)
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L'artillerie allemande tire sur Léningrad - Léningrad encaisse les chocs ennemis
Ces raids aériens ne se comparent pas au Blitz sur Londres en 1940 ou aux raids anglo-américains sur les villes allemandes, mais les bombardiers allemands sont suffisamment nombreux pour mener des sorties coordonnées sur les établissements industriels, les deux aérodromes de la ville – rapidement mis hors d'usage –, et sur la voie ferrée reliant Léningrad à Tikhvin. La Luftwaffe largue également des bombes à retardement ainsi que des mines au-dessus et autour de la ville afin d'accroitre l'insécurité des citadins et leurs défenseurs. Au début d'Octobre, Von Leeb ne croit plus être en mesure de vaincre seul, rapidement. Berlin reçoit son appel. L'OKW presse l'État-major finlandais d'accélérer sa progression en Carélie pour attaquer Léningrad par le nord. Le gouvernement finlandais lui répond qu'il n'a pas l'intention de s'en prendre à la ville, mais de terminer la reconquête des territoires perdus en 1940. Quoique alliée à l'Allemagne, la Finlande ne veut pas se brouiller outre-mesure avec l'URSS. Qui sait ce que l'avenir réserve à l'Allemagne nazie.
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Vue aérienne de Léningrad - L'étau allemand se ressèrre
Entretemps, les Soviétiques terminent d'autres préparations défensives hâtives dans les quartiers en périphérie sud et sud-est de Léningrad. Les maisons partiellement endommagées et/ou évacuées sont transformées en retoutes bardées de sacs de sables et garnies d'armes légères et de barbelés: plus de 10,000 soldats et 75,000 civils s'affairent rapidement, alors que les obus tombent sur la ville en Septembre. Des batteries côtières sont repositionnées autour des points menacés.
Pendant un court laps de temps, les avances allemandes sont stoppées par les tirs des navires de ligne de la flotte. Même le vieux croiseur Aurore – symbole de la révolution bolchévique – a été remorqué comme une barge armée pour défendre les hauteurs de Pulkovo au sud de Léningrad. L'Armée rouge fait un effort massif désespéré pour reprendre Mga et son saillant ferroviaire au sud du lac Ladoga. Elle est repoussée après dix jours de combats, mais réussit à maintenir une petite tête de pont à l'ouest de Schlusselburg – à un coût énorme en pertes de vies. Les Allemands sont trop bien implantés à Mga pour que les Soviétiques puissent les déloger. La cannonade navale cause des ennuis à plusieurs bataillons allemands. La Luftwaffe est appelée à la faire taire. Une nuée d'avions d'attaque au sol Ju-87 Stuka attaquent la rade de Krondstadt où les navires de ligne russes sont ancrés. Le faible rideau de feu anti-aérien permet au Stukas d'endommager le cuirassé Révolution d'Octobre et plusieurs destroyers. Un pilote de Stuka, Hans-Ulrich Rudel fait un lâcher en piqué sur le croiseur lourd Marat, et le coule. Des batteries côtières sont également malmenées par ces attaques en piqué. Quelques jours plus tard, la menace causée par l'appui-feu naval soviétique a disparue, ce qui permet à l'infanterie allemande de progresser au pas-à-pas. Ce sera une enfilade régulière de gros combats d'infanterie engagés sur un terrain marécageux et semi-forestier dans lequel les Soviétiques avaient érigés leurs lignes défensives. Cette topographie limite l'action des chars ainsi que la surprise tactique pour les deux belligérants.
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Un Ju-87 Stuka malmène le cuirassé Octobre rouge - Une usine détruite
En fait, une impasse se crée: si les Allemands ne peuvent pas encore entrer dans Léningrad, les Soviétiques, eux, ne peuvent rompre l'encerclement et contre-attaquer sans être refoulés. Les Allemands reçoivent encore des renforts, mais les assiégés de Léningrad doivent attendre le dénouement de la bataille de Moscou avant d'espérer voir la couleur d'un uniforme russe. Devant Von Leeb, les assiégés sont laissés à eux-mêmes.
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La situation alimentaire et énergétique
Quelques jours après le début du siège de Léningrad, le soviet de la ville informe Moscou que la situation alimentaire de la deuxième ville de Russie est critique: Nous savons que ça chauffe chez vous.. Envoyez-nous tout ce que vous pouvez par rail le plus rapidement que possible. L'ennui, c'est que beaucoup de chemins de fer sont endommagés et ceux qui convergent vers Léningrad sont tenus par les Allemands. Néanmoins, Moscou attribue une allocation alimentaire à Léningrad, et elle doit être distribuée comme suit:
| Produit | Autonomie alimentaire |
| Grains et farines | 35 jours |
| Céréales et macaroni | 30 jours |
| Viandes, incluant du bétail | 33 jours |
| Matières grasses | 45 jours |
| Sucre et confiseries diverses | 60 jours |
Source: WERTH, Russia at War, p.294.
Cela est bien, en théorie. Dans les faits, ces livraisons dépendent de la capacité de se frayer un chemin jusqu'à la ville assiégée. De surcroit, les réserves de nourriture de Léningrad sont constamment menacées par les raids aériens. Il n'y a pas de contrôle centralisé pour la distribution de la nourriture: une pléiade d'organisations municipales se la dispute. Durant Septembre et Octobre, il est même possible d'aller manger dans les cantines et restaurants payants de la ville, car ils ne sont pas encore touchés par le rationnement. Lorsque l'administration civile et militaire renforce ses contrôles, le rationnement devient équitable pour tous – avec un système de cartes de rations. Il est introduit le 10 Septembre. Les habitants voient que la situation alimentaire devient sérieuse lorsque la ration quotidienne attribuée aux travailleurs baisse à 22 onces de pain, celle des employés à 14 onces, et celle des enfants à 11 onces. Les rations alimentaires mensuelles baissent durant tout l'automne 1941:
| Catégorie | Sucre et confiseries | Matières grasses |
| Travailleurs | 4.5 livres par mois | 2.2 livres par mois |
| Employés | 3.7 livres par mois | 1.2 livre par mois |
| Personnes à charge | 3.5 livres par mois | 1.1 livre par mois |
| Enfants jusqu'à 12 ans | 3.7 livres par mois | 1.2 livre par mois |
La situation alimentaire est d'autant plus précaire, car contrairement aux autres villes soviétiques, les habitants de Léningrad dépendent exclusivement des cartes de rations pour s'alimenter quotidiennement. Ces derniers ne peuvent acheter comptant de la viande et des produits agricoles sur le marché dit kolkhozien. Menacés par la faim, beaucoup de gens n'hésitent pas à frauder. Certains ont plus d'une carte de ration; ils piquent celles des personnes décédées ou qui ont quitté la ville. Il y a de nombreux cas de contrefaçons. Comme l'électricité est rare dans des magasins obscurcis, il n'est pas facile pour un vendeur de bien identifier la carte fausse de la vraie. Il y a également de nombreux vols de cartes de rationnement. Lorsqu'un fautif est pris avec une carte rapportée volée, il est sommairement exécuté. Cependant, il est impossible de contrôler en totalité l'usage réglémentaire des cartes de rationnement: les habitants utilisent celles de leurs voisins, des morts, de même que celles des soldats et miliciens partis au combat.
Les Soviétiques essaient de faire passer leurs premiers envois de ravitaillement de nuit via le lac Ladoga. Quelques barges passent sans encombres le 18 Septembre; mais, les Allemands remarquent le petit manège de l'ennemi au lever du jour et coulent trois autres barges presque arrivées à la rive ouest du lac.
Des groupes de civils protégés par l'armée récupèrent qu'une partie des sacs de grains mouillés sous les tirs sporadiques allemands. En Novembre et Décembre, toute la population de Léningrad était nourrie aux maigres rations distribuées via les cartes de rationnement, y compris les travailleurs privilégiés: ingénieurs, techniciens, et médecins. La famine commence à affliger les habitants, faute de calories fraiches. Toute ville digne de ce nom doit disposer de sources d'énergie pour se chauffer, s'éclairer, se mouvoir et pour produire des armes et munitions en temps de guerre. Léningrad dépend essentiellement du charbon et du kérosène pour alimenter les générateurs électriques de la ville, ainsi que les fournaises des immeubles et des navires. Au début d'Octobre, tout le charbon et le kérosène à usage domestique avait disparu, et il n'en restait que très peu pour l'industrie. Le diésel se faisait rare. Quant à l'essence d'avion, elle s'était volatilisée depuis longtemps avec l'élimination de la chasse russe. La précarité des ces combustibles fossiles va réduire la consommation en électricité dans l'industrie et dans les immeubles. Ainsi, avant même d'avoir faim, les Léningradois vont souffrir du froid. La seule solution consistait à utiliser du bois – Léningrad est quasi-entourée de forêts marécageuses. Mais il y a un hic: les Allemands contrôlent une bonne partie de la périphérie boisée, ce qui oblige l'administration municipale à en couper dans la zone carélienne, ou les boisés sont peu denses. Une armée de bucherons est improvisée, et composée surtout de femmes et d'adolescentes qui arrivent dans le bois sans être équipées ou même outillées pour faire un travail convenable. Les fonctionnaires n'avaient rien prévu pour les transporter et les loger. Les résultats de cueillette sont désastreux: 1% du bois coupé a été élagué et transporté en ville en rondins de chauffage.
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Immeuble démoli pour du bois de chauffage - Infanterie allemande à Tikhvine
Ces femmes font des merveilles, même sans encadrement. Bien que mal vêtues et piètrement chaussées, elles travaillent à –40C, aménagent une piste jusqu'à une petite ligne ferrovaire, construisent leurs baraquements, et, en Octobre-Novembre, fournissent une meilleure quantité de bois à la ville. Bien que les quantités de bois deviennent importantes, elles sont toujours insuffisantes. Le chauffage central des immeubles est réduit dans les bureaux et usines. Des employés de bureaux restaient emitouflés dans leurs épais vêtements d'extérieur. Quant aux ouvriers d'usine, ils travaillaient sur des machines-outils tellement froides que leurs mains gelées se collaient sur les surfaces métalliques. Les immeubles endommagés par les bombardements et pilonnages sont démolis pour fins de bois de chauffage. Dans les logements, les gens cassent et brûlent leurs meubles pour se chauffer. A cause de la rigueur croissante de l'hiver qui s'installe, le lac Ladoga commence à geler, et la pauvre ligne de ravitaillement empruntée jusqu'alors de nuit par les barges de nourriture doit être abandonnée. Seulement 45,000 tonnes de vivres ont été amenées par cette voie depuis huit semaines – c'est mieux que rien. Désormais, rien ne passerait plus vers Léningrad; enfin, pratiquement rien. L'anniversaire de la Révolution d'Octobre est marqué par un bombardement aérien allemand: 168 bimoteurs déversent 338 tonnes de bombes sur Léningrad, dont plusieurs grappes d'incendiaires. Plusieurs milliers de civils sont tués. Ce raid violent révèle l'inaptitude des services de la défense civile à combattre les incendies et à secourir des blessés. Le choc des bombes a sectionné les canalisations d'eau, rendant impossible l'arrosage des feux par des jets à haute pression. Au milieu de cette adversité, il n'y a rien d'étonnant à ce que les derniers vestiges d'espoir des Léningradois s'évanouissent dans le néant.
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Trimoteurs allemands à Tikhvine - Situation militaire à Tikhvine
Dans ce cas, un ordre désespéré est émis par les autorités civiles et militaires de Léningrad: ouvrir une route pour camions entre Zaborie et Novaya Lagoda – 200 milles en zone de tourbières marécageuses semi-forestières. Plusieurs milliers de soldats et de civils sont astreints, en plein hiver, à construire cette route au-travers la neige, les éclats de glace et les boisés. Entretemps, l'Armée rouge se réorganise pour reprendre Tikhvine. Le 6 Décembre – soit au même moment où Joukov lance sa contre-attaque qui va dégager Moscou – le général Meretskov attaque la petite ville. Les combats sont acharnés, mais les Soviétiques parviennent à reprendre Tikhvine trois jours plus tard. Les Allemands perdent 7000 tués et presque autant de prisonniers. Le moral des Léningradois remonta de plusieurs crans. En fait, Meretskov a sauvé Léningrad par la reprise de Tikhvine:
Sans ce succès, il aurait été impossible de lever le siège de Léningrad.
A partir cette tête de pont, Meretskov fait une autre poussée visant à dégager les forces allemandes de Volkhov– un autre nœud ferroviaire important. Il reprend Volkhov le 22 Décembre, forçant les Allemands à se replier vers Mga, toujours entre leurs mains. Néanmoins, Meretskov dispose de deux têtes de pont – Tikvhine et Volkhov – à partir desquelles il peut ravitailler partiellement Léningrad. Un "pont aérien" est timidement établi, mais il n'apporte qu'une parcelle de vivres et de médicaments. A terme, Léningrad pourra recevoir du ravitaillement. Cependant, il faudra plusieurs mois avant que les effets du ravitaillement parachuté et acheminé aient des effets concrets sur la survie des Léningradois. En attendant, la famine commence à empiler les morts.
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La famine
La famine sera le pire calvaire enduré par les habitants de Léningrad. Elle dura de Novembre 1941 à Avril 1942, et sera le plus vibrant témoignage de l'héroisme d'un peuple, ainsi qu'un monument à la souffrance humaine. Durant les combats de Novembre, la population commence à mourir de faim. En premier lieu, ce sont les personnes âgées qui décèdent. Durant ce seul mois, 11,000 personnes meurent d'inanition – car les rations quotidiennes accessibles par cartes sont encore réduites. Sur papier, elles se chiffrent comme suit: Entre 4.5 et 9 onces de pain, 1/4 à 3/4 onces de matières grasses; entre 1 et 2 onces de viandes; et 1.2 onces de sucreries... Cela ne fait pas des enfants forts.., des travailleurs productifs, et encore moins des défenseurs alertes, si l'on considère – de l'aveu même de l'Armée rouge – que la ration calorique quotidienne d'un soldat oscille entre 2700 et 3200 calories. C'est même moins que la ration servie par le système concentrationnaire allemand à sa main-d'œuvre servile – environ 1300 calories. Comme les exigences alimentaires en viande demeurent très faibles, les autorités civiles et militaires acceptent d'utiliser des produits de substitution pour nourrir les enfants et les personnes âgées. Cela n'a rien à voir avec les "ersatz" que l'on retrouve dans la France occupée... On leur sert une gelée faite de résine de pin ou de bouleau ainsi que de la purée de boyaux de chèvre.. L'apport calorique est inférieur aux maigres rations déjà distribuées, ce qui accroit le nombre de décès. La faim et le froid font leur œuvre. Les chiffres sont effarants: les décès par inanition passent de 11,000 en Novembre 1942 à 116,000 en Février 1943 pour ensuite baisser autour de 20,000 le mois suivant.
En Janvier et Février 1942, la moyenne quotidienne de décès à Léningrad se situe entre 3400 et 4000 personnes. Au fur et à mesure que le ravitaillement passe, le taux mensuel de décès diminue; entretemps, les habitants doivent se contenter de manger tout ce qui leur passe sous la main, de même que des produits de substitution qui leur sont distribués. Des plantes vertes séchées ont été bouillies en une espèce de brouet. La levure est transformée en soupe et le savon en confiture. Certains fonctionnaires et scientifiques font d'autres "trouvailles" alimentaires de très mauvais goût. Le chef de l'Institut scientifique de Léningrad, Sharkov, travaille avec son équipe sur quatre produits de substitution destinés à être produits en de grandes quantités. Le premier devait nourrir les chevaux; les trois autres étaient pour consommation humaine:
Ces produits ont été distribués; le plus répandu étant le pseudo-pain, dont la propagande soviétique locale vante les qualités nutritives dans les films officiels d'actualités. Sauf qu'en-dessous de –20 C, il devait être amolli au-dessus d'un feu afin de le couper à la scie – même chose pour le pseudo-gâteau. Un autre chercheur de l'équipe Sharkov découvre avec joie que la cellulose servant à fabriquer les chaudières de bateaux pouvait être transformé en une denrée "comestible" en l'hydrolisant avec les installations d'une brasserie locale. Le résultat produit a été le pain à la cellulose – comprenant le-dit produit mélangé avec des algues ou de varech. En dépit du fait que ces produits ne nourrissent pas les gens, ils donnent l'illusion d'une brève satisfaction.
Certains habitants en sont réduits au cannibalisme, car les morts ne se comptent plus et peuvent être ingérés. Il ne fut pas une pratique courante et les archives soviétiques n'en font pas aucune allusion. Cependant, le journaliste-historien Léon Goure, auteur d'une histoire sur le siège, relate certains témoignages: souvent, on peut constater la mutilation et le démembrement des corps trouvés dans la rue ou mis à la morgue avant qu'ils ne soit portés dans les cimetières. Une partie de cette chair humaine était consommée par les pillards eux-mêmes, et l'autre revendue au marché noir en échange de cartes de ration permettant d'obtenir une nourriture plus normale.
Pour en être rendu à consommer de tels produits pour survivre, il faut comprendre les conditions alimentaires particulières des Léningradois assiégés.
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Frigorifiés et gelés dans les rues...
Entretemps, les jours passent, parfois sous des pilonnages irréguliers de l'artillerie allemande, ou de petits raids de bombardement de la Luftwaffe. Le pire était la longueur des nuits – interminables sous ce froid. En marchant dans les rues souvent tapissées de débris, des corps gisent étendus sur le dos ou recroquevillés, figés par la mort. Les gens passaient devant eux sans se badrer de s'occuper de ces corps, car ils n'avaient pas la force de porter des charges et/ou même souvent de marcher durant un long trajet. Ceux qui se risquent à le faire tombent d'épuisement dans les rues – pour ainsi périr frigorifiés. Très vite la neige recouvrait ces corps et on ne les retrouveraient pas avant le dégel printannier. La mort des civils était si commune qu'elle ne provoquait aucune réaction. Les gens qui mouraient chez eux restaient là, jusqu'au moment où des proches ou des voisins trouvent assez de forces pour les enlever. Il n'y avait peu de bois pour les cercueils et plus de place dans les cimetières. Les soldats creusent des fosses communes dans le sol gelé en faisant sauter des explosifs, et y empilent les corps (image ci-bas). Beaucoup d'égouts sont détruits par les bombardements et ne sont pas réparés faute de main-d'œuvre; cela produit une accumulation d'excréments qui s'ajoutent aux ordures et cadavres qui trainent un peu partout. Les rats étaient aussi affamés que les humains; ils infestent les rues mais leur vie est courte: ils sont rapidement capturés, grillés sur le feu et mangés par les habitants tenaillés par la faim.
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Une des nombreuses fosses communes - L'eau de la Néva est indispensable - Allemand aux aguets
Lorsque la neige commença à fondre en Avril, la récupération des corps devenait urgente à cause de la crainte des épidémies. La tâche d'évacuer les morts est laissée à des équipes d'enfants et d'adolescents, terrifiés à l'idée de manipuler les corps.
Néanmoins, les morts ont été ramassés et promptement enterrés. Malgré la situation catastrophique, il n'y a pas eu aucune épidémie à Léningrad. Les hôpitaux de la ville ressemblaient beaucoup plus à des chambres de torture médiévales. Les médecins et le personnel infirmier étaient épuisés par des quarts de travail incessants; de plus, ils ont faim et sont à peine capables de se tenir debout. Durant le premier trimestre de 1942, la température dans les chambrées était sous le point de congélation. Les malades et blessés étaient alités tout vêtus, avec des manteaux, couvertures, et même des matelas. Les murs étaient couvert de givre glacé. La faim provoquait une diarrhée sanguinolante et beaucoup de gens, par suite de faiblesse, ne pouvaient même plus utiliser les bassins. Ils se crampaient à leurs draps de lit souillés car il n'y avait pas assez d'eau pour les laver. Quant aux baignoires et bassins, ils étaient remplis d'excréments et d'ordures qui gelaient immédiatement. Les stock de vaccins est important, mais il n'y a que peu d'analgésiques et de morphine. Quant aux produits anasthésiques…
L'état de santé des survivants en disait long sur les affres causés par le froid, la faim et la maladie. Ils étaient plutot maigrichons; la figure émaciée avec les yeux presque sortis de leurs orbites; les lèvres craquelaient derrière les dents devenus des chicots enchassés dans de la gomme. La seule chose que l'on percevait dans les yeux des mourrants était un sentiment d'indifférence. Quant aux troupes chargées de tenir les ceintures défensives, elles tenaient bon, malgré un régime calorique déficient, mais légèrement supérieur à ceux des civils. N'empêche que leurs conditions étaient très dures. Cependant, comme le tabac (maorka) était distribué, cela contribua à maintenir le moral des soldats.
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L'eau: nécessité vitale - Commentaires sur le terrible hiver de 1942
es conditions sont également difficiles pour les assiégeants. L'arrivée de l'hiver et les petits coups de main des partisans ont ralenti l'acheminement du ravitaillement par les voies ferrées baltes. Cependant, la plupart des grandes unités composant le Groupe d'armées Nord de Von Leeb n'ont pas subi la disette alimentaire comme celles du Groupe d'armées Centre, durant la contre-attaque soviétique devant Moscou. En revanche, les soldats allemands ont beaucoup souffert du froid – tout comme leur équipement:
En fait, les seuls moyens pour acheminer des vivres et munitions, ainsi que pour évacuer les blessés sont le traineau à cheval et les mini-fourgons ferroviaires. Bien que le premier de ces moyens est utilisable et accessible sur toutes les topographies enneigées, le second exige d'utiliser soit des tronçons de rail existants, ou d'en improviser de nouveaux en bois (image ci-haut). Le ravitaillement aérien par les trimoteurs Ju-52, souvent chaussés de skis, demeure essentiel pour les forces de Von Leeb. Pour le reste, les Allemands ne peuvent pas se permettre de grands assauts à cause de la densité des nombreux champs de mines dans les ceintures de défense soviétiques.
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Ravitallement allemand sur rails en bois - Mort sur une mine russe
La route du lac Ladoga
L'organisation d'une route pour ravitailler Léningrad était déjà une priorité depuis le début du blocus allemand. Les autorités civiles et militaires soviétiques avaient utilisé le lac Ladoga pour acheminer plusieurs dizainnes de milliers de tonnes de fret par des barges avant qu'il ne gèle. Des milliers de civils travaillaient d'arrache-pieds pour ouvrir une route – en fait, une grande piste forestière – à partir de Zaborie jusqu'à Ledrevno sur les rives du lac gelé. Tout le matériel roulant civil encore en état fut réquisitionné pour transporter la nourriture. D'autres équipes de civils vident les boisés des cervidés et autres gibiers pour alimenter Léningrad. Alors que les combats faisaient rage pour reprendre Tikhvine et Volkhov, les premiers camions s'aventurent péniblement sur cette piste cabossée à demi-terminée. Le 22 Novembre, un premier camion réussit à traverser le lac, mais la glace n'est pas assez épaisse pour supporter le stress d'un convoi routier. Les Soviétiques devront attendre encore un peu. De surcroit, la reprise de Tikhvine et de Volkhov n'a pas contribué outre-mesure à ravitailler rapidement la capitale.
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Gibiers vers Léningrad - Une "route de vie" sur le lac Ladoga
Durant leur repli, les Allemands ont fait sauter la voie ferrée reliant ces deux villes; ce qui signifie que le ravitaillement doit se faire par cette très mauvaise route de Zaborie, mais, heureusement, à partir de Kabona. L'épaisseur de la glace du lac demeurait insuffissante, même durant Décembre et Janvier. Jdanov est impatient:
Les Allemands ont fait ce qui leur était possible pour gêner les deux routes, tout en retar- dant la remise en état de la-dite petite voie ferrée de Kabona. La route du lac devient convenable à la mi-Février 1942. Le 10, plusieurs routes sont utilisées de nuit et au petit jour pour acheminer du fret par camion. Dès lors, elles seront utilisées autant de jour que de nuit. Certaines acheminent des vivres vers Léningrad; d'autres roulent en sens inverse, car Jdanov désire évacuer le plus d'enfants et de malades hors de la ville. L'évacuation des civils malades ou blessés est la première grande réussite de la bataille de Léningrad. Les chiffres parlent: de 11,000 évacués en Janvier 1943 à 221,000 au début du mois de Mars. Jdanov tient à être identifié à ce succès. Devant les caméras, il exhorte les responsables chargés du camionnage à poursuivre leurs efforts sans relâche: chers camarades, le front de la route de glace continue de mal fonctionner. Chaque jour ou vous acheminez des approvisionnements, même à un degré insignifiant, cela aide une population éprouvée dont la suvie ne tient qu'à un fil. Il dépend donc de vous et rien que de vous que la situation soit améliorée rapidement. Mettez-vous à l'ouvrage comme doivent le faire honnêtement les patriotes soviétiques, en y mettant tout votre cœur, sans vous épargner aucun effort… Cela donnera comme résultat l'une des plus étranges manifestations d'enthousiasme de tout le siège: la compétition entre chauffeurs de camions. De nombreux chauffeurs vont faire jusqu'à trois ou même quatre aller-retour entre Léningrad et Lednevo, avec des véhicules très décrépis carburés avec une essence de mauvaise qualité. Un grand nombre vont mourir d'épuisement au volant, durant les temps d'arrêt. Pour stimuler leur zèle, on distribue aux camionneurs et sapeurs soviétiques des rations d'excellente qualité que les Allemands avaient abandonné durant leur repli sur Mga.
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Un corps évacué - Soldats soviétiques torturés et exécutés
Bien sûr, ces routes sont bombardées ou pilonnées par les Allemands qui, occasionellement, scorent des coups au but. Néanmoins, l'apparition des chasseurs soviétiques au-dessus du lac va contribuer à tenir les assiégeants à bout de bras. Lorsque le lac dégèle complètement à la mi-Mai, les évacuations vont se poursuivre: 449,000 autres civils seront évacués entre Mai et Novembre 1942. En sens inverse, il n'y a pas que les vivres et carburants qui entrent à Léningrad: il y a aussi des renforts réguliers équipés et bien nourris qui vont transformer la ville assiégée, en une forteresse mieux apte à résister. Ces renforts sont disponibles parce que Joukov a réussi à dégager Moscou en Décembre 1941.
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Des renforts arrivent sous les obus ennemis - Un point de distribution de bois de chauffage
Pour ne pas être de reste, le Présidium du Soviet Suprême moscovite institue une distinction honorifique spéciale pour la défense de Léningrad. Le Présidium avait souvent fait preuve d'obstructiion bureaucratique lors de l'examen des problèmes de la ville assiégée; il ressentait une mauvaise conscience. Ce geste n'a eu qu'un effet mineur sur les Léningradois, qui eux, veulent manger et se chauffer. En Avril 1942, les évacuations effectuées via la route du lac ont réduit la population de Léningrad à 1.1 million; ce chiffre passera à 650,000 en Novembre. Les conditions de vie redeviennent peu à peu normales dans la ville assiégée avec la disparition de la route de glace. Sur 500 écoles, 148 acceuillent les écoliers qui peuvent, cette fois, manger de la vraie nourriture trois fois par jour.
Tenir le coup...
Il faut noter que la volonté de résistance n'était pas entièrement unanime. Dans son étude sur le siège de Léningrad, l'historien Goure affirme qu'un certain nombre de citoyens voulaient se rendre aux Allemands.
Mais les autorités civiles et militaires prirent bien soin de museler toute volonté de capitulation en associant les défaitistes à l'action d'une soi-disante "cinquième colonne" dans la ville. Dans le contexte du siège, les autorités soviétiques n'ont eues aucun problème majeur relié à la discipline. La population craignait les Allemands tout en les maudissant; elle restait fière de sa ville et ne désirait pas trahir les miliciens et soldats qui la défendaient. Les historiens russes et occidentaux s'accordent pour affirmer que "l'esprit de Léningrad" s'est forgé dès le début de l'encerclement allemand. Bien que relativement peu informée, la population de Léningrad a su rapidement à quel genre d'adversaire elle avait affaire. L'entêtement à résister va s'accroitre au fil des pilonnages et des raids aériens allemands. Les tracts largués par la Luftwaffe du genre aujourd'hui on bombarde et demain vous vous chargerez d'enterrer ne firent qu'entretenir la volonté de tenir le coup.
Dans une telle conjoncture, déclarer Léningrad ville ouverte comme Paris en 1940 aurait été du suicide. La guerre à l'Est en était une d'extermination, et les directives allemandes de l'Opération Barbarossa étaient claires là-dessus. Non seulement les habitants aimaient leur ville, mais leur égo était en jeu: si les Moscovites ont tenu le coup sous la menace, les Léningradois pouvaient en faire autant...
Historiquement et culturellement, Léningrad a toujours compétitionné avec Moscou. Néanmoins, lorsque l'avance allemande s'est enlisée autour de la ville et que la décision fut prise transformer les quartiers périphériques en zones barricadées, les habitants de Léningrad oublièrent leurs railleries à l'égard des autorités locales et voulurent défendre leur ville à n'importe quel prix. Les ouvriers des usines Kirov produisent toujours des chars T-34 avec très peu d'électricité pour leurs machines-outils et tours à fer (ci-contre). Ces chars mettent du temps à être assemblés, à cause de l'épuisement de la main-d'œuvre. Leur apparition causera une surprise désagréable en Mars 1942, car les Allemands n'ont pas les moyens anti-chars appropriés pour les stopper. Comme les armes légères manquent pour équiper les soldats et miliciens, l'ingénieur Sudarev met au point un pistolet-mitrailleur de conception très simple, qui pourrait être fait avec les ressources disponibles, et qui sera produit en de grandes quantités par les ouvriers de Léningrad à partir de 1943: le PPS. Cette arme robuste sera l'icône symbolisant la résistance armée à Léningrad (ci-contre à droite).
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Des Soviétiques bousculent une tranchée - Andrei Jdanov
Pour tenir le coup dans les nuits froides, plusieurs habitants se mettent à lire frénétiquement. La poésie fut un excellent échappatoire, de l'avis d'Olga Rybakova (icône ci-contre).
Des cadres juniors du parti et plusieurs habitants ont produit toute une littérature sur le blocus, factuelle, sarcastique, sardonique et vincicative, encourageant à la résistance. La situation du moral s'améliora beaoucoup en Avril; la durée du jour s'allonge, la température augmente, et la population se dégourdit dans un grand effort de "nettoyage", presque spontanément. Les autorités catalysent cette énergie, car la fonte des neiges révèle des milliers de corps qui doivent être enterrés. Les autorités posent également un geste très adroit pour rehausser le moral de la population éprouvée: elles remettent en ligne certain tramways, ce qui permet à donner l'illusion d'une certaine normalité. Des associations de volontaires s'organisent pour l'entraide aux familles. Une bonne partie des espaces vacants dits cultivables sont réquisitionnés pour y semer des légumes. La situation alimentaire des assiégés va s'améliorer rapidement à partir de Mai. Le caractère particulier de la résistance admirable des habitants de Léningrad ne plait pas toujours à Staline. Les films d'actualités soviétiques ne font que très peu de place à son nom et à sa photo. Malgré l'épreuve que subit la Russie en guerre, il est étonnant de constater que les dirigeants du PCUS considèrent encore Léningrad comme une ville quasi-périphérique de l'URSS, et non pas comme une composante intégrée. Au fur et à mesure que la situation alimentaire et militaire s'améliore, Staline ne se gêne plus pour bouder Jdanov, qu'il suspecte de "particulariste". Après la mort de Jdanov en 1948, Staline écartera et éliminera les leaders associés à la résistance de Léningrad: des officiers comme Popkov, et de nombreux fonctionnaires vont disparaître.
Faibles percées
Pour la Wehrmarcht, le siège de Léningrad s'était transformé en une guerre statique, rappelant les combats de la Première Guerre mondiale. Une partie des lignes de défense russes étaient entre les mains des Allemands, et ces derniers étaient séparés de leurs adversaires que de quelques centaines de mètres. Bien que toujours déterminés, les attaquants commencent à ressentir de l'appréhension. C'en est fini de croire à une victoire rapide et facile. Les renforts soviétiques qui leur font face sont un peu mieux dotés en artillerie et surtout en mortiers. Ces armes tapent les abris de tranchées allemands. Jusqu'à la fonte des neiges à la mi-Avril, les soldats allemands doivent affronter deux menaces ponctuelles soviétiques: leurs T-34 et leurs tireurs d'élite. Ces derniers ont un effet démoralisant sur l'infanterie, et il le suffit que de quelques équipes pour tenir en joue tout un sous-secteur.
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Les tireurs d'élite soviétiques sont efficaces - Un canon antichar Pak-38
A Berlin, Hitler, lui, songe à relancer l'attaque sur Léningrad. Un ordre pompeux est émis par l'OKH le 5 Avril: le but est de détruire les défenses soviétiques qui résistent encore et d'enlever aux habitants l'utilisation de ses ressources de ravitaillement. Il nous faut harmoniser nos efforts d'attaque à la fois sur Léningrad et dans le Caucase. Cependant, les troupes de Von Leeb avaient subies les affres de l'hiver et n'étaient pas encore en état de relancer un effort massif: Elles avaient eues toutes les difficultés à se ravitailler adéquatement. La Wehrmarcht était toujours retranchée à Mga dans un étroit et très menaçant saillant qu'elle surnommait le Corridor de la mort. De surcroit, Leeb et ses subordonnés comme Busse craignaient une poussée soviétique imminente dans la région fort contestée de Tikvhine. Au sud-est, les Soviétiques essaient de forcer leur siège le 7 Avril par le biais d'une attaque de T-34. Au début, tout se passe bien. Les larges chenilles des chars passent facilement sur des tranchées faiblement munis d'armes antichars. Les Soviétiques font quelques centaines de prisonniers et, fidèles à leurs bonnes habitudes, miliciens et partisans font des petits raids sur les arrières de l'ennemi pour désorganiser ses communications. Les Allemands font des actions désespérées pour casser l'élan soviétique. Ils y parviennent le 11 Avril. La Luftwaffe intervient, car elle-seule peut stopper les chars russes - le canon antichar tracté Pak-38 de 57mm était insuffisant, sauf à bout portant. Le 12, les Soviétiques se replient plus ou moins en ordre à l'intérieur de leurs défenses, et les duels statiques reprennent. La fonte des neiges détrempent le terrain semi-marécageux et interdit l'usage des chars et des attelages pendant plusieurs semaines. La saison de la boue printanière perturbe à fois le ravitaillement terrestre et aérien des Allemands.
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La rasputiza encore et toujours - Léningrad pilonnée
Le début de la campagne allemande en Russie méridionale va également ralentir l'élan du Groupe d'armées Nord. Les assiégeants de Léningrad se voient démunir de nombreuses divisions mobiles et d'infanterie au profit de l'offensive sur le Caucase. L'apport aérien de ce groupe d'armées est considérablement réduit. En Juillet, les 3/4 de ses bombardiers sont transférés au sud pour entretenir l'effort désespéré contre Stalingrad - ce qui donne un répit aux assiégés de Léningrad. Cependant, les Soviétiques ne seront pas assez puissants pour forcer le siège, et cela pour les mêmes raisons que les Allemands: leur dictateur envoie la majorité des renforts pour conjurer les attaques allemandes contre Stalingrad et le Caucase. De surcroit, la chasse allemande est toujours au-dessus de Léningrad et fait la vie dure au petit pont aérien qui approvisionne la capitale. Pendant que Stalingrad souffre, l'artillerie allemande pilonne toujours Léningrad.
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