Frido Von Senger

Général

1891-1963

 

Officier de carrière allemand qui fut le commandant du 14ème Corps blindé en Sicile en 1943.

Né à Waldshut sur le haut-Rhin, il entra dans l'armée en 1910 et fut affecté à 5ème Régiment d'artillerie de Baden. Il étudia à l'Université de Fribourg durant deux ans, ainsi qu'au St-John's College à Oxford où il apprit l'anglais et perfectionna son italien. Ses professeurs furent ravis de son esprit analytique et de son intérêt pour l'histoire. Il fit la Première Guerre mondiale comme lieutenant d'artillerie. En 1919, il est en demi-solde comme officier d'une unité territoriale et participa à la lutte anti-bolchévique en Saxonnie. Il fut dégouté de l'attitude totalitaire et sectaire des bolcheviques allemands et considéra que le régime démocratique de Weimar avait du bon pour l'Allemagne. Un an plus tard, il revient à solde complète dans la Reichwehr comme officier de cavalerie. Il croit partiellement dans les concepts de guerre aéro-terrestre tels que formulés par Gudérian et Student. Cependant, il ne croyait pas que que le char et l'avion pouvaient à eux-seuls gagner une bataille: il préconisait une "infanterie montée" évoluant de pair avec les fantassins et les chars. A l'arrivée d'Hitler au pouvoir, il est major dans la cavalerie, et en 1936 il commande le 3ème Régiment de cavalerie avec le grade de lieutenant-colonel.

Senger n'a pas participé aux campagnes de Pologne et de France, car ses pairs le considéraient comme techniquement "déphasé". Son unité resta à sa base et il n'apprit les bilans militaires que par les journaux. Il fut horrifié quand on lui a discrètement parlé des atrocités des S.S et des autres fonctionnaires nazis en Pologne. En 1940, il participa à la conférence sur l'armistice franco-italien à Turin et fut pas en mesure de constater le véritable poids militaire de l'Italie dans la guerre. Dans une note semi-diplomatique au ministère des Affaires étrangères à Berlin, il écrivit: je suis sûr que les Britanniques seront chassés rapidement d'Afrique et celle-ci sera un condominium germano-italien. Il surestimait les capacités militaires italiennes. En Juillet 1940, il ne fut pas assez clairvoyant pour s'être aperçu qu'Hitler envisageait d'attaquer l'URSS selon Mein Kampf - l'avait-il lu? Néanmoins, son job à Turin lui permit de constater l'effritement progressif du régime fasciste italien ainsi que l'absence de coordination réciproque entre les deux dictateurs quant à leurs buts de guerre. Très désappointé d'avoir été délaissé du service actif, il se fit un porte-parole de la guerre motorisée et blindée. En Octobre 1941, il retourna à la cavalerie et à l'automne 1942, on lui confia le commandement de la 17ème Division blindée en Russie.

Sa division était le fer de lance de l'armée de Manstein qui s'ébranla pour briser le siège de Stalingrad en Novembre 1942, et elle fut sévèrement léchée par les avions russes. Bon an mal an, la 17ème Division de Senger se "spécialisa" dans l'art de couvrir la retraite de d'autres unités de l'Axe au Caucase et au Dniepr, avant d'être transférée en Sicile pour couvrir la retraite générale allemande vers l'Italie. Son effort en Sicile fut extraordinaire: toutes les troupes allemandes furent évacuées ainsi que la grande majorité du matériel et jusqu'au dernier chiens bergers... En Italie, Senger commanda le 14ème Corps blindé à Cassino où il s'opposait à la 5ème Armée US de Clark. Il mena une excellente défense de la Ligne Gothique entre Mai et Août 1944 avant d'être obligé au repli. Son leadership perturba et bloqua les armées alliées à Bologne. Au centre de son contrôle et de commandement était le souci constant du leadership à tous les échelons. A l'inverse de beaucoup d'officiers supérieurs alliés, Senger gardait un contact quasi-quotidien avec ses soldats. Il fit même partie des pelotons de reconnaissance avancée pour identifier les points chauds alliés, et ce style de leadership plaisait beaucoup à ses hommes. Ironiquement, son obstination à tenir le terrain avec succès et avec des moyens de plus en plus réduits lui mérita la confiance d'Hitler, malgré le fait que Senger était un non-nazi et qu'il privilégiait les concepts de rapidité et de flexibilité opérationnelle de la guerre motorisée, et non pas le statisme. Senger ne prit part à aucune conspiration contre Hitler. Il jugea, avec raison, que d'autres généraux avaient démissionnés pour protester contre ses politiques, et cela sans le faire fléchir. Il savait également que la population allemande était trop grisée de nazisme pour appuyer un quelconque mouvement de résistance, et cela malgré les bombardements alliés. En Septembre 1943, Senger refusa d'appliquer l'ordre d'exécuter tous les officiers italiens qui ne s'étaient pas ralliés à l'Allemagne après le 10 Septembre. Tout comme Kesselring, il refusa de fortifier et miner les villes de Bologne, Pise et Florence à cause de leurs architectures et leurs trésors artistiques. Il ne donnait aucune chance à la "gang" de Stauffenberg dans leur attentat du 20 Juillet 1944. Durant le printemps 1945, il tint la Ligne Gustav aussi longtemps qu'il le put, et négocia la reddition des forces allemandes en Italie en Mai 1945. Fait prisonnier, il fut libéré par les Britanniques en 1948.

Après la guerre, il fut le membre le plus influent du comité d'embauche de la Bundeswehr dans sa sélection d'officiers-cadres provenant de l'ex-Wehrmarcht. Senger s'est toujours perçu comme un soldat allemand, et non comme un soldat d'Hitler.

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