Midway

L'amiral Yamamoto, le commandant de la Flotte Combinée japonaise, avait toutes les raisons du monde d'avoir été humilié par le raid de Doolittle d'Avril 1942. Cet événement ne pouvait tomber au plus mauvais moment, alors qu'il recherchait désespérément une bataille navale décisive pour affaiblir l'aéronavale américaine. Il a fait de nombreux efforts pour convaincre le gouvernement Tojo d'abandonner son projet d'occuper les possessions françaises du Pacifique au profit d'une attaque sur Midway. Il voulait provoquer la sortie en mer des porte-avions américains et les détruire. Il sait qu'ils se terrent à Pearl Harbor où ils lèchent leurs plaies subies en Mer de Corail. Yamamoto avait même offert de démissionner si le gouvernement n'acceptait pas son intention d'attaquer Midway.Pour leurrer la flotte américaine à proximité de Midway, Yamamoto et ses adjoints mirent au point un plan très complexe: D'abord une grande partie de la Flotte Combinée appareillerait de divers endroit pour livrer bataille à la flotte américaine près de Midway – 10 porte-avions, 3 cuirassés – Yamato, Nagato et Mutsu –, 12 croiseurs protégés par un écran de 70 destroyers. Le navire-amiral de Yamamoto serait le super-cuirassé Yamato, et celui de Nagumo serait le porte-avions Akagi (ci-bas). Ensuite, une attaque de diversion serait menée sur deux îles de l'archipel des Aléoutiennes, afin d'éloigner certaines unités navales de Midway – le porte-avions Ryujo, escorté de 4 cuirassés dont le Fuso. Et finalement, une attaque complémentaire menée par des croiseurs et des cuirassés pour achever ce qui reste de la flotte américaine – les cuirassés Kongo et Haruna, protégés par les avions du porte-avions Zuiho. Elle escorterait les transports de troupes chargés de débarquer la future garnison japonaise de Midway. Le synchronisme du plan de Yamamoto s'articulerait ainsi: Une attaque sur les Aléoutiennes en guise de leurre; des frammes sur Midway; et l'attente de l'arrivée de l'aéronavale américaine pour la détruire.

___________

Que veulent Yamamoto et Nagumo?

L'objectif de Yamamoto et de son principal exécutant, Nagumo, était de couler le plus de navires de guerre ennemis possible en un minimum de temps. Ce synchronisme serait précédé d'un cordon de submersibles qui guetterait des opportunités de couler ces-dits navires américains. Ce plan fut présenté à l'amiral Nagano - le chef des opérations navales - et accepté le 5 Mai. La complexité de ce plan fut difficile à assimiler pour les différents exécutants. Cela était contraire à la pensée de Clausewitz qui favorisait la simplicité de conception, elle-même garante de sa rapidité d'exécution. De surcroit, l'historien-analyste naval Morison affirmait, avec raison, que l'autre défaut du plan de Midway était qu'il dépendait complètement de l'initiative de la flotte ennemie: si l'ennemi fait ce que vous attendez, tant mieux pour vous; s'il est assez malicieux pour faire quelque chose de différent, votre opération risque de sombrer dans la confusion. Mais à ce moment, l'amiral Yamamoto ignorait que les Américains regardaient au-dessus de son épaule et épiaient tous ses gestes.

_

Sur l'amiral Fletcher – Le porte-avions Akagi

Pour l'amiral Nagumo, attirer les navires américains dans un get-apends et les détruite dans une bataille navale grand style était la seule option stratégique valable dans le Pacifique. Ce serait pour lui l'occasion de terminer la mission qui lui avait été confiée six mois plus tôt à Pearl-Harbor: repérer et couler les porte-avions de l'US Navy, absents durant le célèbr raid du 7 Décembre 1941. Nagumo, qui croit dur comme fer aux principes du bushido, veut être le premier à asséner le coup mortel naval aux Américains: je veux les frapper pour qu'ils ne puissent plus jamais riposter,dit-il. Grâce à leurs moyens aéronavals et, surtout, à leur excellente torpille appelée ÉLance longue", la Marine impériale nippone ne craint aucun adversaire, et encore moins l'US Navy qui a perdu ses navires de surface à Pearl-Harbor. Nagumo aura comme adversaire le vice-amiral Fletcher.

Succès du décryptage

Les services de renseignements militaires de l'US Navy interceptaient les communications japonaises depuis leurs bureaux de Pearl Harbor. Le commandant Joseph Rochefort besognait fort pour déchiffrer la dernière moulure du code de transmission japonais appelé JN-25. Son équipe de chercheurs avait décodé 40% de ce code, mais il leur manquait certains éléments de référence. Durant la bataille de la Mer de Corail, Rochefort réussit à conclure que l'Amirauté japonaise travaillait à la conception d'un plan d'attaque majeur impliquant la plus grande partie des unités de la marine japonaise. Beaucoup de points de rendez-vous et d'îles étaient identifiés par des doubles lettres. Rochefort eut l'intuition que les lettres "AF" identifiaient l'île de Midway. Tout l'archipel hawaiien avait été placé en état d'alerte contre une attaque japonaise suivie d'un débarquement. Pour s'en convaincre, il reçut l'autorisation du patron du CinCPac, l'amiral Nimitz, pour tendre un hamecon aux Japonais. Il fit envoyer par le courrier postal une fausse instruction disant que la station de pompage d'eau potable était brisée. Les gens sur Midway transmirent ce faux renseignement par leurs transmissions radio hebdomadaires. Le message fut intercepté par la station d'écoute japonaise sur les Carolines qui à son tour transmit ses renseignement à Tokyo: entre autres, AF va manquer d'eau. Rochefort avait réussi son coup. Ce simple stratagème allait permettre à Nimitz de tendre une embuscade aux forces navales de Yamamoto et de Nagumo. Sans cet avantage au niveau du renseignement, Fletcher n'avait aucune chance de s'opposer au forces aéronavales de Nagumo. Le seul bémol était que l'île de Midway devra encaisser les premiers raids japonais afin de permettre aux porte-avions de Fletcher de se positionner pour les intercepter au moment du retour de mission des aviateurs japonais désarmés et avec peu d'essence (clip ci-bas) Pour contrer le plan Yamamoto, les forces navales de l'amiral Nimitz étaient composées de la Task Force 16 du contre-amiral Spruance. Elle comprenait les porte-avions Enterprise et Hornet accompagnés de 6 croiseurs et 9 destroyers. L'amiral Halsey étant hospitalisé, il passa son commandement à Spruance. Nimitz disposait également de la Task Force 17 sous le commadement du contre-amiral Fletcher. Elle comprenait le porte-avions Yorktown accompagné de 2 croiseurs et de 5 destroyers.

_

Un raccomodage rapide pour le Yorktown – Fletcher peut préparer son embuscade

Cependant, le Yorktown avait été endommagé le mois précédent en Mer de Corail et il était en réparations; les ouvriers durent s'activer pour compléter une bonne partie des travaux majeurs en 48 heures. Fait à noter, l'US Navy disposait de meilleures équipes de réparation que la marine japonaise. Leurs ingénieurs, mécaniciens et soudeurs opéraient en unités réduites et relativement autonomes de l'autorité du navire à raccommoder – ce qui n'était pas le cas des Japonais: peu de personnel embarqué et compétent pour oappliquer des réparations d'urgence lors d'avaries de combat (damage control). Qui plus est, les réparateurs japonais demeuraient dépendants du commandement du navire endommagé. Plus de 1400 ouvriers se mirent à la tâche et permirent à Fletcher d'appareiller le 30 Mai sur l'arrière de la Task Force 16 qui avait appareillé le 28. Lorsque l'écran de submersibles japonais – qui se déploya en retard – arriva sur sa position prévue, les deux task forces américaines étaient déjà à l'intérieur de leur cercle de surveillance et ne furent pas aperçues par les Japonais.

Le plan américain

Disposant de l'atout majeur du déchiffrage des codes japonais, Nimitz savait qu'il devait affronter une force navale très supérieure à la sienne; il ordonna la consigne suivante à ses deux subordonnés: vous devrez attaquer selon le principe du risque calculé. Évitez d'exposer vos éléments aux leurs si vous n'ètes pas en mesure de leur infliger des pertes, autrement, allez-y! Le 3 Juin, Fletcher et Spruance étaient au nord-est de Midway et en bonne position pour attaquer de flanc la force principale japonaise. Nimitz ordonna également aux quelques avions à long rayon d'action basés sur l'île de Midway – des B-17 et des hydravions PBY Catalina - de faire une rotation de patrouilles constantes pour repérer la flotte ennemie. En gros, les mots d'ordre de Nimitz est la prudence et la vigilance. Mais comme les Américains avaient le monopole du renseignement, ils purent retourner la menace japonaise contre elle.

__________

L'île de Midway

L'île de Midway fut découverte en Juillet 1859 par un capitaine du nom de Brooks, et appelée initialement Middle Brook Island. En fait, il s'agit d'un mini-archipel au sommet d'une barrière de corail; il comprend 7 îlots, dont celui de Sand qui est le plus important avec ses 3 milles de longueur. L'île est un sanctuaire d'oiseaux tropicaux qui sucita la curiosité de nombreux naturalistes. L'US Navy considérait qu'elle aurait une importance stratégique importante comme relais naval pour patrouiller le Pacifique Ouest

_

Durant les années 30, l'île devint une possession américaine prisée, car elle était située exactement à mi-chemin entre les îles Hawaii et le Japon; d'où son nouveau nom: Midway. Un petit dépôt fut aménagé pour acceuillir des hydravions. Deux terrains d'aviation furent également aménagés sur Sand Island pour y acceuillir des transporteurs DC-3, et un autre sur Eastern Island pour loger des chasseurs. En 1941, l'effectif américain de Midway ne dépassait pas 1100 personnes qui entretenait quelques quadrimoteurs B-17, une demi-escadrille de chasseurs F4F, et six nouveaux avions-torpilleurs TBF dits Avenger. Entre le 3 et 6 Juin, les deux flottes belligérantes se cherchent. Elles sont trop distantes l'une de l'autre pour que le radar américain reçoive des échos de retour. Les yeux des flottes sont les avions de reconnaissance lancés des porte-avions. Les Américains avaient un avantage sur leurs adversaires avec leurs appareils à long rayon d'action basés sur Midway, et c'est l'un d'entre eux, un PBY, qui détecta des navires japonais à 700 milles de Midway. Les transmissions radio furent minimales et émises sur la longueur d'onde la plus basse possible pour ne pas trahir la position des navires. Du côté japonais, l'adjoint d'État-major de Nagumo, le contre-amiral Kusaka, fit réduire la hauteur des mâts des porte-avions à la fois pour ne pas gêner les appontages et réduire les chances d'émettre des signaux que la flotte américaine pourrait détecter; mais en même temps, cela réduisait la portée de réception des navires japonais.

_

Navires japonais photographiés par un PBY – Dutch Harbor est bombardée

Les porte-avions de la Flotte Combinée devenaient handicapés dans leurs capacités à recevoir des signaux de l'ennemi. Là-aussi, les Japonais oublièrent une autre consigne de Clausewitz: l'efficacité a préséance sur le camouflage. Le 3 Juin, l'aéronavale japonaise attaque les installations américaines à Dutch Harbor, sur l'île de Unalaska, et les transformèrent en une pile de rebuts fumants. Un chasseur japonais A6M dut faire un atterrissage forcé, ce qui permit aux Américains de capturer un exemplaire du redoutable appareil et de l'étudier. Quant aux raids japonais sur les Aéloutiennes, ils ne réussirent pas à détourner des forces navales de Midway, car les Américains étaient informés de la diversion japonaise.

__________

L'attaque de Midway

A l'aube du 4 Juin, les porte-avions de Nagumo étaient à 280 milles au nord-ouest de Midway. Il fit décoller 72 avions d'attaque au sol D3A escortés par une trentaine de chasseurs A6M pour attaquer les installations de Midway. Au même moment, des hydravions monomoteurs furent catapultés des croiseurs pour repérer les navires américains qui "devaient bien être quelque part". Midway fut alerté, et les avions présents sur l'île décollèrent. Les 26 chasseurs américains F4F étaient trop lourdaux pour combattre contre les A6M, et 17 d'entre eux furent abattus. Les Japonais perdirent 6 appareils dont deux à partir de tirs venus du sol. Les autres avions japonais firent leur raid et détruisirent plusieurs hangars sur l'île (image gauche), mais de l'avis du tacticien japonais Tomonaga, une deuxième attaque serait nécessaire pour neutraliser Midway. Durant le raid, une petite équipe photo dirigée par John Ford a filmé les premières images du raid en couleur: ce sera son premier reportage de guerre (clip ci-bas). Néanmoins, ce premier bombardement avait sérieusement affaibli les défenseurs de l'île. Nagumo ordonna que les avions-torpilleurs Kate soient démunis de leurs torpilles pour monter des bombes pour mener un second raid sur l'île. Ponctuellement, la décision de Nagumo se justifiait à cause de la résistance offerte par les Américains. Qui plus est, il apprit que des B-17 partis de l'île avaient tentés de bombarder un convoi de transports de troupe, sans succès.

__

Défenseurs de Midway en action – Le TBD s'est révélé inadéquat – Choisir entre bombes ou torpilles?

A 7H28, un hydravion monomoteur du croiseur japonais Tone détecta 10 navires américains à 240 milles naviguant vers les Sud-Ouest. A 8H20, il aperçut qu'il y avait un porte-avions parmis eux et transmit le renseignement à Nagumo, qui fut embarassé. S'il envoie sa deuxième vague d'avions pour attaquer ces navires, elle n'aurait aucune escorte aérienne. Le même danger guettait les autres vagues d'avions-torpilleurs du Kaga et de l'Akagi dont les rampants terminaient l'installation de bombes à la place des torpilles. Si Nagumo attend le retour et l'appontage de la première vague partie sur Midway, il serait alors en mesure d'attaquer les navires américains avec la protection aérienne de ses chasseurs. Nagumo choisit d'attendre le retour de la première vague, et ordonna aux rampants d'enlever les bombes sur les avions-torpilleurs et de ré-installer les torpilles; comme le temps pressait, les bombes enlevées étaient empilées le long du pont des portes-avions, au lieu d'être rangées dans leurs voutes blindées. Qui plus est, les avions qui revenaient avaient besoin de refaire le plein, ce qui signifiait un autre délai d'attente qui rétrécissait la distance entre les deux flottes. Cette décision de réarmer les avions avec des torpilles a été l'erreur fatale de Nagumo: Les délais causés par le retrait des bombes pour affuter les torpilles fera perdre du temps précieux pour lancer un nouveau raid. De surcroît, Il y a un va-et-vient incessant des mécaniciens dans uyn enchevêtrement de bombes enlevées et de réservoirss d'essence d'avion, ce qui est très dangereux (clip ci-bas)

__

Réarmer avec torpilles: un tràs mauvais choix – Avions torpilleurs TBD américains

A leur grande surprise, les Japonais furent attaqués par une trentaine d'avions-torpilleurs TBD sans réussir à égratigner leurs navires: 18 d'entre eux furent abattus illicos par les tirs anti-aériens des navires et par des chasseurs. Les porte-avions japonais s'attendaient à de nouvelles attaques américaines.

Américains repoussés

Le 5 Juin à 9H00, Fletcher et Spruance repérèrent les navires de Nagumo à 230 milles de leurs positions et lancèrent leurs attaques. Plus de 130 appareils décollèrent. Contrairement à la légende, Spruance n'a pas "choisi" d'attaquer les porte-avions japonais au moment où ceux-ci réalimentaient les avions en essence. Mais il sait qu'il avait surpris les Japonais alors qu'ils étaient vulnérables. Encore une fois, un petit groupe de TBD attaquèrent les navires japonais et se firent tous descendre par une cinquantaine de chasseurs A6M. Bien que résistant, solide et contrôlable en piqué, le TBD, surnommé Devastator, était trop lent pour esquiver les tirs. Seulement cinq TBD sont revenus apponter... Une autre escadrille de TBD n'eut pas de chance car elle fut entièrement éliminée par les tirs anti-aériens des porte-avions et croiseurs d'accompagnement: une première dans l'histoire militaire. A 10H15, tout allait bien pour Nagumo: ses aviateurs et marins avaient abattus 83 avions américains au prix de 6 appareils. Il avait 102 avions prêts pour attaquer les navires américains. Les autres escadrilles d'avions américains ont eu de la difficulté à trouver l'escadre principale de Nagumo. Les avions d'attaque au sol SBD, surnommés Dauntless, et munis de bombes perforantes de 1000 lbs, attaquèrent en piqué les porte-avions japonais d'une altitude de 20,000 pieds. La première victime fut le porte-avions Akagi (ci-bas).

_ _

Trois des quatre porte-avions japonais sont coulés – Le Kaga est en mauvaise posture

Au moment où il fut attaqué, l'Akagi terminait le plein de carburant de ses avions; cet arsenal flottant au pont couvert de bombes et de lignes d'essence fut touché par deux bombes perforantes qui crevèrent le pont d'envol, fit détoner les bombes qui y trainaient, et enflammèrent la réserve de carburant d'avion. Les explosions trouèrent la coque, et blessèrent l'amiral Nagumo, qui dut évacuer son navire sur le destroyer Arashi. Les survivants furent évacués sur les destroyers Arashi et Nowaki. La seconde victime japonaise fut le porte-avions Kaga qui manoeuvrait tant bien que mal pour éviter les bombes. A 10H46, il reçut 4 bombes perforantes sur son pont d'envol et le navire se transforma en brasier. L'équipage essaya de maitriser les incendies, mais les pertes humaines furent si élevées que son capitaine ordonna l'évacuation du porte-avions sur deux destroyers adjacents, dont l'un d'eux fut même touché. L'évacuation fut à peine terminée quand le Kaga explosa et cassa en deux. Le Soryu fut le porte-avions japonais qui donna le plus de mal aux aviateurs américains. Non seulement ses navires d'escorte le protégaient par un feu anti-aérien, mais le capitaine du Soryu réussit à esquiver de nombreuses bombes par des manœuvres intrépides qui lui valurent l'admiration des Américains.

_

Le Soryu est en difficulté – Le piqué de Leslie sur le Soryu

Il fit, entre autres, un virement rapide à 360 degrés à une vitesse de 26 nœuds – qui jeta quelques-uns de ses avions à l'eau - afin d'éviter les bombes des SBD. Les avions TBD du lieutenant Leslie réussirent à le bondir en faible altitude et la lâcher quelques bombes sur le navire. L'une d'entre elles bloquèrent son gouvernail; une autre scrappa sa machinerie, une autre sur la partie avant, et la dernière touchale pont qui se transforma en brasier. Le navire explosa à 19H30, emportant avec lui la moitié de son équipage. En moins d'une heure, l'aéronavale américaine avait détruit trois des quatre porte-avions de Nagumo, ainsi que deux destroyers. Le seul survivant de l'escadre principale de Nagumo fut le porte-avions Hiryu. Il avait déjà fait décoller ses avions en deux vagues pour attaquer le porte-avions Yorktown et la Task Force 17. Cependant, le radar du Yorktown repéra la première vague japonaise, et les Japonais perdirent 12 appareils par les tirs anti-aériens.

_

L'arrière de l'îlot du Yorktown est touché – Un B5N Kate frappé pardes tirs anri-aériens

Mais les avions D3A réussirent à loger deux bombes - une sur l'arrière de l'îlot (image ci-haut) et l'autre dans la machinerie - qui stoppèrent le porte-avions vers 12H20. L'équipage parvint à redémarrer les machines à petite vitesse, mais le Yorktown fut de nouveau attaqué par la deuxième vague d'avions-torpilleurs japonais. Le Yorktown et ses croiseurs d'accompagnement firent un feu anti-aérien nourri qui détruisirent plusieurs avions (ci-haut), mais trois torpilles frappèrent le porte-avions. Neutralisé, son capitaine le fit remorquer mais le navire avait pris une gite de 7 degrés. Spruance savait qu'il n'avait que peu de chances de ramener ce porte-avions endommagé à Pearl Harbor. Spruance fit redécoller les avions SBD du Hornet pour trouver le Hiryu. Le porte-avions japonais fit augmenter sa vitesse à 33 nœuds, mais les avions américains le frappèrent de quatre bombes perforantes: deux d'entre elles firent exploser le pont avant grand ouvert, et firent flamber les quelques avions encore sur son pont arrière (ci-bas)

_

Le Yorktown endommagé est remorqué – Le Hiryu a son compte

Les 15 avions qui revenaient de leur raid réussi sur le Yorktown n'avaient plus de porte-avions où se poser. Quand au Hiryu, il fut achevé le lendemain par un destroyer japonais. La nuit tombée, Spruance ne voulait pas risquer ses croiseurs dans une bataille alors qu'ils auraient à se frotter au cuirassé Kirishima et au au croiseur Haruna, et se retira plus à l'Est.

Yamamoto abandonne

A une centaine de milles sur l'arrière de l'escadre de Nagumo, se trouvait celle du patron, l'amiral Yamamoto, à bord du nouveau cuirassé Yamato. Devant la cascade de désastres et une série d'ordres et de contre-ordres, il ordonna l'abandon des opérations offensives contre Midway et le retour des navires vers leurs bases navales respectives. La retraite des navires de Yamamoto ne se fit pas sans pertes. Le 6 Juin, le croiseur Mogami entra légèrement en collision avec son jumeau de chantier, le croiseur Mikuma. Les avions du Hornet repérèrent les deux navires presque à l'arrêt. Attaqués par les TBD, le Mogami fut sévèrement endommagé et fut mis en cale sèche durant un an; le Mikuma fut également troué par les bombes perforantes, mais coula avec la plus grande partie de son équipage. Quelques heures plus tard, le submersible hauturier japonais I-168 qui trainait derrière les navires de Spruance repéra le porte-avions Yorktown remorqué par un autre navire. Il le coula de deux torpilles et fit de même à un de ses deux remorqueurs, le destroyer Hammann(ci-bas).

__

Le Mogami frappé et estropié – Le Mikuma peu avant son naufrage – Sus au Hammann et au Yorktown

_________

Le bilan

La bataille aéronavale de Midway fut un revers cinglant pour la marine japonaise. Sur le plan stratégique, elle priva partiellement le Japon de sa liberté d'action dans le Pacifique, ce qui permit aux Anglo-Américains de se concentrer sur leur adversaire principal: l'Allemagne nazie. Les Américains perdirent 307 tués et 147 avions détruits, ainsi que le porte-avions Yorktown. Les Japonais perdirent 4 porte-avions de flotte, 2 destroyers, un croiseur, 332 avions et 3500 tués. Parmi les morts, il y avait de nombreux pilotes chevronnés de l'aéronavale japonaise, quoique beaucoup furent rescapés par leurs destroyers et submersibles. Contrairement à beaucoup de chroniqueurs et d'historiens, la bataille de Midway ne fut pas un tournant militaire, mais un revers important. Certes, l'aéronavale japonaise a subie des pertes importantes qui auraient paralysé la posture offensive de n'importe quelle flotte de guerre - dont l'US Navy. Cependant, les pertes subies par la marine impériale n'étaient pas suffisantes pour l'empêcher d'attaquer à son gré des objectifs occupés ou convoités par les Anglo-Australo-Américains. Aucun des porte-avions américains disponibles dans le Pacifique - l'Enterprise, le Hornet et le Saratoga - ne pouvaient espérer tenir longtemps devant le potentiel aérien et naval japonais durant l'été 1942. La supériorité navale et aéronavale américaine est encore en devenir, alors que la marine japonaise avait encore des effectifs considérables - dont 10 porte-avions. Mais ce fut, en revanche, une victoire à célébrer pour les Américains.

______________________

© Sites JPA, 2017