La Normandie

Bien que l’Allemagne nazie disposait de trois armées en France, elle n’a pu défendre le littoral normand et ne peut dissuader une invasion alliée. La résistance qu’elle fait subir le 6 Juin aux armées alliées a été mal conduite. Cependant, seule la présence de la 21ème Division blindée va empêcher Montgomery de prendre Caen et de faire un crochet vers la Seine. Au matin du 7 Juin, ses positions à l’est du périmètre britannique demeurent incertaines, car il n’avait pas assez de blindés pour bousculer les Allemands et ainsi percer. L’opération Overlord va piétiner autour de Caen pendant plusieurs semaines. Dès lors, les Allemands seront en mesure de faire payer très cher aux Alliés leurs progressions en Normandie. Rundstedt et Rommel n’avaient pas les coudées franches pour utiliser leurs armées avec la flexibilité requise pour rejeter les Alliés à la mer. Hitler applique sa politique de "tenir à tout prix" le terrain. Rommel sera obligé d'improviser sans arrêt pour contrer les tactiques de son vieil ennemi Montgomery. Il n'est pas question pour lui de livrer une grande bataille sans divisions blindées et escadrilles de la Luftwaffe. De surcroît, la supériorité aérienne alliée interdit toute défense en profondeur et les déploiements de véhicules en colonnes. La campagne de Normandie se transformera en une série d'actions limitées très dures, livrées par des unités plus modestes. Le sale travail sera fait par l'infanterie. Malgré l'arsenal des moyens utilisés par les belligérants, le sort de la bataille dépendra de la capacité du fantassin à prendre et tenir le terrain. Désormais, le périmètre de la Normandie est une réalité qui interdit tout espoir à Rundstedt et Rommel de le repousser par des attaques frontales. Il optent pour utiliser le terrain à leur avantage pour endiguer les mouvements ennemis, et minimiser leur supériorité aérienne et en artillerie.

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Le bocage normand — Positions de tir amllemandes dans un bocage

La topographie de la Normandie n'a rien à voir avec l'Afrique du Nord. Elle favorise le défenseur au détriment de l'attaquant. Au sud-ouest de Can, le bocage normand ralentit les mouvements pesants des alliés entre l'Orne et la Vire. Il offre plusieurs avantages aux Allemands:

1- C'est un échiquier de petits champs de culture bordé par de haies d'arbres plantés sur des buttes terreuses séparées par des petits chemins, eux-mêmes entrecoupés de ruisseaux.

2- Bien que ce terrain favorise l'évolution tactique de l'infanterie, il congestionne la progression des camions et des chars.

3- Il est parsemé de petits villages et de maisons individuelles longeant les routes, dont certaines sont aménagées en positions antichar par les Allemands (ci-bas)

Artilleurs allemands en défensive dans une maison

Pour ralentir d'avantage les Alliés, les soldats de la 7ème Armée inondent l'estuaire de la Vire – ce qui complique la jonction entre les forces américaines des plages Utah et Omaha. Autour de Caen, les Allemands utiliseront les petits villages comme des redoutes fortifiées inter-connectées capables d'agir d'une manière coordonnée pour bloquer l'ennemi. Rommel ne pouvait pas permettre à Montgomery de prendre Caen. Les Allemands font leurs déplacements lourds de nuit, en maximalisant l'art du camouflage pour se protéger des attaques aériennes. Cette tactique fut systématisée après les revers causés par les à la 21ème Division, les 7 et 11 Juin. Du 14 Jui au 10 Août, ils parviennent à réduire leurs pertes de 75%. Dans cette topographie normande, l'utilisation de l'aviation sera beaucoup plus efficace comme une arme défensive plutôt qu'offensive. Quant au char d'assaut, plus efficace comme engin défensif entre les mains des Allemands que comme engin offensif entre les mains des Alliés. De surcroît, le canon antichar aura presque toujours le dessus sur le char.

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Un peloton canadien attaqué — Officiers allemands observant l'ennemi

lle Villers Bocage s Bocage

La ville de Villers-Bocage avait une importance stratégique autant pour Montgomery que pour la 7ème Armée allemande. Elle est située à l'entrée de deux vallées: celle de la Seulles et celle de l'Odon, vers Caen. Tout comme cette dernière, Villers-Bocage était le centre d'un petit nœud routier qui contrôle les approches de Caen par le sud-ouest. Montgomery ne voulait pas ankyloser ses unités sur son périmètre de débarquement, comme Lucas à Anzio; il ordonne une attaque pour prendre cette ville. Cependant, les Allemands l'avait gagné de vitesse. Le 12 Juin, deux petites unités blindées SS avaient déjà pris position près de Villers-Bocage sans avoir été détectées par les avions alliés. L'une d'entre elles appartenait au Abteilung 501 commandé par le capitaine SS Wittmann, un as du char Tigre. Le lendemain, Wittmann aperçoit une colonne motorisée britannique commandée par le vicomte Cranley, derrière la ville. Cette colonne fait partie du 30ème Corps britannique commandé par le général Bucknall. Wittmann ordonne à ses chars de se préparer à attaquer – non sans aller seul en reconnaissance.

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Char Cromwell sur un petit chemin – Equipe de panzershrecks

Le groupe de Cranley comprend une trentaine de chars Cromwell appuyés par 25 camions semi-chenillés White. A 9H00, Wittmann se fait voir imprudemment par les Britanniques et décide tout de go de charger les véhicules ennemis. Il détruit à lui seul 12 Cromwell, 3 semi-chenillés, et quelques chenillettes Bren-carriers. Le canonnier de Wittmann l'avait entendu dire: ils se déploient comme s'ils avaient déjà gagné la guerre; on va leur prouver le contraire. Wittmann détruisit une bonne partie de la colonne de Cranley en cinq minutes avec son seul Tigre. Il se replie temporairement pour réarmer et revenir avec de nombreux chars, mais cette fois les canonniers britanniques percent son char – l'équipage l'abandonne sans une éraflure. Il dirigea ses tankistes qui vont fractionner la colonne britannique, tout en détruisant 13 autres Cromwell, ce qui cause le repli de Cranley. Wittmann et ses chars avaient repoussé l'avant-garde de la 7ème Armée britannique au prix de 4 chars, dont le sien. De ce fait, il a mis Montgomery sur la défensive car l'effet des chars Tigre rendit les fantassins britanniques hésitants et nerveux. Le 13, une quarantaine de Tigres se déploient autour de Villers-Bocage, si bien que l'infanterie britannique était presque encerclée. Impétueux, Wittman monte sur un autre Tigre et avance près de Viller Bocage. Il détruit trois chars Sherman Firefly et capture une centaine de soldats britanniques.

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Le Tigre est redoutable comme engin défensif – Sur les exploits de Wittmann

Pour venir en aide à Cranley et Bucknall, des unités de la 1ère Armée US progressent jusqu'à Caumont et prennent cette ville. Cependant, Bucknall hésite à envoyer un renfort d'infanterie pour essayer de renforcer Villers-Bocage et déloger les Tigres en attaquant de nuit: il ne ré-attaque pas. Le 14 Juillet, Bucknall fait replier l'infanterie motorisée de la ville qui est attaquée par les Tigres. Heureusement pour lui, l'artillerie américaine positionnée à Caumont réussit à repousser les chars allemands. L'artillerie américaine écrase le village qui est occupé par les Allemands. La timidité de Bucknall et de Cranley enlève toute menace britannique sur Caen par le sud-ouest. Il est également étonnant de constater l'absence des généraux Dempsey et Montgomery, dont l'aide aurait pu influencer le cours de cette bataille. Bucknall aura beau être accusé de timidité, ses supérieurs Montgomery et Dempsey sont également à blâmer pour ne pas avoir encadré leurs subalternes.

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Britanniques tapis dans un fossé – Sherman Firefly hors de combat

Le 17 Juin, les craintes de Montgomery et de Dempsey se confirment: le front de Normandie s'est figé. Rien ne bouge du côté du 30ème Corps: la 3ème Division britannique et la 3ème Division canadienne n'ont pas progressé d'une façon significative. La défaite de Villers-Bocage aura trois conséquences dans la campagne de Normandie:

1- Elle enlève aux Britanniques une occasion de percer les défenses allemandes à Caen.

2- Elle force Montgomery à abandonner l'encerclement de Caen.

3- Elle limite les options de Montgomery pour attaquer Rommel.

Dilemne stratégique

Pour Rommel, malgré que les unités de la 7ème Armée allemande soient continuellement harcelées par l'aviation et l'artillerie alliée, il a brisé l'élan de Montgomery avec beaucoup d'adresse et de ténacité. Cependant, Rommel est gêné par le manque de flexibilité dans l'utilisation de ses ressources. Après une semaine de combats, il ne se bat plus pour Caen par choix mais parce qu'il doit obéir aux ordres d'Hitler. Comme il n'a pas assez d'unités blindées pour mener une contre-offensive digne de ce nom, il se contente de bloquer les initiatives alliées en leur faisant payer le prix fort. Pour Montgomery, il est contraint d'appliquer une stratégie défensive qu'il a voulu à tout prix éviter. Bien qu'il soit bien campé sur des positions solides au sud de Caen, il ne sait pas comment il pourrait prendre cette ville et élargir sa progression. Après le 17 Juin, il doit se contenter d'attirer le plus d'unités allemandes pour les fixer sur place. L'ennui pour lui est que plus les Allemands enverront d'unités dans le secteur de Caen, plus il lui sera difficile de les vaincre et de percer, car il lui manque l'équivalent d'un corps d'armée. De surcroît, une partie de son infanterie a la trouille.

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Speed up my friend – Shermans britanniques dans le bocage

Cette fois, le maître-tacticien Montgomery n'a pas tenu compte de l'énorme supériorité technique des nouveaux chars Tigre et Panther allemands sur les engins britanniques et américains. Tous les carnets de note des officiers anglo-américains regorgent de commentaires savoureux sur ces Shermans qui brûlent comme des torches, sur les Cromwell qui se disloquent, et les Churchill qui ne peuvent encaisser un coup direct sans que leurs munitions explosent. Dans de telles circonstances, il ne faut pas se surprendre que les tankistes britanniques à Villers-Bocage n'ont pas eu les mêmes succès que ceux de Bir-Hakeim ou de Tobrouk. De nombreux tankistes deviennent prudents, et adoptent un dicton de Montgomery: un vieux soldat est un soldat prudent. C'est pourquoi il est un vieux soldat. Si Montgomery ne veut pas être tributaire des actions de Rommel – et des railleries américaines – il sait qu'il doit abandonner la défensive et opter pour l'offensive. Winston Churchill se permet même de le rencontrer brièvement pour lui botter le cul. C'est à ce moment que Montgomery envisage d'utiliser le Bomber Command de Leigh-Mallory comme une solution alternative pour déloger les Allemands.

Epsom

Une attaque frontale sur Caen était hors de question. Montgomery décide d'attaquer à l'ouest de cette ville le long de la rivière Odon, sur un terrain plus propice à l'utilisation des chars. Il veut non seulement prendre Caen, mais aussi son aérodrome Carpiquet, que Leigh-Mallory convoite depuis longtemps. La nouvelle attaque britannique, appelée Epsom, est bien préparée car elle utilise toute la puissance de la 2ème Armée du général Dempsey. Son 8ème Corps en est le fer de lance; il est commandé par le général O'Connor, vétéran de la Cyrénaïque, relâché suite à l'armistice italien de 1943. Sa tâche sera ingrate, car les Allemands avaient eu 10 jours pour terminer leurs défenses et acheminer leurs renforts…

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Britanniques en progression

L'attaque débute le 25 Juin par une action de diversion menée par le 30ème Corps de Bucknall autour des villages de Rauray et Noyers. Cela permet à O'Connor de traverser la route de Caen et Bayeux, mais il doit batailler durement contre trois divisions ennemies. Les Brits bousculent les chars allemands et plusieurs sont détruits par la force du nombre. Les avions d'attaque au sol Typhoon munis de roquettes air-sol à charge creuse en maltraitent de nombreux autres. Le général SS Dietrich demande des renforts à son supérieur Dollman de la 7ème Armée. Ce dernier lui envoie un Corps blindé SS commandé par le général Hausser, un vétéran du front de l'Est. Au moment où les Américains prennent Cherbourg, une division britannique prend un pont sur l'Odon et repousse une division blindée SS, amorçant un mouvement vers l'Orne.

L'avion d'attaque au sol Hawker Typhoon

La gestion des efforts défensifs allemand fait défaut au moment crucial. Hitler ordonne à Rundstedt et Rommel de le rencontrer à Berchesgaden. Entretemps, le général Dollmann fait une crise de démence et se suicide. Hausser le remplace comme commandant intérimaire de la 7ème Armée. Au même moment, la 11ème Division blindée britannique prend une crête appelée Côte 112 et repousse une attaque de Hausser. Cependant, Dempsey ordonne à O'Connor de se replier de cette position, qui est ré-occupée par les Allemands. Quelques jours plus tard, Dempsey ordonne à O'Connor de reprendre cette crête: il en résulte cinq jours de combats statiques style 1914-18 avec de lourdes pertes. Montgomery ordonne l'arrêt du plan Epsom pour le 30 Juin, tout en se disant "très satisfait" de la performance de ses subordonnés. En fait, l'attaque britannique n'a à peine croqué les défenses allemandes autour de Caen et n'a atteint aucun de ses objectifs. Les Brits se retrouvent encore une fois incapables de flanquer la ville pour l'encercler, tout en ne posant aucune menace pour les défenseurs allemands. Pour la deuxième fois en deux semaines, la progression d'une division blindée a été annulée par un ordre de repli précipité, qui aura eu pour effet de causer des pertes inutiles. Bien que les unités blindées allemandes ont été amochées, elles ont réussi à tenir leurs défenses.

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Le général Hausser reçoit une médaille – Fusillier-mitrailleur britannique

What's next? Durant Epsom, Montgomery a subi beaucoup de pertes dans son infanterie. Il ne peut pas se permettre une autre attaque massive. Les blessés sont trop nombreux et il manque de remplaçants entraînés pour doter les unités éprouvées. Malgré les craintes d'Eisenhower, Montgomery en est réduit à faire le siège de Caen. Pendant ce temps à Berchesgaden, Rundstedt plaide encore pour qu'Hitler lui donne les coudées franches en Normandie. Le furher lui ordonne de tenir "à tout prix". Le 30 Juin, il limoge Rundstedt comme patron militaire à l'Ouest et le remplace par le maréchal Von Kluge. Le lendemain, Rundstedt discute de la situation générale avec le maréchal Keitel à l'OKW. Devant la gravité de la situation, Keitel lui demande: qu'est-ce qu'on doit faire Gert? Et Rundstedt de lui répondre: faites la paix tas d'idiots. Il n'y a rien d'autre à faire.

Caen

Les critiques américains, de même que plusieurs officiers généraux, avaient de la difficulté à comprendre le caractère erratique de Montgomery, avec ses coups de dés entrecoupés par un scepticisme prudent. Ils croient que les unités américaines paient le prix de la prudence de Montgomery. Selon eux, la conduite de la campagne se fait dans un fouillis personnifié par Montgomery et ils exigent son limogeage au profit d’Eisenhower. A Washington, Marshall exige que Churchill transfère des troupes d’Italie en Normandie. Churchill refuse car il croit que la victoire est à portée de main en Italie. Churchill ne peut pas se faire à l’idée d’une guerre d’usure comme à Passchendaele durant la campagne de Normandie. Par courrier, il presse Montgomery d’en finir avec les défenses allemandes à Caen : get Caen or get out! Ainsi en ce 1er Juillet, Montgomery ordonne à Dempsey d’attaquer massivement Caen pour le 8 avec ses corps d’armée. Le 3 Juillet, la 3ème Division canadienne attaque l’aérodrome de Carpiquet, mais il est fortement défendu par la 12ème Division SS commandée par le général Meyer. Montgomery ordonne à Leigh-Mallory de tapisser la ville avec ses quadrimoteurs. Leigh-Mallory et Tedder refusent de coopérer. Montgomery rencontre Churchill qui l’envoie paître. We’re Friday. You take Caen by Monday or you are out! Montgomery lui rétorqua: j’y serai demain si vous me donnez ce qu’il faut, c’est-à-dire les bombardiers lourds. Churchill lui répond : vous les aurez. De ce fait, Montgomery disposera de 450 quadrimoteurs Lancaster.

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Caen est surnommé le Cassino de France – Britanniques dans Caen

Le 7 Juillet à 22h00, les quadrimoteurs britanniques larguent 6000 bombes dans le nord de la ville de Caen. Parmi ces lâchers, il y a 900 bombes de 1000 lbs réglées pour détonner six heures plus tard, au début de l’attaque. Bien qu’elle n’avait très peu soufferte le 6 Juin, Caen n’avait rien vécu de tel. Une partie de la ville a été transformée en amas de ruines comme Stalingrad, et les débris vont bloquer les avenues indispensables pour déployer des véhicules dans une offensive. De nombreux civils français sont tués et enterrés sous les débris. Les défenseurs allemands avaient évacué Caen avant le raid. Bien que le raid a eu un effet tonifiant sur le moral des soldats britanniques, il fut quand même suivi de deux jours de combats. Les Allemands se repositionnent dans les ruines et obligent les Britanniques à se battre pour chaque carrefour. Le 8, le 1er Corps déloge les Allemands du nord de la ville et atteignent l’Orne. Le 9, les Brits sont stoppés par le reste des défenseurs de Caen qui se sont repliés sur la rive sud de cette rivière. En deux jours de combats, les Allemands ont causé des pertes aux Britanniques et Canadiens : 25% dans les bataillons d’infanterie. Sur le plan stratégique, la prise de Caen n’a pas eu de conséquences immédiates pour Montgomery. Il n’a en main qu’une ville en ruines et une victoire symbolique – et pas tellement de sympathie chez les habitants de cette ville… Pour Rommel, Caen avait cessé d’être utile pour retarder les progressions britanniques; ce qui était important pour lui était de tenir une ligne de défense le long de l’Orne afin de bloquer toute autre tentative de Montgomery d’avancer en direction de la ville de Falaise. Cependant, les Canadiens ont pris Carpiquet, ce qui permet aux chasseurs-bombardiers alliés d’un endroit pour opérer à même le territoire français.

La situation au 10 Juillet 1944

Goodwood

Après la prise de Caen, Montgomery n’a que deux options pour continuer son offensive : une attaque d’infanterie vers Villers-Bocage ou une attaque blindée vers Falaise. Il choisit d’attaquer Falaise, à cause du terrain propice pour les chars et semi-chenillés. Comme le temps presse, Montgomery est forcé d’improviser dans la constitution des unités disponibles. Les subordonnés de Montgomery doivent se déployer avec des unités ébranlées par les combats antérieurs qui avaient subies de lourdes pertes. Pour mettre les chances de son côté, Montgomery utilise 1600 Lancasters et 600 bimoteurs B-25 et B-26 pour tapisser une zone étroite dans laquelle le 8ème Corps du général O’Connor pourra passer. Le 18 Juillet, le Bomber Command largue 7000 tonnes de bombes sur la zone désignée, soufflant, trucidant, et hébétant les unités de la 7ème Armée allemande encore valides. Lorsque Dempsey et O’Connor attaquent, la progression de leurs unités est appuyée par 230 autres bimoteurs qui larguent leurs bombes sur toute positions jugée suspecte. Cependant, les Allemands avaient anticipé l’attaque et se replièrent en profondeur pour réduire leurs pertes. Bien que malmenés, les Allemands sont refoulés, non sans infliger des pertes gênantes à O’Connor. Des pelotons de chars de la 21ème Division et des parachutistes allemands disposent de 272 affuts mobiles Nebelwerfer, des chars Tigre et Panther, de même que de nombreux canons antichars tractés de 75mm et 88mm.

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Les Britanniques avancent après leur tapissage – Nebelwefer prêt à tirer

Les fantassins britanniques et canadiens subissent des pertes par ces Nebelwerfer et parfois les terrorisent. Dès qu’ils se montrent le bout du nez à la lisière d’un champ, les fantassins reçoivent une volée de roquettes meurtrières. Les Cromwells britanniques ne sont pas plus chanceux contre les canons antichars allemands. Ainsi, les éléments de tête britanniques et canadiens sont freinés temporairement et ont de la difficulté à exploiter convenablement leur supériorité matérielle et numérique. La principale raison est que l’artillerie britannique positionnée sur la rive gauche de l’Orne n’avait pas la portée nécessaire pour continuer le travail d’appui-feu des bimoteurs. A la tombée de la nuit, des unités de la division SS Adolf Hitler réussissent à tendre une embuscade aux chars de la 11ème Division blindée : 40 chars sont détruits, et le moral du fantassin est affaibli.

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Chars Cromwell – Artilleurs antichar allemands

Néanmoins, les combats d’infanterie se poursuivent sous une pluie pleine qui embourbe les chars des belligérants sur une surface trouée de cratères des bombes d’avions larguées la veille. Les Alliés n’ont progressé que de 7 milles à l’intérieur de la zone ennemie, sans réussir à déloger les Allemands. Raids après raids, les belligérants essaient de se repousser dans de nombreux corps-à-corps, mais la pluie les fatiguent et les figent. Encore une fois, Montgomery récolte des miettes au prix de fortes pertes : 110 chars et 200 véhicules divers. Montgomery se dit lassé. Eisenhower est consterné et exprime sa frustration : Montgomery aura-t-il besoin de 7000 tonnes de bombes par jour pour gagner 7 milles de terrain? Est-ce que je peux me permettre de dépenser 1000 tonnes de bombes par mille? Eisenhower songe à relever Montgomery de son commandement. Au même moment à Amiens, le maréchal Von Kluge – successeur de Rundstedt – craint que Montgomery perce à Falaise. Il ne sait pas que l’attaque s’est figée, mais il ordonne à la 2ème Division SS basée à St-Lô de se préparer à se diriger vers Caen, une semaine avant l’opération Cobra.

Bilan

A la fin de Juillet, l’opération Overlord a réussi. Les forces alliées étaient solidement implantées en Normandie. Les ports artificiels acheminaient le ravitaillement en hommes et matériels, de même que celui de Cherbourg. Quatre armées avaient établi un périmètre de 80 milles de long par 40 milles de profondeur, mais elles ne pouvaient pas encore briser la ténacité défensive des forces allemandes inférieures en nombre. L’objectif principal d’Overlord – la prise de Caen dès le premier jour – n’a pas été atteint. La péninsule du Cotentin, Caen et Carpiquet ont été prises dans des tentatives à la fois hésitantes et téméraires, au prix de nombreuses pertes en hommes et matériels. Les Britanniques ont été handicapés par le manque d’expérience de nombreuses unités, l’usure de leurs réserves et par la prudence de leur commandant en chef, Montgomery. Les Américains ont donné un bon coup d’envoi dans le Cotentin mais sont eux-aussi bloqués dans le bocage normand. Leurs pertes sont importantes. La supériorité numérique et matérielle a été engourdie par de mauvaises tactiques.

Pour vous la guerre est finie…

Le dispositif allemand en France a de quoi inquiéter. La 15ème Armée du général Von Salmuth attend encore le débarquement de Patton au Pas de Calais. La 7ème Armée du général Dollmann est isolée, bombardée, fractionnée, et commence à perdre de sa cohésion. Dollmann se suicide. Schweppenburg est limogé. Von Kluge étudie ses options. Le 17 Juillet, Rommel est hospitalisé lorsque sa voiture est mitraillée par un avion. Le 20 Juillet, l’attentat contre Hitler sème la confusion dans la Wehrmarcht. Les Allemands n’ont pas réussi à repousser l’invasion ennemie, mais ils ont réussi à l’endiguer dans une région peu propice à l’évolution des grandes unités motorisées et blindées. Les Allemands ont prouvé leur capacité à performer dans la défensive en utilisant les avantages du terrain. Le temps joue contre Von Kluge car ses unités malmenées n’ont pas manifesté de clairvoyance stratégique. Qui plus est, l’intransigeance d’Hitler de les fixer sur place leur enlève la flexibilité opérationnelle indispensable pour mener des opérations mobiles. Sans renforts, sans renseignements précis, et surtout sans ordres précis, les forces allemandes vont perdre leur momentum défensif, car les Alliés semblent avoir trouvé le moyen de réussir conjointement une percée pour quitter la Normandie et foncer vers la Seine.

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