Maurice Thorez

Chef de parti

1900-1964

Le Secrétaire général du Parti communiste français (PCF) de 1930 à 1964.

Né près du Pas-de-Calais d'une famille adoptive, il commençât à travailler très jeune comme mineur et aux chaussées. Le 30 Septembre 1914, Thorez doit fuir devant l'avance allemande avec son grand-père. Après un mois d'errance, ils sont finalement évacués vers la Creuse et envoyés à Clugnat. Ils y reçurent bon accueil. Maurice peut suivre des cours du soir mais décline la proposition de préparer l'École normale. Il préfère être embauché comme valet de ferme chez un cultivateur socialiste, le " père Ménager ", mais s'adonne aussi à la lecture : Victor Hugo, Jules Verne, Eugène Le Roy, Jules Vallès et Alexandre Dumas. En Mars 1917, lui et son grand-père quittent la Creuse pour Amiens. Ils travaillent dans une scierie et deviennent bateliers sur la Somme. En mars 1919, Maurice Thorez avait adhéré à la CGT et à la SFIO. Deux mois plus tard, enthousiasmé par la révolution russe, il rejoint le Comité pour l'adhésion à la IIIe Internationale, s'éloignant ainsi de son grand-père, resté dans le camp de Blum. Il fait son service militaire au 3e régiment du génie à Arras, lorsque la motion dite Cachin-Frossard (qu'ils n'ont en réalité pas rédigée, elle fut écrite principalement par Loriot et Souvarine) triomphe au Congrès de Tours. Les deux tiers du parti socialiste SFIO rejoignent le nouveau parti : la SFIC (section française de l'Internationale communiste) qui devient par la suite le PC (Parti Communiste). Ce n'est qu'en 1943 que le nom de PCF (Parti communiste français) est définitivement adopté. Comme les ouvriers révolutionnaires de l'époque Maurice Thorez reste simple soldat. Il est d'abord magasinier puis secrétaire du commandant ce qui lui permet de consacrer une partie de son temps à la lecture et aux discussions politiques avec ses camarades. Lors d'une permission, portant la contradiction au député socialiste de la circonscription, il prend conscience de ses talents d'orateur. À son retour du service, au printemps 1922, la mine refuse de le réembaucher. Il exerce alors une série de petits métiers tout en restant un ardent militant aux Jeunesses communistes et au syndicat unitaire des mineurs. Il se marie avec Aurore Membœuf, la nièce du secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais. En octobre 1922, Maurice Thorez assiste au Congrès de Paris. Il s'était engagé auparavant pour la ligne du "Front unique", soutenue par l'Internationale communiste (IC) et défendue par Frossard et Souvarine. Au cours de la préparation du Congrès, dans une réunion de tendance, Souvarine avait remarqué le jeune militant du Pas-de-Calais, solide, limpide, sachant analyser simplement une situation concrète.

Thorez commence alors une ascension spectaculaire au sein du jeune parti communiste : Secrétaire à la propagande de son département en Janvier 1923, il devient permanent au printemps de la même année. Il fait partie de ces jeunes ouvriers que le parti voudrait former et promouvoir à des postes de responsabilité. Ainsi le 30 Mai 1923, Souvarine écrivant de Moscou au Bureau politique qu'il faudrait envoyer une vingtaine d'élèves en URSS pour suivre des cours de marxisme le prend en exemple : À mon avis, l'élève type d'une telle école serait par exemple Thorez, du Pas-de-Calais. Thorez impressionne également les militants du Pas-de-Calais qui le délèguent au congrès national de Lyon, en Janvier 1924 où il est élu suppléant du Comité directeur. Au printemps 1924, au Comité directeur, Souvarine était en opposition avec la nouvelle majorité emmenée par Albert Treint et ardemment soutenue par l'IC dominée par Zinoviev. À la conférence des secrétaires fédéraux, Thorez, toujours lié à Souvarine, vote contre les thèses de la majorité. Il soutient également le projet de Souvarine d'éditer une traduction de la brochure de Trotski "Cours nouveau" et entraîne avec lui la commission exécutive du Pas-de-Calais. Il faut que l'IC envoie Gouralski dans le Pas-de-Calais pour faire obtenir de la commission exécutive un vote favorable aux thèses de l'IC. Thorez, isolé, se réfugie dans l'abstention. Dans les mois qui suivent, Souvarine est exclu et Thorez doit se rallier à la politique de la Troïka (Zinoviev, Kamenev, Staline) dont les porte-parole en France sont alors Albert Treint et Suzanne Girault. En novembre, Thorez devient secrétaire adjoint permanent de la région Nord. Délégué au congrès national de Clichy, il y est élu membre titulaire du Comité central, et le 28 janvier 1925, il entre à la commission d'organisation.

C'est durant l'entre-deux guerre que la popularité de Thorez atteint son plus haut niveau. Ses militants lui font même une sorte de culte de personnalité. Le 24 juin 1937, on entendit des manifestants scander, place de la Nation, "Thorez au pouvoir". Après Munich, l'année 1939 est placée sous le signe de la menace de guerre. En janvier, à la conférence nationale de Gennevilliers, Thorez consacre une grande partie de son rapport à la question paysanne. Il participe également à Ivry à la célébration de la Révolution française à l'occasion de son 150e anniversaire. En février, lors d'une tournée en Algérie, il évoque le peuple algérien uni autour de la France " en ajoutant Il y a une nation algérienne qui se constitue, elle aussi, dans le mélange de vingt races". L'annonce du Pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, et la déclaration de guerre, le 3 septembre, bouleversent complètement la situation du parti communiste. Il semble que Thorez, en vacances dans les Alpes, n'ait pas été mis au courant de la signature du pacte. Fried lui-même n'apprend la nouvelle qu'à Bruxelles, centre de regroupement de l'IC, en cas de crise. À Paris, l’Humanité est saisie dès le 25 août 1939. Le 1er septembre, le groupe parlementaire communiste réuni sous la présidence de Thorez décide de voter les crédits de guerre pour réagir à l'agression allemande contre la Pologne. Le 3 septembre 1939, Thorez répond à l'ordre de mobilisation et rejoint son régiment, le 3e régiment du génie, à Arras. Les hommes étaient en effet mobilisables jusqu'à quarante ans. À partir de la mi-septembre, l'IC fait parvenir des consignes demandant clairement de dénoncer la guerre comme étant le fait de l'impérialisme britannique. Le parti communiste est interdit le 26 septembre. Le secrétaire de l'IC, Dimitrov envoie un télégramme enjoignant au secrétaire général du parti français de déserter. Mounette Dutilleul, en compagnie de Jeannette Vermeersch, enceinte, porte le message à Chauny, où Maurice Thorez est en garnison. " Qu'en pensent Benoît et Jacques ? " (Frachon et Duclos) aurait demandé Thorez qui se soumet à la décision de l'IC comme il l'a fait tout au long de sa carrière. Le couple Thorez-Vermeersch est embarqué dans la 11 CV du militant Pelayo, passe en Belgique avant de rejoindre Moscou via Stockholm, quelques semaines plus tard. Thorez est donc considéré comme déserteur. Thorez arrive à Moscou le 8 novembre 1939. Il s'installe dans une proche banlieue de Moscou, parmi d'autres " clandestins ", se laisse pousser la barbe et se fait appeler Ivanov. Officiellement, Thorez est resté en France jusqu'en 1943, date à laquelle il se serait rendu à Moscou pour la dissolution de l'Internationale. Cette version de l'histoire a été maintenue par le PCF jusqu'à la fin des années 1960. Il retrouve l'autre dirigeant français André Marty, bien en vue auprès des Soviétiques et des responsables du Komintern, toujours prêt à critiquer le parti français. Jusqu'en juin 1941, au moins, Thorez, reste en contact avec la direction clandestine du parti restée en France. A-t-il eu un rôle important dans les différentes orientations prises par le parti, pourparlers pour la reparution de l’Humanité en Juin-Juillet 1940, politique de semi-légalisation en août-septembre, politique de Front national au printemps 1941 ? Les archives du Komintern à Moscou ne sont pas très claires sur ce point. En automne 1941, l'offensive allemande provoque l'évacuation des Thorez à Oufa, dans l'Oural. Il n'a pratiquement rien à faire, doit rester clandestin et vit une des périodes les plus sombres de son existence. Il supporte difficilement que De Gaulle autorise Marty à se rendre à Alger pour prendre la tête de la délégation communiste alors que lui, Thorez, reste personna non grata pour cause de désertion. Le 20 janvier 1944, il est reçu par la délégation de la France libre à Moscou. Il raconte qu'il est resté " à son poste de combat ", en France, jusqu'en mai 1943 et demande à rejoindre Alger. De Gaulle répond quelques semaines plus tard que la condamnation de Thorez pour désertion garde force de loi.

En automne 1944, peu de temps après le retour de Thorez en France, De Gaulle avait rencontré Staline à Moscou, et ce dernier, avait déclaré à propos de Thorez : Ne vous fâchez pas de mon indiscrétion… je me permets de vous dire que je connais Thorez, et qu'à mon avis, il est un bon Français ; si j'étais à votre place, je ne le mettrais pas en prison… du moins pas tout de suite…. De Gaulle avait alors répondu : Le gouvernement français traite les Français d'après les services qu'il attend d'eux." En automne 1945, le temps était donc venu pour Thorez, de prendre des responsabilités dans un gouvernement. Après les élections pour l'assemblée constituante d'octobre 1945, qui donnent 26,1 % des suffrages aux communistes, c'est comme ministre de la fonction publique, en compagnie de quatre autres ministres communistes qu'il fait son entrée au gouvernement de de Gaulle. Il a rang de ministre d'État. Dans le gouvernement Félix Gouin, en janvier 1946, il est "vice-président du conseil". En novembre 1946, après des résultats électoraux meilleurs qu'ils n'avaient jamais été, 28,6 %, et qui font du PCF " le premier parti de France ", Thorez revendique la présidence du conseil. Il affirme alors, dans une interview pour le Times du 18 novembre qu'il existe pour aller vers le socialisme d'autres chemins que celui suivi par les communistes russes. Finalement, seulement 261 sur 579 votants se portent sur son nom. Toujours vice-président du conseil, Thorez ne quitte le gouvernement Ramadier, qu'en Mai 1947, avec les 4 autres ministres communistes.

________________________

ã Sites JPA, 2013