Les États-Unis 1921-37

Une division de doughboys américains de retour à New-York

Les États-Unis ont été à la fois les endosseurs financiers des alliés de l'Entente et le grand catalyseur de la victoire en 1918. Cependant, ils n'étaient pas intéressés ni à gérer les affaires européennes dans une politique de puissance en ratifiant le Traité de Versailles, pas plus qu'ils ne voulaient participer à la Société des Nations. C'est presque avec soulagement que les Américains tournèrent le dos à l'Europe pour revenir à leur isolationalisme traditionnel. Mais les idées "wilsoniennes", fondées sur la démocratie, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le maintien de la paix par une organisation internationale, devaient de plus en plus inspirer la pensée occidentale. Après les difficultés reliées à la mobilisation et à une surproduction en 1920-21, les États-Unis connurent une étonnante prospérité économique entre 1922-29. L'indice de la production industrielle était passé de 73 en 1922 à 110 en 1928 et 126 en Juillet 1929 – contre l'indice 100 en 1913.  Le PNB passa de 60.7 milliards de dollars à 87.2 milliards. Extérieurement, bien des signes révélaient cette prospérité: automobiles en circulation passa de 9 millions en 1919 à 26 millions en 1929, et son usage se répandait dans toutes les classes de la société. Même chose pour la radio. La première station radio à ondes longues à modulation d'amplitude ouvrir à Pittsburg. En 1929, il y avait 13 millions de poste de radio – 52 millions en 1940. Il y eut également une progression du logement: en 1919, il y en avait 400,000 d'achevés; en 1925, 935,000. Tout d'abord, les agriculteurs en profitaient très peu. Le revenu par fermiers grimpa durant une partie des années 20 pour s'effondrer presque complètement en 1932. Mais toute prospérité économique laissait des gens dans un état misérable; elle bénéficia surtout aux riches et aux "compagnies à numéros", objets de la sollicitude systématique du gouvernement. En 1929, 2.3% des familles américaines avaient un revenu annuel supérieur à $10,000, et 60% avaient un revenu annuel inférieur à $2000; ce chiffre était considéré comme le seuil de la pauvreté. Les dirigeants politiques américains étaient des partisans convaincus du libéralisme économique à l'intérieur. ls réduisirent au maximum l'intervention de l'État et se bornèrent discrètement à encourager la concentration des compagnies soit en fiducies (trusts) de plus en plus importantes et tentaculaires, ou en "holdings" (entreprises ayant dans leur actif des actions d'autres sociétés et qui dirigent une activité industrielle ou commerciale donnée). En 1929, 15 holdings contrôlaient 80% de la production électrique, et 20 autres holdings contrôlaient 98% de la consommation électrique. Les dirigeants de ces holdings furent moins soucieux d'expansion de la production que de la spéculation qui, elle, est vraiment payante

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Rivalités commerciales avec l'Angleterre

Durant l'entre-deux guerres, un nouvel affrontement allait se dérouler entre deux concurrents pour la domination des marchés mondiaux. Le premier domaine de la rivalité économique américano-britannique fut dans le nouveau domaine des communications. En 1919, la compagnie américaine General Electric mit au point de puissants alternateurs radiophoniques à ondes longues et courtes. Elle fit une transaction pour vendre certains de ses brevets à la compagnie britannique Marconi. Les Britanniques voulaient construire une chaine d'émetteurs et de relais radiophoniques pour relier leur empire. En apprenant la nouvelle, le président Wilson envoya son attaché naval, l'amiral Bullard, à Londres pour enquêter. A cette époque, l'US Navy avait le monopole des communications sans fil depuis 1914 et n'était pas encline à accepter la transaction car elle avait une exclusivité avec cette General Electric. Néanmoins, General Electric fonda une filiale destinée à pénétrer le marché britannique et à lui ravir d'éventuels bénéfices sur les communications: la Radio Corporation of America – RCA (image gauche). Dès des débuts de l'entre-deux guerres, il était clair pour les Américains que le contrôle des marchés mondiaux dépendait de celui des communications.

Si l'isolationnisme était l'avatar du gouvernement et des politiciens américains, ce ne fut pas le cas pour les affairistes. L'un d'entre, Hoover - un futur président américain -, fut le secrétaire au Commerce et sous son autorité, le Secrétariat au Commerce prit une expansion presque démesurée, et afficha clairement son credo: les USA doivent être le chef de file du commerce mondial; et cela même si l'Angleterre avait encore le monopole du commerce international. Hoover coiffa cette ambition affairiste américaine en empruntant le langage wilsonnien de la "moralité". Selon lui, les États-Unis avaient le devoir moral de rendre les marchés mondiaux plus ouverts à la libre circulation des biens afin de protéger le monde d'une autre guerre. En Europe, et surtout en Angleterre, les meilleurs alliés du credo de Hoover furent les consommateurs britanniques.

 Il faut dire que les lendemains de guerre furent difficiles en Angleterre, où une partie importante de la population était au chômage et bon nombre de désoeuvrés trompaient le temps en s'enfermant dans les nombreuses petites salles de cinéma qui diffusaient surtout des films américains. Grâce à ce cinéma, une partie importante de la population britannique eut une vision idéalisée des États-Unis en la percevant comme une société sans classes où tout était possible à réaliser. Cette population fut médusée à la vue de la jeune Amérique insouciante qui jouissait de sa nouvelle richesse. En 1926, 90% des films visionnés en Angleterre étaient américains. Mais pour les affairistes, ce n'était pas un hasard, car ces films américains avaient comme objectif de vendre des produits de consommation fabriqués aux États-Unis.

Avant 1914, l'économie britannique fut progressivement érodée par le marketing de nombreuses compagnies américaines dans plusieurs secteurs, entre autres:

Les affairistes américains transformèrent également le secteur de la vente au détail via deux nouveautés pour les Britanniques:

L'industrie et le commerce au détail britanniques ne pouvaient concurrencer ce nouveau dymanisme américain. Cette présence économique américaine fut dénoncée à la fois par les travaillistes, les tories, le clergé, et par de nombreux vétérans. Aux États-Unis, les nouveaux pionniers de l'ère contemporaine (Ford, Firestone, Eastman et Edison) entreprirent de contourner le protectionnisme impérial britannique afin de trouver d'autres sources de matières premières.

Libéria_Affiche Firestone

Le domaine d'hévéas de la firme Firestone au Libéria, en 1927

Au Libéria – Firestone brisa le monopole britannique du caoutchouc en plantant des hévéas sur plus d'un million de milles carrés dans ce territoire africain en 1927.

Investissements directs – Pour éviter de payer les droits de douanes élevés en exportant en Angleterre, Ford et Firestone, entreprirent de construire des usines sur le sol britannique: ils opérèrent à l'intérieur du bloc sterling. L'exemple de l'usine Ford à Londres fut patent. Les automobiles américaines exportées vers l'Angleterre devaient payer des frais douaniers de 33%, ce qui n'était pas le cas lorsqu'elles étaient assemblées en Angleterre. De même, Firestone prit rapidement une part dominante dans le marché des pneus d'autos et de camions vendus et distribués dans l'économie impériale à partir de la production de son usine londonienne.

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Bureau-chef de chez Ford au Michigan – Usine Ford sur l'estuaire de la Tamise

La production américaine en sol britannique s'accompagnait également d'un effort dit de "rationalisation" de la part des affairistes américains. Dans leurs champs d'activité respectifs, ces derniers achetaient des petites compagnies britanniques non-rentables pour s'en débarasser et prenaient leurs places. La compagnie Proctor & Gamble s'empara du marché du savon en Angleterre en éliminant 80 marques de commerce pour les remplacer par 20 des leurs. Après le succès du cinéma américain, ce furent les compagnies de disques qui firent leur apparition et l'Angleterre se trémoussa sur les airs jazzy de l'époque. De plus, il était "glamor" pour de nombreux Britanniques de se vêtir, de danser, de fumer et de consommer à l'américaine. Le gouvernement britannique et de nombreux tories considéraient cette invasion économique américaine comme pernicieuse et dangereuse pour leurs intérêts et les valeurs britanniques, et en particulier, leur industrie cinématographique – car elle influait sur les masses populaires.  La menace la plus sérieuse de conquête économique américaine suivie de sa rationalisation dans l'Angleterre de l'entre-deux guerres fut dans le secteur de l'électricité. General Electric avait conçu un plan pour acheter la plupart des centrales électriques britanniques, à l'insu du gouvernement. Cette mainmise fut réussie à 60% en 1928 à la fois à cause des pratiques américaines (achats par des compagnies-bidons "britanniques") et de la mauvaise organisation dans la production et la distribution de l'électricité en Angleterre. En effet, chaque ville avait sa centrale qui produisait à des niveaux de voltage et d'ampérage différents, ce qui limitait la production industrielle. Une plus grande standardisation des voltages dans les villes permit d'accroitre la production industrielle, d'en réduire les côuts de vente aux usagers, tout en permettant à General Electric d'empocher de fructueux bénéfices. De surcroit, General Electric – comme les autres compagnies américaines – rapatriait une bonne partie de ses bénéfices aux États-Unis. Pour le président de General Electric, Clifton Owen, cette mainmise suivie de l'inévitable rationalisation permettait à la fois de faire des profits et de mettre les Britanniques " à leur vraie place" comme subalternes des Américains. Voici ce qu'en disait le secrétaire privé d'Owen, Everett Case (clip ci-bas):

General Electric explique son contrôle de la production électrique en Angleterre

La Prohibition

Le phénomène de la Prohibition américaine durant l'entre-deux guerres est intimement lié aux manifestations liées à certain fondamentalisme religieux à la limite de l'intolérance. A partir de 1919, il prit une forme agressive en se manifestant par la décision d'interdire la fabrication, la vente et l'importation d'alcool sur tout le territoire américain. Le président Wilson avait pourtant mis son veto à une loi de ce genre. Les prohibitionnistes la firent passer le 29 Janvier 1920 comme le 18ème Amendement de la Constitution. Inutile de dire que les conséquenses furent tout à fait contraires aux aspirations des auteurs de la loi. La population continua à boire des boissons distillées et/ou importées clandestinement, et cela devint à la mode. Les "bootleggers" (contrebandiers d'alcool) constituèrent au fil des années une puissante corporation de gangsters et firent d'énormes bénéfices. Les efforts courageux des fonctionnaires du Bureau du Trésor et du FBI pour identifier et traquer les têtes dirigeantes des réseaux ne servirent à rien; et de surcroit, cette chasse aux bootleggers produisit un accroissement ruineux des crédits fédéraux alloués à la police. Dans de nombreux États, les policiers locaux se laissaient souvent acheter par les bootleggers. Des bars clandestins - les speakeasies - furent créés partout. L'État fédéral américain s'était engagé dans une guerre perdue d'avance pour contrer un phénomène tout à fait capitaliste: celui de "l'offre et de la demande". Il échoua. Les démocrates condamnèrent la Prohibition au nom de la liberté personnelle et le 18ème Amendement fut abrogé en Janvier 1933.

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Crise et le New Deal

Sur le plan psychologique, la Crise de 1929 – appelée la Grande Dépression – devait affecter les États-Unis bien plus durement que la guerre. Ce fut réellement l'effondrement du modèle américain - l'American Dream -, la fin de l'espoir, la perte de confiance dans le grand capitalisme, dans le libéralisme économique, bref, une catastrophe nationale. Le président Hoover qui avait attribué la prospérité économique à la politique de laisser-faire des Républicains, se trouva déculotté.  Il crut d'abord qu'il suffisait d'attendre la fin de la crise sans intervention énergique du gouvernement et laissa aux États et aux philanthropes le soin de soulager les misères les plus urgentes. d'achever un vaste programme de travaux publics jusqu'en 1932. La présidence de Hoover fut discréditée aux yeux des médias américains – et de ses adversaires démocrates – lorsqu'elle refusa d'indemniser les vétérans de la Première Guerre mondiale durant la "Bonus March" de 1932. Les vétérans marchèrent sur le Capitole et en firent le siège. La manifestation fut réprimée par le général MacArthur. Le résultat de cette inaction fut un déclin considérable de l'influence des républicains. En 1928, il y avait au Sénat 56 républicains contre 39 démocrates. A la Chambre des Représentants, 267 républicains contre 163 démocrates. A la fin de sa présidence, Hoover accepta de signer une loi créeant la Reconstruction Finance Corporation, destinée à prêter de l'argent aux entreprises pour stimuler le travail. Mais les prêts ne bénéficiaient pas directement aux groupes les plus démunis. D'où le raz-de-marée électoral qui, en Novembre 1932, permit à F.D.Roosevelt d'être élu par 22.8 millions de voix contre 15.7 millions au président sortant.

_Marche sur le Capitole_

Le Bonus March sur le Capitole

Roosevelt était convaincu que le laisser-faire pratiqué par les Républicains et leur confiance béate dans l'heureuse influence des trusts et des holdings étaient responsables de la crise. Il lui fallait maintenant aller à contre-courant de toute la tradition américaine de libéralisme gouvernemental et, dans tous les domaines, donna au gouvernement fédéral des moyens d'intervention direct dans la vie économique. Ce fut l'ire dans certains milieux d'affaires qui identifièrent Roosevelt comme étant a major deputy of the Devil. Profitant du désarroi de l'opinion publique, il fit en ce sens une campagne électorale hardie, préconisant un New Deal: c'est-à-dire une nouvelle méthode d'action gouvernementale pour se sortir de la Crise de 1929. Cette méthode lui fut suggérée par un petit groupe de conseillers, tous des profs d'économie politique de l'Université Columbia de New York. Ce petit groupe fut surnommé "Brain trust" (groupe des cerveaux connaissants), une expression qui devait faire fortune. Avec l'avis de son brain trust, Roosevelt refusa de cherche dans des accords internationaux le moyen d'accroitre les exportations américaines et il fit échouer une conférence économique internationale tenue à Londres en Juin 1933. Au contraire, il imita l'Angleterre par différentes mesures:

 Stabliser le dollar – Détacher celui-ci de l'étalon-or, afin de stimuler les exportations et soulager les débiteurs.

 Abaisser les taux d'intérêt – Seul moyen permettant aux fermiers et aux entreprises d'emprunter.

 Contrôle plus serré des banques – Seul moyen d'éviter leur faillite via une assurance fédérale.

 Réglémenter la spéculation – Le Holding Companies act de 1935 amena beaucoup de dissolutions.

 Action en faveur de l'agriculture – Pour éviter une remontée des prix agricoles

 Action en faveur de l'infustrie – Développer la production, augmenter salaires, subsides pour travaux publics.

 Action en faveur des travailleurs – Médiation syndicale reconnue via l'A.F.L, et le C.I.O

 L'Autorité de la Vallée du Tennessee – Régie d'État investie de pouvoirs gouvernementaux sur 7 États ayant la charge de développer les ressources naturelles et hydroélectriques. Elle employait 50,000 fermiers et fut la première expérience économique socialiste aux États-Unis.

Ce New Deal fut très populaire, sauf chez les patrons de l'industrie et permit à Roosevelt d'ête réélu triomphalement en 1936. Les adversaires accusaient le système d'être socialiste et évoquait le "plan quinquennal soviétique". Ils s'inquiétaient surtout de voir le pouvoir et le rôle des États diminuer face à l'énorme accroissement du pouvoir fédéral – the feds – disaient-ils. Mais ce fut une rupture dictée par les nécessités imposée par la crise. Ce fut un bon effort économique, mais encore insuffisant pour faire remonter substantiellement le niveau de vie moyen de la population.

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La politique extérieure

Le New Deal et d'autres réformes structurelles se produisirent à une époque où les États-Unis ne voulaient rien savoir du monde extérieur. Le mécontentement né du refus de certains pays européens à régler intégralement leurs dettes de guerre aboutirent à un je m'enfoutisme général à l'égard des problèmes européens (clip ci-bas):

_Pas d'enlisemements à l'étranger

Une attitude représentative de l'opinion publique américaine en 1937

L'administration Roosevelt prend pour initiative de reconnaître l'URSS dès Novembre 1933 et y envoie une délégation dirigée par William Bullitt. Cette démarche permet à Roosevelt d'établir progressivement une sorte de relation avec Staline et, surtout, de paver la voie à la reconnaissance de la Russie soviétique par d'autres États. Un premier accord commercial soviéto-américain est signé en 1935. Des économistes et des ingénieurs américains sillionnent l'Ouest de l'URSS et participent à la réalisation de certains projets, comme le barrage de Zaporoghe sur le Dniepr. Pour le reste, Roosevelt lui-même, absorbé par son oeuvre intérieure, ne s'alarme vraiment du danger créé par Hitler et les militaires japonais qu'à partir de 1937. L'isolationnisme de l'opinion explique les lois sur la neutralité. La guerre entre l'Italie et l'Éthiopie sucita le vote en 1935 d'une première loi de neutralité, pour six mois. Elle fut prolongée en 1936 et rendue permanente en 1937. Le Neutrality Act de 1937 stipulait deux mesures:

  1. Un embargo sur les armes et munitions destinées à quelque belligérant que ce fut.
  2. Les autres produits serait exportés qu'en vertu de la clause Cash & Carry: paiement comptant et transport sur des navires non-américains.

Quant à l'Amérique latine, cette région pauvre et sous-développée était, pour Washington, une zone d'instabilité politique. Les bonnes clôtures font les bons voisinsExportant des matières premières et des produits alimntaires, elle était donc tributaire du marché mondial - et surtout des États-Unis. Si ceux-ci réduisaient leurs achats, la misère risquait de s'y développer – et c'est ce qui arriva durant la Crise de 1929. Durant l'entre-deux guerres, les conflits politiques opposaient en général conservateurs et libéraux, ces derniers étant souvent soutenus par les Indiens et les métis. Les régimes étaient rarement stables car le système des "pronuciamentos" faisaient brutalement passer le pouvoir à des "juntes" qui désiraient un président à leur dévotion. Au Mexique, ces difficultés se compliquèrent d'une lutte anti-religieuse qui aboutit en 1926 à la fermeture des églises. Après la Doctrine Monroe de 1823, s'ajouta le corollaire Roosevelt qui affirme la volonté des États-Unis de contrôler toutes les Amériques. Pour le gouvernement américain, cette région, et particulièrement le bassin des Caraïbes, était d'une importance stratégique pour deux raisons: le canal de Panama et le pétrole vénézuélien. Dans cette zone considérée comme leur arrière-cour, les Américains ne voulaient pas que l'instabilité politique se manifeste contre leurs intérêts. Au début du siècle, la révolution mexicaine avait indisposée les États-Unis et incité une expédition punitive. Ils avaient envoyé des troupes à Haïti, St-Domingue, et au Nicaragua. Les Latino-Américains étaient venus à considérer la Doctrine Monroe comme néfaste. La création de la SDN parut à bon nombre d'entre eux comme le moyen de contre-balancer l'influence américaine. Pourtant, le Brésil en sortit en 1926 lorsque l'Allemagne y fut admise comme membre permanent de son Conseil. L'Argentine, le Pérou, la Bolivie et le Mexique ne participèrent pas à ses travaux. Durant cet entre-deux guerres, les États-Unis évoluèrent de la politique d'intervention à celle du "bon voisinage": la good neighbor policy de F.D.Roosevelt (ci-contre, en compagnie du président brésilien Vargas). Ils renoncèrent à envoyer des troupes et proclamèrent solonellement la politique de non-intervention. Les dernières troupes furent rappelées d'Haïti en 1935.

Région Asie-Pacifique

Les États-Unis n'ont jamais été une puissance asiatique. Depuis qu'ils ont forcé le Japon à sortir de son isolement économique en 1866, leur perception stratégique en Asie-Pacifique avait toujours été incohérente. Elle était conditionnée par les impératifs de l'Open Door Policy: amener les pays à ouvrir leurs frontières aux produits américains contre l'accès à des bases. En ce qui concerne le Japon, une mission navale conduite sous l'amiral Peary en 1866 avait forcé ce pays à sortir de son isolement séculaire en acceptant l'introduction des idées et des capitaux américains sur son sol. Cependant, les autorités japonaises ne voulaient pas de protection militaire américaine sur son sol et comprit rapidement qu'il était dans son intérêt national de commercer avec les États-Unis pour rattrapper son retard industriel avec le reste du monde occidental. L'attidude politique américaine vis-à-vis le Japon fut essentiellement de faire des affaires avec lui tout en surveillant discrètement ses ambitions territoriale en Chine. Les États-Unis constatèrent les succès japonais contre la Chine en 1894, contre l'Empire russe en 1905, et comme partenaire associé de l'entente durant la Première Guerre mondiale. Les Américains comprirent que désormais qu'ils devaient avoir à composer avec une puissance industrielle asiatique. Roosevelt sait que le Japon deviendrait un rival potentiel dans sa prise en charge de l'espace d'Asie-Pacifique. Mais l'attitude des États-Unis à l'égard du Japon ne changea qu'après la fin de la Première Guerre mondiale. Lors de la signature des Traités de Washington en 1922, le Japon – qui bénéficiait de son nouveau statut de puissance – n'acceptait pas une limitation de la croissance de sa flotte, et signa avec retors le traité. De son côté, Washington se méfiait du condominum nippo-britannique que le Traité de Versailles avait légué au Japon dans le Pacifique en 1919, car il le voyait comme un danger éventuel pour ses propres possessions dans le Pacifique. Qui plus est, les ouvertures politiques conciliantes américaines à l'égard du Japon seraient de plus en plus torpillées par l'action sans cesse grandissante d'un lobby chinois aux États-Unis.

Aux Philippines

La Guerre hispano-américaine avait naitre les États-Unis comme une puissance mondiale. Les deux principaux legs de cette guerre fut la prise de Cuba dans les Caraibes et surtout de l'archipel des Phillipines dans le Pacifique-Sud. Géographiquement bien situé, cet archipel permettait à l'US Navy de surveiller les activités commerciales et militaires asiatiques de l'Empire britannique et du Japon. Les Américains construisirent une base navale à Subic Bay, près de Manille. Ultérieurement, deux terrains d'aviation furent construits, dont Clark Field. Les États-Unis étaient en mesure au besoin de projeter leur puissance dans tout le bassin du Pacifique et de l'Ocean indien. Le Japon vit la construction de ces bases comme une volonté américaine de limiter son expansion, et comprit que les États-Unis seraient, à terme, une menace économique et militaire à conjurer. Qui plus est, Tokyo a été sidéré d'apprendre que les États-Unis avaient l'intention d'accorder l'indépendance complète aux Philippins en 1945. Le Japon n'avait que peu de choses à offrir aux Philippines pour les détourner de cette protection américaine...

Devant la Chine

La position des États-Unis vis-à-vis de la Chine durant l'entre-deux guerres a été faussée par leur implication victorieuse en Europe durant la Première Guerre mondiale. Les Américains crurent dès lors que les problèmes chinois devaient être examinés et analysés au travers d'un prisme européen, et que s'ils ne pouvaient pas être réglés selon une formule européenne, ils ne pouvaient pas l'être du tout. Tout comme dans le cas du Japon, les Américains étaient favorables à la politique de "l'Open Door" pour pénétrer le marché chinois et désapprouvaient son découpage en sphères d'influences économiques où les affairistes américains pourraient être exclus. Au fil du temps, la position américaine à l'égard de la Chine était de faire en sorte qu'aucun pays devait s'y consolider aux détriments des intérêts américains.

Avant 1920, le gouvernement américain voyait la Chine comme un tampon nécessaire pour ralentir l'expansion de la Russie tsariste en Asie, et considérait que la présence japonaise en Corée était requise pour tenir les Russes à bouts de bras. Règle générale, la population et les décideurs américains - une fois la paix revenue en Europe – étaient trop ignorants de la réalité chinoise de l'entre-deux guerres pour avoir une politique étrangère bien définie. Pour la plupart des diplomates américains, tout programme politique chinois qui allait au-delà des réformes administratives était considéré comme de "l'extrémisme". Ils considéraient les Chinois comme congénitalement incompétents en politique, perméables aux idées bolcheviques, et leurs chefs perçus comme des "rêveurs idéalistes" non-crédibles pour Washington. Après 1920, la position américaine était imprécise. Les Américains craignaient tellement l'influence bolchévique russe dans le parti nationaliste chinois qu'ils ne virent que tardivement la menace que faisait peser le Japon sur la Chine. Mais au moment où le Japon attaque la Mandchourie en 1931, le gouvernement américain commence à se distancer d'un Japon avec lequel il aurait voulu poursuivre une collaboration politique et économique en Asie, et se rapprocha bon an mal an de la Chine. Des leaders et affairistes chinois développèrent des liens avec leurs homologues américains, sans plus. Ce rapprochement fut facilité par l'affirmation de l'autorité de Tchang kai-Shek comme étant le seul leader chinois capable – aux yeux des Américains – de remplacer les Japonais comme le protecteur de la Chine contre le communisme.

Conquêtes japonaises_

Zones conquises par les Japonais – Roosevelt annonçant l'embargo contre le Japon

Lorsque le Japon envahit la Chine après l'incident du pont Marco Polo près de Pékin, la position américaine contre le Japon se durcit progressivement en 1937:

  • 16 Juillet – Cordell Hull fait son discours pour une solution négociée, appuyé par 60 pays.
  • 17 Juillet – Roosevelt envoie 1200 Marines à Shanghai, mais sans appui naval.
  • 17 Août – Roosevelt déplore l'invasion de la Chine mais ne croit âs à un danger pour les États-Unis.
  • 29 Août – Le Japon annonce le blocus naval des côtes chinoises.
  • 20 Sept – Les États-Unis continuent leurs exportations d'armes et fournitures au Japon, sauf Remington.
  • 5 Oct – Roosvelt annonce un embargo limité sur le Japon. Mais l'Angleterre ne lui donne pas son appui.
  • 12 Déc – La cannonière Panay est coulée. Excuses officielles du Japon. Indemnités versées aux États-Unis.
  • En 1938, le ton se durcit encore entre le Japon et les États-Unis, pour le plus grand plaisir du lobby chinois qui voudrait bien que les Américains les aident pour achever l'unité de la Chine au profit du parti nationaliste. La crise augmente, mais il n'est pas encore question de "guerre":

  • 2 Fév – Roosevelt ordonne le gel des actifs japonais aux États-Unis. Le Japon est déclaré "ennemi".
  • 20 Fév – Hitler annonce son appui au Japon.
  • 25 Fév – L'opinion publique américaine réagit plus fortement contre le Japon que contre l'Allemagne.
  • 3 Avril – Le lobby chinois établit ses bureaux à Washington.
  • 17 Mai –La Loi Vinson-Trammel sur l'expansion de l'US Navy est approuvée: $1 milliard sur 10 ans.
  • En Juin 1938, le parti nationaliste Kuomingtang reçoit des conseillers américains au niveau de la diplomatie et de l'aide militaire. Henry Morgenthau fait approuver au Congrès un plan d'aide économique de $25 millions. James McHugh devient l'attaché naval américain à Tchungking. Finalement, un général à la retraite depuis 1936, Clair Chennault, reprend du service actif et est envoyé en Tchungking pour organiser l'entrainement de pilotes de chasse chinois pour affronter les Japonais; cette aide secrète fut approuvée par Roosevelt.

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