Okinawa

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La bataille d'Okinawa – surnommée Opération Iceberg – qui s'est déroulée dans l’archipel d’Okinawa, fut le plus grand assaut amphibie de la campagne Pacifique de la Seconde Guerre mondiale. Elle dura de fin Mars jusqu'à Juin 1945. Le haut commandement américain avait choisi Okinawa comme la dernière étape avant l'invasion des îles principales du Japon. Il mit en œuvre des forces considérables car au fur et à mesure de la reconquête, les Américains s'étaient retrouvés à chaque fois devant un ennemi plus agressif et déterminé – surtout depuis les batailles de Peleliu et de Saipan. Pour le commandement japonais, l'île d’Okinawa était le prolongement stratégique d'Iwo Jima. Il était persuadé que les alliés passeraient obligatoirement par Okinawa avant de débarquer au Japon. Les préparatifs pour la défense furent donc extrêmement poussés. Le responsable militaire japonais était le général Mitsuru Ushijima, commandant la 32ème Armée. Ce dernier sait que le Japon est militairement vaincu, mais il est déterminé à accomplir son devoir patriotique et professionnel en opposant la meilleure résistance possible contre l’adversaire américain. Sa priorité stratégique sera la même que celle du général Kuribayashi à Iwo Jima : gagner du temps afin de permettre aux défenses continentales japonaises de terminer leurs préparatifs en cas de débarquements au Japon même. Dès lors, les Américains auront la preuve que, une fois de plus, le soldat japonais est résolu à résister jusqu’à la limite de ses forces, peu importe la précarité du champ de bataille sur lequel il devra combattre. La bataille d’Okinawa aura deux volets :
Le 1er Mars 1945 – un mois avant l'invasion –, l'amiral Spruance ordonne à Mitscher de faire des raids aériens pour neutraliser les avions japonais sur leurs aérodromes des Ryukus, tout en prenant de nombreuses photographies aériennes d'Okinawa: 80% de la superficie de l'île convoitée fut photographiée, mais les positions défensives de la 32ème Armée d'Ushijima n'ont pas été détectées. Le 18 Mars, les chasseurs-bombardiers F4U Corsair et les avions d'attaque au sol SB2C Helldivers frappent systématiquement tous les hangars et installations aériennes des Ryukus, ainsi qu'une poignée d'appareils surpris à terre. Les avions américains égratignent également le cuirassé géant Yamato. L'apparition des avions embarqués de Spruance intrigua l'amirauté japonaise. Bien qu'informée par les renseignements japonais sur Ulithi, la marine japonaise se demandait s'il était sage d'attaquer immédiatement la flotte de Spruance; cela aurait pour conséquense de gaspiller des kamikazes avant que la bataille d'Okinawa ne commence.
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Préliminaires d'invasion
Devant la menace imminente d'invasion, le gouvernement japonais ordonna à l'amiral Ukagi, commandant à Kyushu, de lancer un raid aérien sur les navires de Spruance en route vers Okinawa: 193 avions – dont 69 kamikazes – décollent puis attaquent. Les avions japonais ont frappé 5 porte-avions, 2 cuirassés, 3 croiseurs, et un transport de troupes. Deux porte-avions sur cinq furent endommagés: le Wasp et, surtout, le Franklin. Ce dernier a reçu deux bombes perforantes de 550 lbs sur son pont d'envol et un kamikaze sur son kiosque, endommageant les antennes radars. L'incendie fut contenu temporairement, mais il fit détonner d'autres munitions et le navire dut être abandonné et remorqué hors de la zone de combat: 724 marins furent tués et 1428 repêchés sur de nombreux destroyers.
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Le Frankin est endommagé par un kamikaze – Bateau-suicide capturé sur Kemara Retto
L'autre événement préliminaire fut mené par la 77ème Division USMC sur les îles de Kemara Retto, le 26 Mars. Aucun officier supérieur japonais n'avait anticipé l'action américaine, pas même le général Ushijima. Pourtant, l'action des Marines était parfaitement prévisible, surtout à cause du grand nombre de bateaux-suicide qui pourraient attaquer l'armada américaine. L'île n'était défendue que par 975 soldats et 300 marins kamikazes. Après une résistance inégale, les Japonais de Kemara Retto furent neutralisés. Les autorités japonaises avaient terrifiés les 6000 habitants de Kemara Retto en leur disant que les Américains les massacreraient et les violeraient. Beaucoup de civils se suicidèrent après avoir assassiné leurs familles, au grand désarroi des officiers médicaux américains témoins de certaines scènes. Le 31 Mars, les kamikazes ont presque eu la peau de l'amiral Spruance. Quatre d'entre eux frappent son navire-amiral, le cuirassé Indianapolis. Le blindage résista très bien, mais un arbre d'hélice fut faussé et les ondes de choc tuèrent 9 marins et en blessèrent une vingtainne. D'autres navires furent endommagés par des mines flottantes qui n'avaient pas été détectées. L'une d'entre elle coupa en deux le destroyer Halligan au large de Kemara Retto: 150 marins périrent. Deux autres coulèrent un dragueur de mines, tuant 5 marins. Huit autres navires sont endommagés par des mines et parqués dans une baie de Kemara Retto.
Débarquements
La tactique employée par Spruance fut de feinter un débarquement sur la pointe sud-est d'Okinawa, soit la péninsule de Chinen, devant Minatoga. La zone de débarquement était prévue sur les plages de Hagushi. Ushijima savait que la topographie intérieure favorisait ses défenseurs, à cause des crètes souvent escarpés, et des très nombreuses cavernes qui avaient été fortifées en nids de résistance. L’organisation de la défense intérieure se concentre autour d’une bande territoriale qui coupe l’île en deux et qui est destinée à absorber les attaques américaines, en évitant ainsi une occupation complète de l’île : la Ligne Shuri. Elle s’étend de la ville portuaire de Naha à l’ouest jusqu’à Yonobaru à l’est. Cependant, les adjoints de Ushijima divergent sur la stratégie pour affronter l’envahisseur. Il y a belle lurette qu’une défense des plages était impensable devant la puissance navale ennemie, mais la question était de savoir comment affronter les Américains après leurs débarquements. Le chef d’état-major d’Ushijima, le général Cho, est partisan d’une stratégie offensive pour cibler les unités américaines dès qu’elles seront repérées et identifiées. En revanche, le chef des opérations, le colonel Yahara, préconise une stratégie défensive. Le problème avec la Ligne Shuri, c’est qu’elle immobilise des effectifs dans le sud de l’île, en laissant le centre et le nord passablement dégarni en unités bien dotées. L’option défensive l’emporte : saigner l’adversaire au maximum par des combats d’infanterie et d’artillerie. Cependant, Ushijima et Yahara savent que les divisions américaines ont une puissance de feu six fois supérieure aux divisions japonaises – sans compter l’énorme appui-feu aéronaval. Mais ils savent que les Américains ne pourront progresser sans un appui aérien massif et pour le contrer, ils s’en remettent aux kamikazes qui attaquent les navires de l’US Navy : si les avions américains sont attaqués en mer, ils seront moins nombreux au-dessus d’Okinawa… En effet, sans couverture aérienne adéquate, les unités américaines auront de la difficulté à progresser. Le sort de la bataille dépendra surtout des dégâts infligés à la flotte d’invasion autour de l’île.
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L'amiral Mischer – Généaux Ushijima et Cho – Colonel Yahara – Général Geiger
Les Japonais disposent de 70,000 soldats de la 32ème Armée (organisés en trois divisions avec une brigade mixte) et d’environ 9000 fusiliers-marins, ces derniers tenant la base navale d’Oroku. Ces unités régulières sont assistées par 39,000 conscrits okinawins organisée en une milice dite Boeitai. Les Américains disposaient de 10 groupes opérationnels (ou Task Forces) totalisant 102,000 soldats, 88,000 fusiliers-marins, et environ 18,000 marins – y compris les pilotes de l’aéronavale. La disproportion des forces devient évidente pour Ushijima. Un pilonnage naval dura 30 minutes et fut d’une grande intensité dévaste les plages et la proximité intérieure d’Okinawa. On y retrouve non seulement des unités de l’US Navy, mais aussi quelques navires britanniques et canadiens venus faire de la figuration. Le fracas est tel que les Japonais l’appellent le « typhon d’acier ».
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La conquête sera lente et difficile
Les barges et péniches de débarquement sont mises à l'eau à 8H30 et atteignent les plages sans encombre. La scène était presque anti-climatique pour beaucoup de soldats: Où sont les Japs? A l'exception de quelques projectiles de mortiers par ci par là, il n'y avait rien à signaler sur l'arrière des plages. Celles-ci deviennent encombrées de péniches, de camions et de chars. Les Japonais avaient, évidemment, concentré leurs défenses à l'intérieur du territoire, ce qui permit aux forces américaines de débarquer sur les plages en toute impunité. Le soir du 1er Avril, 60,000 hommes avaient débarqués sur une tête de pont de 8 milles de large. Le faux débarquement simulé devant Minatoga leurra certaines unités japonaises vers le Sud-Est. Les progressions initiales sont rapides, surtout durant les deux jours suivants. Les Marines ont rejoint de nombreux civils okinawins. Peu d'entre eux se sont faits tuer car la plupart avaient fui les plages pour se réfugier dans des cavernes. Ils hésitaient à se présenter les mains en l'air car les Japonais les avaient convaincus qu'ils seraient tués par les Américains dès leur capture. Les Marines ont du les forcer à sortir de leurs réduits. Quant à l'infanterie de l'US Army, elle exploite la zone sécurisée par les Marines en poussant à l'intérieur et parvient à couper l'île en deux dès le 3 Avril. Des prisonniers de guerre sont libérés et d'autres civils okinawins se montrent pour observer ces curieux spécimen occidentaux. Ils apprennent d'eux que le gros de la force japonaise est au sud. A Tokyo, les Japonais furent consternés d'apprendre que les Marines ont capturé deux petits terrains d'aviation presque intacts.
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Rotation de fantassins américains – Échanges de tirs nourris
Le poussée américaine vers le sud est menée par un corps d'armée formée des 7ème et 96ème Divisions. Ces unités progressent prudemment le long de nombreuses petites routes flanquées de crêtes et de crevasses. Les premiers combats d'infanterie débutent le 5 Avril. La résistance japonaise est bien coordonnée et force les deux divisions américaines à s'arrêter pour batailler à la Crête de Kazaku. Les Américains ont attaqué cette crête à deux reprises, mais sans succès. Les revers coûteux américains symbolisent exactement le genre de combat que recherche le général Ushijima. Une nouvelle attaque attaque massive fut menée le 10, et repoussée par les Japonais. Les positions des deux divisions américaines sont pilonnées par l'artillerie japonaise; mais, celle-ci se fait voir par les chasseurs-bombardiers F4U Corsairs, et se fait en partie détruire des airs. Le moral chute rapidement dans plusieurs régiments, et cela est aggravé par l'annonce de la mort de Roosevelt, que les Japonais ont exploitée à la radio à des fins de propagande: the Japanese special assaut corps will sink your vessels to the last destroyer. You will witness it realised in the near future.
Les kamikazes
La plus grande menace aux débarquements et déploiements américains ne venait pas des soldats japonais, mais de leurs kamikazes. Peu avant l'aube du 1er Avril, un avion-suicide frappe une barge de débarquement LST, tuant 24 soldats et en blessant 21 autres. Les kamikazes visaient essentiellement les navires de transport de troupes et les grande barges de débarquement LST. Les destroyers d'escorte venaient en second lieu. Il s'agissait de produire des morts chez les soldats ennemis à l'endroit où ils étaient le plus vulnérables: sur leurs navires et barges. Une vingtaine d'avions-torpilleurs D4Y Judy apparaissent au ras des flots et attaquent l'armada ennemie. Mais les pilotes sont inexpérimentés avec seulement quatre heures de vol.
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Un transporter frappé par un kamikaze – Durant une attaque de kamikazes
Ils doivent se taper six heures de vol avant de se faire intercepter par l'aéronavale américaine, bien avant d'apercevoir la flotte d'invasion. Cependant, un certain nombre de kamikazes frappent les porte-avions britanniques Indefatigable et Illustrious. La plupart sont abattus par les F6F Hellcat et Seafires britanniques – mais il y en a qui passent et qui frappent. Les dommages sont mineurs à cause de leurs pont blindés qui font détonner les bombes japonaises sans qu'il n'y ait pénétration dans le cœur des navires. D'autres grappes de kamikazes qui avaient réussi à la fois à éviter la chasse se ruent sur une soixantaine de navires de transports américains; certains navires de guerre sont également pris pour cible, mais ces kamikazes se font hacher par les tirs anti-aériens. Plus d'une vingtainne de barges seront coulées, de même que navires de guerre.
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Destroyer américain hors de combat – Éclopés de kamikazes à Kemara Retto
Dans la soirée du 1er Avril, un avion-suicide trouve le vieux cuirassé West Virginia et le frappe de plein fouet. Son blindage le protégea et les dommages sont mineurs, ce qui permit au navire de rester dans la bataille. Les navires de transport de Spruance ont eu de la chance: pas un seul ne fut touché par les kamikazes. Ushijima aurait espéré un peu plus de nerfs de la part des pilotes kamikazes; mais pour lui, la bataille ne faisait que commencer. Le 7 Avril, l'Amirauté japonaise dépêcha un kamikaze flottant: le super-cuirassé Yamato de 65,000 tonnes. Le grand navire devait s'échouer sur la plage et continuer son tir d'interdiction. On ne lui avait donné que le carburant pour l'aller seulement. Les marins japonais savaient que ce cuirassé pouvait neutraliser tout cuirassé américain. Depuis son lancement en 1941, le grand navire n'avait fait que quelques patrouilles en Mer de Chine, et est resté en rade pour plus de deux ans. Ses marins le surnommaient "l'hôtel Yamato" à cause de la vie douce à bord et des arrivages réguliers de nourriture... Lorsque l'Amirauté s'est aperçcu qu'Okinawa était dans la ligne de mire des Américains, il a reçcu sa mission pour son aller unique. Il était le fleuron de la marine japonaise. Il avait reçu pour mission de naviguer jusqu'à la flotte d'invasion et de couler le plus de navires américains possible. Après les funérailles rituelles d'avant son appareillage, les marins se sont infermés dans les cloisons du navire, et les portes ont été soudées...
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L'attaque et la destruction du cuirassé Yamato
La "Force spéciale d'attaque navale" japonaise n'avait pas déduit que les adversaires du Yamato ne seraient pas des navires mais des avions. Le réseau radar naval américain l'avait détecté et a transmit les vecteurs d'interception à l'aéronavale. Mitscher ne lui donna aucune chance: 380 avions-torpilleurs et d'attaque en piqué attaquent le super-cuirassé, mais plusieurs appareils furent touchés par le tir de ses 146 canon-mitrailleurs anti-aériens, ainsi que ceux des destroyers d'escorte. Un croiseur d'escorte, le Yahagi, fut frappé par 19 bombes et 8 torpilles avant de sombrer. Le grand nombre d'appareils américain réussit à disperser l'écran de destroyers japonais et ce fut au tour du super-cuirassé d'être atteint par des torpilles: 18 torpilles firent mouche, de même que 17 bombes de 1000 lbs. L'équipage ne fut pas en mesure de contenir les voies d'eau; le navire cala de la poupe pour se cabrer, et chavirer. Peu avant de disparaître, la soute à munition explosa (ci-haut). L'Amirauté avait sacrifié inutilement son plus puissant cuirassé, bien avant que ce dernier soit en vue d'Okinawa.
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Toguchi est attaqué par l'aéronavale US – Réduit japonais dynamité
Contre-offensive japonaise
Sur Okinawa, les Japonais du général Ushijima commencent à découvrir les inconvénients de leur stratégie défensive. Les troupes nippones avaient réussies à stopper le corps d'armée ennemi en route vers le sud, mais la facture fut élevée: 5570 tués pour leurs hommes, contre 451 pour les Américains. Malgré cette dégelée, Ushijima passe à l'attaque le 13 Avril avec deux divisions de sa 32ème Armée. Durant deux jours, il essaie de repousser les Américains, mais sans succès: la maîtrise du ciel disperse toutes les unités japonaises qui se déploient en ordre de bataille. Le 15 Avril, les soldats japonais se terrent de nouveau, et le front se stabilise de nouveau. Le général Buckner décide de changer sa stratégie, et accorde la priorité à nettoyer le nord de l'île au lieu du sud. Il ordonne à la 6ème Division USMC du général Geiger d'attaquer, et elle atteint la péninsule Mobutu dès le 8 Avril. Le seul noyau sérieux de résistance japonaise est à Yae-Take. Geiger prit sept jours pour l'encercler et cinq autres pour forcer la capitulation japonaise au nord de l'île Après avoir changé son plan de bataille et pris le nord d'Okinawa, Buckner attaque la petite île d'Ie Shima, sur laquelle les Japonais avaient construit un terrain d'aviation. Buckner voulait ce terrain pour l'utiliser comme un "porte-avions" pour tenir en joue toute présence navale ou aérienne provenant du Japon. Mais l'endroit est défendu par 2000 fusiliers-marins – c'était un mini Iwo Jima. La 77ème Division du général Bruce prend l'île en cinq jours de durs combats. Le fanatisme des rikusentais a fait toute une impression sur Bruce: the last three days of this fighting were the bitterest I ever witnessed.

L'invasion américaine d'Okinawa
Attaque-surprise américaine
Pendant que le nord de l'île était dégagée de la présence militaire japonaise, Buckner préparait une attaque surprise sur les défenses d'Ushijima à Shuri. Son objectif était de pousser le plus loin possible au sud, en contournant certains points fortifiés coriaces – comme la Crête Kakazu – qui pourraient être réduits ultérieurement. L'attaque serait prévue pour le 19 Avril, et Buckner donna ses ordres au général Hodge, commandant à 27ème Division: it's going to be really tough. There are 65 to 70,000 fighting Japs holed up in the south end of the island, and I see no way to get them out except blast them out yard by yard. De la job de cochon, en effet.. L'attaque massive débuta le 19, mais elle échoua, tuant 720 Américains. Les Japonais se battent comme des lions et refoulent toutes les tentatives de progression grâce aux tirs conjugés de leurs batteries d'artillerie et de mortiers. Un commandant de régiment avait lancé cette remarque à Buckner: le Japonais ne peut pas être contourné car il ne sait pas quand il est contourné.
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Un blessé traité – Redoute japonaise attaquée – Charge de satchel lancée dans une redoute
Malgré l'échec de son attaque initiale, Buckner n'avait pas le choix que de continuer. Il réessaya le 20, mais il perdit 938 tués, tout en tuant 802 soldats nippons. Un point fortifié situé près de la ville de Gusukuma, devant l'aérodrome de Machinato, donna énormément de fil à retordre aux fantassins américains entre le 20 et le 27 Avril, lorsqu'il fut réduit. Un fort volume de tirs automatiques et de mortiers japonais fut donné contre les Américains qui répliquent avec une combinaison d'appui-feu aérien et terrestre, notamment les chars Sherman munis de leurs redoutables lance-flammes. La prise d'assaut de cavernes transformées en redoutes fut épuisante et coûteuse pour les Américains: chaque réduit dut être cannoné, approché, et neutralisé soit au lance-flamme ou par des charges de satchel balancées dans les meutrières visibles. De cette manière, plusieurs crêtes fortifiées furent détruites, comme celle de Tanabaru. Le rythme de l'attaque américaine ralentit rapidement, jusqu'au moment où le poids des moyens américains firent casser à la fois les défenses japonaises de Gusukuma et celles de la Crête Kakazu, le 1er Mai. Buckner réarangea le déploiement de ses divisions en retirant celles usées par les combats au profit d'unités fraiches.
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Sherman lance-flammes en action – Les Marines poussent vers Yae-Take
Un sursaut japonais
Le 4 Mai, Ushijima lance une contre-attaque dirigée contre le centre des forces déployées par Buckner. Ushijima envisageait même de faire des actions amphibies pour frapper dans le dos des Américains. Mais l'attaque d'Ushijima fit également chou blanc. Les mouvements amphibies japonais furent détectés et contrés. Malgré le fait que les fantassins japonais de la 24ème Division ont repris la Crête de Tanabaru, cette division avait dépensée ses dernières ressources en munitions, et Ushijima n'avait pas d'autre choix que de se replier et de se remettre sur la défensive. Tout ce que le sursaut japonais a réussi était de retarder les progressions américaines d'une semaine. Lorsque la contre-attaque d'Ushijima est contenue, Buckner voit sa chance de terminer son offensive vers le sud de l'île. Le 10 Mai, la 6ème Division USMC et la 77ème Division font converger leurs pinces sur Shuri, et tordent lentement les défenses japonaises; celles-ci se rendent le 29 Mai.
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Civil okinawin sortant de son abri – Soldat fait prisonnier – Arrivée de renforts
La retraite japonaise
Du 12 au 23 Mai, les unités américaines profitent des replis japonais pour nettoyer des poches d'encerclés japonais de Conical Hill et Sugar Hill. Mais par la suite, la météo se mit "du côté" des Japonais: la pluie et la boue transforment le sud d'Okinawa en mer du boue. Les petites routes boueuses paralysent les mouvements des belligérants, mais la pression américaine ne diminua pas. Lorsque la Ligne Shuri fut enfoncée, les unités japonaises encore valides se cramponnent à la pointe sud d'Okinawa. Le 1er Juin, la ville de Kamizato est prise après un combat serré coûteux pour les deux belligérants. La ville d'Iwa est rapidement prise. Des fusiliers-marins japonais commandés par l'amiral Ota se font encercler en défendant l'aérodrome de Naha sur la péninsule d'Oroku. Ota se battit très bien et infligea plusieurs centaines de tués aux troupes de Buckner, mais ses rikusentais furent exterminés le 15 Juin.
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Une crête après l'autre – Prisonniers déshonorés
Au même moment, Buckner concentre la majeure partie de ses moyens militaires pour casser une autre crête fortifiée japonaise, située au sud-est d'Iwa: la Crête de Yaeju-Daké. L'artillerie japonaise tint les Américains à bout de bras durant trente heures, mais elle épuisa ses munitions. Ce fut au tour de l'artillerie et de l'aviation tactique américaine de pilonner et trouer la crête fortifiée. Cependant, dès que les Marines l'attaquèrent, ils furent initialement repoussés avec de fortes pertes par des tirs automatiques bien dirigés. Il faudra cinq jours de boucheries pour que les Marines de la 1ère Division prennent cette crête. Pis encore, les nombreux soldats survivants armés devaient être chassés de leurs trous et autres anfractuosités.
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Des pillboxes détruits au lance-flammes – Distribution de vivres aux civils
Là-encore, les chars Sherman munis de lance-flammes furent mis à contribution, de même que d'autres chars semblables munis de lames de bouteur pour enterrer vivant les irréductibles. Une erreur stratégique fut certainement commise par Spruance et Buckner: le bombardement de Naha, la capitale d'Okinawa. Il n'y avait pas de troupes japonaises dans cette ville. Le bombardement incendia la ville et plusieurs milliers de civils okinawins furent tués. Entre le 18 et le 21 Juin, les survivants valides de la 32ème Armée japonaise étaient isolés en trois poches d'encerclés ayant le dos à la mer, tout comme à Iwo Jima. Buckner envoya un appel à Ushijima pour qu'il cesse les combats, afin qu'il rende ses troupes. Ushijima reçoit le message avec une ironie amusée, ignorant qu'au même moment, l'amiral Ota s'était fait hara-kiri sur la péninsule d'Oroku. Le 18, le général Buckner fut tué par un éclat d'obus, quelques minutes après la prise de la photo ci-contre. Le général Geiger lui succéda. Les japonais d'Ushijima étaient au bout de leur rouleau après avoir résisté superbement face à un adversaire doté de moyens perçus comme inépuisables. Le dernier réduit fortifié de résistance organisée tomba le 21 Juin. Beaucoup de soldats et de civils préférèrent se suicider plutôt que de se rendre dans le déshonneur. PLusieurs groupes de soldats japonais sont enterrés vivants en scellant leurs abris avec des explosifs. D'autres se tuent en dégoupillant des grenades. Nombreux furent ceux qui se jettèrent du haut des falaises de Mabuni. Les généraux Ushijima et Cho se firent hara-kiri. Une résistance irrégulière se poursuivit jusqu'au 2 Juin, et Okinawa fut déclarée conquise et sécurisée.
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Le général Buckner est tué – Falaise de Mabuni – Prisonniers priant sur les tombes de Cho et d'Ushijima
Le bilan
Les Alliés, à bout de souffle, avaient réussi à conquérir Okinawa. Ils disposaient dès lors d'une tête de pont pour monter des opérations contre le Japon – distant seulement de 350 milles. Mais pour les Américains, ce fut une victoire à la Pyrrus:
Pertes américaines: 16,300 tués et 32,851 blessés
Pertes japonaises: 62,548 tués et 7400 blessés
Civils okinawins: environ 100,000 tués
Les pertes matérielles furent également élevées pour les deux belligérants. La forte proportion de morts par rapport aux blessés/prisonniers japonais en dit long sur le caractère à la fois meurtrier et résolu des soldats japonais. La majorité des 7400 soldats japonais blessés se sont faits capturer surtout durant les derniers jours des combats. Du côté des kamikazes, ils ont lancé dix attaques majeures, avec 1465 avions et 1900 sorties. Les pertes en aéronefs japonais furent stupéfiantes: 7800. Quant à la Marine impériale, elle perdit 16 navires – dont le Yamato – et quatre autres furent endommagés. De l'avis de l'US Army et de l'US Navy, les troupes japonaises se sont bien battues, même si elles n'étaient pas aussi expérimentées que certaines unités durant la précédente campagne des Salomons. En trois mois d’opérations, les Américains ont perdu 450 appareils durant les combats aériens, de même que 28 transports de troupe, 15 navires amphibies et 12 destroyers. Mais ils ont 368 navires endommagés sur les bras – dont 120 navires amphibies, les porte-avions Franklin et Bunker Hill. Les cuirassés ont survécu aux attaques kamikazes à cause de leurs superstructures blindées. Certains croiseurs ont été légèrement endommagés par des kamikazes – dont le Indianapolis, qui était le navire de commandement de l’amiral Spruance. Les eaux autour d’Okinawa deviennent le plus grand cimetière marin de l’US Navy. Le correspondant de guerre américain Ernie Pyle est tué par un tireur d'élite. Le général Easley se fait tuer par une rafale de mitrailleuse. Il aura fallu un grand effort pour en venir à bout de la résistance japonaise, à un point tel ou on s'interroge, dans les cercles alliés, sur le coût éventuel de débarquements futurs sur le sol du Japon même. Le président Truman fut un peu choqué par les pertes américaines, et il affirma à ses proches qu'il veut éviter d'autres Okinawas.
La bataille d'Okinawa prouva certaines choses:
Les Japonais aussi s'estiment s'être bien battus. Le général Ushijima confirma bien malgré lui ces quatres conclusions au QG impérial de Tokyo par un message radio, peu avant son suicide: Notre stratégie, nos tactiques et techniques de combats furent utilisées optimalement dans une succession de contre-attaques, et nous nous sommes bien battus. Mais il n'y avait vraiment rien à faire pour contrer la supériorité matérielle écrasante de l'ennemi.
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