Léon Trotsky

Activiste

1879-1940

Activiste, théoricien, révolutionnaire, organisateur de l’Armée rouge puis ministre des Affaires étrangères.

Né Lev Davinovich Bronstein, il est originaire d’une région au sud de l’Ukraine et parle couramment trois langues dès l’enfance: l’ukrainien, le russe, ainsi que le yidiche. Il est envoyé à l’école Saint-Paul (tenue par des protestants allemands) d'Odessa, où il se distingue par ses brillants résultats. Pendant ses études à Odessa. En 1896, Trotsky évolue dans un cercle de propagande révolutionnaire de Nikolaïev. Il ne tarde pas à abandonner ses études, renonçant à devenir un mathématicien, sous l’influence d’un groupe populiste. Un temps tenté par les idées populistes, qui voient dans la paysannerie russe et ses fréquentes jacqueries le ferment de la révolution future, il adhère aux positions politiques sociales-démocrates (1896). Sous le pseudonyme de Lvov, Trotski participe à la création d'une organisation révolutionnaire, en particulier par la rédaction d'articles reproduits au moyen d'un hectographe et distribués à la sortie des usines. En 1897, Trotski prend part à la création d'un soi-disant "syndicat ouvrier du sud de la Russie". En 1898, la police procède à des arrestations de masse durant lesquelles Trotski est arrêté.

À Londres, il rencontre Lénine dont il a entendu parler pour la première fois en 1900 et dont il a commencé à lire le traité politique Que faire ? peu avant son évasion de Sibérie. Lénine le fait entrer dans le comité de rédaction du journal l’Étincelle, par cooptation ; il compte, par l'entrée de Trotski comme septième membre, aplanir le conflit entre les "anciens" comme Plékhanov. En 1905, lors de la première révolution russe, il devient, à l'âge de 26 ans, vice-président puis président du soviet de Saint-Pétersbourg, soviet composé en majorité de mencheviks. Au cours de la répression de la révolution de 1905, en 1907, il est condamné avec quinze autres personnes à la déportation à perpétuité en Sibérie et déchu de ses droits civiques. Le 5 Septembre 1915, à l'initiative du socialiste suisse Grimm, se tient à Zimmerwald une conférence socialiste internationale contre la guerre, à laquelle participe Trotski et dont il est chargé de rédiger le manifeste. Avec celle de Kienthal qui se tient en 1916, Trotski contribue au rassemblement de ceux qu'on appelle alors les internationalistes ou Zimmerwaldiens et qui formeront pour la plupart en 1919 la IIIe Internationale, dite aussi Internationale communiste. Arrêté, puis expulsé de France en Septembre 1916, il est conduit à Irun, en Espagne. Là, il est arrêté par la police espagnole et embarqué de force avec sa famille pour les États-Unis. Installé à New York à partir deJanvier 1917, il contribue au journal Nouveau Monde.

Après la révolution de Février 1917, Trotski décide de retourner en Russie en mai 1917. D'après Jennings C. Wise, ce serait grâce à l'aide du président américain Woodrow Wilson, qu'il obtient un passeport américain[12], qui lui permet d'arriver en Russie. Il est d'accord avec les " thèses d'avril " de Lénine, qu'il considère comme un signal de ralliement à ses propres idées de "révolution permanente". Il a alors abandonné l'espoir de parvenir à une union générale de tous les courants, mais continue cependant à travailler sur la fusion de l'organisation interrayons et des bolcheviks. La nuit du 11 au12 Avril 1918, en période de Guerre civile russe et d'offensive des armées blanches, une action dirigée contre les anarchistes russes (qualifiés d'" anarcho-bandits ") par le pouvoir bolchévique dont Trotski s'occupe personnellement lui fera dire : Enfin, le pouvoir soviétique débarrasse, avec un balai de fer, la Russie de l'anarchisme !  En 1920 (notamment lors du IXe congrès du parti), afin de pallier la situation économique catastrophique de l'URSS, Trotski propose la militarisation provisoire du travail : selon lui, cette mesure était rendue nécessaire par le contexte de la guerre civile et de la révolution mondiale. Il posait déjà cette alternative en 1917 : Ou bien la Révolution russe soulèvera le tourbillon de la lutte en Occident, ou bien les capitalistes de tous les pays étoufferont notre révolution. Dans cette vision, toute grève est considérée comme une désertion, et toute revendication est considérée comme une insubordination. En Mars 1921, il ordonne l'assaut de la citadelle insurgée de Kronstadt.

Trotsky est souvent qualifié de "Robespierre russe", et non pas sans raisons… Il est à l'origine d'un appareil de répression inédit en Russie tsariste, le camp de concentration. Le 8 Août 1918, Trotski ordonne la création des deux premiers camps en Russie, à Mourom et à Arzamas, destinés aux agitateurs louches, officiers contre-révolutionnaires, saboteurs, parasites, spéculateurs.  Il n'est toutefois pas seul dirigeant bolchévique à avoir cette conception de la violence politique, Lénine enjoignant dès le lendemain d'" enfermer les koulaks, les popes, les gardes blancs et autres éléments douteux dans un camp de concentration. " Il fait ainsi parti des dirigeants communistes qui ont engendré ce qui allait devenir le Goulag, qui sera utilisé dans des proportions bien plus massives par Staline durant son règne, bien qu'il ne l'ai pas initié. L'usage de la Terreur comme système de gouvernement, après le coup d'état des bolchéviques, est légitimée par Trotski, la violence étant nécessaire pour " terrifier l'adversaire. " Durant la guerre civile , Trotski était certainement le dirigeant bolchévique le plus prompt à utiliser la violence politique et la terreur, comme à les justifier au nom de la lutte pour la victoire de la révolution. Son contemporain Boris Souvarine estimait ainsi que Trotski était persuadé que toute difficulté, toute résistance pouvaient être surmontées par ce seul mot : fusiller !! Déjà en 1920 , Bertrand Russell avait noté le contraste entre la vanité de Trotsky et la retenue de Lénine. Trotsky méprisait ouvertement ses collègues et détestait les intrigues politiques et les corvées avilissantes qu'elles impliquaient. La mort de Lénine en 1924 permet à la bureaucratie de s'imposer malgré la formation de l'opposition de gauche, dans laquelle Trotski s'allie avec des militants bolcheviks comme Sapronov, l'économiste Evgueni Preobrajenski, Nikolaï Ossinski, Victor Serge, Christian Rakovski, et d’autres.

Trotsky est marginalisé puis expulsé du PCUS en 1927 et exilé en Sibérie. Deux ans plus tard, Staline le fait expulser d’URSS, d’abord en Turquie puis en France et en Norvège avant de se retrouver au Mexique. Le 20 Août 1940, Trotsky est assassiné à Coyoacan d’un coup de pioche derrière la tête. Son meurtrier est arrêté par Joseph Hansen et Charles Cornell, deux militants américains qui lui servaient de gardes du corps et de secrétaires. Ce dernier est présent au moment du meurtre mais ne réussit pas à l'empêcher. Ramón Mercader sera par la suite remis à la police mexicaine et condamné à vingt ans de réclusion, peine maximale alors en vigueur au Mexique. Il sera décoré de l'ordre de Lénine en Union soviétique. Trois cent mille personnes assistent à l'enterrement de Trotsky, y compris des dirigeants politiques de l'État mexicain.

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Ó Sites JPA, 2013