Stalingrad
Aprèes l'échec de l'opération Barbarossa, la défaite allemande à Stalingrad constitue un second revers majeur pour la Wehrmacht. C,est presque tout un groupe d'armées qui sera mis hors de combat, au terme d'affrontements qui se dérouleront entre le 17 Juillet 1942 jusqu'à la reddition des Allemands le 3 Février 1943. Nous savons qu'au printemps 1942, la Wehrmacht n'était plus assez forte, même avec l'aide de ses alliés, pour reprendre l'offensive sur toute l'étendue du front oriental, comme en 1941. Pour sa campagne de 1942, Hitler vise désormais les pétroles du Caucase et le minerai de fer du Donetz. Pour ce faire, il va pratiquer une économie de force dans la région de Léningrad afin de dégager le maximum d'unités disponibles pour son effort méridional. La progression allemande vers la Volga avait été anticipée durant la campagne en Russie méridionale comme étant un objectif militaire a sécuriser afin d'éviter toute attaque soviétique dans le flanc gauche du groupe d'armées de List vers le Caucase. Rappelons que l'Allemagne nazie avait deux buts stratégiques en 1942: capturer les forces soviétiques étirées dans le bassin du Don jusqu'à la Volga, avant qu'elles ne détalent vers l'intérieur du pays pour fermer l'accès du Caucase aux renforts soviétiques — un job pour le Groupe d'armées B. Ensuite, le Groupes d'armées A, commandé par List, devra prendre Rostov et foncer vers le Caucase. Ces buts sont clairs et complémentaires. Mais Hitler changea — encore une fois — la stratégie aprèes deux semaines de combats: A son PC de guerre à Vinnista, en Ukraine, le boss succombe à la tentation d'exécuter les deux étapes en même temps: dès que Rostov fut prise, Hitler ordonne à List de presser son entrée dans le Caucase. la capture des champs pétrolifères devient prioritaire. Pour Hitler, la sécurisation de la région du Don et de Stalingrad devenait moins importante, meme si elle devait être réalisée. Cette vacillation d'Hitler a eu pour effet, outre d'étourdir ses généraux, de perturber sérieusement la campagne de 1942.Voci ce qu'il ordonne:
____________
De la Volga à Stalingrad
Lorsque le couloir du Don fut dégagé des chars soviétiques postés en défensive, les Allemands furent surpris d'être attaqués par des colonnes de cavalerie soviétiques précédés de quelques blindés en guise d'écran de protection. Inutile de dire que cette cavalerie et ces chars furent promptement détruits par les unités de tête allemandes. Tout corridor du Don et de la Volga fut facilement dégagé en cinq semaines de "randonnées" ou l'opposition fut limitée dans la quasi-absence de l'aviation soviétique. Le 23 Août, les avant-gardes de la 6ème Armée allemande étaient au nord de Stalingrad, sur les rives de la Volga. Elles établirent un petit périmètre défensif et progressait lentement en direction de la ville. Cependant, les avant-gardes de la 6ème Armée n'étaient pas assez nombreuses et puissantes pour prendre Stalingrad, car le gros de l'armée - à pieds - était encore loin à l'arrière.
_
Cavalerie soviétique masquée par des chars — Le général Von Paulus en briefing
Stalingrad est une ville qui a connu une croissance industrielle durant les années 20 et 30 grâce aux plans quinquennaux. Elle était située sur la rive ouest de la Volga et étirée sur 15 milles de longueur. Au sud, un quartier ouvrier classique avec ses maisons de logements de bois et de briques. Le centre était moderne et construit en béton. Au nord, c’est le quartier industriel sur lequel trônait trois grandes usines et un grand élévateur à grain. Pour le PCUS, cette ville incarnait le "développement modèle". Staline lui avait donné son nom et il se fit un point d'honneur de la défendre autant pour des raisons militaires que politiques. Dans cette ville, les défenses demeuraient insuffisantes et improvisées. Staline ordonna de transformer la partie industrielle en zone fortifiée où chaque immeuble devait être barricadée et des nids antichars installés. Une milice paramilitaire civile fut levée et sommairement armée. Cependant, Stalingrad n'avait qu'un nombre limité de pièces anti-aériennes, et la ville va demeurer vulnérable aux attaques aériennes durant la durée de son siège. Les miliciens s'enrôlèrent non pas à cause qu'ils étaient intimidés par le pouvoir. Il y avait la peur naturelle des Allemands, le patriotisme national, et dans certains cas le zèle communiste.
_
La ville de Stalingrad avant les combats
Disposition des belligérants
Du côté soviétique, Staline avait décidé de défendre la ville et de ne pas faire évacuer la majorité de la population civile de la ville qui porte son nom: les soldats se battront plus résolument si les civils restent dans la ville. Staline limogea le maréchal Timoshenko de son job de commandant du Front Sud-Ouest au profit du général Gordov. Le général Joukov est également envoyé dans la région de Stalingrad avec des pouvoirs spéciaux, notamment pour arbitrer les querelles entre les généraux. Il est assisté dans cette tâche par son conseiller politique, Kroutchev. Ce duo n'y allait pas de main more pour remettre les officiers supérieurs au pas. Lorsque les Soviétiques ont été convaincus des intentions allemandes vers Stalingrad, le Front Sud-Ouest a été scindé en deux, sous des noms qui portent à confusion: le Front de Stalingrad (renommé Front du Don) et le Front Sud-Est (qui sera renommé..le Front de Stalingrad), commandés respectivement par les généraux Emerenko et Rokossovsky. Cependant, l'exécutant soviétique le plus célèbre de la bataille de Stalingrad sera le général Chouikov, choisi par Kroutchev pour commander la 62ème Armée. Le général Rotmistrov avait fait tous les efforts possibles pour retarder l'avance allemande dans le don, mais échoua. Il n'a pas été limogé, mais ses tankistes sans chars seront contraints de rester à Stalingrad pour défendre la ville, comme fantassins.
_
_
Chouikov et son état-major – Paulus et ses subordonnés devant Stalingrad – Chouikov n'en mène pas large...
Durant tout le mois d'Août, l'étau allemand se resserre progressivement autour de la ville. La 6ème Armée allemande était commandée par le général Von Paulus. Elle avait disposée ses auxiliaires aux ailes afin de tenir les Soviétiques en joue sur ses flancs, ce qui lui permettrait de concentrer ses forces pour prendre la ville. A son aile gauche, Paulus déploie une armée italienne et quelques unités hongroises. Paulus disposait d'une infanterie motorisée pour amorcer son approche d'encerclement, de même que de l'infanterie italienne. Mais les tirs nourris soviétiques venus de la ville l'oblige à rester campé sur ses positions et à demander "l'aide du ciel.
Raids aériens massifs
En attendant ses renforts, Paulus ordonna à la Luftwaffe de faire des raids de bombardement sur la ville et ses alentours immédiats. Du 24 au 27 Août, presque tous les bombardiers allemands déployés sur le front de l'Est attaquent Stalingrad, jour et nuit. L'aviation soviétique n'osa pas se montrer. Les seules défenses de la ville étaient les quelques batteries anti-aériennes de la ville et des éléments anti-aériens de la marine soviétique sur la Volga. L'épreuve est terrible. La ville est transformée en un champ de ruines anonymes et il y eut des milliers de victimes, surtout civiles. La 6ème Armée peut dès lors s'approcher de la ville; elle ne croyait pas qu'il y aurait beaucoup de résistance étant donné l'intensité
_
Soldats soviétiques traversant la Volga – La ville a un aspect lunaire
Au retour, ces embarcations amenaient des unités d'infanterie qui reçoivent l'ordre de se glisser dans les ruines des immeubles détruits et d'improviser une défense nourrie lorsque les Allemands essayeraient d'entrer. A quelques reprises, ces navettes subissent des bombes des avions ennemis (clip ci-haut à gauche). Ces troupes sont munies du pistolet-mitrailleur PPSH-41 et de grenades.
En fait, dès que la Stavka (haut-commandement militaire) sut que Stalingrad serait un objectif important pour les Allemands, elle entreprit d'acheminer juste assez d'hommes pour éviter que la ville tombe. Rien de plus.
Ces troupes en vrac et de valeur disparate devaient gagner le temps nécessaire pour acheminer de grosses réserves pour contre-attaquer les Allemands au moment jugé opportun. Mais depuis la mi-Août, la 62ème Armée de Chouikov avait perdu beaucoup d'hommes – la plupart prisonniers – durant les combats du couloir du Don, et il lui en restait moins de 40,000 avec peu d'artillerie et sans chars. Le 14 Septembre, les Allemands et les Italiens attaquent la ville par le sud, dans le quartier ouvrier de Minina qui sera réduit en cendres durant ces premiers combats. La résistance soviétique contient les Allemands à la rivière Tsarista. Une autre progression plus menaçante se fait en direction du centre-ville au pied de la colline Matveev Kurgan, prise par les Allemands. Chouikov réagit immédiatement, car cette colline était l'élévation qui permettait à l'artillerie allemande de faire feu sur tous les points de la ville. Le 15, Chouikov la reprend, et les combats deviennent statiques. C'est au nord que la résistance soviétique est la plus solide – spécialement dans les trois grandes usines en ruines et l'élévateur à grain. L'avance allemande se fait péniblement car les tirs fusent de partout. Cette résistance frénétique frustre les soldats allemands qui avaient surtout vaincu leurs adversaires par la manœuvre plutôt que par le combat. L'élévateur à grain arrose les Allemands de tous ses côtés, et il coûta la vie à plus de 500 soldats allemands. Il est prit au bout d'une semaine de combats féroces à l'arme automatique et au lance-flammes. Lorsqu'il est pris, les soldats allemands ne trouvent, à leur grande surprise, que les corps d'une quarantaine de défenseurs soviétiques, y compris des civils armés. Le 20 Septembre, les progression germano-italiennes au sud de la Volga atteignent la Volga et isolent la 62ème Armée à l'intérieur de cette "poche urbaine".
_
_
Prenez ce maudit élévateur à grains...
Combats de rue
Durant le siège de Stalingrad, Paulus dispose de la supériorité numérique et matérielle ainsi que de la maîtrise du ciel. Cependant, il ne peut pas en bénéficier comme dans les grands espaces du Don, car il devait affronter une forte résistance dans un environnement urbain et restreint, couvert de ruines. Les chars et les avions d'attaque au sol ne peuvent plus coopérer et manœuvrer sans risquer d'atteindre leurs propres soldats. Stalingrad sera une bataille de fantassins et d'artilleurs. Il ne faut pas oublier qu'une ville à conquérir constitue un obstacle si elle choisit de se défendre; et une ville en ruines se défend encore mieux, car ses défenseurs peuvent se faufiler et ouvrir le feu à courte portée sur leurs ennemis, de côté ou de dos. Pressé par Hitler, Paulus poursuit ses attaques et arrive devant les premiers quartiers urbains. l'ennui, c'est que les bombardements aériens et le pilonnage de la ville par son artillerie va se retourner contre lui: ses blindés seront ralentis dans des rues encombrées de débris (clip ci-bas).
_
Difficile d'attaquer avec des chars – Chouikov a gagné le respect de ses soldats
Les immeubles en ruines obligent les chars allemands à emprunter des rues et ces derniers peuvent être bloqués par des mines, des "barricades" antichars, ou des pièces antichars. Une tâche difficile car les blindés allemands n'avaient pas de lames de bouteur pour déblayer les débris des rues. Dans ce combat urbain, confiné, les armes antichars l'emportent sur les chars. Dans un espace restreint (jungle ou ville), si les chars de tête ne sont pas accompagnés par l'infanterie, ils peuvent être facilement détruits. Si, en revanche, l'infanterie les accompagne, cette dernière peut se faire arroser de flanc par des défenseurs munis d'armes automatiques, de cocktails Molotov et de grenades (image ci-bas à droite). Les Soviétiques appliquent les mêmes tactiques de défense appliquées par les Républicains espagnols durant les combats de rue de Madrid, en Décembre 1936. Chouikov ordonne à son infanterie peu entraînée de se "cramponner aux ceinturons" des soldats ennemis, de les obliger de se battre à courte distance, et cela peu importe le niveau des pertes. Tout soldat qui déserte est exécuté sur-le-champ. En cas de doute sur le nombre de fautifs qui ont déserté dans une unité, Chouikov ordonne de fusiller un homme sur dix.
_
Canon antichar soviétique – Infanterie ennemie en vue…
L'expérience de ces combats avait démontré que les gros immeubles en pierre et en ciment peuvent résister aux tirs d'artillerie moyen (75mm ou moins),
et il y avait beaucoup de ces édifices plus ou moins en ruine au centre-ville de Stalingrad. Pour faire taire ces îlots urbains fortifiés, Paulus demandait à l'aviation d'intervenir; mais les bombardements produisaient encore plus de ruines qui nuisaient à la progression des chars non munis de lames de bulldozer pour déblayer les rues encombrées sous le feu ennemi. Ces fantassins, isolés de leurs chars, furent souvent massacrés. Si les grenades et autres armes automatiques mènent le bal dans ces combats de rue, il ne faut pas oublier l'impact réel et psychologique des tireurs d'élite embusqués. Tout comme dans les jungles d'Asie et du Pacifique, un petit groupe de tireurs peut à la fois faire subir des pertes chez les officiers et sous-officiers et accroître le sentiment général d'insécurité chez les attaquants. Ils ont eu un effet psychologique certain chez le moral des soldats des deux camps. Plusieurs Soviétiques se sont illustrés comme tireurs d'élite à Stalingrad: un soldat nommé Zikan a été crédité d'avoir tué 224 soldats. Le caporal Studentov a été crédité de 170 scalps. Le commissaire politique Ilin en a tué 215. Le sergent Passar en tua 103 et le soldat Kolzov (image gauche) en expédia 41 ad patres. La soldate Klavdya Kagulina en tua 28. Ces tireurs sont vite devenu des idoles de propagande pour les journaux soviétiques.
_
_
La carabine Nagant 1891/30S – Vasili Zaitsev – Nikolas Ilin
Le tireur d'élite le plus connu et le plus idolâtré à Stalingrad semble avoir été le soldat Vasili Zaitsev, avec 149 victoires créditées pour une possibilité totale de 232. Cependant, il s'agit d'un cas douteux pour les historiens, car deux de ses victoires les plus célèbres (Koenigs et Thorwald) semblent avoir été fabriquées de toutes pièces par une propagande soviétique anxieuse de produire de bonnes nouvelles pour le moral de la population durant les jours sombres de 1942. les duels de ces deux tireurs avec Zaitsev ne sont pas répertoriés dans les rapports quotidiens du Front de Stalingrad (oui, même en temps de guerre, les Soviétiques sont des paperasseux…) à Moscou, ni dans les archives de l'armée allemande ou de la Waffen-SS. Il n'existe aucune trace de l'existence du colonel SS Thorwald ou d'un major Koenigs. Jusqu'à preuve du contraire, il ne s'agit que d'un beau cas de propagande soviétique. Après tout, c'est la guerre….
_
_
Les combats de rue sont incessants et meurtriers – Le lance-flamme: l'ennemi du soldat retranché
Au fur et à mesure que les semaines passent, le siège de Stalingrad fait les manchettes quotidiennes de nombreux journaux occidentaux, et devient l'obsession des deux dictateurs belligérants: Staline et Hitler. Ce qui ne devait être qu'une étape préalable à la campagne du Caucase, devient un embarras, puis un merdier qui draine de plus en plus de ressources indispensables pour prendre cette région pétrolière. Pour accélérer la prise de Stalingrad, Hitler ordonne à List, patron du Groupe d'armées A, de re-transférer des unités motorisées et blindées au Groupe d'armées B, et spécialement à Paulus pour que ce dernier termine son job. List est abasourdi: comment puis-je terminer la conquête du Caucase? Nous venons de prendre Maikop et son pétrole. Comment devons-nous progresser jusqu'à Grozny? A pieds? Néanmoins, List doit plier devant l'inquiétude du boss; les unités demandées ont été ré acheminées au nord et cela va ralentir considérablement la progression de List dans le Caucase.
_
_
Dans la ruines de l'usine Octobre rouge – Les combats sont difficiles
Durant les combats à Stalingrad, Paulus était embarrassé de constater que les Soviétiques acheminaient des renforts dans la ville par une centaine de ferries à partir de la rive opposée de la Volga, et qu'il n'avait plus aucun moyen de repousser ces embarcations. Dans le centre et surtout au nord de la ville, les combats sont incessants et particulièrement vicieux: les belligérants se battent dans des immeubles, de face, de dos, sur terre et même sous terre – partout où un homme peut en tuer un autre. Chaque pâté de maison défendu par les Soviétiques devait être pris d'assaut dans des mêlées coûteuses et, souvent, démoli à la dynamite avant de conquérir le suivant, toujours avec les mêmes risques. Même scénario dans le secteur industriel: l'usine Octobre rouge changera de mains cinq fois en un mois. Durant tout le mois d'Octobre, la 6ème Armée allemande resserra progressivement son étau, rues par rues, en éparpillant les groupes de défenseurs ennemis qui continuaient toujours de résister telle que, selon un correspondant russe, les chiens traversaient la Volga plutôt que d'être assourdi par le bruit des combats. Seuls les hommes endurent… Mais au fur et à mesure que les unités allemandes s'entassent dans Stalingrad et autour de sa périphérie immédiate, elles deviennent vulnérables à un encerclement. La Stavka dépêcha de concentrer ses réserves au nord de la ville à partir de Voronej et au sud dans la région des deux lacs de Koletnikovo. Mais les Soviétiques devaient faire vite, car la situation devenait désespérée pour Chouikov. Ce dernier était acculé le dos à la Volga dans une poche de 1000 mètres de longueur par 300 mètres de profondeur. Mais in continuait à garder le contact avec ses unités, à diriger le combat et à maintenir les liens avec l'autre rive de la Volga. Certaines unités soviétiques se sont distinguées durant cette défense épique, notamment les débris de la 112ème et 308ème Divisions d'infanterie, respectivement commandées par les colonels Ermolkine et Gurtiev. Elles firent connaître les qualités du soldat soviétique dans ce combat défensif: patriotisme, collaboration inter-ethnique, agressivité, bravoure souvent fatale dans les attaques, etc. La situation était encore plus désespérée pour les civils terrés dans leurs caves avec peu d'eau et de nourriture. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux étaient déjà morts sous les ruines de la ville.
L'OKW s'inquiète
Le haut-commandement allemand s'inquiète dès Octobre. Le chef d'état-major de l'OKH, le général Halder, constate que le plan de campagne du Caucase prend du retard à cause de la résistance soviétique à Stalingrad. Il dit à Hitler que l'armée allemande n'avait pas à insister inutilement à Stalingrad et qu'il n'endossait pas la responsabilité d'un second désastre à l'Est avec l'arrivée prochaine de l'hiver. Hitler s'emporta: nous avons désormais besoin de zèle national-socialiste plutôt que de prudence professionnelle pour régler les problèmes militaires à l'Est. D'après ce que je vois, je ne peux plus compter sur vous. Hitler limoge Halder et le remplace par le général Zeitzler, un homme qui, selon ses proches, serait en mesure d'exécuter les ordres du boss là ou ce dernier veut positionner ses armées. Mais à la fin Octobre, Zeitzler fait part des mêmes objections à Hitler, mais sur un ton plus diplomatique: le secteur le plus exposé de nos forces est ce saillant où s'entasse la 6ème Armée et ses troupes auxiliaires entre le Donetz et la Volga. Le front devrait être raccourci afin de mieux le défendre et parachever la conquête du Caucase. Si des efforts en ce sens ne sont pas pris, nous courrons au désastre. Hitler dit à Zeitzler qu'il est trop pessimiste et de ne pas s'en faire. Paulus devenait pessimiste aussi. Même avec des renseignements précis, il vivait dans une situation intenable et, le 11 Novembre, il demande la permission à Hitler de se replier de ce guêpier. Hitler refusa: je connais la réputation de la 6ème Armée et de son commandant. Elle doit prendre et tenir cette ville.
_
Zeitzler: Stalingrad draine trop de ressources – La contre-attaque soviétique
Paulus perdait en morts et blessés l'équivalent d'une division par semaine. Pour tenter de redresser la situation, il devait puiser sur ses forces auxiliaires, comme dans la 4ème Armée blindée sous-équipée. Paulus accroît le rôle des Roumains, des Hongrois et des Italiens, affaiblissant des ailes déjà fort ténues. Il ne pouvait pas compter sur des forces de réserve, car tout l'effectif du Groupe d'armées B était engagé. Durant la première rencontre anglo-américaine à Moscou en Août 1942, Staline dit à Churchill qu'il avait l'intention de lancer une contre-offensive juste avant l'hiver. Mais la force de l'armée allemande en Russie méridionale réduit son ambition à celle d'une contre-attaque limitée devant Stalingrad. A la mi-Septembre, Staline a remplacé le général Shaposhnikov, malade, par le général Vasilevsky, comme chef d'état-major de la Stavka, et plaça toute l'affaire de Stalingrad entre les mains du général Joukov – confirmé dans ses pouvoirs extraordinaires dans cette région. Les deux généraux discutent de l'épuisement progressif de la Wehrmacht. Pour assurer le succès de cette contre-attaque, la Stavka prend le commandement direct des deux groupes d'armées: celui du Don et celui de Stalingrad: Vasilevsky commande le premier, et Joukov le second.

La tactique utilisée serait une attaque suivie d'un double mouvement tournant. Elle consistera à attaquer les flancs de la 6ème Armée allemande, tenus par les Hongrois et les Roumains, tout en bousculant les unités sous-équipées de la 4ème Armée blindée. Si les deux attaques menées par le nord réussissent à converger l'une vers l'autre, Paulus sera embouteillé dans Stalingrad. Cette contre-attaque serait menée sur un front de 250 milles. La reconnaissance aérienne allemande eut vent de certains mouvements de troupes, mais ne put mesurer son ampleur, car la chasse soviétique était de plus en plus présente dans le ciel autour de Stalingrad. Conséquemment, Paulus ne reçut aucun renseignement qui lui aurait permis de modifier ses opérations: il sait qu'il sera attaqué tôt ou tard, sans plus… Cette absence de renseignement sera fatale à la 6ème Armée. Pour sonner les unités allemandes, les Soviétiques n'hésitent pas à acheminer le maximum de réserves d'artillerie: plus de 230 régiments d'artillerie étaient disponibles pour le feu de couverture de la contre-attaque, soit 13,540 obusiers et mortiers. De surcroît, 115 batteries de lance-roquettes BM-8 Katioucha (10,000 tubes…) sont également déployées sur des rampes fixes et mobiles. Coincé, Chouikov constate que les Allemands s'approchent des aires de départ du révitaliiement destiné à ses défenseurs. Il sait qu'il doit tenir à tour prix ces aires ainsi que les dernières enclaves urbaines qui lui restent. A cette fin, Chouikov fera un usage judicieux de ses camions lance-roquettes BM-8, sur des attaquants de plus en plus essoufflés (clip ci-bas).
–
Chouikov fait bon usage de ses Katiouchas – La jonction soviétique à Kalach
L'appui aérien sera donné par 400 avions d'attaque au sol IL-2 et Pe-2, protégés par 600 chasseurs Yak-1 et MiG-3. Pour tromper l'ennemi, les Soviétiques émettent de faux messages radio – souvent en clair (une ancienne erreur commise par les officiers soviétiques en 1941) sur des faux déploiements dans des zones sans intérêt. Cependant, les Soviétiques ne pouvaient pas déplacer toutes leurs réserves de nuit sans passer inaperçus. L'arrivée de ces réserves inquiète sérieusement Paulus.
_
_
Combats de rue dans la neige – Les options de Von Paulus sont rejetées par Hitler
Le 19 Novembre, deux armées soviétiques se lancent dans la contre-attaque à partir de Voronej et de Séraphimovich et foncent vers le sud. Leurs assauts sont précédés d'un énorme barrage d'artillerie et de lance-roquettes: 90 obusiers par mille de front qui tombent sur des positions ennemies et coupent ses communications. Ces armées bousculent les forces roumaines dépourvues d'armes antichars et même de chars au travers un brouillard matinal. Les avancées sont rapides. Le 21, d'autres unités commandées par le général Emerenko attaquent vers le nord à partir de Koletnikovo, bousculant les Roumains et la 4ème Armée blindée. La résistance germano-roumaine fut la plus énergique, mais elle fut quand même bousculée par 900 chars et deux régiments de cavalerie. Le général Weich allait faire une manœuvre de repli lorsqu'il reçoit un ordre d'Hitler de rester sur place. Ses unités se font encercler. Le 22 Novembre, les deux pinces convergent sur le Don, au village de Kalach. Le 24, la résistance roumaine s'écroula: une partie des unités roumaines fuya vers l'Ouest et l'autre se rend aux Soviétiques: 33,000 prisonniers qui prennent le chemin de la Sibérie. La tenue au feu des Soviétiques est excellente et Kroutchev est présent pour distribuer accolades et médailles devant les caméras. La contre-attaque a réussie et la 6ème Armée allemande est prise au piège: les assiégeants étaient devenus les assiégés. L'encerclement des forces de l'Axe a été si rapide que les cameraman n'ont pas eu le temps de le filmer: il a été rejoué par des soldats figurants quelques jours plus tard (clip ci-haut à gauche).
_
Un cadeau pour les Allemands – Impuissants à aider les assiégés
Cette contre-attaque du 19 et 21 Novembre surprit Hitler à Berchtesgaden, alors que l'OKW était à Salsburg et l'OKH en Prusse-Orientale. Le furher retourne à sa tanière de Prusse-Orientale pour émettre ses ordres – en fait, il avait déjà décidé de sacrifier la 6ème Armée sans consulter Zeitzler. Le 22 Novembre, Paulus reçoit un message qui lui fit l'effet d'une roquette de Katioucha: votre armée se constituera en hérisson dans le saillant de Stalingrad en attendant l'arrivée des renforts. Paulus comprend qu'Hitler avait une méconnaissance totale de la précarité de son armée, de ses pertes et de son manque de moyens. Il venait tout juste d'évacuer son PC de Golubinskaya sur la bouche du Don sous une grêle de balles. Le 23, il communique à Hitler pour lui exposer la situation d'un "point de vue informé". Lorsque Hitler comprend que Paulus manquait d'approvisionnement, il promet à ce dernier de le ravitailler tout en lui ordonnant de rester sur place.
_
Le ravitaillement aérien est insuffisant – Automoteurs allemands détruits
A ce moment, les Soviétiques croyaient avoir encerclé environ 35,000 hommes dans la poche de Stalingrad; mais en fait, 250,000 hommes étaient coincés: Allemands, Roumains, Italiens, Hongrois, de même que des volontaires croates et biélorussiens. Le nombre des assiégés oblige les Soviétiques à consacrer un nombre plus important de divisions pour réduire la poche – ce qui risque de retarder et peut-être de compromettre la contre-offensive générale tant souhaitée par Staline. Zeitzler avait averti Hitler à plusieurs reprises de faire replier la 6ème Armée. Secoué, Hitler demande à Goering de ravitailler Stalingrad. Goering lui dit de ne pas s'en faire et cita l'exemple de la poche de Demyansk au début de 1942. Mais Demyansk n'était pas Stalingrad; il ne s'agissait pas de dégager quelques unités un peu mal prises, mais toute une armée qui avait besoin de 700 tonnes de nourriture par jour pour survivre et combattre. Avec une négligence presque criminelle, Goering assura verbalement Paulus d'un ravitaillement quotidien de 100 tonnes par jour. L'effort exigé va surtaxer une bonne partie des avions de transport allemands sur le front de l'Est, et en Allemagne même.
_
Des soldats dépités écoutent le disscours surréaliste d'Hitler à Munich – Lydia Litvyak (au centre)
Des bombardiers He-111 ont été convertis en appareils de transport. Du 1er au 14 Décembre, ces avions ne réussissent qu'à acheminer 30 tonnes par jour sur deux terrains improvisés à l'intérieur du saillant – entre autre 4 caisses de champagne et 20 cartons de condoms…
Au retour, ces avions ont réussi à évacuer de nuit, presque par miracle, 25,000 blessés ainsi que de nombreux officiers trouillards qui se sont automutilés pour avoir droit au billet de retour. Quand au reste des avions de transport, ils ont été interceptés par la chasse soviétique ou abattus par des tirs anti-aériens: 488 trimoteurs Ju-52 et He-111 convertis furent perdus. De nombreux pilotes de chasse féminins se sont illustrés sur le front de Stalingrad; entre autres, Tania Makarova (ci-contre) qui s'est montrée sans pitié, de même que Lydia Litvyak à bord de son P-39 Airacobra, courtoisie du Prêt-Bail américain. L'armée de Paulus s'accroche dans une superficie de 37 milles par 25 du nord au sud, et les assiégés voient leur dotation de nourriture diminuer dramatiquement. Les soldats doivent tuer leurs chevaux pour les manger. Hitler demande à Von Manstein de venir à la rescousse de la 6ème Armée en brisant son encerclement. Le 24 Novembre, il arrive au QG du Groupe d'armées B ou le général Weich l'informe que le gros de la 4ème Armée blindée de Hoth vient d'arriver du Caucase, et qu'elle est prête à forcer le saillant. Manstein reçoit le train (78 wagons) qui transporte la 6ème Division blindée depuis la France jusqu'à Koletnikovo. Mais cette ville est déjà prise par les Soviétiques et les renforts allemands sont accueillis par des déluges de roquettes et est presque anéantie… Manstein ne pouvait donc plus contre-attaquer avant le 10 Décembre, avec seulement 200 chars et canons d'assaut. Les efforts de Hoth sont valeureux mais ils ont été repoussés par les chars du général Emerenko. Hoth demande aux blindés de son subordonné Senger déjà encerclé dans le saillant de forcer sa sortie. Il est rapidement stoppé par les Soviétiques. Il devenait impossible de forcer le saillant, ni de l'intérieur ni de l'extérieur. Le moral allemand chuta, tout comme les températures.
_
La déroute de la 8ème Armée italienne – Une unité allemande anéantie: viande congelée...
Plus les Allemands se cramponnent dans Stalingrad, plus les Soviétiques allouent des ressources supplémentaires pour réduire le saillant. Staline, qui avait disposé d'un ratio de 1.1 contre 1 pour réussir l'encerclement initial, devient aussi obsédé qu'Hitler: il va masser sept armées autour de Stalingrad, ce qui lui enlève des chances de poursuivre sa contre-attaque jusqu'à Rostov.
Le 16 Décembre, Joukov lance son Opération Saturne: une nouvelle boucle d'encerclement plus large destinée à gober l'armée italienne située sur l'arrière immédiat du saillant de Stalingrad.
La 8ème Armée italienne – la meilleure unité militaire de l'Italie fasciste – commandée par le général Gariboldi, tenait un front de 170 milles avec des moyens réduits. Joukov lui fait subir un tir de saturation de 1000 obusiers de 152mm et de nombreuses batteries de Katioucha. Joukov et son exécutant, Golokov, viennent à bout des Italiens en 48 heures, mais les Italiens parviennent à fuir et éviter l'encerclement. Hoth perd une grande partie de ses chars et de ses StuGs. Le 23 Décembre, Manstein n'avait qu'une cinquantaine de chars pour tenter de forcer le siège. La débâcle du Groupe d'armées B force non seulement Manstein à annuler les efforts de secours des encerclés, mais à une retraite discrète de nombreuses unités encore valides. Les carnets de note des encerclés témoignent de leur souffrance: le plus petit effort physique nous épuise complètement. Nous avons mangé nos derniers chevaux. Svp, serait-il possible de nous parachuter un peu de pain?, demande un officier allemand. Tout comme en 1941, beaucoup d'unités n'avaient pas de tenues d'hiver et des bottes d'hiver larges pour tenir la neige et protéger du froid. Les cas d'engelures à -30C se multiplient. Pour Manstein, l'ordre du 23 Décembre équivalait à une sentence de mort pour les encerclés… Hitler, tout comme Napoléon 1er, cherchait déjà des boucs émissaires pour l'échec anticipé. Le général Heim est arrêté, amené à Berlin et jugé par une cour martiale présidée par Goering; il ne fut pas exécuté.
_
_
Les immeubles sont repris uns à uns – prisonnier russe frit et mangé – Autre unité allemande détruite
Le 24 Décembre, les troupes soviétiques du Front du Sud-Ouest attaquent en masse en direction de Rostov, et forcent le décollage précoce des avions de transport allemands sur les trois terrains qu'ils contrôlent. Cette attaque massive oblige la 4ème Armée à accélérer son retrait vers l'Ouest: elle est repoussée de 275 milles du saillant de Stalingrad. La Luftwaffe cesse de ravitailler les assiégés et pour la première fois, Paulus envisage de se rendre. Il se voit abandonné par la Luftwaffe et devint très amer. Dans une de ses dernières communications avec l'OKW, Paulus dit à Zeitzler de ne plus espérer grand-chose de son armée parce que vous vous adressez à des hommes qui sont déjà morts. Le 8 Janvier, les Soviétiques cessent le feu pour offrir une reddition honorable à Paulus. Les assiégés mangent ce qu'ils peuvent: les chevaux des Roumains jusqu'à leurs sabots (ci-contre)… Dans ses mémoires de guerre, Manstein cite que Paulus était placé entre le marteau et l'enclume (sans mauvais jeu de mots): il était à la fois conscient de la souffrance de ses hommes et de la nécessité de tenir le saillant. Selon lui, Paulus et sa 6ème Armée seraient les agneaux sacrifiés: cette armée doit continuer de se battre, même si elle n'a plus aucun espoir de survivre. Chaque jour qu'elle gagne nous permet de stabiliser le front ailleurs, et endiguer les progressions soviétiques déjà essoufflées, écrit encore Manstein. Paulus le sait, et il poursuit les combats…
Baroud d'honneur
Le 10 Janvier 1943 à 8H05, toute l'artillerie soviétique du Front du Don et du Front de Stalingrad, commanditée respectivement par les généraux Kazakov et Batov, ouvre le feu sur les assiégés. Plus de 7000 obusiers, rampes de lance-roquettes et mortiers lourds font pleuvoir une plue de projectiles qui détruisent les rares immeubles encore intacts de la ville, tuant à la fois soldats allemands et civils russes. La densité du feu rappelait celle de la Somme en 1916.
_
10 Janvier: les Soviétiques mettent le paquet – Reconquête d'une ville martyre
Les positions allemandes sur la Marinovka sont pulvérisées et prises d'assaut en trois jours de combat. Le 17 Janvier, les 24ème et 57ème Armés soviétiques, commandées par les généraux Galinine et Toboulkine font le gros du nettoyage de la ville en ruines. Ils en reprennent les deux tiers, ainsi que son petit aéroport de Gumrak, le seul encore en état de recevoir des avions. Paulus perd 28,000 tués en cinq jours; 10,000 blessés gisent sans le moindre secours médical dans les ruines fumantes ou dominait l'odeur des morts. Le 22 Janvier, la situation est sans espoir. Utilisant le seul émetteur radio qui lui reste, Paulus envoie le message suivant à Hitler: les troupes sont usées, presque sans munitions, et sont continuellement attaquées par l'artillerie et les avions. Chute du saillant imminente. Je demande l'autorisation de me rendre afin de sauvegarder les survivants. Manstein pressa Hitler d'accepter la reddition. Hitler refuse. Cependant, plusieurs unités s'étaient déjà rendues: le général Drebber s'est rendu avec 7000 surviants hagards et sonnés. Les débris de la 20ème Division roumaine du général Dimitriu se sont déjà rendus, complètement affamés. Le 26 Janvier, un Paulus découragé apprend la reddition d'un corps d'armée complet: le 51ème, avec son commandant, le général Seldlitz-Kurzbach. Mais d'autres unités allemandes préfèrent mourir au combat, malgré une infériorité numérique de 1 contre 100: la 71ème Division d'infanterie est presque exterminée avec son général, Von Hartmann qui s'exposa volontairement pour être fauché, carabine à la main. La 113ème Division subit le même sort, et son commandant, Stempel, se suicida à la grenade.
_
_
Des soldats allemands se rendent
Le 30 Janvier 1943, Paulus reçoit par radio un cadeau empoisonné: Hitler le nomme maréchal, avec une note qui lui dit que je compte sur le maréchal Paulus pour que la 6ème Armée accomplisse sa mission historique. Aucun maréchal allemand n'avait capitulé au combat. Paulus sera le premier. En fait, Hitler voulait pousser Paulus au suicide. Pris au piège dans la ruines d'un magasin à rayon de Stalingrad, il envoie une délégation au PC de guerre soviétique en banlieue de la ville pour organiser une rencontre avec un général soviétique. La scène est presque surréaliste. Paulus arriva en voiture au PC de la 64ème Armée. Il salua et dit un guten tag – bonjour – aux officiers soviétiques, qui répondirent aussi bonjour…
_
_
Guten tag – Paulus sait qu'il doit capituler – Hourré Staline...
Le général Shoulminov ne savait pas trop quoi faire, car il n'avait jamais rencontré un officier allemand d'un si haut rang. Il demanda à Paulus de montrer son livret militaire pour prouver son identité, démontrer qu'il détenait le grade de maréchal et qu'il commandait la 6ème Armée. Dois-je aviser la Stavka à Moscou que vous, machéchal Von Paulus, vous êtes bien constitué prisonnier à des soldats de mon armée?, demanda Shoulminov. Jawohl, und varum nich, répondit Paulus. Le nouveau maréchal proposa même un toast aux vainqueurs et finalisa les détails de la reddition de son armée. Les derniers irréductibles ne se rendirent que le 3 Février. Lorsque Hitler apprend la nouvelle, il devient fou de rage. Selon lui, Paulus et son état-major se sont déshonorés en préférant la reddition au suicide. Hitler lança une remarque étonnante à Zeitzler: lorsque quelqu'un a un pistolet, c'est très facile de se suicider. Comment Paulus a-t-il hésité à appuyer sur la détente devant l'honneur que je lui ai fait? Je suis sur que le saillant de Stalingrad aurait résisté encore plus férocement et brisé son encerclement s'il s'était suicidé. Vaut mieux être enterré vivant que d'être prisonnier des Russes. Et Zeitzler de répondre: Paulus n'a aucune excuse; lorsqu'on perd le contrôle de ses nerfs devant une telle responsabilité, on doit se suicider comme on le faisait autrefois. Même le romain Varus a ordonné à ses esclaves de le tuer. On nage en pleine irrationalité. Le Varus qui aurait dû se tuer n'était pas l'homme dépité et fatigué du magasin à rayon de Stalingrad, mais celui qui était fou de rage dans le QG de Rastenburg. Néanmoins, Hitler assuma l'entière responsabilité du désastre de Stalingrad devant le peuple allemand. Le 6 Février, Hitler appelle Manstein à Rastenburg pour discuter de la suite des choses sur le front de l'Est. Il adressa un message officiel en présence du général Jodl: en ce qui concerne Stalingrad, j'assume l'entière responsabilité des événements. Sans doute que Goering ne m'a pas donné toute l'information requise quant aux capacités de la Luftwaffe de ravitailler un si grand nombre d'homme, et il doit être partiellement blâmé pour l'échec. Mais comme c'est moi qui l'a promu Reichsmarshall, je dois accepter l'entière responsabilité de l'échec.
_
Le 2 Février 1943: tout est fini
Stalingrad a été un sérieux revers pour la Wehrmacht durant la campagne de 1942. Des 300,000 hommes de la 6ème Armée, les Soviétiques enterrèrent les corps de 147,200 Allemands et roumains dans trois "boneyards" en banlieue sud de Stalingrad. Quant aux 8000 volontaires biélorussiens faits prisonniers, ils ont été abattus sur-le-champ pour trahison en temps de guerre. Les seuls combats entre le 10 et 30 Janvier ont coûté la vie à 46,700 soldats soviétiques des forces de Emerenko. Cela donne une idée de l'intensité des combats sur une superficie relativement restreinte. Cinq corps d'armée allemands ont été détruits, ce qui représente environ 22 divisions. Les Soviétiques prennent 91,000 prisonniers, incluant 2500 officiers et 24 généraux. Le parc de véhicules détruits équivalait à 25% de tout l'inventaire de l'armée allemande. Les prisonniers sont obligés de marcher plusieurs dizaines de kilomètres dans la steppe gelée vers des camps d'internement. Leur situation est terrible: 30,000 d'entre eux meurent du typhus en quelques semaines, et les autres sont mis au travaux forcés, soit pour réparer des routes, des ponts, des édifices, ou envoyés aux mines de charbon. Seulement 6000 reviendront en Allemagne en 1954. Quant aux pertes civiles russes, jamais le gouvernement soviétique n'a osé les divulguer. Nous pouvons présumer qu'elles frisent le demi-million.
Conséquences
Après les redditions, les Soviétiques célèbrent leur victoire. Joukov, Emerenko, Tolboulkine et les autres généraux impliqués ont eu droit aux félicitations de Staline et aux décorations et accolades de Kroutchev, arrosées de vodka. La reconquête de Stalingrad a été une victoire importante pour trois raisons:
1- Victoire militaire – elle a prouvé que l'Armée rouge pouvait, une seconde fois, repousser un adversaire et combattre d'une manière coordonnée pour reprendre du territoire.
2- Victoire psychologique – elle prouva que le soldat russe était aussi endurci et résolu que son adversaire allemand. Pour la population russe, l'Allemagne n'est plus invincible
3- Victoire diplomatique – elle prouve la crédibilité militaire d'un nouvel acteur dans les discussions inter-alliées. Il ne sera plus possible aux Occidentaux d'ignorer les griefs de l'URSS.
_
Certains civils russes reviennent – Le drapeau de la victoire
Les Soviétiques avaient concentré trop d'unités pour réduire la poche de Stalingrad et leurs contre-attaques ne furent pas menées assez énergiquement pour permettre à l'Armée rouge de passer inexorablement à l'offensive. Les attaques soviétiques subséquentes firent chou blanc. Leurs avant-gardes sont brisées à Kharkov, et le front va se stabiliser à la mi-Mars 1943.

La contre-offensive soviétique de l'hiver 1942-43
Un revers sérieux
Une grande ironie se dégage de cette malheureuse campagne de 1942 : en accordant à Stalingrad l’importance que cet objectif méritait, cette ville aurait pu être prise dès le début des opérations. Là-dessus, Kleist est formel : la 6ème Armée de Paulus avançait à ma gauche et elle aurait pu prendre Stalingrad en début Juillet d’un seul coup de pied, mais elle a été en grande partie détournée vers le sud pour m’aider à traverser le Don. Je n’avais pas besoin de son aide et elle ne trouva rien de mieux que d’engorger les routes que j’utilisais. Lorsqu’elle reprit la route du nord – deux semaines plus tard – les forces soviétiques rassemblées pendant ce temps à Stalingrad suffisaient pour l’arrêter, écrit-il dans son journal. Beaucoup d'historiens, de journalistes et de commentateurs considèrent que la bataille de Stalingrad constitue un tournant de la Seconde Guerre mondiale. Il ne faut pas exagérer. Certes, une défaite militaire de cette envergure aurait sans aucun doute amenée l'effondrement de plusieurs pays et la chute de leurs gouvernements. N'oublions pas que l'Allemagne nazie avait déployé 80% de son effort de guerre contre l'URSS. L'armée allemande échaudée disposait encore de ressources considérables. Son potentiel de conscrits était presque intact. Le revers a été très sérieux, mais il n'avait pas modifié les capacités offensives allemandes sur le front de l'Est – sauf dans les airs. Malgré leur victoire à Stalingrad, les troupes soviétiques n'avaient pas encore l'élan et le professionnalisme de la Wehrmacht. L'Allemagne allait conserver son initiative stratégique offensive durant la première moitié de 1943.
.
_
_
La colline Mamayiev commémore la célèbre bataille – Ces villageois sont soulagés
_____________________________________________________
© Sites JPA, 2021