Les Salomons

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La défaite japonaise à Guadalcanal et la victoire de MacArthur en Nouvelle-Guinée ouvrent la voie à la reconquête de tout l'archipel des Salomons. Au début de 1943, les belligérants réévaluent leurs stratégies. Les Japonais demeurent déterminés à se cramponner sur leurs acquis à n'importe quel prix; cela leur enlèvera toute flexibilité opérationnelle et contribuera à l'isolement et à la destruction de leurs forces. Le commandement japonais de Rabaul lança plusieurs raids aériens sur les bases insulaires américaines – dont Guadalcanal – et en Nouvelle-Guinée dans le but de perturber les préparatifs américains. Les résultats furent décevants mais les pilotes japonais revenaient toujours avec de bonnes nouvelles pour ragaillardir le moral des troupes. Les Américains contrôlent la majeure partie de l'espace aérien de l'archipel des Salomons avec leurs bases insulaires, et leurs chasseurs bimoteurs P-38. Comme le théâtre d'opération se situe dans un espace disputé par MacArthur et Nimitz, les généraux subalternes américains seront obligés de coopérer avec leurs homologues des Marines de l'amiral Halsey.
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La Nouvelle-Géorgie
Un débarquement en Nouvelle-Géorgie posait un problème pour les Américains, car l'atoll était entouré d'une barrière de corail qui n'était accessible que par un petit canal étroit et, bien sûr, bien défendu. Il était impossible de lancer une attaque directe. La pointe de Munda - sur laquelle le terrain d'aviation japonais est construit - ne pouvait pas être approchée par de grands navires sans heurter le fond. Conséquemment, l'amiral Halsey devait capturer les îles situées autour de l'île principale de la Nouvelle-Géorgie afin de s'en servir comme tremplin pour l'attaquer. Les Japonais disposaient de 10,000 soldats et fusiliers-marins postés dans différents points de l'île pour protéger leur terrain d'aviation et leur lagon.Les opérations américaines débutent en Juin sur l'île adjacente de Vagunu, sans aucune résistance. Les forces débarquées sont des soldats de l'US Army ainsi que des Marines de l'US Navy. Dans la nuit du 29-30 Juin, 6000 soldats commandés par le major-général Hester débarquèrent sur l'île de Rendova, juste en face de la pointe de Munda; c'est un lieu idéal pour pilonner l'île principale et les défenses japonaises. Le petit groupe de défenseurs japonais se laisse surprendre par l'arrivée des Américains et n'offre que peu de résistance. Heureusement pour Hester, car ses hommes sortent tout droit du camp d'entrainement et n'ont aucune expérience de combat. Les Japonais de la pointe de Munda sont alertés et leurs canons côtiers commencent à pilonner l'île de Rendova, mais l'île est sécurisée le 1er Juillet.
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Les Marines retrouvent leur inconfort habituel – Matériel lourd débarqué sur la plage de Zazana
Les débarquements sur l'île principale de Nouvelle-Géorgie débutent le 2 Juin lorsque le gros des hommes de Hester débarquent sans résistance sur la plage sud de Zanana. Le 5, les Marines débarquent sur la pointe nord de l'île. La tactique, évidente, est celle du presse-jus: enclaver progressivement les Japonais dans une zone de plus en plus difficile à défendre pour forcer leur reddition. Cette fois, les Japonais résistent. Les soldats et Marines américains se heurtent à la fois à une jungle dense et aux tirs des défenseurs terrés dans des pillboxes à fleur de terre (image ci-bas) et à des tireurs d'élites qui se sont ficelés à la cime des palmiers et qui balancent des grenades dans le dos de leurs adversaires. Les pertes augmentent rapidement chez les hommes de Hester, et le moral s'en ressent. Ce qui fait dire à leurs collègues Marines que les soldats de l'US Army manquaient de préparation à la fois pour les opérations amphibies, et pour la dureté des combats de jungle dans la chaleur humide intense. Le 7 Juillet, les Japonais arrêtent la progression de la poussée américaine venue du sud. Le commandant japonais en Nouvelle-Géorgie, le général Sasaki, est si encouragé qu'il ordonne un contre-débarquement sur Rendova.
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Pillbox japonais en Nouvelle-Géorgie – Char Stuart dans la jungle
Cet ordre allait lui coûter la bataille, car il lui était fort imprudent de diviser ses défenseurs en les obligeant à se concentrer sur Rendova, alors que la partie n'était pas gagnée sur l'île principale de la Nouvelle-Géorgie.
Le commandement de Rabaul désavoua son ordre et préféra ravitailler ses forces sur l'île principale. Les destroyers-ravitailleurs japonais du Tokyo Express et les navires américains s'échangèrent de nombreux tirs durant deux semaines.
Les Japonais coulèrent des destroyers et PT-Boats américains à Kula et devant Kolombangara. L'un de ces PT-Boats coulés fut celui du lieutenant John Kennedy, éperonné de nuit. Harcelés sans cesse par des attaques japonaises, certains bataillons américains s'épuisaient dans les combats. Celui du major Devine (image gauche) a du mal à progresser durant la combats de jungle et perdit presque la moitié de ses effectifs en cinq jours de combats. Le Tokyo Express débarqua 2000 soldats en renfort, et Sasaki put contre-attaquer les Américains. Tout comme à Guadalcanal, les soldats japonais prouvent qu'ils sont plus redoutables de nuit que de jour. Ils testent sans arrêt la solidité de chaque périmètre américain en lançant des attaques de nuit à la grenade; en s'infiltrant silencieusement sur des bivoucacs pour combattre à la baillonnette; en installant porte-voix et hauts-parleurs pour émettre des cris démoralisés de prisonniers torturés et inciter les soldats à se rendre: rends-toi Joe, ha! ha! (clip ci-contre). Beaucoup de soldats américains très nerveux deviennent irrités et balancent des tirs et grenades vers chaque bruit et craquements suspects: le nombre de soldats américains tués accidentellement fut plus grand qu'à Guadalcanal. Le 16 Juillet, les Américains font un nouveau débarquement entre Zanana et la pointe Munda. Hesler est limogé et remplacé par le major-général Griswold: il nous faut casser la noix de Munda. Griswold (image de gauche) affecta le général Hodge, un vétéran de Guadalcanal, comme commandant de la 43ème Division d'infanterie. Les poussées concentriques américaines reprennent leur allure initiale, et la victoire est à portée de main dès le mois d'Août. Elles sont aidées par la présence d'un char léger désuet sur le front d'Afrique du Nord: le Stuart (image ci-haut à droite). Grâce à ce dernier, les soldats américains pouvaient créer des pistes de jungle et progresser un peu plus facilement. Le terrain d'aviation japonais est capturé dans un combat furieux. Il est immédiatement nettoyé des débris qui l'encombrent, permettant ainsi aux chasseurs-bombardiers F4U Corsairs (image couleur en haut de page) de se poser sur l'île avant même que celle-ci ne soit complètement débarassée des soldats japonais.
Le combat dans la jungle
La campagne de Guadalcanal a été une bonne école pour familiariser les Américains aux combats de jungle. Là comme ailleurs, la présence de l'aviation pour la reconnaissance et l'attaque au sol fut déterminante pour vaincre les adversaires. Les Américains apprennent qu'ils doivent oublier une partie de leurs tactiques de guerre conventionnelle dans ce nouvel environnement. Bien sûr, rien ne peut remplacer l'artillerie et la grenade dans des combats de chouans à courte et moyenne portée. Mais les pillboxes japonais peuvent résister aux grenades et ouvrir le feu sur les soldats américains presqu'à bout portant. Il est difficile pour un fantassin à l'œil aiguisé de repérer un tirailleur ennemi embusqué. Bien que la puissance de feu du soldat et fusilier-marin américain a été améliorée par l'introduction de la carabine semi-automatique Garand, les deux armes préférées de ces derniers dans les combats de jungle fut le vieux fusil de chasse à pompe Winchester 1897 utilisé durant la Première Guerre mondiale, de même que le Winchester Modèle 12 également à pompe. L'USMC a délaissé la carabine semi-automatique Johnson au profit du Garand. Le lance-flammes sera utilisé avec grande efficacité autant comme arme de couverture que pour humecter un pillbox ennemi.
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Le lance-flammes s'avéra efficace – Tout comme le fusil de chasse à pompe
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Kolombangara et Bougainville
La bataille pour le contrôle de cette île débute par un petit combat naval entre destroyers japonais du Tokyo Express et des navires américains. Contrairement en Juillet, les destroyers américains l'emportent en coulant à la torpille trois navires japonais. Là encore, un terrain d'aviation japonais devait être capturé, et Sasaki avait aménagé des défenses pour le protéger. Comme en Nouvelle-Géorgie, les Américains choississent de ne pas attaquer directement Kolombangara et débarquent plutôt sur l'île voisine de Vella Lavella. Sur cette île, les Américains construisent un terrain d'aviation rudimentaires pour leurs chasseurs-bombardiers F4U. Il pourra à la fois servir contre les îles de Kolombangara et de Bougainville. Avec l'appui au sol à proximité, il sera plus aisé de taper sur les Japonais. L'île de Bougainville constituait l'objectif principal de la campagne des Salomons, après la chute de Guadalcanal. Située à l'Ouest de la Papouasie/Nouvelle-Guinée, Bougainville était habité par 100,000 habitants mélanésiens. La topographie de l'ìle est plus accidentée et aussi boisée qu'à Guadalcanal. Plusieurs lagons formaient des rades naturelles, comme celle de Kieta. Elle faisait partie de l'Empire allemand avant d'être occupée et administrée par les Australiens après 1920, via un mandat de la SDN. Elle fut rapidement occupée par les Japonais qui y aménagèrent des petites bases navales de ravitaillement. En 1943, cette île constitue le dernier bastion japonais des Salomons.
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Bougainville et son volcan actif, le Bagana – Artilleurs américains utilisant un Pack 75
La décision conjointe de MacArthur et de Nimitz d'isoler la grande base aéronavale de Rabaul en Nouvelle-Bretagne va permettre aux Américains de consacrer beaucoup plus d'effectifs pour cogner sur Bougainville. La garnison japonaise de Bougainville était composée de 40,000 soldats et de 20,000 fusiliers-marins sous le commandement du vénérable général Hyakutake. L'amiral Halsey sait qu'il risque gros en attaquant directement cette garnison japonaise; il appliquera la même stratégie qu'à Kolombangara: isoler les défenseurs japonais en les attaquant à partir d'îles voisines, comme les Shortlands. La particularité de son opération sera d'occuper une tranche réduite de Bougainville le long du littoral sud près de la Baie Empress Augusta (image ci-bas). Halsey est informé que la majeure partie de la garnison japonaise est déployée dans la partie nord de l'île. Cette garnison ne pouvait pas être déployée rapidement à cause du relief accidenté des montagnes volcaniques au centre de l'île (image ci-haut). Le débarquement est commandé par le général Vandergrift, vétéran de Guadalcanal, avec son 1er Corps amphibie USMC. Les deux adversaires de Guadalcanal se retrouvent de nouveau opposés.

Les opérations des Marines sur Bougainville
Des opérations de frappe aériennes ont été conduites durant tout le mois d'Octobre sur les petits terrains japonais de Bougainville, ainsi que sur les principaux dépôts et campements japonais; les F4U et les bombardiers bimoteurs B-25 s'en donnèrent à cœur joie. Afin d'embrouiller les Japonais, les Américains font un débarquement de diversion le 27 Octobre avec des troupes néo-zélandaises sur les îles Shortland, au sud de Bougainville; la même journée, un bataillon de Marines débarque sur l'île Choiseul, au nord-est. Le 1er Novembre, la 3ème Division de Marines fait son débarquement à la baie Empress Augusta et ne rencontre qu'une faible résistance. Vandergrift consolide rapidement sa tête de pont. Les Japonais répliquent par des attaques aériennes et navales; cependant, les Corsairs chassent les avions japonais du ciel. Quant aux navires de guerre japonais, ils furent rapidement repérés et n'ont pas été capables de rejouer leur victoire navale nocturne de Savo, en 1942. Les navires commandés par le vice-amiral Omori ont été intercpetés par le radar et leurs avions de reconnaissance; parmi eux, se trouvaient les croiseurs lourds jumeaux Haguro et Myoko. Durant le combat naval qu'il s'en suivit, il est intéressant de constater que le tir visuel des canons japonais fut plus efficace que le tir américain assisté par radar. Néanmoins, les croiseurs japonais durent se replier, laissant la Baie Empress Augusta entre les mains des Américains.

Pour éviter de nouveaux départs de navires de guerre et de transports japonais de Rabaul, l'USAAF fit deux très gros raids aériens avec B-25 et Corsairs, ainsi que des B-17 partis de Nouvelle-Guinée. Les raids furent si dévastateurs sur Rabaul qu'ils forcèrent l'Amirauté japonaise à replier ses grands navires sur Truk. Une semaine plus tard, la maitrise du ciel est assurée au-dessus de Bougainville. Une fois que le périmètre du débarquement de la Baie d'Empress Augusta fut sécurisé par les Marines, la 37ème Division est débarquée en totalité. Le 10 Novembre, plus de 34,000 soldats américains étaient sur Bougainville avec un appui d'artillerie; ils disposaient de trois petits terrains d'aviation et d'un énorme stock de matériel. Le général Hyakutake lança quelques attaques non-coordonnées contre le périmètre américain; elles échouèrent toutes, car tout comme en Nouvelle-Guinée, les troupes arrivaient épuisées après avoir progressé dans une topographie accidentée coiffée par une jungle dense, puante et poisseuse. Les unités japonaises étaient bombardées par les Corsairs américains, ce qui a laissé tout le temps aux soldats américains pour les attaquer et les éliminer en petits paquets. Hyakutake perdit 6000 tués près du village de Piva. Les soldats japonais étaient isolés et sans ravitaillement, et étaient condamnés à rester dans cette jungle, exposés à la faim et aux maladies tropicales. En Mars 1944, Hyakutake s'avoua vaincu, mais commanda ce qui restait de la garnison de l'île.
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Un submersible japonais torpille le destroyer Strong – Les Marines ré-embarquent de Bougainville
Les combats de Bougainville ont été la dernière étape de la conquête et du contrôle de l'archipel des Salomons. Les efforts combinés de MacArthur dans les raids aériens contre Rabaul ainsi que les attaques des Marines et de l'US Army ont permi de conquérir une dizainne d'îles et d'en isoler trois: Kolombangara et Rabaul (qui se rendront en Sept 1945), ainsi que Bougainville elle-même. Le bastion défensif du Pacifique Sud-Ouest ne présentait aucun danger pour les Alliés. Les soldats japonais qui n'avaient pas été tués étaient dès lors condamnés à croupir dans l'archupel. Les navires de guerre perdus ne seraient plus remplacés par de nouvelles constructions; ceux qui furent endommagés ne seraient réparés à temps pour participer à d'autres combats. Sans ces forces, le gouvernement japonais ne serait plus en mesure de s'opposer à la reconquête du Pacifique Centre et de s'opposer à la progression de MacArthur vers les Phillipines
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