La résistance italienne
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La contribution des partisans italiens durant la campagne d'Italie a été occultée par l'évolution de la guerre européenne à partir du printemps 1944. Pour les Alliés, l'Italie était un théâtre d'opération secondaire destiné à figer le plus grand nombre de troupes allemandes afin de réaliser ultérieurement le débarquement en Normandie. Malgré la progression armée difficile en Italie, les autorités alliées ont réalisé leurs principaux objectifs: la dispersion et l'enlisement des soldats allemands, la reddition de la flotte italienne, la chute de Mussolini, ainsi que la capitulation du pays. Le SHAEF met en place un contrôle militaire rigoureux sur l'Italie centrale et méridionale; mais, il demeure indisposé par la présence d'une guérilla de partisans antifascistes d'obédience communiste dans l'Italie du Nord - là où réside la majorité de la population ainsi que l'industrie. Les Anglo-Américains craignaient déjà une expansion de l'influence communiste (lire ici de Staline) en Italie, et ils considéraient la résistance italienne comme un embarras qui pourrait compliquer la reprise en main du pays sous leur influence politique.
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Sa précarité
L'opposition politique à Mussolini est aussi ancienne que le début de son régime en 1922. La dissidence s'est manifestée tantôt ouvertement, tantôt discrètement. La répression fasciste se manifeste de la même manière: certains dissidents seront assassinés, et d'autres seront emprisonnés - ou contraints à un exil intérieur. Avant la guerre, le régime mussolinien a, à toutes fins pratiques, neutralisé l'opposition libérale et modérée. Lorsque l'Italie capitule le 9 Septembre 1943, le nouveau gouvernement du maréchal Badoglio ordonne l'interdiction de toute activité politique afin de faciliter la progression des armées alliées dans tout le territoire. En fait, Badoglio ne voulait pas être contesté et gêné par les politiciens italiens que le régime de Mussolini avait muselé depuis 1922. Bien qu'il soit considéré comme légitime aux yeux des Alliés, le gouvernement Badoglio n'était celui que d'un seul parti. Dès l'annonce de la capitulation, les dirigeants des cinq principaux partis politiques italiens s'associent pour forcer le roi Victor-Emmanuel III d'accepter la formation d'un gouvernement multipartite. Ils se réunissent à Milan pour organiser le Comité de Libération national (CLN), afin de regrouper et diriger les différents groupes de résistants qui se forment pour lutter contre les Allemands.
Dès lors, l'Italie se retrouve avec trois gouvernements rivaux:
Le soi-disant gouvernement socialiste de Mussolini n'intéresse pas la population ouvrière de l'Italie du Nord. Dans cette région, le fascisme mussolinien était discrédité car il a baissé le niveau de vie de la classe moyenne et de ses organisations syndicales. La production de guerre a été ralentie par des sabotages épisodiques.
L'intervention et le désarmement des unités italiennes par la Wehrmacht forcent le gouvernement Badoglio et le roi à fuir au sud du pays. Devant ce fait, le CLN affirme que le roi, en fuyant, a de facto abdiqué, et qu'il ne peut plus jouer un rôle politique ou juridique actif.
Churchill et le Foreign Office savent que Badoglio craint d'être renversé prématurément, mais, les Américains et le QG britannique en Italie ne se soucient pas du sort de ce maréchal italien. Qui plus est, ces derniers sont divisés quant à l'utilité tactique d'organiser à la fois un corps de soldats volontaires et d'encourager des groupes de résistants antifascistes.
Sa naissance
Pendant que s'organise le CLN, la résistance italienne naît spontanément dans le Piémont dès l'annonce de la capitulation. . La Résistance ne débute en Italie qu'après le 8 septembre 1943. En Novembre déjà des contacts sont noués à Lugano entre des responsables de la Résistance et les représentants alliés en Suisse. Elle est principalement composée de soldats d'unités dissoutes, comme celles appartenant à la 4ème Armée italienne qui attaquent les petits convois routiers allemands dès que les Alliés reprennent leurs avancées vers Rome. Elle sera plus active au nord qu'au sud. Cependant, au moment de la capitulation, des civils armés n'hésitent pas à faire le coup de feu contre les Allemands dans Naples, avant que les Américains ne l'occupent.
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Mussolini visite des loyalistes en Allemagne – Révolte à Naples
Ailleurs, des premiers groupuscules clandestins servent de guides et d'interprètes aux avant-gardes alliées dans les villes et villages dégagés par les Anglo-Américains. Ils vont faciliter l'évasion de nombreux prisonniers de guerre alliés et de déserteurs italiens vers la Suisse. Des officiers royalistes entrent dans la clandestinité et servent d'intermédiaires entre certaines bandes de partisans et le gouvernement Badoglio réfugié à Brindisi; mais, ils sont découragés par la lenteur des progressions alliées. Malgré la méfiance que les Anglo-Américains affichent à l'égard des unités irrégulières, le QG allié est impressionné par la qualité des renseignements acheminés à la légation britannique de Berne, ainsi que par l'efficacité de son aide à l'égard des prisonniers de guerre alliés évadés. A l'instar de la France et de la Yougoslavie, les buts de la Résistance italienne sont beaucoup plus politiques que militaires. A Milan, la principale tâche du CLN est de fusionner plusieurs groupes de résistants en une seule armée de partisans, et de contrôler une certaine partie du territoire italien. Il veut ainsi s'organiser politico-militairement comme les Yougoslaves de Tito. Cela ne plait pas au SOE britannique qui désire restreindre l'activité des partisans à un rôle d'agents de renseignements. Les Britanniques croient que le contrôle du CLN sur certaines régions de l'Italie du Nord pourrait menacer la légitimité du gouvernement Badoglio réfugié en Italie du Sud.
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Italiens arrêtés par les Allemands à Rome – Le général Taylor rencontre Badoglio
Le Foreign Office est conscient de ce problème, surtout à la lumière de la marginalisation croissante du gouvernement royaliste yougoslave en exil à Londres. Churchill ne veut pas être confronté au même problème en Italie, car il sait très bien que les bandes de partisans les mieux organisées et les mieux actives sont d'obédience communiste. L'une d'entre elle tient le nord-est italien et opère avec les partisans de Tito. Rapidement, le CLN sera fragilisé par des rivalités politiques entre les partisans du Parti Action – de tendance libérale démocratique – et les communistes. En Novembre 1943, ces derniers dirigés par Luigi Longo et Pietro Secchia établissent leur QG clandestin à Milan. Peu de temps après, deux chefs partisans non-communistes – Ferrucio Parri et le banquier Alfredo Pizzoni – s'installent à Berne et entrent en contact avec le S.O.E. Le patron du SOE en Suisse, John McCaffery, s'étonne de l'animosité de ces deux leaders à l'égard du régime de Badoglio. Néanmoins, l'entretient se déroule bien et le SOE leur promet de l'argent et des armes. Entre-temps, des négociations se déroulent sur le plan politique à Milan entre le CLN et les Alliés. Ces derniers constatent que le CLN évolue trop à gauche – surtout lorsqu'il établit le Comité de Libération nationale de l'Italie du Nord (CLNAI). Pour les agents alliés, le discours politique de la Résistance italienne ne fait plus aucun doute. En revanche, le CLNAI permet au CLN d'établir un commandement unique.
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A Rome, des résistants arrêtent des fascistes – Une prise de guerre
Le CLN et son aile politique, le CLNAI, réussissent tant bien que mal à arrimer les différentes bandes de partisans en cinq mois d'efforts laborieux. Il peut établir des contacts entre la zone nord occupée par les Allemands et la zone sud tenue par les Alliés. Cependant, le caractère antiroyaliste du CLN rendra impossible toute prise en main de la Résistance italienne par le roi et le maréchal Badoglio.
Premiers contacts alliés
A Berne, l'attaché militaire italien de Badoglio, le général Bianchi, coopère non seulement avec le SOE britannique mais avec l'Office of Strategic Services américain (OSS) dirigé par Allen Dulles. Le SOE et l'OSS vont coopérer pour envoyer des armes et des officiers de liaison aux partisans italiens, mais doivent se heurter au War Office britannique qui n'aime pas l'effort de guerre de la part d'irréguliers. Le War Office considère qu'il a assez de problèmes sur les bras avec les partisans communistes grecs et yougoslaves sans pour autant s'encombrer de résistants italiens du même acabit. Parri et Pizzoni ont clairement indiqué qu'ils voulaient non seulement contrôler certaines régions du nord, mais exigeaient que les Alliés reconnaissent le CLN comme le seul gouvernement légitime de l'Italie. Le rapport du SOE ne plaît pas au Foreign Office, et cela aura pour conséquence une aide matérielle limitée à la résistance italienne. Les premiers parachutages d'armes aux partisans italiens ne débutent que le 23 Décembre 1943, soit six semaines après les pourparlers à Lugano; le matériel parachuté ne peut pas équiper plus que 30 partisans. Les partisans doivent se contenter d'armes prises aux Allemands et aux fascistes italiens. Le CLN se plaint que les Britanniques et les Américains ne respectent pas leur promesse de coopérer. L'OSS de Dulles manifeste les mêmes craintes que les Britanniques quant au caractère subversif des partisans communistes – surtout depuis que leur leadership est unifié. Les Alliés, c'est bien connu, veulent que les partisans ne s'en tiennent qu'à des actes épisodiques de sabotage, et non pas à lancer une insurrection générale. Et, ils veulent surtout tenir bien en laisse les leaders communistes.
Difficultés organisationelles
Le CLN recrute ses résistants dans tous les partis qui se sont coalisés dans la lutte contre le fascisme. Au début, les communistes organisent cinq groupes de partisans dans les montagnes au nord de la ville de Leco: ils portent le nom de Brigades Garibaldi – chacunes ayant la taille d'un régiment (2800 à 4000 hommes) – mais ils se chamaillent entre eux quant à leur dotation en armes et en vivres. Cinq délégués se placent sous les ordres de Parri qu'ils considèrent comme un homme expérimenté sur le plan paramilitaire (il a combattu en Espagne du côté des Républicains). Le 27 Février 1944, Churchill fait un discours à la Chambre des Communes qui déplaît au CLN italien. Il louangea le gouvernement Badoglio en associant la résistance italienne au banditisme "anarchique et mafieux". Ce discours intervient une semaine avant la fameuse grève générale du 1er Mars. Le SOE et l'OSS veulent gagner du temps en ignorant les doléances politiques de la Résistance: pas question de reconnaître ces gens-là comme représentant une autorité légitime. Lorsque Parri se rend clandestinement à Berne pour discuter avec Dulles et McCaffery, ces derniers lui disent qu'ils n'ont reçu aucune instruction du SHAEF ou de leurs gouvernements. Entre-temps, la progression militaire alliée traîne, et les Américains font des raids aériens meurtriers sur Bologne et Trévise – ce qui donne du poids à la propagande allemande et à celle de Mussolini.
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Quelques partisans italiens – Rédaction d'un journal clandestin
Comme le gouvernement britannique et son Foreign Office est hostile aux partis anti-monarchistes qui dominent le mouvement partisan italien, McCaffery est plus réticent à collaborer avec le CLN que Dulles. Les Britanniques veulent aider les bandes de partisans seulement à condition que celles-ci acceptent d'être dirigées par des agents du SOE. En revanche, les Américains sont plus malléables; et, devant le tatillonnage de McCaffery, le CLN se tourne vers l'OSS qui consent à envoyer non seulement des armes mais aussi de l'argent aider les partisans. A retors, le Foreign Office ordonne au SOE d'en faire autant en allouant $1 million de livres sterling pour organiser des bandes bien tenues en mains par le SOE. Alors que les Britanniques prennent soin de traiter avec des Italiens jugés fiables, l'OSS n'hésite pas à recruter des auxiliaires parmi la Mafia italo-américaine, de même que dans l'organisation Murder Inc de Philadelphie. Cette situation cause rapidement des ennuis à Dulles. Un major américain de l'OSS, Holohan, est parachuté près de Milan avec quelques auxiliaires afin d'acheminer une importante somme d'argent au CLN. Ses auxiliaires le tuent, et l'argent disparaît. Ce sera le seul cas de l'implication de la Mafia italo-américaine contre un agent de liaison allié, dans le but de lui voler l'argent qu'il transportait. Tout va changer avec l'intervention du leader communiste Togliatti. Ce dernier comprend la précarité politique de la Résistance, et il accepte de se joindre au gouvernement Badoglio. La finesse politique de Togliatti lui permet de rallier autour de lui les leaders des autres partis politiques italiens. Il affirme qu'il faut taire les divergences politiques afin de se consacrer à la libération nationale. Après l'arrivée de Togliatti au gouvernement Badoglio, le CLN accepte de reconnaître son autorité et cela met la Résistance italienne dans de meilleures grâces vis-à-vis le SOE et l'OSS. Les Alliés vont accroître le rythme de leurs parachutages entre Avril et Juillet 1944. Des agents de liaison encadreront tant bien que mal les différentes bandes de partisans; et, malgré le fait que les Alliés se plaignent du comportement communiste des unités Garibaldi (surtout les assassinats politiques de non-communistes), la tenue au feu des partisans italiens est très appréciée. En Mai 1944, le général Alexander produit un rapport qui louange la ténacité combative de ces derniers lors de plusieurs coups de main.
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L'organisation des partisans
Trois armées alliées combattent en Italie: la 5ème Armée US, la 8ème Armée britannique, et les groupes des partisans italiens. Les premiers coups de main des partisans sont mal exécutés, et un certain nombre d'entre eux ont été capturés et fusillés par les Allemands. De surcroît, l'hiver de 1943-44 a été très pénible; la nourriture manque, le froid est mordant et limite l'activité des partisans. Mais leurs activités reprennent avec la fonte des neiges. Sans consulter le SOE ou l'OSS, le CLN entreprend une offensive générale coïncidant avec le mécontentement populaire suite à la conscription et l'envoi de la main-d'œuvre italienne pour travailler en Allemagne. Des trains sont attaqués, et les partisans libèrent leurs passagers conscrits; bon nombre d'entre eux vont gonfler les rangs de la Résistance. Dulles constate que le militantisme communiste est prédominant dans celle-ci, suivi par celui du Parti Action, des socialistes, des démocrates-chrétiens, et finalement des libéraux. On y retrouve de tout:
Certains groupes de partisans sont très motivés et ont une bonne tenue au feu, mais le général Alexander croit qu'ils sont trop "obsédés" par des objectifs politiques – ce qui les détourne de leurs utilité militaire. Le groupe Moscatelli qui opère dans la région du Lac Maggiore veut aller au-delà de chasser les Allemands: il désire établir une république autonome socialiste. Certains groupes ne sont en fait que des bandits de grand chemin qui se calfeutrent sous l'habit de la résistance antifasciste. Néanmoins, les actions coordonnées des partisans italiens entre Mai et Juillet 1944 ont permis de ralentir la retraite ordonnée des Allemands vers le nord de l'Italie. Le nombre de trains déraillés, de soldats tués, de cantonnements harcelés, de petites usines détruites, augmente constamment et irrite les nerfs des soldats allemands – et encore plus ceux des fascistes de Mussolini. Ces dernières s'épuisent dans des combats constants contre des partisans qui frappent et disparaissent. Fait à noter, la Résistance italienne réussit presque toutes ses batailles rangées car elle est encadrée à la fois par les agents du SOE et de l'OSS, ainsi que par les nombreux ex-officiers qui se battent dans ses rangs. Au fur et à mesure que les Alliés progressent vers le nord du pays, ils fournissent de nombreux radio-émetteurs, et entraînent de nouveaux partisans à la guérilla en Italie même.

Villageois pleurant leurs morts – Parachutiste de la division Nembo
A partir de la fin de Mai, la Résistance italienne contrôle toute la zone montagneuse entre Gènes, le fleuve Pô, la région sud de Turin jusqu'à la frontière française. Les Allemands et les Italiens mussoliniens ne contrôlent que les routes principale et les chemins de fer. Le nombre de partisans actifs est évalué à environ 120,000, mais ils sont sous-armés et sous-équipés. Après Badoglio, c'est au tour des Alliés de se disputer leur allégeance. Le 12 Juin, le QG britannique en Méditerranée envoie à Londres un autre rapport attestant des succès de la Résistance italienne, signé par les généraux Coombe et Todhunter. Ils affirment que les actions des partisans could be exploited with excellent results mais que the bands must be under direct Allied control. Le rapport indique que any suggestion that they should work under the control of the Badoglio government or the King will produce no result at all. A la fin de Juin, un groupe Garibaldi, le #8, accueille Coombe et Todhunter, de même que les généraux O'Connor (libéré d'une prison italienne depuis sa capture en 1941) et Neame avec des valises pleines de fric pour acheter la loyauté des leaders partisans au CLN. Les magouilles alliées pour s'affilier tel ou tel autre groupe de partisans dureront tout l'été 1944. Elles visent non seulement à subordonner les unités, mais à corrompre ou chasser ses chefs communistes. L'exemple du Groupe #8 Garibaldi est le plus éloquent. Lorsqu'il prend la ville de Faenza, le groupe démet ses deux leaders – Libero et Pietro – et se place sous les ordre des généraux britanniques. Cette approche, favorisée par le SOE et l'OSS, est appliquée sans que le gouvernement Badoglio ne soit informé.

Un des nombreux journaux de la résistance italienne
Les Alliés envoient à Milan un officier supérieur italien qui leur servira de représentant au CLNAI. Leur choix se porte sur le généralCadorna, un antifasciste conservateur qui s'est distingué durant la défense de Rome en 1943. Après la capitulation italienne, il se rallie à la cause alliée et réussit son entraînement de parachutiste. A Caserta, Cardona est interviewé par le général Harding, mais il ne reçoit aucun ordre ni du gouvernement Badoglio ou d'Alexander – en fait le QG allié ne se donne pas la peine d'entrer officiellement en contact avec lui. Harding l'envoie en mission dans le Val Cavallina avec un officier de liaison du SOE, le major Churchill. Conséquemment, Cadorna comprend qu'il peut agir à sa guise avec l'aval des Alliés auprès du CLNAI afin d'organiser des opérations offensives en Italie du Nord. Le major Churchill insiste auprès du CLNAI pour que Cadorna soit le seul commandant de la Résistance italienne – et non pas le CLN. Cadorna est reçu avec courtoisie par le CLNAI, mais son arrivée ne changera rien sur l'action militaire clandestine. La raison étant que les opérations militaires sont contrôlées soit par les cadres communistes ou ceux du Parti de l'action. Pis encore pour Cadorna, certaines bandes de partisans n'acceptent ni son autorité ou celle du CLN. Le major Churchill informe son supérieur (McCaffery) à Berne sur les difficultés de Cadorna: the arrival of Cadorna contribute little. Qui plus est, la Résistance italienne est ralentie par les rivalités entre l'OSS et le SOE quant à son encadrement.
Faits d'armes
Après la prise de Rome par les Américains, le général Alexander demande à son subordonné américain, Clark, d'exhorter les partisans à accroître leurs activités contre les Allemands. L'OSS fait transporter par submersible de nombreux partisans derrière les lignes allemandes sur la côte adriatique près de l'embouchure du Pô.
L'agent Farneti accompagne les partisans et établit la communication radio aux pieds des monts Appenins. Il coordonne quelques attaques réussies au nord de Ravenne, et de quelques autres villes du nord-est. Entre-temps, pendant qu'Alexander prépare son offensive contre la Ligne gothique, un autre agent de l'OSS intégré avec d'autres partisans tue un major allemand dont la serviette contenait tous les plans défensifs de l'est de la Ligne gothique. Il les fit parvenir au CLN clandestin à Milan, puis de là à Dulles en Suisse.
Ennio Tassinari, un autre agent de l'OSS, fait un coup de main avec ses hommes dans le village de Luca, tuant 130 Allemands, et met la main sur les plans défensifs de l'ouest de la Ligne gothique. Il les transmet au général Clark, ce qui permet aux Américains de mieux orienter l'axe de leurs unités qui seront en meilleure posture pour nuire aux forces de Kesselring en se positionnant entre Bologne et Milan.
La fosse d'Ardeatine
L'ennui dans une guerre des partisans, c'est qu'elle amène la puissance occupante à se venger arbitrairement et sauvagement aux frais de la population civile. C'est arrivé partout en Europe occupée. Cela s'est produit à de nombreuses reprises en Italie du Nord. Mais, c'est à Rome que les autorités occupantes feront la répression la plus connue contre la Résistance italienne.
En Mars 1944, Rome était toujours sous contrôle allemand, suite à la capitulation italienne de l'automne 1943 (voir dossier l'Italie et la guerre). Les convois routiers et ferroviaires acheminent renforts et matériels en direction de la Ligne Gustav et le mont Cassin. Les partisans romains sous le commandement de Carlo Salinari veulent faire un coup de main contre le bataillon de prévôts SS commandé par le général Wolff. Salinari sait que cette petite unité n'a qu'un rôle essentiellement répressif – notamment contre les Juifs de la capitale. Les motivations militaires de Salinari sont inconnues. Que veut-il faire, exactement? Le 23 Mars, il ordonne à ses partisans d'attaquer les SS alors que ces derniers défilent sur la Via Rasella dans le centre-ville. Les Allemands sont pris sous un feu croisé d'armes légères, de grenades, et de roquettes de bazookas. Le coup de main est bien exécuté, et laisse 32 SS allemands sur le carreau; de nombreux autres sont blessés. Lorsque Hitler apprend la nouvelle, il ordonne que 50 Italiens soient fusillés pour chaque soldat allemand tué. Le maréchal Kesselring reçoit l'ordre hitlérien et le donne au major SS Kappler, qui commande la Gestapo à Rome. Kappler dresse une liste de 260 otages déjà détenus, mais les officiers d'état-major de Kesselring ne veulent pas se salir les mains en étant associés à cette répression. Kappler ajoute dix Juifs innocents à sa liste de détenus destinés au poteau, sans consulter Kesselring, et il demande au chef de la police italienne, Caruso, de lui donner 50 autres otages. Kappler prévoit exécuter les prisonniers dans la grotte de l'Ardeatine, située au sud de Rome. Le 24 Mars, plusieurs camions allemands débarquent leurs prisonniers dans cette grotte. Comme Kappler ne dispose que d'une soixantaine d'hommes pour faire son sale boulot, il leur ordonne d'exécuter leurs prisonniers par groupes de cinq à la fois. Un SS accompagne cinq prisonniers; il les fait agenouiller, et les tuent d'une balle de .32 ou de 9mm dans la nuque. Après plus d'une heure, les prisonniers amenés pour être abattus devaient passer sur les corps des victimes. Kappler ordonne à ses hommes d'accélérer les exécutions. Ils fusillent une quarantaine d'hommes à la mitrailleuse. La tuerie terminée, les SS vérifient leur liste et font sauter la grotte. De retour à Rome, Kappler ordonne à ses hommes de trinquer pour oublier "ce dur moment".
Quant au général SS Wolff, il juge que cela est insuffisant. Il veut faire démolir tout un quartier populaire de Rome qu'il considère comme un nid de partisans communistes. Kesselring lui dit qu'il n'a pas les ressources humaines nécessaires pour une telle opération. Entre-temps, les efforts allemands pour garder le secret quant à cette tuerie sont inutiles. Les paysans de la région avaient entendu les coups de feu. La raison est que Kappler voulait que cette répression ait un effet dissuasif sur les partisans. Alors que les communiqués officiels allemands parlent de 32 Allemands tués par des "rebelles communisti-Badogliani", les partisans publient leur propre communiqué qui confirme que plus de 300 Italiens ont été massacrés par les Allemands, et il y aura une revanche terrible et impitoyable.
Mussolini est horrifié lorsqu'il apprend la nouvelle du massacre, car parmi les victimes, il y avait deux membres de son gouvernement de Salo: les diplomates de Grenet et Mellini, considérés par les Allemands comme ayant des sympathies pro-Badoglio. Mussolini fait libérer tous les prisonniers politiques qui ne sont pas accusés de meurtre pour éviter qu'ils ne soient fusillés par les SS. Quant à la réaction de Pie XII, elle est très décevante (voir le Vatican et la guerre). Grâce à la libération de Rome, beaucoup de citoyens romains feront des pèlerinages à la grotte de l'Ardeatine, qui deviendra un mémorial. Après la guerre, plusieurs familles de victimes exécutées à cet endroit tenteront de poursuivre le leader partisan Salinari et ses adjoints devant des tribunaux civils pour leur coup de main à la Via Rasella. Elles affirment que l'attaque fut inutile sur le plan militaire et qu'elle n'a conduit l'occupant qu'à se venger gratuitement sur des civils innocents – ce qui est vrai. Mais, la nouvelle République italienne de l'après-guerre ne l'entend pas ainsi. Sa Cour suprême déclare que Rome n'était pas une ville ouverte en Mars 1944. Conséquemment, toute attaque menée contre les Allemands (y compris celle de Salinari) avait l'aval du gouvernement légitime (celui de Badoglio) et que le coup de main de la Via Rasella est un acte de guerre.
Pour les partisans, il apparaît évident qu'il faudra beaucoup plus que de simples coups de main et des déraillements de trains pour désorganiser les forces allemandes et mussoliniennes qui occupent l'Italie du Nord. Le CLN sait qu'il lui faut conquérir et tenir une ou plusieurs zones territoriales pour donner une véritable crédibilité à la Résistance italienne. Les Britanniques croient que la Résistance va au-delà de ses moyens et déconseille une telle stratégie. Parri et les dirigeants du CLN se moquent de cet avertissement snobinard britannique, et ils vont entreprendre deux opérations majeures visant à créer une base territoriale, et cela dans de très mauvaises conditions. Les Britanniques font le pari que la Résistance va échouer si elle joue le jeu d'une guerre conventionnelle avec les forces ennemies – ils souhaitent discrètement que les partisans, majoritairement communistes, échouent militairement. Trois facteurs importants vont empêcher la réalisation de la stratégie du CLN:
Montefiorino
En Novembre 1943, deux bandes de partisans se donnent un commandement commun temporaire et parviennent à chasser des milices de Chemises noires fascistes dans la région immédiate de la ville de Sassuolo. Elles vont tenir ce petit territoire durant le dur hiver 1943-44, et parviennent à repousser quelques contre-attaques fascistes. En Mars 1944, trois autres bandes attaquent la petite ville de Cerradolo et chasse la garnison allemande. Un mois plus tard, elles occupent la ville de Fasano. Les agents de l'OSS et du SOE ravitaillent ces bandes qui contrôlent une zone entre les villes de Parma et Florence. A partir de ce sanctuaire, la Résistance italienne peut attaquer les convois routiers allemands circulant entre les villes de Massa, Pontromoli et Aula. Le 18 Juin, les partisans transforment ce territoire conquis en république autonome par suffrage communal; ils établissent une autorité politico-militaire: ce sera la République de Montefiorino. Le gouvernement pro-allié de Badoglio craint qu'elle ne se sépare politiquement de l'Italie.
Cette "république" est très proche des lignes alliées, et Alexander décide de lui donner un appui militaire limité. Lorsque le QG allié en Italie fait son plan d'attaque de la Ligne gothique au début de Juillet, il alloue une division aéroporté italienne (la Nembo) commandée par le général Utile. Le CLN l'attend durant deux semaines mais en vain. Le 29 Juillet, les Allemands contre-attaquent dans la zone conquise par les partisans et les chassent. Alexander cancelle l'envoi de la division de parachutistes italiens. Des combats acharnés vont opposer 5000 partisans mal armés à 12,000 soldats allemands – incluant quelques bataillons de SS – durant plus de trois semaines. Les belligérants perdent plusieurs centaines de leurs combattants. Les Alliés souhaitent que les actions militaires des partisans leur donne le temps de consolider des forces pour attaquer la Ligne gothique, sans se presser. Devant la contre-attaque allemande, les partisans, commandés par deux leaders répondant aux surnoms de Davide et Armando, ne peuvent plus tenir leurs positions: ils doivent décrocher. De facto, les partisans ont été lâchés par les Alliés, surtout à cause de la crainte politique causée par l'influence prédominante des communistes dans les bandes de partisans. Le 13 Août, la République de Montefiorno n'existe plus; elle aura duré six semaines.
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Un coup de main qui tourne mal – Des partisans consultent une carte
La bataille de Montefiorno fut un désastre pour les partisans italiens, en partie à cause de l'incompétence militaire des leaders Davide et Armando, ainsi que de leurs adjoints. Les agents du SOE et de l'OSS constatent qu'Armando et Davide sont plus soucieux de sauver leur peau que de diriger leurs hommes au combat. Après qu'il a donné son ordre de repli, Armando abandonne ses hommes et fuit à cheval. Davide fera de même quelques jours plus tard, avec ses effets personnels. Ces leaders communistes compensent leur incompétence militaire par leur grande capacité de persuasion couplée d'un grand bon sens. Leurs adjoints immédiats qui leur servent de cadres subalternes ne valent souvent pas mieux. Ils ont le pouvoir de vie et de mort dans le territoire conquis et ne font pas la distinction entre leurs propres intérêts et ceux des bandes dont ils font partie; cela les a conduit à de nombreux abus de pouvoir sur les civils italiens. Non seulement les partisans communistes sont de mauvais combattants, ils sont également de mauvais politiques. Ils ne font rien pour s'attirer une sympathie naturelle de leurs compatriotes qu'ils ont libéré du fascisme. Le meilleur exemple est le comportement de la division Modena commandée par le leader Armando. Cette unité de 8000 hommes surtout composée de ruraux occupe plusieurs villages et petites villes de l'enclave conquise; les partisans s'installent sans le moindre tact et pillent les réserves alimentaires de ces localités. Ils taxent indûment la population civile, tout en lui exhortant toutes sortes de services. Les partisans d'Armando se sont aliénés de nombreux civils italiens qui n'hésiteront pas à donner des renseignements aux Chemises noires fascistes, et même aux Allemands. Les agents alliés recommandent à leurs supérieurs de ne pas aider les partisans de la division Modena. L'absence de renforts aéroportés à l'heure de la contre-attaque allemande scellera le sort de la République de Montefiorino.
Megolo
Le 21 Novembre 1943, une bande de partisans réussit à dégager une mince bande territoriale au nord de la ville de Domodossola, aux applaudissements de nombreux ruraux et villageois. Trois jours plus tard, ces partisans sont refoulés par une contre-attaque allemande. Le 13 Février 1944, environ 500 partisans communistes dirigés par le leader Beltrami attaquent la petite ville de Megolo. Un régiment d'infanterie allemand la défend, et réussit à repousser deux assauts. Échaudés, les partisans se regroupent aux abords de la ville et sabotent le chemin de fer et la station thermique produisant son électricité – ce qui cause indirectement des pannes partielles jusqu'à Milan. Encouragés par ces succès, les partisans isolent Megolo et parviennent de nouveau à tenir une mince bande territoriale entre Megolo, Domodossola, et Ascona durant près de trois mois. Le 29 Mai, les Allemands envoient une division de 17,000 hommes reprendre le terrain perdu et tue 200 partisans – incluant 43 prisonniers qui seront fusillés dans le dos. Le maréchal Kesselring ordonne que la population civile de l'Italie du Nord soit mieux surveillée.
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Artilleurs allemands repoussant des partisans – Résistants italiens à Megolo
L'intensité et la férocité avec laquelle les groupes de partisans italiens attaquent les forces allemandes et italiennes étonnent la Wehrmacht – surtout à la lumière des mauvaises performances des partisans grecs et yougoslaves. Les Allemands et leurs partenaires fascistes italiens entreprennent de mener plusieurs opérations anti-partisans. Mais les soldats italiens demeurés fidèles à Mussolini hésitent d'attaquer leurs compatriotes sans l'encadrement d'unités allemandes. Qui plus est, les partisans font preuve de sagacité dans les échanges de tirs. Les premiers efforts organisés pour chasser la Résistance italienne de Romagne ne donnent rien de concret jusqu'au printemps 1944. Selon Alexander, l'action armée du CLN a forcé le maréchal Kesselring à consacrer 6 divisions sur les 25 qu'il possède dans la péninsule, uniquement pour lutter contre les partisans italiens – mais les rapports qu'il reçoit sont exaggérés: Kesselring n'a jamais alloué plus de deux divisions pour mater les partisans.
Domodossola
En Juillet 1944, le CLNAI clandestin basé à Milan a préparé un plan visant à contrôler une grande zone territoriale contiguë à la frontière suisse, autour de la ville de Domodossola. Le but stratégique recherché est de chasser les Allemands et les Chemises noires de Mussolini afin de créer que la Résistance pourra administrer sans tenir compte du gouvernement de Badoglio. La zone convoitée est peuplée de 82,000 habitants et couvre 1600 milles carrés. A partir de cette zone, le CLNAI prévoit libérer le Valle d'Aosta et le Val Camonica. Comme les bandes et unités de partisans non-communistes opèrent dans la région du Val d'Ossola, entre Gravellona et Ornavasso, Parri et le CLN croient que l'heure est venue de lancer l'attaque sur Domodossola. De surcroît, Parri constate que les partisans ont reçu des lots d'armes légères et de vivres venant de parachutages. Deux groupes de "Garibaldi" communistes sont dans la Valsesia. L'idée du CLNAI de créer une république indépendante frontalière ne plait pas aux Anglo-Américains. A Berne, McCaffery et le major Birkbeck du SOE reçoivent l'ordre de faire avorter ce plan. Les Britanniques exigent que les partisans ne s'en tiennent qu'à renseigner et à saboter, sans jouer au soldat régulier ou à s'engluer dans de l'activisme politique. Le QG d'Alexander craint qu'une prise de territoire suivie par une proclamation d'indépendance entraîne une attaque massive allemande. Dulles prévient qu'une telle initiative aura des répercussions négatives sur la Résistance italienne – peu importe si elle réussit ou échoue. Les premières attaques débutent le 23 Août sur les villages autour de Domodossola. Baceno est pris après trois jours de combats. Le 1er Septembre, plus de 3100 partisans encerclent Domodossola; la petite garnison allemande est inférieure en nombre et n'a pas assez de moyens pour résister. Afin d'éviter le désastre, le commandement allemand essaie de négocier un armistice par le biais d'un prêtre, Luigi Pellanda.
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Le square de Domodossola – Il faut plier bagage...
A l'intérieur de cette enclave territoriale résistante, les partisans communistes font le coup de feu contre les Allemands, mais refusent de coopérer avec les autres bandes non-communistes. Ils veulent même devenir une composante des forces alliées. Les Britanniques n'apprécient guère, et le Foreign Office ordonne à McCaffery que le CLN impose son autorité. McCaffery envoie une lettre de protestation à Parri, lui demandant d'affirmer son pouvoir sans paraître inféodé totalement au SOE ou à l'OSS: you must not intent to be in charge of military operations, like Alexander and Eisenhower. Some time ago I said the greatest help you could do was continuous and widespread sabotage. In Domodossola I have only supported you because I recognize the moral value of it for Italy. The partisans have fought well but they want to be one of the Allied armies. Who has asked you to do so? Not us. En d'autres mots, les partisans ne sont pas autre chose que des auxiliaires ponctuels qui devront céder la place aux unités alliées "dûment constituées". Les combats font toujours rage à Domodossola. En deux jours, les partisans repoussent les milices de Chemises noires et de gardes frontaliers qui essaient de contre-attaquer. La ville encerclée commence à épuiser ses réserves alimentaires. La petite compagnie allemande essaie de faire de même, sans plus de succès – mais elle cause des pertes aux partisans. Les Allemands et leurs alliés fascistes italiens croient qu'ils sont encerclés par des forces importantes. En fait, le nombre des partisans qui assiègent Domodossola ne dépasse pas 3100 hommes et femmes, mais ils possèdent des obusiers allemands et américains. Le 30 Août, 400 partisans bien armés arrivent de Suisse et se positionnent sur une ligne de défense entre les villages de Cannobio et Oggébio. Deux jours plus tard, 1600 autres consolident le siège de Domodossola. Ce sont, en majorité, des bandes communistes commandées par un leader qui se fait appeler Franz.
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L'ennemi est là-bas – Il faut faire sauter un rail...
L'étau se resserre. Les obusiers des partisans se font menaçants mais ne tirent pas. Au grand dam du commandant allemand, les prêtres italiens de Domodossola réussissent à persuader les fascistes italiens de ne pas continuer le combat. Devant cet état de fait, les Allemands entament des négociations pour leur reddition. Le 9 Septembre, un cessez-le-feu est signé et permet aux Allemands (environ 200 SS) de quitter Domodossola pour rejoindre leurs unités dans le sud. Le lendemain, Domodossola est occupée par les partisans. Ceux-ci font leur entrée dans la ville et arrêtent 300 Chemises noires. La République libre de Domodossola est proclamée, et un conseil provisoire est organisé.
Les partisans limogent les notables liés au Parti fasciste. Les maires de plusieurs villages sont renvoyés et certains arrêtés. L'établissement de cette république donne une gifle au gouvernement Badoglio, à la République de Salo dirigée par Mussolini, au QG d'Alexander, au SOE, à l'OSS, et bien sûr aux Allemands: elle aura, d'emblée, de nombreux adversaires. La prise de Domodossola permet à la Résistance italienne de contrôler le chemin de fer entre cette ville et Milan. Le CLN dresse des plans pour attaquer les villes de Stresa et Novara, afin d'établir leur jonction avec d'autres bandes de partisans opérant dans le Piémont.
Néanmoins, le SOE décide de saisir cette balle au bond pour essayer de contrôler le jeu politique. Il envoie par train le professeur Tibaldi, un ami personnel de McCaffery, à Domodossola afin d'assumer la présidence de cette "république". Il est accompagné de Gigino Battisti qui a pour mission de s'occuper de la logistique. Ce train amène également l'attaché militaire italien à Berne, le général Bianchi, avec de nombreux officiers réguliers pour encadrer les partisans. Entre-temps, le général Cadorna, le colonel Palumbo, ainsi que le major Churchill tentent de négocier une coopération opérationnelle entre les chefs communistes et non-communistes pour attaquer les Allemands. Ils n'ont pas beaucoup de succès, et leur encadrement militaire reste chaotique. Même dans le feu de l'action, les bandes communistes n'acceptent toujours pas le principe d'un commandement unifié.
Entre-temps, les réserves de vivres parachutées s'amenuisent. Dulles et McCaffery essaient d'obenir de la nourriture en Suisse, mais sans grand succès à cause du rationnement dans ce pays. L'argent commence aussi à manquer pour acheter la loyauté des leaders de la Résistance. Néanmoins, la soi-disante "République de Domodossola" arrive à tenir le coup. Fait inattendu, elle déclare son indépendance du gouvernement Badoglio. La Suisse reconnaît officiellement son existence, ce qui facilite son ravitaillement via le poste frontalier d'Ascona. Une zone territoriale frontalière est conquise, mais il reste à empêcher les Allemands et les fascistes italiens de contre-attaquer.
Le commandement allemand en Italie du Nord décide de reprendre la ville. Le général Tensfeld déploie sa brigade mixte composée de SS et de Chemises noires italiennes pour la contre-attaque. Celle-ci débute le 13 Octobre, et bouscule les partisans dépourvus de commandement unifié. Les partisans décrochent après deux jours de combats pour éviter l'encerclement. Environ 700 partisans sont fait prisonniers puis déportés en Allemagne. Cependant, 450 d'entre eux sont tués, mais les autres réussissent à se regrouper près du lac Orta. Tibaldi et Bianchi réussissent à s'échapper. Cadorna affirme au CLN que la défaite de Domodossola a été causée par le manque de discipline et de lacunes dans le commandement. Dès lors, les partisans n'auront pas de répit car ils sont poursuivis par les Allemands. La déroute se confirme lorsque trois trains évacuent plusieurs centaines de partisans et un millier de civils vers la Suisse. Seul le mauvais temps empêche la Luftwaffe de frapper ces trains. Le 26 Octobre, la Wehrmacht reprend tout le terrain conquis par les partisans, et réoccupe les postes frontaliers. La République de Domodossola est dissoute. L'infanterie allemande, véhiculée par camions, ne donne pas de répit aux partisans; elle dépose des patrouilles près des zones boisées qui les abritent, forçant les partisans hors de leurs campements et obligeant ceux-ci soit à combattre ou à fuir dans les montagnes.
Encore une fois, des soldats réguliers inférieurs en nombre mais bien encadrés et équipés ont eu raison d'unités irrégulières mal armées et mal commandées. Les Alliés sont accusés de ne pas avoir aidé suffisamment le CLN pour conserver cette République de Domodossola. McCaffery affirme à Parri qu'il a fait tout ce qu'il a pu. L'envoi d'une division aéroportée alliée aurait fait une différence. A l'automne 1944, aucune unité de parachutistes n'était disponible – surtout à l'heure de la bataille d'Arnhem, en Hollande.. Néanmoins, la-dite république a duré 34 jours. Elle a été la seule enclave de l'Europe occupée à conquérir son indépendance et obtenir la reconnaissance d'un autre pays – en l'occurrence, la Suisse. Les rivalités internes entre les communistes et les autres partis témoignent non seulement de la faiblesse politique du CLN italien, mais elles donnent une très mauvaise impression aux Alliés. L'échec de la Résistance à Domodossola confirme les craintes du gouvernement britannique que les partisans italiens ne sont pas fiables, et que toute aide importante donnée au CLN contribuerait à créer "l'anarchie" et le "chaos" (lire ici le communisme) en Italie. En Novembre 1944, le Foreign Office affirme que, tout compte fait, il vaut mieux que les formations anglo-américaines se battent elles-mêmes contre les Allemands, plutôt que de soutenir des unités irrégulières qui feront sombrer l'Italie dans une guerre civile.
Carnia et le mont Battaglia
Malgré l'échec cuisant de ces deux expériences d'instauration de républiques indépendantes, la Résistance italienne récidive en établissant la République libre de Carnia dans la région du Friulli à la fin de Septembre 1944. Cette zone enclavée est enclavée entre deux massifs montagneux au nord-ouest d'Udine. Elle s'étend de la frontière autrichienne jusqu'à la vallée de Tagliamento. La trame événementielle est analogue aux autres expériences: éléments germano-italiens chassés, élection d'un Conseil provisoire, et rivalités politiques entre partisans. Les communistes des groupes Garibaldi se chamaillent avec les autres partis, mais tous parviennent à reconnaître l'autorité du CLNAI de Milan. Dans le Friulli, la majorité de la population est hostile aux groupes Garibaldi, surtout à cause de leur copinage avec les partisans yougoslaves de Tito. Après la guerre, ces derniers veulent annexer Carnia et la région du Friulli à la Yougoslavie. La brigade non-communiste Osoppo était la seule unité de partisans bien armée et organisée qui possédait un plan crédible pour défendre la zone conquise. Cependant, les groupes Garibaldi le rejettent. Néanmoins, la République de Carnia est reconnue à la fois par le CLNAI et le gouvernement de Badoglio. Elle s'étend sur 2500 milles carrés et a une population de 90,000 habitants, mais elle ne durera pas longtemps. La Wehrmacht considère que cette république est une menace pour un éventuel repli allemand d'Italie, et elle décide de la vadrouiller. Le 3 Octobre, des unités allemandes et cosaques traversent la rivière Tagliamento pour frapper les partisans.
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Auxiliaires cosaque de la Wehrmacht à Carnia – En surveillance
Le 21 Septembre, pendant que deux régiments d'infanterie motorisés US progressent vers les Appenins, le groupe #36 Garibaldi commandé par un lieutenant artilleur surnommé Bob constate que des unités de la 4ème Division aéroportée allemande fait route pour attaquer les Américains. Bob ordonne à ses hommes de retarder l'avance ennemie au mont Battaglia. Durant la nuit du 25, 460 partisans attaquent les Allemands sur des positions qu'ils avaient commencées à fortifier. La mitraille est nourrie; les projectiles de mortiers pleuvent, et les partisans tuent 743 Allemands et forcent trois régiments allemands à fuir, abandonnant un grand nombre de blessés faits prisonniers. Le #36 Garibaldi occupe le mont Battaglia mais subit des tirs allemands provenant d'une montagne voisine, le mont Carnevale. Bob comprend que la progression américaine aux pieds du mont Battaglia dépendra de la neutralisation des Allemands sur le mont Carnevale. Cette fois, les Allemands font un feu nourri sur les partisans qui perdent une centaine d'hommes. Les tirs de mortiers et de mitrailleuses ennemies sont réduits par l'appui-feu d'artillerie américain. Coincés entre des feux croisés, les Allemands battent en retraite. Grâce à la bonne tenue au feu du #36 Garibaldi, les Américains peuvent entrer dans la vallée de Santerno. Comme le général américain Clark n'avait pas assez de ressources immédiates pour l'occuper, il confia le travail aux partisans de la #36 Garibaldi. Ils délogent les Allemands de nombreuses petites positions aménagées le long de la route qui mène à la ville d'Imola. Mais les partisans attendent des renforts américains qui n'arrivent pas, et Kesselring ne perd pas de temps à les déloger de cette vallée. La #36 Garibaldi perd encore130 hommes et les Allemands réussissent à colmater l'avance anglo-américaine durant quelques semaines.
Ravenne
Les partisans ont joué un rôle offensif dans la libération de Ravenne. C'est le meilleur exemple de l'utilisation tactique d'irréguliers au service d'une attaque militaire menée par une force conventionnelle. Cette ville, reconnue pour ses trésors architecturaux byzantins, était défendue par une garnison allemande de trois divisions d'infanterie bien équipée d'armements lourds. Si les Alliés attaquent de telles positions défensives, ils risquent d'endommager de nombreux édifices et œuvres d'art historiques. C'est pourquoi l'OSS demanda au CLN d'utiliser les partisans pour mener une attaque conjointe avec les forces anglo-américaines. Un agent italien de l'OSS, Nino Farneti, entre en contact avec le commandant de la #28 Garibaldi, un leader surnommé Bulow, pour demander l'aide de ses irréguliers. Bulow accepte, surtout à cause de la présence des divisions de la 8ème Armée britannique près de l'objectif convoité. Le leader partisan est acheminé à un poste de commandement canadien pour finaliser les modalités d'entrée en action de la #28 Garibaldi avec un cadre de l'OSS, le colonel Thiehle. Ce dernier est surpris par la connaissance qu'a Bulow de la ville de Ravenne. Bulow dresse une carte des sites que l'aviation et l'artillerie alliées doivent éviter, ainsi que les dispositions des défenses allemandes autour de Ravenne.
Le 29 Novembre 1944, les partisans attaquent Ravenne en trois directions, en coordination avec les unités du général McCreery. Environ 650 partisans arrivent du nord, et 1250 autres le long de la rivière Reno, encadrés par les officiers italiens et des agents de l'OSS. Ils arrivent à bousculer le premier périmètre défensif allemand, mais les partisans doivent tenir leur terrain – ce qui leur est difficile à cause des chars et canons antichars allemands. Durant la nuit du 3 au 4 Décembre, 823 partisans armés de quelques mortiers et d'une pièce antichar de 47mm lancent une nouvelle attaque audacieuse contre 2500 Allemands retranchés dans des positions renforcées. Les Allemands sont surpris et perdent plusieurs de leurs bunkers. Le commandement allemand de Ravenne envoie des renforts pour contre-attaquer les partisans, mais ils sont contraints de rester dans la ville. La #28 Garibaldi reçoit l'appui d'un régiment d'infanterie motorisé canadien, le 12ème Royal Lancers, et ces deux unités parviennent à entrer dans la ville. Les partisans et les Canadiens font une attaque très bien coordonnée qui fera replier les Allemands en désordre. Ravenne n'est pas endommagée par les combats, à l'exception de l'aqueduc municipal saboté par la Wehrmacht. A l'aube du 4, un opérateur radio de l'OSS envoie un message en clair au QG allié en Italie: British in Ravenna. Regards to all.
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Le printemps 1945
Malgré l'échec à Megolo, le CLN milanais essaie de prendre un objectif urbain important, sous la recommandation de l'OSS à Berne. Il essaie d'établir une base territoriale dans le Piédmont, autour de la ville industrielle de Turin et du port de Gènes. Le 17 Mars 1945, quelques agents de l'OSS traversent clandestinement la frontière suisse organiser une cellule à Turin. Il s'agit de Marcello de Leva, Riccardo Vanzetti et de son opérateur radio. Ce petit groupe recrute des candidats partisans qui feront quelques coups de main dans la ville, soit à bicyclette, en auto ou en camion. Le nombre de partisans mobiles passe à 2000 et augmente durant tout le printemps 1945; ils élisent Vanzetti comme leur leader, ce qui leur assure un ravitaillement constant de vivres et d'armes parachutées. Le groupe Vanzetti est prêt à entrer en action avec les Alliés pour libérer Turin, mais auparavant, la Résistance italienne doit attendre que le port de Gènes soit pris.
Gènes était fortement défendue par une garnison germano-italienne, incluant des éléments SS et de la Kriegsmarine. Bien que la population soit antifasciste, il était difficile d'organiser un effort de résistance. Les représentaux locaux clandestins du CLN ont été capturés, déportés puis fusillés. Le seul petit groupe de partisans urbains a été fait prisonnier – y compris son opérateur-radio du SOE, suite à un attentat dans un cinéma qui a tué cinq marins allemands. Le CLN envoie à Gènes un groupe bien armé qui entre en contact avec l'agent Minetto. Ce groupe identifie les points-clés de la défense de Gènes et les relaient au QG allié d'Alexander ainsi qu'au CLN milanais. Ces partisans élisent Minetto comme leur leader, et renomment leur unité "brigade Arzani". Minetto persuade le CLN d'envoyer discrètement une unité plus importante, le groupe Cichero, aux abords de Gènes; il est lui-aussi bien armé, incluant des mortiers et des bazookas. Le 12 Avril, les groupes Arzani et Cichero lancent une attaque coordonnée sur les défenses de Gènes, détruisant plusieurs ouvrages défensifs, et capturant plus de 1000 prisonniers. Les partisans font également de l'activisme pour inciter la population génoise à s'insurger.
Devant les attaques des partisans, le commandant allemand à Gènes – le général Meinhold – se croit en péril, même s'il dispose d'au moins deux divisions de réguliers sous ses ordres. Il convoque le cardinal de Gènes pour négocier un repli ordonné non-armé de ses hommes hors de la ville, en lui promettant d'évacuer toute la région de Ligurie dans les quatres jours suivants, sans causer de destructions. Entre-temps, les sapeurs allemands avaient miné le port, de même que l'aqueduc et les principales usines. Le cardinal italien transmet le message aux cadres du CLN; ces derniers ne veulent pas traiter avec Meinhold et accélèrent leurs préparatifs pour entrer de force en ville – avec ou sans insurrection. Le 23 Mai, les partisans lancent leur attaque nocturne. De nombreux coups de feu éclatent dans la ville: 3800 hommes font leur entrée dans Gènes, incitant 20,000 autres civils (dont certains armés) à sortir dans les rues. Les partisans essaient tant bien que mal de contenir ces "volontaires", et parviennent à se rendre maîtres des baraquements policiers, de l'hôtel de ville, et des centraux téléphoniques. Les Germano-Italiens perdent pied, et Meinhold lance l'ordre de destruction: tout le réseau électrique de Gènes et du Piémont saute – ce qui paralyse tous le système ferroviaire. Les Allemands ouvrent un feu nourri contre la populace. Plusieurs centaines de civils sont tués, et plusieurs centaines d'autres seront fait prisonniers et déportés en Allemagne. Alleurs, des détachements allemands sont embusqués dans des squares, ce qui nécessite l'emploi de chars et d'autos blindées pour repousser les partisans.
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Ça joue dur à Gènes – Des partisanes se replient
Le 24 Mai, les derniers défenseurs germano-italiens commencent à se replier sous le feu des partisans. Le CLN avise Minetti et Vanzetti que les avant-gardes américaines ne sont plus qu'à 60 milles de Gènes, et ordonne d'attendre leur arrivée avant de réattaquer les Allemands. Le CLN ne veut pas que Gènes subisse le même sort que Varsovie. Entre-temps, le ton monte entre les deux belligérants:
A ce moment, le cardinal italien le persuade de retarder son ordre de destruction… Des partisans s'emparent de la station radio locale et annoncent en pompe que Gènes est aux mains du CLN. Rien n'est plus faux. Cependant, la nouvelle ragaillardit le moral de la population locale, tout en abaissant celui des Allemands. Durant la pétarade, des nouvelles et des rumeurs circulent: des patrouilles américaines sont aperçues; d'autres groupes de partisans arrivent des montagnes; d'autres affirment que la situation alimentaire devient précaire… Le seul fait qui sera déterminant pour Meinhold durant le siège de Gènes fut l'encerclement de ses renforts le 25 Mai par un groupe de 3000 partisans à une vingtaine de milles au nord de Gènes: le train est déraillé et le régiment capitule sans tirer un coup de feu.
Le 26, le général Meinhold capitule. Ce sera le premier fait d'armes italien qui voit une force armée régulière rendre les armes à des unités irrégulières majoritairement composées de civils. Cependant, ce ne sont pas toutes les unités allemandes qui obéissent à l'ordre de capitulation. Les deux officiers supérieurs de la Kriegsmarine à Gènes informent le CLN qu'ils pilonneront la ville avec leurs destroyers en cas de non-repli des partisans, et lancent un mandat d'arrêt émis par Hitler contre le général Meinhold. La menace fut vaine, car les défenseurs allemands s'épar pillent sans ordres, et les partisans occupent la ville durant la nuit du 25 au 26 Mai. Ce qui reste de la garnison germano-italienne capitule. Durant la soirée du 26, la 92ème Division d'infanterie US entre à Gènes, et est ravie du travail accompli par les deux groupes de partisans. A Gènes, les partisans ont perdu 321 hommes et femmes, ainsi que près de 3000 blessés. Seule ombre au tableau, un officier SS, Friedrich Engel, fait exécuter une soixantaine de prisonniers italiens en banlieue de Gènes.
Quant aux deux divisions allemandes envoyées dans la plaine du Pô pour défendre Turin et Milan, la première se rend après son encerclement par les partisans; la seconde se fait aussi encercler, mais préférera combattre avant de se rendre sous les coups conjoints des partisans, des soldats anglo-américains et de l'USAAF. Toutes les forces allemandes du Piémont se retrouvent ainsi désorganisées et isolées – ce qui les rend vulnérables aux attaques de la Résistance italienne. A Turin, un autre agent italien de l'OSS, de Leva, travaille à organiser l'insurrection et des coups de main dans la ville. Il identifie les points-clé de la défense allemande, et informe le CLN et Alexander que plus de 700 sapeurs besognent pour créer des traquenards et miner des ponts ainsi que des édifices. Le 20 Avril, le CLN clandestin de Turin ordonne une grève générale. Dans la nuit du 25 au 26 Avril, des groupes conjoints de partisans et de citadins attaquent les Allemands. Deux heures plus tard, les partisans de Vanzetti équipés de chars allemands capturés entrent dans Turin et se battent rue par rue, tout comme l'aurait fait une armée conventionnelle. La défense allemande s'essouffle après deux jours de combats. Environ 260 soldats allemands sont tués, de même que 190 partisans. Ces derniers s'emparent de Turin durant la nuit du 28 Avril, et forcent les Allemands à fuir dans les collines au nord de la ville où ils chercheront à capituler après des soldats anglo-américains.
Bologne
Les dernières grandes attaques des unités de partisans italiens se déroulent dans le sillage des forces anglo-américaines. Le 15 Avril, Alexander lance son attaque dans la plaine du Pô; elle est précédée par un tir de 75,000 obus lancés en 30 minutes. Les poussées principales sont menées par les 21 divisions anglo-américaines du 15ème Groupe d'armées allié, commandé par le général Clark. Pendant que la 5ème Armée US essaie d'encercler la 10ème Armée allemande, les partisans italiens attaquent les éléments germano-italiens encore présents dans la ville de Bologne.
L'attaque des partisans débute le 19 Avril et elle se déroule dans des conditions difficiles:
leur chef a été tué, leurs opérateurs-radio de l'OSS ont été capturés, et la dotation de munitions par porteur d'armes demeure minimale. Néanmoins, les partisans avaient préalablement identifié les défenses allemandes – baraquements, centraux téléphoniques, la gare, et les édifices municipaux. Une estafette parvient à informer les Anglo-Américains que l'insurrection de Bologne est en cours. Les partisans attaquent résolument leurs adversaires dans de furieux combats de rue, n'hésitant pas à utiliser les armes lourdes capturées pour faire feu contre les immeubles tenus par l'ennemi. Ils tuent 510 Allemands et font prisonniers 800 autres, et parviennent à enlever les charges de démolition prévues pour détruire la centrale thermique, l'aqueduc et la distribution du gaz. Les partisans prennent la ville le 21, quelques heures avant l'arrivée d'une division d'infanterie polonaise de la 8ème Armée britannique. La prise de Bologne par les partisans italiens brise le front allemand dans la plaine du Pô, et permet aux armées alliées d'encercler rapidement un grand nombre d'unités de la Wehrmacht. Durant les combats, le maréchal Kesselring est rappelé en Allemagne et il passe son autorité en Italie au général Von Vietinghoff – un militaire compétent et très réaliste.
Venise
La situation militaire de cette ville portuaire de l'Adriatique était précaire pour les autorités germano-italiennes. Le 22 Avril, il ordonne au CLN clandestin local de permettre l'évacuation ordonnée de leur garnison (2300 soldats allemands et 1800 soldats fascistes italiens) sous peine de la destruction des ponts, du port et de l'aqueduc déjà miné. Au lieu d'attaquer en force – ce qui raserait de nombreux édifices jugés comme des trésors architecturaux – le général Clark confie à l'OSS le soin d'envelopper doucement la ville avec les partisans italiens, afin d'éviter tout ordre intempestif de destruction. La mission "Margot" de l'OSS réussit à armer de nombreux partisans vénitiens grâce à de nombreux parachutages. Le commandant allemand ne s'attendait pas à ce que les routes d'accès menant à Venise passent rapidement sous le contrôle des partisans. Le 27 Avril, le CLN local et l'OSS n'ont pas assez de munitions d'armes légères et d'armes lourdes pour espérer enlever la ville par une attaque audacieuse. Ils essaient autre chose – soit la menace de faire entrer illico 4500 partisans dans Venise afin "d'exterminer" tous les Allemands et les soldats de Mussolini. Le bluff de l'extermination réussit: Craignant de ne plus pouvoir retourner en Allemagne, le commandant allemand capitule, et la garnison met bas les armes sans détruire la ville et le port. Les soldats fascistes italiens en font autant. Venise est libérée le 28 Avril.
Milan
C'est le but ultime convoité par la Résistance italienne. Principale ville industrielle de l'Italie, elle abrite à la fois le siège de la République sociale fasciste de Mussolini, et le QG clandestin de la Résistance italienne. Ni Mussolini ou les Allemands n'avaient les ressources et le moral nécessaires pour mener une défense énergique à la fois contre les troupes alliées et les groupes d'irréguliers dont le nombre s'accroît sans cesse. Afin de déstabiliser d'avantage les autorités allemandes et fascistes, le CLN milanais donne le mot d'ordre d'insurrection dans toute l'Italie du Nord. Le 24 Avril, les avant-gardes de la 1ère Division blindée US sont à moins de 10 milles de la ville. L'inquiétude gagne les autorités germano-italiennes, de même que Vietinghoff: si Milan tombe, la guerre sera terminée, car il n'y aura aucune raison de poursuivre les combats. Curieusement, la garnison germano-italienne s'est retranchée dans le centre de Milan, sans tenir les quartiers industriels et ouvriers qui le ceinturent. Cette mauvaise disposition lui enlève toute liberté de manœuvre en cas de combats de rues, et laisse l'initiative aux partisans et soldats alliés. Entre-temps, le CLN milanais demeure en contact étroit avec le 15ème Groupe d'armées allié, et lui transmet tous les renseignements sur les mouvements de troupes germano-italiennes dans la ville et ses environs. Il lui sera facile de coordonner des opérations conjointes, grâce au travail de l'agent italien de l'OSS, Enzo Boeri. Les groupes de partisans communistes et non-communistes comprennent qu'ils doivent coopérer plus efficacement sur le plan militaire s'ils veulent réussir à prendre Milan. Le 24 Avril, le CLN informe Alexander qu'il est prêt à attaquer. Le message est intercepté par les Allemands.
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Camions américains devant une position neutralisée – Milanais appuyant les partisans
Le 25 Avril, les autorités germano-italiennes de Milan savent qu'elles n'ont pas assez d'effectifs pour tenir la ville devant l'arrivée imminente des unités anglo-américaines. Le Consul général allemand contacte le CLN milanais et lui dit qu'il ne causera aucune destruction si les partisans permettent à la garnison allemande de quitter la ville. Le CLN accepte, à condition que les Allemands déposent les armes. Durant les discussions, il n'est nullement question du sort des soldats fascistes de Mussolini. A midi, des petites unités du CLN patrouillent déjà dans plusieurs quartiers de Milan et font la police. L'autorité fasciste italienne s'écroule: fonctionnaires, policiers, geôliers et militaires troquent leurs uniformes pour des vêtements civils, et essaient de s'échapper. Beaucoup seront capturés par les partisans et un petit nombre exécuté. Beaucoup de gens descendent dans les rues pour manifester leur appui au CLN. Devant l'écroulement germano-italien, le régime de Mussolini – qui s'était installé à Milan le 12 Avril – cherche à négocier une paix avec les autorités alliées. Le problème, c'est que l'autorité alliée dans Milan est incarnée par le CLN. Mussolini est si désespéré qu'il envoie son émissaire le plus crédible, le maréchal Graziani – le commandant de l'armée fasciste – ainsi qu'un légiste, Marazza, pour traiter avec le CLN. Le général Cadorna représente le CLN. La réunion a lieu dans la résidence du cardinal Schuster. Les deux hommes essuient un refus du CLN, car ce dernier exige une reddition inconditionnelle. Mussolini veut capituler, mais Graziani lui rappelle qu'une capitulation équivaut à trahir Hitler. Mazzara informe Mussolini et Graziani que les Allemands avaient déjà essayé de négocier une paix séparée avec les Alliés lors d'une rencontre secrète tenue à Berne – sans informer le régime fasciste italien. Mussolini est outré, et rétorque: Ah ça alors! Les Allemands nous ont toujours considéré comme des esclaves, mais là c'est un comble! Ils veulent nous oublier en faisant leurs valises? Très bien! C'est tout ce que je voulais savoir pour reprendre ma liberté d'action. Mais, le Duce n'a plus de "liberté d'action". Dans l'esprit des Italiens, antifascistes ou non, son sort sera associé à celui d'Hitler.
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Fascistes exécutés à Dongo par les partisans – Mussolini arrêté à Dongo
Les partisans parviennent à se rendre maîtres de tous les quartiers de Milan, sauf le centre de la ville toujours tenu par les Allemands. Les pertes sont minimes, car les échanges de tirs ne se font qu'entre Italiens. Néanmoins, la situation militaire demeure précaire pour le CLN. Les Allemands sont toujours armés et n'ont pas quitté leurs retranchements. Parri, Boeri, et Mussolini savent que la garnison allemande peut réussir une sortie de force, à cause de la supériorité de sa puissance de feu. Le CLN milanais essaie d'obtenir des renforts de la part des groupes Garibaldi qui opèrent au nord de Milan. Il essaie d'entrer en contact avec le leader Vincenzo Moscatelli pour le presser d'épauler la prise de Milan. Moscatelli envoie deux de ses "brigades" pour renforcer la posture du CLN. En route, elles se heurtent à une unité motorisée allemande qui essaie de se replier vers le nord. Les partisans parviennent à la malmener, mais de ce fait, retardent leur progression vers Milan. Entre-temps, Mussolini s'échappe de Milan dans un convoi allemand en route pour franchir le col du Brenner. La trentaine de camions accompagnée d'autos blindées SS passe par la petite ville de Dongo qui est occupée par les partisans. Il n'y a pas de combat, car des sauf-conduits sont signés. Les hommes de Moscatelli ne font pas de cas de ces Allemands qui veulent retourner chez eux; mais, ils inspectent les véhicules et dénichent Mussolini et sa maîtresse, Clara Petacci.
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Les partisans ramènent les corps à Milan – Graziani se rend aux Américains
Le couple sera arrêté et exécuté sous l'ordre du CLN milanais. Le 28 Avril, Moscatelli entre à Milan avec 2200 partisans bien armés et disposant d'autos blindées et de chars allemands capturés. Le lendemain, il obtient la reddition de la garnison allemande, soit 3400 soldats et toute l'administration de l'Italie du Nord – incluant le consul. En début d'après-midi, les troupes américaines entrent dans la ville.
Le 29 Avril, les villes de Caserta et Piacenza sont encerclées et prises par les partisans dans de brefs combats. Les Allemands savent que tout est fichu et capitulent: les 6000 soldats de la 232ème Division déposent les armes, avec leur général en tête. Ce seront les deux dernières villes italiennes libérées de l'occupation allemande.
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Les Allemands se rendent au CLN à Caserta – Des Cosaques se rendent aux partisans
Le 2 Mai 1945, le QG du général Alexander annonce officiellement à la radio la chute de Berlin et la fin officielle des opérations militaires alliées en Italie. Deux jours plus tard, le successeur du général Vietinghoff, le général Von Senger und Etterlin, se présente avec ses adjoints au PC du général américain Clark pour signer la reddition inconditionnelle des troupes allemandes. Le 5 Mai, la guerre est finie en Italie
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Conclusion
La contribution des partisans italiens à l'effort de guerre allié en Italie a eu un effet plus que positif sur le déroulement des opérations militaires. Aux yeux du général britannique Alexander, la Résistance italienne s'est acquittée de ses trois rôles:
Bref, elle a préparé le terrain en balisant les objectifs et les axes de progression des forces anglo-américaines. Qui plus est, la Résistance italienne a joué un rôle d'auxiliaire offensif pour attaquer des objectifs en conjonction avec des unités régulières. Sa présence agressive a souvent expliqué le désir des autorités d'occupation d'éviter le combat en recherchant des cessez-le-feu. Les groupes de partisans ont libéré toutes les villes de l'Italie du Nord avant l'arrivée des troupes alliées. De ce fait, le CLN italien a influé sur les opérations militaires – à l'exemple des partisans soviétiques –, au contraire de la Résistance française, dont les actions ont été sans conséquence réelle sur les événements.
La particularité opérationnelle de la Résistance italienne a été d'agir pour son propre compte en lançant des attaques conventionnelles – souvent coûteuses – qui avaient un double volet: militaire et politique. C'est là qu'elle a heurté les susceptibilités de la diplomatie britannique et du maréchal Badoglio. Les partisans italiens voulaient non seulement libérer des zones territoriales tenues par la Wehrmacht, mais établir dans celles-ci une autorité indépendante du gouvernement Badoglio.
Les Alliés et les milieux conservateurs pro-alliés craignaient l'établissement d'un pouvoir parallèle partisan dominé par le Parti communiste. Ils ne veulent pas voir l'Italie se fragmenter territorialement – ce qui la fragiliserait politiquement – au bénéfice des communistes. Dans sa dimension politique, il ne faut pas oublier que la Résistance italienne se perçoit non seulement comme un moyen de lutter contre Mussolini et la Wehrmacht, mais une volonté de rejeter l'ordre social traditionnel incarné par Badoglio. En cela, elle ressemble à la Résistance française.
La Résistance italienne a non seulement créé une infrastructure politico-militaire ingénieuse et efficace, mais elle a su tempérer ponctuellement ses divergences politiques afin de ne jamais perdre de vue l'objectif principal: combattre les Allemands et le fascisme. En revanche, la Résistance française a mis deux ans à s'organiser et une année à se coordonner – ne serait-ce qu'à un niveau très partiel – avant d'être boudée par les Alliés. De leur côté, les résistants yougoslaves ont mis autant d'ardeur à s'entre-déchirer qu'à combattre les Allemands. Mais, au printemps 1945, la victoire de la Résistance italienne bien implantée en Italie du Nord, inquiète les Anglo-Américains.
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