Le raid sur St-Nazaire

Le raid sur le port de St-Nazaire fut une opération menée par les commandos des Opérations spéciales britanniques dans la nuit du 28 Mars 1942. Elle a été de facto la premièere opération organisée conjointement par la Royal Navy et l'armée de terre. la principale cible visée était la cale sèche Louis Joubert, qui était la plus grande d'Europe. Cette installation de 350 mètres de longueur par 50 mètres de largeur était capable d'entretenir et de réparer les plus grands navires de guerre de la Kriegsmarine — dont le cuirassé Tirpitz. Elle a été construite entre 1928 et 1933 pour le paquebot Normandie, d'ou son surnom anglais "Normandy Dock". Mais en 1942, la Royal Navy redoutait que le Tirpitz soit envoyé à St-Nazaire pour y être réparé. mais il y avait un plus grand danger: le port de St-Nazaire abritait également une nouvelle base de submersibles construite par l'organisation Todt, comprenant 14 enclos en béton armé. attaquer cet objectif ne relevait pas que de la pure fantaisie, mais il était dicté par les besoins stratégiques du moment, car la bataille de l'Atlantique battait son plein; le tonnage de frêt allié envoyé par le fond devenait inquiétant. St-Nazaire devait être attaqué, ne serait-ce que pour gêner le déploiement des navires allemands dans l'Atlantique.

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Le plan

Lourd Mountbatten recommande un plan basé sur la surprise. Une flottille de petits navires à faible tirant d'eau aurait pour mission de remonter l'estuaire de nuit pour saboter la cale sèche, pendant que les défenses allemandes seraient distraites par un raid aérien. Un destroyer destiné à être sacrifié et bourré d'explosifs dans sa proue va éperonner le caisson de ladite cale sèche, et explosera par une minuterie pré-réglée. Une fois le dock éperonné, les marins saborderaient le navire pour éviter son remorquage précoce. Des commandos débarqueraient de ce destroyer et d'autres esquifs pour faire du grabuge et détruire quelques objectifs secondaires. Ultérieurement, les commandos seraient réembarqués peu avant l'explosion du destroyer. Dans son esprit, ce raid s'inspirait ce celui mené au Zeebrugge en 1918

St-Nazaire: L'enclos des submersibles (A) et la cale sèche (B)

Les effectifs

En ce qui concerne le matériel utilisé, le plan initial prévoyait l'utilisation d'un destroyer et de huit vedettes lance-torpilles MTB utilisées pour patrouiller les côtes anglaises. Le plan final utilisera le desttoyer bourré d'explosifs, 16 vedettes rapides, une petite cannonière, et une vedette lance-torpilles MTB. Le navire principal serait le Campbeltown. Il s'agissait d'un vieux destroyer américain à 4 cheminées (ex USS Buchanan, lancé en 1909) cédé èa l'Angleterre en 1940. Le Campbeltown a été modifié à quai pour ressembler à un destroyer allemand de classe Mowe, mais sans succès. L'armement principal a été enlevé pour alléger le navire afin de réduire son tirant d'eau au minimum. La charge explosive placée à l'avant consistait en 24 grenades anti-sous-marines et une quizaine de bâtons de dynamite reliés à une minuterie. Comme armement d'appoint, seul un petit canon de 76mm et 8 canons-mitrailleurs Oerlikon de 20mm avaient été laissé affûtés. Le Campbeltown sera commandé par le capitaine Beattie, et son équipage réduit à 70 hommes.

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Le Campbeltown – Une vedette rapide Farmilie B

Les vedettes rapides utilisées seraient des Fairmile B de 112 pieds de longueur et munies de deux moteurs à essence de 650cv chacun. Elles étaient construites en bois et n'avaient aucune tôle blindée pour protéger des tirs ennemis. leur armement consistait en un seul canon-mitrailleur Oerlikon 20mm et de quatre mitrailleuses légèeres Lewis en calibre .303. Chaque vedette porte 15 commandos équipés ainsi que 5 équipiers , de même que deux résevoirs d'essence supplémentaires. La connonière sera une Fairmile C qui servira de PC pour l'opération; elle est plus petite que la Fairmile B mais possède un radar et un échosondeur, ainsi que de consoles radio. Elle est armée d'un canon Bofors de 40mm et de deux mitrailleuses Vickers de calibre .50. la Fairmile C a trois moteurs à essence de 850cv chacun. Ces deux types de vedettes pouvaient filer à 37 noeuds. Quant à la vedette lance-torpille Vosper, elle est de construction tout-acier et porte deux tubes latéraux de 450mm. Celle utilisée durant le raid, la MTB 74, avait ses tubes montés en hauteur afin de lancer les torpilles par-dessus les filets anti-torpilles du port de St-Nazaire. Elle était armée de 5 mitrailleuses Vickers. Ses moteurs diesels totalisaient 3500cv et lui donnaient une vitesse maximale de 45 noeuds (53 mph). Les navires du raid étaient peinturés d'une couleur vaguement pourpre pour les rendre plus disfficiles à détecter de nuit avec des phares.

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Le Campbeltown subit des modifications Une vedette lance-torpilles Vosper

La flottille est escortée par les destroyers Antherstone et Tynedale. le commando est composé de 611 soldats et marins. le raid sera commandé par le commodore ryder de la Royal Navy, et les commandos par son subordonné, le lt-colonel Newman. Le commando se répartit en trois groupes: deux sur les vedettes rapides et le troisième sur le Campbeltown. Ces groupes se subdivisent en deux éléments: les sections de démolition qui transportent en 60 et 90 lbs d'explosifs chacune, et les sections de protection qui vont tirer sur tout ce qui bouge du côté ennemi. Ces dernièeres sont armées de mitraillette Thompson en calibre .45 ACP, du pistolet Colt 1911-A1 de même calibre, de fusils-mitrailleurs Bren de calibre .303, ainsi que de grenades et de fumigènes. L'élément aérien chargé de faire diversion est constitué de 25 bombardiers bimoteurs Wellington et de 35 bimoteurs légers Withley. Cependant, une douzaine de ces appareils seront retirés duraid à la dernière minute à cause des besoins ponctuels du Bomber Command. Les effectifs du port de St-nazaire sont aussi importants que ceux du port de Brest. Des batteries côtières de 280mm installées des deux côtés de l'estuaire peuvent faire des tirs croisés sur tout intrus venant de la mer. Elles sont commandées par le colonel Edo Dieckerman, et comprennent également plusieurs pièeces de 150mm et de 75mm. La protection anti-aérienne est assurée par un bataillon de la Flak qui a de nombreux tubes de 20mm et de 88mm à sa disposition. une grande barge anti-aérienne surnommée Sperrbrecher 137 est garnie de 30 affuts de 20mm et de 40mm Bofors. Cette barge était ancrée à l'entrée du port. Les Allemands disposent égalemtn de deux canons lourds de 240mm sur voie ferrée un peu en retrait de la ville prèes du village de La Baule. Deux stations radar surveillaient les approches maritimes et toutes les positions défensives ci-nommées avaient des phares. Environ 1000 soldats constituaient l'élément défensif, tandis qu'il y avait 600 marins et 4000 hommes de soutien à l'intérieur de la ville. Fait à note, la base de St-Nazaire ne logeait aucun grand navire de surface au moment du raid. En excluant les submersibles au repos dans leurs enclos, il y avait 10 drageurs de mines, 4 cannonières et une vedette lance-torpilles.

Le raid

La flottile appareille de Falmouth le 26 mars 1942, et prévoit éperonner le caisson de la cale le 28 vers 01H30. Le navires zig-zaguent en formation anti-sous-marine mais elle se fait repérer par un submersible ennemi dans la journée du 27. Des tirs de 20mm sont échangés. Vue vedette Farimile B est amochée et doit rentrer en Angleterre. A l'approche de St-Nazaire, les navires s'étirent en file indienne entre le Campbeltown, tandis que la cannonière se positionne à l'avant. Au lien d'entrer en force par le chenal principal, la flotte se masque de nuit le long de la côte pour retarder sa détection. Ce n'est pas sans risques, puisque le Campbeltown a failli s'échouer sur un haut-fond — mais il a quand même pu s'esquiver sans se faire apercevoir par les servants d'une pièce côtière.

Le raid aérien débute à minuitet ne fit rien d'autre que d'alerter les Allemands sur la possibilité d'un raid imminent venant de la mer. C'est une nuit d'encre. Durant le tintammare du bombardement aérien, les navire s'approchent près du port sans être pris pour cible. Pour tromper les autorités du port, le Campbeltown utilise les signaux télégraphiques allemands et montait le drapeau du Reich. Il s'approche sans être éclairé par les phares des défenses côtières. lorsque les Allemands découvernt la ruse a 01H28, ils tirent sur le destroyer qui élèeve aussitôt le drapeau britannique. Le Campbeltown recoit plusieurs obus qui font plusieurs morts et blessés. Les mitrailleuses du destroyer font un feu de couverture, mais il est insuffisant.Le timonier et le quartier maître sont tués, et le lieutenant Tibbets prend la barre pour diriger le Campbeltown sur le caisson. La cannonière de Beattie, aveuglée par les phares, donne le feu vert pour l'éperonnage. Tibbetts a du mal à tenir son cap à cause des phares allemands, mais le destroyer frappe sa cible en s'encastrant de 50 pieds dans sa structure (ci-bas). La vedette MTB 74 lance deux torpilles par-dessus le filet de protection avant d'être écorchée par le rebord d'un filet. Le petit navire perd 40 pieds de sa coque, mais elle parvient à se sortir du pétrin et regagner le large avec la moitié de l'équipage du Campbeltown, sous les tirs ennemis. Les commados évacuent la cannonière endommagée et détruisent quelques équipements le long du dock avant de se replier vers la jetée ou ils réembarquent par des radeaux pneumatiques. Les autres vedettes rapides ont encaissé moins de tirs que la cannonière et le destroyer. Plusieurs marins sont brûlés vifs par le carburant enflammé qui flotte dans le chenal. Lorsque les tirs allemands deviennent concentriques, 8 vedettes sont criblées de balles avec des pertes de 80%. Les autres vedettes doivent se replier à cause de l'inteisité des tirs. Tous les commandos attendent l'explosion du destroyer...

Le repli

Le repli est lancé à 02H15. Les petits navires parviennent à gagner le large pour rejoindre les deux destroyers d'escorte. Un obus ennemi a vaporisé le MTB 74. Ses survivants sont repêchés par les autres vedettes. Quelques heures plus tard, une vedette rapide est surprise par le destroyer allemand Jaguar. Ce dernier ne fait pas tirer contre l'esquif rempli de blessés, mais échanges des tirs de mitrailleuses et de 20mm avec son adversaire. La vedette se rend. Le sergent Durrant qui avait riposté avec sa Lewis sera décoré de la Victoria Cross à titre posthme, sous la recommendation du capitaine du Jaguar... Au lever du jour, quatre vedettes rejoingnent les destroyers; dont deux abandonnées à cause de leur état. Elles sont remorquées mais doivent être abandonnées durant une attaque aérienne. Entretemps. à terre, les combats font rage entre la garnison allemande et les commandos qui ont évacué en hâte le Campbeltown. Ces derniers se ruent à l'assaut en déposant leurs sacs d'explosifs dans tout ce qui peut ressembler à un véhicule, un baraquement ou une installation quelconque. Après le départ des petits navires, les Allemands concentrent leurs activités autour des docks, pourchassant les Britanniques qui vont se terrer dans les entrepôts, au risque d'être cernés. A 03H00, les commandos décident de faire une sortie en dépit du danger qui les guettent. Ils passent par un petit pont qui va au centre-ville, laissant derrière eux un essaim de morts et de blessés. Les plus intrépides arrivent à la Place de la Vieille Ville mais trois hommes sur quatre sont blessés. La mêlée est confuse. Le lieutenant Tibbets est tué. Des renforts allemands d'une division motorisée cantonnée près de St-Nazaire repoussent et encerclent les Brits. A 10h00 du matin, tout est terminé: les commandos se rendent. Environ 200 d'entre eux, blessés pour la plupart, ont été amenés au village de La Baule et internés au Stalag 133. Cinq d'entre eux parviendront à fuir en Espagne et regagner Gibraltar. Les pertes britanniques s'élèvent à 169 tués, dansi que les Allemands ont perdu 42 tués et 127 blessés.

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Le raid nocturne a été bruyant... – Presque tous les commandos faits prisonniers sont blessés

Et le Campbeltown?

Les explosifs du Campbeltown devaient sauter à 9H00. Une heure plus tard, le destroye est examiné par des soldats allemands accompagnés d'officiers britanniques prisonniers, et ils ne trouvèrent rien "d'anormal". Les gradés allemands prennent même des photos de l'épave comme souvenir. L'explosion d'une dizaine de sacs dissimulés ça et la par les commandos font éloigner les Allemands de la jetée. juste à temps d'ailleurs... Le Campbeltown explosa avec fracas a 10H35 et détruisit le caisson, en tuant 250 personnes, dont plusieurs civils français. Le délai de l'explosion a été causé par les détonateurs à combustion lente. Deux jours plus tard, deux torpilles à détonateur à retardement explosent devant les portes du mouillage, ce qui énerva la garnison dont certains éléments se mirent à tirer dans tous les sens en prenant pour cible les habitants de la ville. La feldgendarmerie râfla 1500 personnes qui sont internés au camp de Savenay. Malgré le taux de pertes, le gouvernement britannique jugea que le raid a été un succès. La cale sèche très endommagée et elle ne sera pas utilisée avant 1947. Mountbatten peut esquisser un sourire. Tous les journaux parlent du raid. Mais il grimacera d'indignation lorsqu'il apprend que Hitler a émis un ordre spécial qui considérera tous les commandos ou membres de force spéciales comme des éléments irréguliers qui devront être fusillés en cas de capture.

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