Charles N'Tchoréré

Capitaine

1896-1940

Officier de carrière français commandant une unité de tirailleurs sénégalais durant la campagne d'Europe occidentale en 1940

Originaire du Gabon (Afrique équatoriale française), il s'enrôle dans l'armée française en 1916 et sera rapidement promu sergent à cause de sa bravoure. Durant l'entre-deux guerres, il sert au Maroc avec le grade d'adjudant, puis on lui offre une formation d'officier qu'il suit à l'école de Fréjus. Il sera l'un des rares Africains à être promu officier d'active en raison de ses notes et de sa brillante conduite. N'tchorré sera posté en Syrie puis au Soudan et recevra le grade de capitaine en 1933.

Lorsque la guerre éclate, il demande d'être transféré en France, et l'État lui donne la nationalité française en 1940. Il sert dans le 53ème Régiment d'infanterie coloniale mixte sénégalais. Sa compétence est reconnue par ses pairs ainsi que par les autres officiers et cadres européens placés sous son commandement. Sa compagnie est postée au centre d’un dispositif ayant pour mission de défendre la petite ville d’Airaines, située à 30 kilomètres d’Amiens, contre l’attaque des forces allemandes venues de Belgique La 5e compagnie a constitué un point d’appui dans un groupe isolé de maisons, au nord du bourg. Le premier assaut allemand qui se produit le 4 Juin est repoussé, ainsi qu'un second assaut le lendemain. Le 6 Juin, la ville est contournée et encerclée par les Allemands, et subit un intense bombardement combiné de l’aviation et de l’artillerie ennemies, qui détruit presque entièrement la bourgade, mais sans briser la résistance des hommes de N'Tchoréré. Devant cette résistance inattendue, une délégation allemande se présente pour parlementer et tenter d’obtenir la reddition du bataillon qui défend Airaines, mais essuie un refus du commandant Seymour. Cet intermède est suivi de tentatives d’infiltrations de l’infanterie légère allemande, qui est repoussée dans les bois par une contre-attaque de la compagnie du capitaine N'Tchoréré. De nouveaux bombardements plus intenses s'abattent encore sur Airaines dans la nuit du 6 au 7 juin. Une nouvelle vague d'assaut allemande, appuyée par des chars, est pourtant à nouveau repoussée par la 5e compagnie. Celle-ci, toujours vaillante, oppose une résistance farouche, ayant mis huit blindés hors de combat.

Pendant que les restes du bataillon forcent au sud le barrage ennemi, la 5e compagnie, restée seule en arrière-garde, subit l’assaut allemand au nord. C’est au moyen de lance-flammes que les soldats allemands réduisent, une à une, les dernières poches de résistance. En soirée, la 5e compagnie ne compte plus que quinze hommes valides : dix Africains et cinq Européens, dont les munitions sont épuisées. Ils ne peuvent plus que se rendre et hissent le drapeau blanc : le capitaine N'Tchoréré sort en tête des survivants. Les hommes du 25e régiment d'infanterie allemande séparent alors les Noirs des Blancs. N'Tchoréré refuse d’être considéré comme un sous-homme et fait valoir sa qualité d’officier français. En dépit des vives protestations de ses camarades, et des lois les plus élémentaires de la guerre, les Allemands exécutent sommairement le capitaine N'Tchoréré d'une balle tirée derrière la tête. Faits à noter, les assassins ne provenaient pas d'une unité SS, mais de la 7ème Division blindée allemande, sous les ordres d'Erwin Rommel. On ne retrouvera pas les traces de son corps.

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Ó Sites JPA, 2013