Sébastopol

![]()
La ville portuaire fortifiée de Sébastopol était la clé de la défense navale russe dans la Mer Noire. Durant la Guerre de Crimée (1854-56), elle avait subie un siège de la part d'un petit corps expéditionnaire franco-anglais. La Russie tsariste a investie des sommes considérables pour en faire le port méridionnal le plus fortifié. Duran la Première Guerre mondiale, Sébastopol a connu quelques pilonnages de la part de croiseurs allemands sous pavillon turc, mais les batteries navales russes purent répliquer et tenir ces croiseurs à distance. Durant les années 30, le gouvernement soviétique modernisa et renforça les ouvrages déjà existants, avec des tourelles doubles de 305mm; des quais et de nouvelles cales sèches furent également construits. Les ouvrages défensifs de Sébastopol entourent la baie sur une distance allant jusqu'à 20 milles, et comptaient plus de 3600 positions permanentes et temporaires.
Les deux principaux forts ré-aménagés par les Soviétiques durant les années 30 (encerclés ci-haut en bleu), nommés Lénine et Maxime Gorki, devaient protéger à la fois la baie, la base navale et la ville de Sébastopol située (hors champ) sur son arrière. La défense de Sébastopol fut confiée au général Petrov qui commandait 7 divisions, une brigade de cavalerie, ainsi que les trois brigades de fusiliers-marins du vice-amiral Oktyabrysk. Le point faible de ses défenses était la quasi-absence de batteries anti-aériennes. Durant l'Opération Barbarossa, Sébastopol fut une des premières villes soviétiques à être bombardées, mais le port et les ouvrages ne furent pas atteints (image gauche). Cependant, la 11ème Armée allemande – attachée au Groupe d'armées Sud – eut pour tâche de conquérir la Crimée, ce qu'elle fit avec beaucoup d'énergie. En revanche, elle fut repoussée tenue en joue par les grosses pièces des forteresses portuaire. Les Allemands eurent beau lancer attaques sur attaques, ils ne purent prendre ni la ville ni les forts, car la résistance était farouche. Ils se contentèrent d'en faire le siège durant tout l'hiver et le printemps 1942. Staline considérait que la défense de Sébastopol avait à la fois une valeur de symbole et une importance militaire; car, elle empêchait les Allemands de transférer leur 11ème Armée sur le front de Léningrad. La conquête de la Crimée coûtera très chère aux Allemands.
__________
Précarité soviétique
Lorsque les Allemands débutèrent leur campagne de 1942 en Russie méridionnale, les défenseurs soviétiques de Sébastopol n'avaient pas reçu beaucoup de renforts en hommes, en armes et en nourriture. Des barges nocturnes et quelques destroyers approvisionnaient la ville via la péninsule de Kerch, mais elles étaient souvent attaquées par la Luftwaffe à partir du début de Mai. Un fait nouveau durant ce conflit: Sébastopol sera une bataille d'artillerie. Le 21 Mai, les Allemands tentèrent une nouvelle attaque appuyée par une préparation d'artillerie analogue à celle de la Première Guere mondiale: 250 obusiers de 105mm et de 150mm pilonnèrent les défenses soviétiques durant plus d'une heure, mais l'attaque allemande fut repoussée comme toutes les autres. Mais les succès allemands sur l'Izioum et surtout sur la péninsule de Kerch au début de Juin rendit la situation critique pour les défenseurs de Sébastopol car ils étaient isolés; de plus, Staline n'avait pas prévu aucun renfort militaire important pour soulager la Crimée.
_
Le canon KE surnommé Dora – le mortier lourd Thor
Le Dora était une véritable incarnation wagnérienne dans le domaine de l'artillerie, car il représentait l'obsession d'Hitler pour des armes démesurées. Le Dora pesait 1344 tonnes – l'équivalent d'un destroyer d'escorte – et nécessitait un système de voies ferrées spéciales depuis l'Allemagne jusqu'en Roumanie, puis jusqu'en Crimée. Le tube à lui-seul avait 100 pieds de long et pesait 130 tonnes. Il lançait deux types de projectiles de 31.6" de diamètre: le premier pesait 3 tonnes et avait une portée maximale de 96 milles; le second pesait 7 tonnes et était construit pour perçer le béton armé; sa portée maximale était de 30 milles. Ce canon géant nécessitait 700 artilleurs et cheminots pour le manipuler et l'approvisionner, de même qu'un régiment d'infanterie et de deux bataillons anti-aériens pour le protéger. Au combat, il ne tirait que trois obus à l'heure, mais leurs effets furent dévastateurs sur les forts et le port. Le Thor était un mortier automoteur de calibre 600mm et était l'un des cinq mortiers lourds spéciaux de la série Karl produits par Krupp pour percer les fortifications de la Ligne Maginot. Son concept s'apparentait à celui du mortier Bertha de la Première Guerre mondiale. Tout comme le canon géant Dora, le Thor devait être acheminé sur voie ferrée à proximité de la ligne de front; sur place, un châssis automoteur l'acheminait jusqu'à sa position de tir. Son projectile perforant de 2 tonnes fut également très efficace contre le béton des forts ainsi que contre les autres défenses soviétiques. Cependant, bien qu'étant des armes redoutables et assez efficaces en temps que telles, les Thor, Lohr et Dora demandaient un trop grand nombre d'hommes pour les manipulers qu'elles ne furent pas des outils très pratiques. Ces armes ne furent utilisées que durant le siège de Sébastopol, à l'exception du Thor qui sera amené devant Varsovie en 1944.
_
Le port dévasté par les tirs – L'enveloppement allemand des fortifications
L'attaque finale
Manstein deploya son armée en trois corps totalisant neuf divisions dont deux roumaines. Le gros de l'assaut fut donné par le 65ème Corps sur les positions frontales soviétiques, tandis que le 30ème Corps serait responsable de faire la percée pour envelopper les divisions ennemies et les vaincre.
L'attaque débute le 7 Juin et son coup d'envoi fut un pilonnage avec les trois armes spéciales de siège ainsi que toute la dotation régulière de l'artillerie de la 11ème Armée: 47,000 tonnes d'obus furent tirés en un mois et cassèrent presque tous les ouvrages bétonnés. Les obus de 7 tonnes du Dora pouvaient percer 141 pieds de béton armé leur impact relâchaient une énergie considérable: 4 d'entre eux furent suffisants pour complèrement dévaster le port et la base navale, tout en faisant détoner un dépôt de munitions situé à 100 pieds sous le fond de la baie de Sébastopol. De l'avis même des assiégés, ce fut terrifiant. De surcroit, la Lutwaffe fit 25,000 sorties et déversa 125,000 bombes de 500 lbs sur les défenses soviétiques. Malgré que leurs défenses furent pulvérisées et la ville rasée, les Soviétiques ne furent pas trop intimidés et les survivants optèrent pour attaquer les progressions d'infanterie allemandes à bout portant. Lorsque les pionniers et sapeurs allemands se rapprochèrent des ruines dévastées, ils subirent des tirs d'armes légères de tout azimuth au travers de ce labyrynthe de débris et de gravats. Le 27 Juin, le 46ème Corps allemand atteint la Baie du Nord et durant la nuit du 28 au 29, il conquert les hauteurs de Sapun après une chaude lutte ponctuée par de nombreux corps-à-corps. Le fort Lénine avait été complètement pulvérisé par les obus des canons géants, mais le fort Gorki n'avait été que partiellement détruit; il opposa une forte résistance aux assaillants qui progressaient péniblement sous les grêles de balles et projectiles de mortier.
_
Sapeurs allemands au fort Gorki – La garnison russe capitule
Les pertes humaines furent importantes dans les deux camps. Les Allemands avaient perdu 24,000 tués et 13,000 blessés depuis le 7 Juin. Sébastopol capitula le 9 Juillet, et les vainqueurs firent 95,000 prisonniers et plus de 400 pièces d'artillerie. Seul un régiment d'irréductibles planqués continua de résister le dos à la mer dans la péninsule de Khersonnesskiy jusqu'à la dernière cartouche et à la dernière goutte d'eau. L'abcès de la Crimée avait été vidé, et aucun obstacle ne pouvait plus gêner les arrières des forces allemandes progressant vers le Caucase. Hitler avait promu Manstein au grade de maréchal.Prisonniers russes à Sébastopol.
___________________________
© Sites JPA, 2020