Les partisans soviétiques

Le 22 Juin 1941, l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique. Les divisions frontalières de l'Armée rouge sont rapidement mises en déroute; d'autres se font encercler et détruire à Minsk et à Kiev. L'aviation rouge est chassée du ciel. Partout règnent la confusion et le désarroi. Ce n'est que le 3 Juillet – lorsque Staline sort de son silence – que la population russe apprend qu'elle est en guerre contre les Allemands. Une fois de plus, la Russie doit brûler sa terre, céder du terrain à l'envahisseur et – faute d'unités militaires proprement dites – opposer une résistance populaire aux envahisseurs qui seront contraints de répondre par une répression sans merci. Ce sera la guerre sans uniformes, celle des partisans groupés en bandes plus ou moins importantes – et plus ou moins inféodées à l'autorité de Moscou. La résistance soviétique aura la particularité d'être à la fois un outil de renseignement et de combat à grande échelle.

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 Historiographie

L'histoire des partisans soviétiques entre 1941-44 est l'un des sujets les moins explorés et le plus tortueux à étudier de l'histoire russe. Non seulement il est sous-étudié, mais il le restera ainsi pour la simple raison que peu d'archives ont été écrites et gardées, et que la quasi-totalité des témoins qui peuvent encore en parler sont décédés. La nature irrégulière de la guerre des partisans et sa répression demeure un sujet sensible autant pour l'URSS que pour l'Allemagne:

 L'histoire officielle de l'URSS offre un chapitre intéressant sur les partisans, mais elle ne peut être jugée entièrement fiable, surtout à cause de l'importance de ce mouvement dans la propagande de guerre. L'État soviétique a tendance à glorifier l'action de ses maquisards, au même titre que l'État français pour ses résistants au début de la Vème République.

  L'histoire allemande demeure discrète à la fois pour ne pas ternir la réputation de son armée de terre - son lobby des vétérans est encore puissant - et pour ne pas froisser diplomatiquement ses voisins polonais, ukrainiens et russes par le réveil de mauvais souvenirs. Toutefois, les archives de l'armée et celles de la Waffen-SS ont cumulé des statistiques sur les bilans (provisoires) de leurs opérations anti-partisans. Des dossiers ont été colligés, mais l'historien doit demeurer circonspect, car bien que les pertes matérielles et humaines allemandes soient réalistes, les officiers allemands tendent à sous-évaluer celles de leurs adversaires russes – car les dérapages disciplinaires de certaines unités ont été nombreux.

 L'historien russe Telpukhovski a publié une histoire semi-officielle sur les partisans soviétiques au début des années 50. Sa recherche a permis de créer le canevas événementiel des difficultés d'organisation et des principales opérations des partisans. Cependant, Telpukhovski surévalue le chiffre des pertes allemandes causées par les irréguliers. Il affirme que les partisans ont tué ½ million de soldats allemands en trois ans de combats - ce qui semble très improbable. Il exagère (pour des raisons de conformité politique) le rôle de Staline et du parti dans l'encadrement des organisations partisanes. En fait, le contrôle soviétique des différentes bandes de partisans ne sera chose faite qu'au début de 1943.

 L'historien russe Glukhov a rédigé une étude Les vengeurs du Peuple publiée en 1960, qui traite de la question des partisans. En 1961, un ouvrage collectif intitulé Histoire du mouvement partisan en Biélorussie a été publiée par l'Académie de Sciences de Minsk. De l'avis du journaliste Alexander Werth (correspondant de guerre américain en URSS), les deux livres sont mal écrits, répétitifs, et certains événements rapportés semblent folichons. Cependant, ces ouvrages ont le mérite de bien décrire la réalité quotidienne des conditions précaires des partisans soviétiques. Ils mettent bien en évidence le climat général de traîtrise qui existe dans toute société plongée dans un état de guerre - civile ou non.

De nombreux partisans ont écrit des carnets sur leur propre expérience dans la clandestinité. Ce sont des récits assez bien écrits, mais qui, souvent, ne peuvent pas être certifiés "authentiques" d'un point de vue historique. Ils n'en demeurent pas moins des témoignages souvent émouvants sur la dureté des conditions de vie de ces gens dans les différents maquis biélorusses et ukrainiens. Quant à la réalité historique, voici ce qui est connu.

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 Population indolente?

Il est remarquable de constater que la population soviétique des régions frontalières occupées par les Allemands n'ait pas manifesté un empressement à se rallier à l'appel du régime soviétique. Quatre raisons expliquent cet état de fait:

  1. La surprise et l'amère frustration de la population devant la cascade d'échecs subis par l'Armée rouge depuis Juin 1941 – elle voit des Allemands partout.
  2. La piètre performance du leadership politique et militaire régional – souvent les cadres du PCUS et les généraux sont les premiers à se sauver.
  3. L'attentisme: Une telle défaite militaire signifie certainement la défaite du pays – pourquoi alors ne pas attendre la suite des événements?
  4. L'indifférence du régime vis-à-vis la population dans la préparation de ses plans de défense.

La population soviétique est mal informée, et ne réagit que lentement. Qui plus est, Staline exige qu'elle résiste "monolithiquement" à l'envahisseur allemand:

  Il oublie que les habitants des pays baltes qui ont été incorporés de force dans l'URSS en 1940 ne se pressent pas pour s'opposer aux Allemands. Pour les Baltes, ce sont les Soviétiques qui sont les envahisseurs, et ils voient majoritairement les Allemands comme des libérateurs.

 Il oublie que l'Ukraine – région particulièrement convoitée par les Allemands – a été traitée durement par Staline durant l'entre-deux guerres et que les bandes de partisans en armes sont dirigées par des leaders nationalistes anti-soviétiques; elles font le coup de feu contre l'Armée rouge… Ces guérillas existaient bien avant Juin 1941, et les dernières ne seront réprimées qu'en 1950.

Les Ukrainiens ont été affamés par le régime soviétique, si bien qu'ils ne se gêneront pas pour livrer les commissaires politiques de Staline aux Allemands au début de l'opération Barbarossa. Ils manifesteront une sympathie initiale aux soldats de la Wehrmacht, jusqu'au moment où ces derniers commenceront à se livrer à des brutalités et à des excès. Il en sera de même en Biélorussie: souvent, les unités de soldats envoyés au repos dans des zones situées à l'arrière, vont incendier des villages, violer les femmes et tuer les civils pour se défouler avant de retourner au front. Cette violence gratuite amènera progressivement une population indolente et parfois réfractaire à l'autorité soviétique à concentrer sa haine sur les Allemands.

Coincées entre périr devant les pelotons du NKVD ou subir la brutalité allemande, les populations ukrainiennes et biélorusses préféreront lutter contre les Allemands aux côtés du régime soviétique – c'est le choix du moindre mal, en temps de guerre.

Premiers pas

Le premier pas timide pour encourager la formation de groupes de partisans est pris le 29 Juin 1941 par le Comité central du PCUS – une semaine après le début de l'invasion. C'est une directive officielle proclamant la nécessité d'organiser des bandes armées pour saboter les communications allemandes et créer un climat général d'insécurité sur leurs arrières. Cette directive fut répandue surtout le 3 Juillet lors du discours de Staline. Cependant, c'est le chaos, car les autorités soviétiques ne savent pas comment organiser et structurer l'activité de bandes de partisans armés – et encore moins comment la diriger. Elles seront obligées d'improviser.

C'était facile de devenir un partisan, mais plus difficile de s'enfoncer en forêt et d'y survivre. Beaucoup de civils désirant combattre ne connaissaient rien au maniement des armes et à la survie dans des conditions difficiles. La Stavka publie un livre en format de poche intitulé Le Guide du partisan, produit en plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Ce petit ouvrage imagé comportait plusieurs renseignements sur la vie en plein air, sur les rudiments des armes soviétiques et allemandes, sur le maniement des explosifs, le sabotage, le camouflage, le camping d'hiver, ainsi que des notions de secourisme. Il contenait même des expressions allemandes que tout partisan russe devait connaître par cœur, comme: halte! Jetez vos armes! Vous mentez! Rendez vous!, etc. Au début, les bandes de partisans ne comptent pas plus de 200 volontaires, surtout à cause de la rareté de la nourriture disponible dans les zones occupées. À l'exception de la région sud de Moscou, le nombre moyen de partisans par groupes varie entre 30 et 80 hommes et femmes.

 Il ne faut pas oublier que les conditions de succès d'un groupe de partisans dépendent de trois facteurs:

  1. L'activité initiale doit être modeste pour être encadrée convenablement, et localisée dans une zone géographique dans laquelle elle peut se replier: forêts de Biélorussie, marais du Pripet, etc.
  2. Les volontaires doivent disposer d'un nombre suffisant d'armes fournies ou capturées avant de faire un coup de main.
  3. Les volontaires doivent être informés et ravitaillés par la population civile de la zone occupée où ils vont opérer: pas de renseignements = pas de succès. Les vivres sont indispensables: pas de bouffe = pas de guérilla…

Là où le bat blesse, c'est que le régime soviétique est si affaibli avant la bataille de Moscou qu'il ne se préoccupe pas du tout de savoir ce qui se passe dans les zones conquises par les Allemands depuis l'été 1941. Durant cette période, de petites bandes s'organisent, parfois spontanément – souvent grâce à la rage patriotique suite à des exactions dans des villages. Elles sont encadrées par des officiers qui avaient échappé à la capture durant les encerclements des grandes unités, où par des leaders civils locaux ou régionaux qui n'avaient pas fui.

La première bande importante est organisée – "improvisée", serait le mot le plus juste – près de Kaluga le 11 Octobre, et elle sera opérationnelle jusqu'au 19 Janvier 1942. Elle était composée d'un ancien bataillon anti-aérien qui avait évité l'encerclement deux mois plus tôt – soit 760 hommes, presque tous des militaires. Elle mènera des petits raids durant trois mois contre les colonnes de camions allemands circulant entre Kaluga et Moscou. Ce bataillon sera trahi par des paysans russes anti-soviétiques, pour être ensuite cerné puis exterminé.

La qualité du leadership fait souvent défaut dans plusieurs petites bandes de partisans. En revanche, lorsque l'Armée rouge contrôle un secteur, elle prend en charge les groupes de volontaires qui veulent se battre à ses côtés – les bandes sont bien encadrées. Dans la zone Kalinine-Moscou-Tula, près de 10,000 partisans sont encadrés par des officiers de l'Armée rouge; ils ont été envoyés en bataillons derrière les lignes allemandes pour se livrer à des raids de harcèlement – surtout avant Décembre 1941. Bien qu'il soit difficile d'un point de vue historique de chiffrer les pertes qu'ils ont fait subir aux Allemands durant cette période, nous pouvons raisonnablement les évaluer à quelques milliers de tués.

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Des partisans soviétiques de la région du Don

C'est durant l'automne 1941 que vont s'affirmer deux leaders des partisans russes: Solntsev et Gurianov. Ces derniers ont conduit plusieurs petits raids contre des voies ferrées et des aires de repos de soldats allemands, capturant des armes, des vivres, munitions, et surtout des renseignements de leurs prisonniers. Ils étaient considérés comme des "leaders terroristes" et leurs têtes avaient été mises à prix par la Wehrmacht. Gurianov et Solntsev seront trahis par des rivaux puis capturés, pour être ensuite exécutés en Décembre 1941. Ces faits sont notés dans les archives de l'armée allemande. En gros, l'action des partisans est bien réelle, mais elle manque d'armes et d'organisation.

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 En 1942

Le blizzard de l'hiver 1941-42 gêne toutes les actions militaires des belligérants, y compris celles des partisans. Bien que plusieurs coups de mains soient menés contre les Allemands durant les trois premiers mois de l'année, il faut attendre le 30 Mai avant que la Stavka mette sur pieds un "état-major central pour partisans" pour l'organisation et la coordination des opérations irrégulières. En ce printemps 1942, le recrutement de volontaires allait bon train, surtout à cause de la brutalité allemande dans les zones occupées. Tout comme en France, les déportations de jeunes russes en Allemagne et l'utilisation des milliers de prisonniers de guerre comme main-d'œuvre servile sont d'autres facteurs qui accroissent le nombre de volontaires partisans. Bien qu'une hiérarchie de commandement encadre progressivement les bandes de partisans, la Stavka a de la difficulté à les équiper convenablement. Les armes et surtout le matériel radio – outil essentiel pour communiquer des renseignements aux unités régulières, et recevoir des ordres – font cruellement défaut. Les partisans doivent se contenter des armes capturées à leurs ennemis ou de petits lots d'armes soviétiques souvent en mauvaise état. Ce n'est pas avant Octobre 1942 que des fournitures d'armes importantes seront acheminées aux bandes de partisans jugées "sûres d'emploi" par la Stavka.

La priorité en 1942 demeurait la réorganisation de l'Armée rouge, et non pas celle d'armer des formations irrégulières. Durant l'été, des cantonnements allemands en Ukraine furent attaqués et réduits par des partisans nationalistes qui, après leurs victoires, s'en prennent aux petits détachements de reconnaissance de l'Armée rouge. La Stavka reconnaissait la valeur tactique des raids de partisans ukrainiens, mais était consciente qu'un effort majeur devait être fait pour liquider les leaders anti-soviétiques et reprendre le contrôle de leurs bandes. Fait à noter, la reprise en main des partisans ukrainiens prendra plus d'un an, et elle ne sera jamais complète. Néanmoins, l'action des partisans soviétiques produit des résultats concrets dans deux régions:

 Au sud de Leningrad – des petites actions coordonnées sont menées très efficacement sur les arrières du Groupe d'Armées A. Là encore, les partisans s'en prennent aux voies ferrées, aux patrouilles téméraires, et aux cantonnements isolés; ils s'emparent d'armes et de renseignements qui sont aussitôt acheminés au QG militaire de la ville encerclée. Ces partisans interrogent tout civil russe qu'ils soupçonnent de collaborer avec les Allemands.

Coup de main de partisans dans la région sud de Leningrad

 Au coude du Don et de la Volga – des groupes plus importants de partisans débutent de véritables attaques coordonnées contre les routes et les lignes ferroviaires qui ravitaillent la 6ème Armée allemande, encerclée à Stalingrad. C'est une version réduite de la grande offensive ultérieure contre le rail en 1943.

Propagande

A ce double résultat s'en ajoute un autre: celui de la propagande. Bien que les actions courageuses des partisans soient bien réelles, la Stavka a jugé utile de les amplifier pour soigner le moral de la population. La pensée populaire russe était familière avec le personnage du partisan – celui qui harcèle l'armée de Napoléon 1er; celui qui guerroie contre les Tchèques et les Polonais en 1919-20, etc. La population avait toujours donné un halo romantique autour de la personne du leader partisan et de ses hommes, soit la tradition partizanshchina. En ces jours sombres de 1942, le moral soviétique demeurait incertain. Les tracts ronéotypés vantant les mérites de certaines bandes de partisans vont encourager un certain optimiste chez les civils et ragaillardir les unités de l'Armée rouge. Il en va de même pour les montages produits par les actualités cinématographiques. La population soviétique goba les récits – réels et/ou amplifiés – sur les exploits des partisans, et son moral est en hausse.

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Pendaison de la partisane Zoya Kosmodemianskaya —Réunion d'une bande de partisans

La Stavka fit grand cas, pour fins de propagande, du sort de Zoya Kosmodemianskaya qui fut pendue par les Allemands dans le village de Petrishchevo près de Moscou. Cette partisane a été capturée derrière les lignes allemandes. Lorsque les photos de l'exécution ont été récupérées sur une estafette allemande, elles furent publiées dans la presse soviétique, et Zoya devint une héroïne nationale et symbole de la résistance populaire aux envahisseurs allemands. Cette amplification des faits, couplée au sort de la dépouille de la victime, ainsi qu'au pseudo-romantisme entretenu par la propagande soviétique de guerre trouve un contre-écho chez les Allemands, et partiellement chez les Américains. Selon eux, le mouvement partisan n'aurait jamais existé en URSS, car il n'apparaît que tardivement dans la guerre, à cause des excès allemands. C'est un argument très simpliste. Le fait est que la situation était tellement chaotique durant l'été-automne 1941 que les Soviétiques n'avaient pas eu le temps de préparer à l'avance une infrastructure pour mener une guerre de partisans. Durant la première moitié de 1942, les raids de partisans coûtent plus cher qu'ils ne rapportent. Le 17 Janvier, un petit groupe de partisans échange des coups de feu contre des Allemands dans le village de Vesniny. Une douzaine de soldats ennemis sont tués et presque autant sont blessés, mais d'autres commencent à encercler le village. Les partisans manquent de munitions et réussissent à se retirer. Les Allemands prennent leur revanche sur les habitants du village: 200 personnes – hommes, femmes et enfants – sont alignés et fusillés. Les partisans n'ont capturé aucune arme ni récolté aucun renseignement pour aider l'Armée rouge. C'est un gâchis pour lequel des civils non-combattants ont payé de leur vie. En URSS, il y aura plusieurs centaines de villages qui subiront le sort d'Oradour en France et de Lidice en Tchécoslovaquie; en voici quelques-uns:

  • À Rasseta, 372 civils sont fusillés.

  • A Dolina, 469 – essentiellement des femmes et enfants sont enfermés et brûlés vifs.
  • Dans le district de Dyatkovo, 2000 civils tués et 5000 autres déportés en Allemagne.
  • Dans le district de Osveia, 158 villages sont brûlés et la population mâle déportée.
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    Un Fw-189: l'œil noir qui surveille les partisans en Biélorussie — Atrocité allemande commise dans un village de Biélorussie

    La séquence de la répression est presque toujours la même:

  • Les mouvements des partisans sont épiés par des collaborateurs à la solde des Allemands.
  • Leurs déplacements sont souvent traqués par des avions de reconnaissance.
  • Les partisans se ravitaillent dans un village; ils y restent ou l'évacuent.
  • Les Allemands cernent le village et l'investissent – il peut y avoir des combats.
  • Le bétail et le grain sont volés.
  • Les hommes valides sont soit fusillés sur place ou déportés en Allemagne.
  • Les femmes et les enfants en bas âge sont enfermés dans un bâtiment, et brûlés vifs.
  • Sanctuaires

    Les résistants français ont leurs maquis; les partisans soviétiques ont leurs sanctuaires. Les actions des partisans ont permis à ces derniers de contrôler certains territoires qui leur servent de bases – appelés partizanskie kraya – pour se replier après leurs opérations. Ils se situent surtout en Biélorussie, car c'est une zone boisée difficile d'accès pour les Allemands – et difficile à contrôler:

  • La région forestière de Briansk abrite 54 bandes totalisant 18,000 irréguliers dispersés dans 490 villages.
  • Celle de Porkhov au sud de Leningrad comprend 72 bandes totalisant 22,000 irréguliers.
  • Celle de Baturinsk près de Smolensk comprend 49 bandes totalisant 11,000 irréguliers
  • Ces sanctuaires permettent à l'Armée rouge de les ravitailler en vol par des parachutages épisodiques, et parfois par des atterrissages. Celui de Baturinsk, a aménagé des dépôts camouflés de vivres et de munitions comprenant entre autres 200 tonnes de seigle, 700 tonnes de pommes de terre et 1000 têtes de bétail. Les pistes aménagées dans ces sanctuaires permettent à beaucoup de partisans blessés d'être évacués par air vers l'Est pour y être soignés. Le régime soviétique a été réintroduit dans la plupart de ces partizanskie kraya. Des officiers et sous-officiers soviétiques y sont acheminés pour servir de cadres d'entraînement et de "préfets de discipline".

    Il ne fait aucun doute que les sanctuaires de partisans ont servi de bases de départ et de repli pour le harcèlement des troupes allemandes allant en direction de Stalingrad et du Caucase. Leurs attaques ont ralenti la progression des renforts allemands du général Von Manstein, car ceux-ci ne pourront arriver à temps pour briser l'encerclement de Von Paulus à Stalingrad.

    Soldats allemands essuyant des tirs de partisans

    Ripostes allemandes

    Ces coups de main répétés coûtent cher aux Allemands – surtout en délais de renfort. Ils accroissent l'insécurité sur les lignes de communication allemandes. L'OKW constate que les partisans soviétiques doivent être pris au sérieux. Il ordonne aux généraux de toutes les unités du front de l'Est de détacher certaines unités d'infanterie de leurs divisions afin de les affecter à la chasse aux partisans. Les témoignages d'inculpés allemands durant les procès de Nuremberg ont démontré que la répression militaire des partisans a été surtout menée par des unités régulières de la Wehrmacht ; les officiers avaient reçu l'ordre d'être brutaux et expéditifs pour neutraliser cet ennemi. Ces-dites unités étaient composées de réguliers allemands, de bataillons S.S, de quelques unités hongroises, et d'auxiliaires slaves incluant les Cosaques, les Ukrainiens anti-soviétiques, les Slovaques, ainsi que des volontaires russes ayant accepté de prendre les armes contre Staline. De surcroît, des policiers du SD et de la Gestapo servent d'analystes de renseignements et d'aiguilleurs durant les opérations.

    Le 16 Décembre, Hitler signe le décret officialisant la lutte sans merci contre les partisans soviétiques: ..dans la répression des bandits écumants les plaines et les forêts de l'Est, de même que dans les Balkans, vous devrez utiliser toute la force requise pour exterminer cette peste; sinon, nos divisions seront incapables d'atteindre leurs objectifs militaires. Les unités anti-partisans ont le droit et le devoir de frapper hommes, femmes et enfants, si cela est nécessaire pour neutraliser la menace sur nos arrières. Tout scrupule de votre part durant cette répression sera considéré comme un crime contre l'armée allemande. Aucun soldat allemand ne sera tenu responsable dans l'exercice de la violence contre ces bandits et leurs complices, que ce soit au niveau disciplinaire ou judiciaire. Cet ordre hitlérien, paraphé par le général Keitel, a été émis au plus fort de la bataille de Stalingrad – alors que l'activité des combattants irréguliers se généralise sur le front de l'Est.

     La répression allemande produit son lot habituel d'atrocités à la fois contre des partisans dénoncés et une paysannerie considérée acquise à ces derniers. C'est une grave erreur, car beaucoup de paysans et de villageois n'appuyaient pas et parfois même refusaient le gîte et la nourriture aux irréguliers – ils voulaient être laissés tranquilles. Les policiers du SD et de la Gestapo les considéraient souvent à tort comme des sympathisants des partisans. Ce manque de discernement sera la tache la plus noire des excès commis par l'armée allemande sur le front de l'Est – et ce n'est pas peu dire… Il rappelle celui des Américains durant la Guerre du Vietnam, parce qu'ils associaient facilement tout paysan à un "VC".

     Certains commandants d'unités de répression (appelées Einsatzkommandos) allemandes, comme Dirlewanger, ont la réputation de récolter un trop grand quota de chair fraîche – ce qui indispose leurs supérieurs au niveau divisionnaire. Durant une opération, son bataillon tue 4500 Russes, mais ne récolte que 429 armes légères; ce qui suppose qu'un grand nombre des tués ne sont pas des partisans, mais plutôt des paysans – dont des femmes et des enfants.

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    ..tout porteur d'armes sans uniforme sera fusillé… — Partisans soviétiques d'origine juive

    Qui sont-ils?

    Les partisans soviétiques proviennent de toutes les couches de la société russe. Ils sont à forte prédominance paysanne et rurale. Cependant, ils comprennent un grand nombre de militaires provenant d'unités détruites en 1941, et qui se sont sauvés dans les bois et les marais pour éviter d'être capturés. On y retrouve également un certain nombre de travailleurs urbains sans foyer et qui n'ont pas été évacués à l'Est. Certains partisans ont une formation universitaire, comme des enseignants et des médecins. Fait à noter, la plupart des médecins qui soignent les partisans sont des urbains d'origine juive. Le gouvernement soviétique et ses historiens officiels font à peine mention de la contribution des Juifs à l'effort de guerre irrégulier. Le risque couru par les partisans urbains dans les villes était aussi grand que dans les zones boisées. Il en fut ainsi pour un petit groupe d'irréguliers qui tenaient la petite ville minière de Krasnodon située dans le bassin du Don. Ils ont été eux aussi dénoncés et les Allemands les ont exterminés – non sans leur avoir causé des pertes dans des combats nourris dans les rues de cette ville. Si les Allemands se montrent implacables à l'égard des partisans, ces derniers en font autant lorsqu'ils ont le dessus durant un combat. Les soldats allemands - surtout ceux suspectés de s'être livré à des atrocités sur des civils - sont sommairement exécutés après un court interrogatoire (clip ci-bas).

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     En 1943

    La victoire de Stalingrad a eu un grand impact sur le moral des partisans soviétiques. La production d'armements s'accroît, ce qui permet de mieux équiper les partisans en arme de conception nationale – notamment le pistolet-mitrailleur PPSH-41, dit "la guitare de Staline" (image de haut de page). Mais les partisans sont également équipés de mortiers, d'explosifs, et de mitrailleuses; ils sont mieux nourris, mieux soignés, et certaines bandes utilisent même des pièces d'artillerie. Le recrutement se porte mieux que jamais, car les volontaires savent qu'ils seront mieux formés et qu'ils se battront du côté des gagnants – cela leur vaut la grogne et le mépris de nombreux vétérans de 1941-2 qui les considèrent comme des effrontés peu fiables.

    Selon les sources soviétiques de 1943 concernant la Biélorussie, le nombre de guerriers sans uniforme passa de 65,000 en Février jusqu'à 360,000 en Décembre. En Ukraine, leur nombre voisinait les 220,000. La plupart des bandes sont groupées en unités de la taille d'une brigade, et elles sont dirigées par des officiers et des commissaires politiques soviétiques.

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    Partisans attaquant des camions allemands à Pinsk — Des partisans font sauter des voies ferrées

    Quelques semaines avant le début de la bataille de Koursk, la Stavka lance sa "guerre des rails" – une grande offensive de partisans contre les communications ferroviaires qui acheminent les renforts allemands de part et d'autre du saillant de Koursk. débute le 26 Mars lorsque les partisans firent sauter le grand pont-rail sur la Desna. Plus de 400 attaques fructueuses furent menées avec succès. Cette "guerre" durera tout l'été. Les activités militaires des partisans ciblent surtout les communications du Groupe d'Armées Centre; les Allemands ont maille à partir avec des petites attaques et des sabotages incessants dans les régions de Gomel, Orel, et Briansk. Plus de 17,000 rails ont été détruits durant des raids coordonnés. La situation est plus sérieuse en Biélorussie, car c'est plus de 200,000 rails qui sont détruits, causant le déraillement de 1012 trains militaires. De surcroît, les partisans font sauter 72 viaducs entre Août et Novembre. Mais les Allemands ne restent pas les bras croisés: Du 12 Mai au 6 Juin, cinq opérations allemandes anti-partisans furent conduites avec succès, tuant 3150 partisans et récupérant 1200 armes légères, 24 canons antichars, et 3 chars. Des prisonniers furent capturés, mais les combattants sans uniforme ne sont pas protégés par la Convention de Genève, et la plupart furent fusillés. Cependant, l'action des irréguliers avait nécessité la mise en œuvre d'importantes unités de deux armées allemandes, qui furent enlevées du front et qui ne purent être incluses dans l'ordre de bataille pour le plan de Koursk.

    Partisans soviétiques de la région d'Odessa

    Les effets sur la logistique allemande en URSS sont désastreux: plus des 2/3 des voies ferrées biélorusses sont mises hors service pour plusieurs semaines – ce qui représente une tâche ardue pour les unités du génie allemand, souvent harcelées par des tirs d'armes légères. Le plus beau coup d'éclat des partisans soviétiques en 1943 fut l'attaque du QG du général Kube en Biélorussie. Le 24 Décembre, ce général allemand se fait tuer par sa copine biélorusse (une partisane) lorsque celle-ci place une bombe sous son lit. Les représailles furent sanglantes, car plusieurs villages furent incendiés et leurs habitants massacrés. Mais cela ne dissuade pas des milliers de Russes de se porter volontaires. C'est toujours le même cercle vicieux: plus les Allemands répriment durement les civils russes, plus ces derniers se portent volontaires et/ou aident leurs combattants clandestins.

    Ce sont les partisans soviétiques qui font de la reconnaissance en force pour les avant-gardes de l'Armée rouge peu avant la reprise d'Orel. Non seulement ils transmettent des renseignements sur les replis allemands, mais ils jaugent la loyauté de la population locale résiduelle pour faciliter le retour aisé de l'autorité soviétique dans ces zones occupées. De surcroît, les partisans envoient des messages aux auxiliaires russes qui ont collaboré avec les Allemands, en leur donnant une dernière chance de se joindre à eux. Une minorité d'entre eux acceptent de retourner leur veste; la plupart accompagneront les Allemands dans leur retraite car ils croient – non sans raison – qu'ils seront livrés à l'Armée rouge.

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     En 1944

    L'année 1944 marque un tournant dans les opérations des brigades de partisans. Au fur et à mesure que l'Armée rouge passe à la contre-offensive générale à l'Ouest, elle les incorpore directement dans ses unités. Les volontaires peuvent ainsi disposer d'une meilleure préparation aux armes et aux tactiques utilisées par les soldats soviétiques. L'encadrement et l'efficacité de leurs brigades n'en seront que renforcés; plusieurs sont, de facto, de véritables formations militaires – dont la seule différence est l'absence d'uniforme.

    Un bataillon de la brigade Kletnyanskaya à Smolensk en 1944

    En Juin, le nombre total de partisans soviétiques avoisine le ½ million. Cependant, lorsque la guerre sort de Russie durant l'été 1944, la Stavka n'a plus besoin de ces bandes armées irrégulières. Les jeunes partisans se joignent avec empressement à l'armée soviétique, mais les plus âgés hésitent à le faire. Ces vétérans avaient développé leur propre mentalité de combat depuis 1941, héritée de la tradition dite partizanshchina souvent teintée d'anarchisme et/ou de banditisme. Les partisans désireux de s'incorporer à l'Armée rouge doivent passer un examen médical. Le taux de rejet avoisine les 20%, surtout à cause de blessures physiques et mentales (stress) associées à leur environnement et à leurs coups de main. Beaucoup de partisans souffrent de tuberculose et leur demande d'enrôlement sera refusée. Le rôle des partisans soviétiques a été important durant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont réussi à perturber les lignes de communication allemandes jusqu'au moment du repli stratégique de la Wehrmacht au début de 1944. Il a servi de support moral à une nation éprouvée par de cuisants échecs militaires, et d'instrument de reconnaissance pour l'Armée rouge. Il a permis aux généraux soviétiques de pratiquer une économie de leurs forces en orientant leurs actions dans des fronts secondaires, tout en leur faisant faire un travail de sabotage et de harcèlement inestimable. Beaucoup de partisans seront décorés pour leur bravoure au combat, et certains d'entre eux seront nommés Héros de l'URSS.

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