Market Garden

Lorsque les Alliés franchissent la Seine, les Allemands ont replié la plus grande partie de leurs unités à l'ouest de Paris, en ne laissant derrière eux que des garnisons portuaires chargées de tenir les ports français de la Manche jusqu'au proverbial dernier homme. En Septembre, le front se stabilisa provisoirement, et la résistance allemande commençait à se durcir. Pour bousculer cette nouvelle ligne de front, les Alliés se décident de tenter un coup hardi en lançant trois divisions aéroportées sur les arrières du flanc droit des Allemands en Hollande. Cet énorme lâcher de parachutistes devait paver la voie aux unités motorisées et blindées de la 2ème Armée britannique en leur permettant d'arriver plus rapidement au Rhin. Qui sait? La guerre serait peut-être finie avant Noël? Après tout, we got them on the run! Durant la soirée, plus de 200 quadrimoteurs Lancaster ainsi que 23 Mosquito mettaient le cap sur quatre aérodromes allemands en Hollande, et un cinquième en banlieue de Berlin. Au même moment, une soixantaine de bimoteurs B-25 de la RAF bombardent tous les sites anti-aériens en Hollande, pour ne pas permettre au renseignement militaire de la Luftwaffe de déterminer les couloirs aériens que les Alliées voulaient ouvrir.

Premiers lâchers de parachutistes – La ligne de front le 14 Septembre 1944

Le 17 Septembre, les frappes se poursuivent sur certaines batteries anti-aériennes de Walcheren dans l'aube, avant de céder la place aux vagues de C-47 qui décollaient sur les bases anglaises du Hampshire, Berkshire, du Wiltshire et Oxfordshire: 2800 transporteurs, 1600 planeurs, escortés par 1200 chasseurs furent les premiers éléments qui transportent les trois divisions aéroportées. Des bimoteurs Mosquito servaient d'éclaireurs qui avaient pour fonction d'identifier les points de largage ou d'atterrissage par leurs pots de fumigènes produisant une fumée violette. Lorsque les formations aériennes alliées survolent la Hollande, certaines d'entre elles subissent des tirs anti-aériens. Le général Student avait établi son PC de fortune à Vught, petite ville sur la rivière Dommel. Vers midi, il est dérangé par les grondement des C-47 dont les formations triangulaires s'étalaient au-dessus de sa tête. Il grommela, medusé: si seulement j'avais de tels moyens à ma disposition... Il ordonne que tout soit mis en oeuvre pour déterminer les objectifs des attaquants; il n'attendra pas longtemps.

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Planeurs arrivés au sol – La course folle pour les ponts

Un des planeurs fut abattu par des tirs anti-aériens, tuant les soldats américains qu'il transportait. Une section allemande le fouilla et trouva un cartable contenant le plan et les cartes et toutes les étapes de Market Garden. Le cartable se retrouva sur le bureau de Student; ce dernier savait où les atterrissages avaient pris place, mais encore les endroits des futurs lâchers de parachutistes. Le maréchal Model s'aperçoit rapidement que de nombreuses grappes de parachutistes sont larguées au-dessus de la Hollande. Le général Bittrich reçoit de la Luftwaffe la confirmation qu'ils attaquent Nimègue et Arnhem. L'Opération Market Garden était si complexe que même si les Alliés avaient su que leur plan avait été découvert, ils n'auraient pas été en mesure de la modifier ou de la stopper. Initialement, les opérations commencent bien. Une nuée de C-47 lâche 7200 parachutistes de la 82ème Division aéroportée US au-dessus de Grave. Le 504ème Régiment de parachutistes avait eu pour mission de s'emparer du pont de Grave (image ci-contre) pour ensuite filer rapidement vers Nimègue. Vers 11H00, l'artillerie britannique déclenche un petit tir de barrage pour malmener un mince rideau de défenseurs allemands. Peu après, les éléments de tête du 30ème Corps de Horrocks s'ébranle et se fraie un chemin au pont de Joe et déloge les Allemands de leurs positions; mais ceux-ci font sauter le pont de Wilhelmine à Zon. La perte du pont, même si elle est vexante, pouvait être compensée par la construction d'un pont Bailey. C'est la tombée du jour qui retardera progression du général Taylor, en l'empêchant de faire la jonction avec le reste de sa division qui est en route vers Eindhoven. Entretemps, la 1ère Division aéroportée britannique de Urquhart a de la difficulté à atteindre son objectif. Il n'y avait pas de terrains propice à l'atterrissage de ses planeurs à proximité de la ville d'Arnhem. De surcroit, à cause du bris de nombreux cables, des planeurs se posent en catastrophe. Urquhart fit poser des planeurs dans des champs situés à dix milles du pont d'Arnhem.

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Jeeps dégagées de leurs planeurs américains et britanniques. 

Plusieurs planeurs contenant des Jeeps destinés à amener rapidement des sections sur le pont convoité s'écrasent accidentellement, ou sont victimes de tirs anti-aériens. Il perd le contact avec les planeurs contenant un peloton de Jeep du major Gough. La population hollandaise ralentit la progression des Britanniques. Elle est tellement heureuse de les voir arriver que les soldats se voient offrir de la nourriture, des gâteaux et du vin. A la villa d'Hartenstein, près d'Arnhem, le maréchal Model est dérangé à son déjeuner par la nouvelle que les paras britanniques ne sont qu'à quelques milles. Ce dernier évacua son PC en trombe et rejoint le PC de son subordonné Bittrich. Ce sont les officiers Britanniques qui vont s'installer dans la villa et dévorer son déjeuner.. La villa d'Hartenstein sera le PC de fortune de la 1ère Division aéroportée jusqu'au 26 Septembre.

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 La villa Hartenstein: hier et aujourd'hui...

La loi de Murphy

Celle-ci disait que "tout ce qui peut aller mal ira mal"... Avant la fin de l'après-midi, les officiers commandants constatent rapidement que l'opération semble compromise à cause d'un certain nombre de facteurs:

Bien que la quantité de renseignements acheminés par la résistance française et hollandaise fut considérable depuis le débarquement en Normandie. Il était difficile de trier, colliger, et analyser la crédibilité pertinente de chaque renseignement reçu. En revanche, les Alliés savaient parfaitement ce qui les attendaient en Hollande. Ce qui les a surpris, c'est la vitesse avec laquelle les Allemands avaient réorganisé certaines unités - comme la 9ème Division SS, surtout composée de fanatiques. Devant cette nuée d'avions et de parachutistes alliés, le général Bittrich sait quelles divisions SS sont disponibles au nord et à l'est pour colmater les coins les plus menaçants. Il envoie des éléments de la 9ème Division autour d'Arnhem, tout en consolidant des chars sur la rive allemande du Rhin devant le pont. Puis, il envoie des éléments de la 10ème Division à Nimègue. Beaucoup de ces soldats SS étaient des orphelins de guerre qui avaient perdu leur famille durant les bombardement en Allemagne et en Prusse orientale. Ils étaient surnommé les "Casques fous", car ils étaient persuadés qu'ils se survivraient pas à la guerre, et désiraient donner leur 150% pour infliger des pertes à l'ennemi. Leur devise ressemblait à ceci: apprécie la guerre pendant que c'est encore possible, car la paix sera terrible. Nimègue mis à part, les points de largage étaient situés à plusieurs milles des objectifs visés. Impatient de montrer de quoi ils étaient capables, les jeunes volontaires d'une unité motorisée SS ont lancé des attaques sporadiques contre les parachutistes alliés. Mais les trois premiers détachements SS furent repoussés et dispersés; il y eut plusieurs prisonniers. Mais les jeunes SS dispersés dissimulaient l'arrivée d'éléments plus expérimentés

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Soldats de la 10èeme Divison SS – Panzergrenadiers faits prisonniers

Le premier officier britannique à se rendre compte du danger fut le major Gough, qui essuya le tirs de mitrailleuses à Wolfheze. Gough vit aux jumelles qu'il s'agissait de semi-chenillés et de chars. Il tenta de les répasser en obliquant au nord, mais il se trouva bientôt arrêté lui-même sous le feu nourri de canons-mitrailleurs Oerlikon de 20mm et de mitrailleuses. Ce dernier préféra replier ses hommes dans les boisés et taillis. Une compagnie de paras perd la moitié de ses effectifs. Les communication n'avaient pas été établies, car les villes et les plantations de pins constituaient trop d'obstacles pour la faiblesse des postes de radio. Il devenait impossible de coordonner l'attaque alliée. Incapable de joindre ses commandants d'unités ni en phonie ni en graphie, le général Urquhart prend la décision qui s'impose: il va lui-même leur parler de vive voix. Lorsque Urquhart trouve le PC de bataillon du major Frost, il indique à ce dernier d'accélérer sa poussée vers le pont d'Arnhem. Il rejoint un autre subordonné, Fitch, et lui passe le même message. La jeep d'Urquhart essuie des tirs qui blessent son signaleur. Elle fut poursuivie par des soldats allemands. Les efforts du bataillon de Fitch sont contrecarrés par les Allemands, et il doit le replier. Quant à Frost, il arrive à Arnhem en fin d'après-midi. Surpris, les Allemands font sauter le pont ferroviaire avant qu'il ne soit pris. Frost arrive a proximité du pont routier et fait déployer les hommes de son bataillon sur les bâtiments avoisinants. Le pont ne semble qu'être défendu que par un bunker. Un subordonné demanda la permission de faire une charge frontale à la baïllonnette pour "enlever" le pont. Frost le permet, sans trop s'illusionner. Lorsque les Britanniques sont à 150 mètres, la mitrailleuse ouvre le feu, tuant quelques soldats et en blessant plusieurs autres; ils durent se replier (clip ci-bas). Mais cette charge a donné l'alerte aux Allemands. Mais sur la rive nord rien ne semble bouger.

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Britanniques dans un taillis – Le pont d'Arnhem – Un mauvais coup de dés

Durant la journée, les blindés du régiment Irish Guards progressent vers Eindhoven et font replier les parachutistes allemands du colonel Walther, aidés par des avions d'attaque au sol Typhoon. Sur le flanc gauche du 30ème Corps, les Welsh Guards du général Adair avait reçu l'ordre de ne pas progresser de nuit et attendre l'aube du lendemain. Walther profita de l'arrêt des Guards pour se déployer à proximité de leurs adversaires. Horrocks s'attendait à voir l'ennemi poursuivre sa résistance acharnée le lendemain. Dans ces conditions, ce fut une erreur de laisser les Allemands profiter de la nuit pour reprendre l'initiative. Grâce à l'obscurité, Walther réussit à renforcer son dispositif défensif devant Eindhoven avec des chars PZKW-V. Quant aux Britanniques sur la route d'Arnhem, ce fut aussi l'arrêt de la progression pour la plus grande partie de la colonne d'Urquhart. Durant la nuit du 17 au 18, Frost envoie deux soldats gallois pour neutraliser le bunker du pont d'Arnhem avec un lance-flammes. Ils s'en approchent, et au moment de l'arrosage, le porteur de lance-flammes est accidentellement bousculé par son copain et le jet de flammes touche une petite armoire de munitions située derrière le bunker: ce fut un beau feu d'artifice qui illumina le ciel (ci-bas). Frost devra attendre au lendemain... Quant aux unités de la 82ème Division aéroportée US, elle a atteint tous ses objectifs, mais n'a pas réussi à capturer le pont de Nimègue.

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Euh, oupps... – Chars Sherman du régiment Irish Guards

Le 18 Septembre  

Durant les briefings précédant Market Garden, les officiers et soldats alliés avaient été informés que l'opposition allemande ne consisterait qu'en "des jeunes et des vieux sur bicyclettes" qui ne seraient pas en mesure de s'opposer à une attaque massive. C'est avec stupeur que les paras alliés se sont retrouvé en face de deux divisions blindés SS; il avaient à se battre contre des chars et semi-chenillés avec peu de moyens antichars. Ce fut un choc supplémentaire de déstabilisation pour les attaquants. Malgré que Montgomery était informé des nouvelles dispositions allemandes, il croyait que les unités allemandes seraient incapables de lui opposer une résistance sérieuse devant une attaque aéro-terrestre massive. Même le commandant du 30ème Corps, Horrocks, n'a pas été informé. Les forces allemandes étaient non seulement nombreuses, mais déployées à proximité des attaquants. Les Alliés ne bénéficiaient plus de l'effet de surprise, et les différentes unités aéroportées étaient plus ou moins encerclées par les Allemands.

_Model_

Britanniques sur la "voie unique" Model scrute la carte Sun subordonné Bittrich

Sur un plan plus pratique, le Furhrer et son État-major avaient à prendre une décision sur les moyens de parer à l'assaut aéro-terrestre allié. D'abord, il fallait constater qu'il ne restait aucune division fraiche en réserve. L'armée de Student allait être renforcée par d'autres petites unités piquées ça et là sur le front occidental. Quant à Goering, piqué au vif par les déclarations insultantes d'Hitler, il pouvait encore proposer ce qui lui restait de parachutistes sous les ordres du général Mindl à Cologne - des recrues novices au début de leur entrainement. Un petit nombre de chasseurs réactés Me-262 étaient aussi prêts à être engagés dans les opérations. Le général Horrocks ordonne à ses Welsh Guards d'attaquer les défenseurs allemands à Eindhoven dès le lever du jour. Les combats durent toute la matinée contre quelques tranchées et des PZKW-V. Sur l'heure du midi, deux de ses auto blindées se glissent dans Eindhoven tandis que le gros de son infanterie continuait à batailler dans les boisés au sud d'Aalst. Ces véhicules font leur jonction avec d'autres parachutistes. Mais les effectifs des Welsh Guards sont repoussés par les soldats allemands supérieurs en nombre, en artillerie et en canons d'assaut. Horrocks est couvert dans son repli par quelques chasseurs-bombardiers P-47. 

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Un canon StuG à Eindhoven Parachutiste avec sa Lee-Enfield No.4 Matériel évacué d'un planeur

A Nimègue, les soldats de la 10ème Division blindée SS avaient repoussé de nuit les parachutistes du général Gavin groupés au sud du pont. Dans la matinée, la puissance de feu de ces SS obligent les paras américains à se positioner dans des maisons adjacentes au pont convoité. Gavin parvient à tenir et l'arrivée de son renfort d'artillerie a fait reculer les Allemands, mais sans toutefois réussir à les déloger du pont. A Arnhem, les parachutistes du major Frost qui occupaient les maisons flanquant le pont à capturer repoussent une attaque frontale faite par des semi-chenillés SS de la 9ème Division. Les Allemands sont pris par des feux croisés et sont forcés de se replier. Les semi-chenillés allemands goûtent aux projectiles anti-chars PIAT. Frost compte ses pertes et admet que sa position est précaire. Des petits groupes d'Allemands s'infiltrent dans la ville, échangent des tirs avec les parachutistes et parviennent à quasi-encercler le bataillon de Frost. Les subordonnés de Model, comme le général Bittrich, insistent pour que les ponts encore sous contrôle allemand soit détruits pour bloquer l'avance alliée. Pour Model, il n'en n'était pas question. Selon lui, les parachutistes étaient faiblement armés, et plus les défenseurs gagnent du temps, plus les paras alliés gaspillent leurs munitions et vivres, tandis que les renforts allemands sont plus nombreux et mieux armés. Devant le piétinement allié, Bittrich arriva à la conclusion que tout ce qu'il avait vu ne nécessitait pas de changer son plan. Model approuva.. Tout ce qui restait de la 10ème Division SS pouvait être utilisé contre Nimègue. Les troupes de Bittrich font reculer le bataillon de paras du lt-colonel Dobie à Oosterbeek.

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Comité d'acceuil pour parachutistes – Grenadier SS tué sur le pont d'Arnhem –- Bilan décevant après 24 heures

Dans la pagaille qui commençait à s'installer chez les parachutistes britanniques, le général Urquhart essaie d'envoyer des subordonnés remplacer les officiers tués dans les différents bataillons. En compagnie de son adjoint, le général Lathbury, et d'un officier de transmission, Urquhart courait dans les rues d'Arnhem. Il n'atteindra pas le PC de Frost. A ce moment un tir de mitrailleuse faucha Lathbury. Celui-ci, touché à la colonne vertébrale, s'effondra, paralysé. Les trois officiers le trainèrent dans une maison de la rue Alexander Straat occupée par un couple âgé. Tandis qu'ils examinaient le général en se demandant ce qu'ils allaient faire, le visage d'un soldat allemand apparait à la fenêtre. Sans perdre une seconde, Urquhart dégaine son pistolet Colt 1911-A1 de calibre .45 ACP et grêle le soldat de plusieurs balles. Le couple proposa de cacher le blessé. Urquhart dut se réfugier dans le grenier d'une maison devant laquelle était plantée un char allemand, et il réussit à rejoindre son propre PC plusieurs heures plus tard. Durant cette journée, les chasseurs de la Luftwaffe firent leur apparition et à leur grande surprise, sans être gênés par la chasse alliée. Mais ils n'eurent aucun avion à se mettre sous la dent car le décollage de la deuxième vague d'avions et de planeurs alliés a été retardée par le brouillard sur les côtes britanniques. Ces avions alliés n'apparaissent que dans l'après-midi. Ils transportaient la 4ème Brigade aéroportée britannique commandée par le général Hackett. En l'absence d'Urquhart, le général Hicks assure le commandement intérimaire de la 1ère Division aéroportée britannique. Il attend l'arrivée imminente de la 4ème Brigade et sait que l'arrivée de la brigade polonaise était prévue pour le lendemain. Mais les Allemands attendaient la brigade de Hackett: 5 avions C-47, 7 planeurs furent abbatus par les tirs anti-aériens. De surcroit, 20 chasseurs alliés furent également abbatus par la Luftwaffe, dont 6 par les Me-262 réactés. Un de ses bataillon est haché par les tirs allemands. Dès son arrivée au sol, Hackett envoya le 11ème Bataillon pour aider Frost à Arnhem. Cependant, ce bataillon sera malmené par les Allemands et il dut, tout comme celui de Fitch, se replier dans des boisés environnant la ville. Mais Hackett veut réattaquer le lendemain.

Les 19 et 20 Septembre

Cette journée semblait commencer comme la précédente: dans la confusion et l'incertitude. Les éléments du génie allié s'affairaient à déminer la voie unique et à construire deux ponts Bailey pour continuer la progression du 30ème Corps. Vers Arnhem, trois bataillons progressent sur la rive gauche du Rhin pour essayer de se faufiler dans la ville à la faveur du brouillard matinal. Mais lorsque la brume se disperse, ils sont attaqués par des feux croisés allemands et deux d'entre eux sont décimés. La progression de Horrocks et lente le long de la "voie unique". Les paras du 505ème Régiment US attaquent le pont routier de Nimègue, épaulés par les blindés des Welsh Guards britanniques. Cependant, les défenseurs allemands tiennent le coup et repoussent l'attaque.

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Rations parachutées aux Américains - Mortier britannique en action - Des allemands sont repérés

Terrés dans leurs maisons de Nimègue, D'Oosterbeek et d'Arnhem, les parachutistes alliés subissent des tirs d'artillerie particulièrement meurtriers qui restreignent leur liberté de mouvement. Lorsque les parachutistes essaient de progresser, ils doivent affronter des groupes de tireurs d'élite et surtout des mortiers allemands. Dans les combats de rue, le fracas des projectiles de mortier dispersent les soldats belligérants de chaque côté des rues - ils deviennent confus et les tirs accidentels sont nombreux.. De surcroit, les Allemands font intervenir leurs chars. Si les chars PZKW-IV peuvent être aisément neutralisés par le canon anti-char britannique tracté de 57mm ou 6 pounder (ci-bas à gauche), il n'en était pas de même pour les blindages des chars Tigre, Panther, et canons d'assaut StuG. De leur côté, les soldats allemands furent gênés par l'excellent petit obusier démontable Pack Howitzer de 75mm, dont la forte détonation effrayait souvent les Allemands car elle ressemblait à celle d'un canon de char.

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Le canon QF-6 insuffisant contre les panzers - Le Pack Howitzer en action - La dangereuse traversée du Waal...

A Arnhem, des tireurs d'élite, souvent munis d'armes à viseur télescopique, se postent sur les toits et dans les arbres et repoussent les attaquent de certains paras britanniques devant la gare et l'hôpital. Les chars allemands bloquent la progression des autres. Sur la rive nord du Rhin, les obusiers allemands arrosent impunément la ville. Durant la matinée, les parachutistes du 504ème Régiment de la 82ème Division aéroportée US traversent le Waal dans des embarcations pneumatiques de fortune pour prendre l'entrée nord du pont de Nimègue. Au même moment, les blindés Sherman et Cromwell des Welsh Guards britanniques progressent pour attaquer l'entrée sur du pont, via la route du Club. Bien que les mortiers allemands détruisent plusieurs canots, les Américains réussissent à traverser, à déloger les défenseurs du pont et ainsi prendre l'entrée nord. A 18H00, les chars britanniques passent le pont et font leur jonction avec les Américains. Le maréchal Model avait ordonné de ne pas détruire le pont de Nimègue, car il le jugeait indispensable pour une éventuelle contre-offensive allemande. Cependant, un de ses adjoints, le général Harmel, avait miné le pont et s'était donné l'objectif de le faire sauter si les Alliés le traversent. Quand Harmel ordonne l'explosion, les charges ne sautent pas. Le pont routier est pris et les sapeurs britanniques désarmorcent illico les nombreuses charges explosives (image ci-bas). Quant au point ferroviaire, il est pris par un autre bataillon de la 82ème. Mais il y a un os. Les parachutistes américains constatent avec incrédulité que les chars des Welsh Guards s'arrêtent, épuisés par la route et les combats. A ce moment, il n'y avait aucune défense allemande sur la "voie unique" entre Nimègue et Arnhem. Les tankistes britanniques craignaient les canons antichars allemands et ne voulaient pas avancer avant que leur infanterie ne les rejoignent. Outré, un major américain s'écria à un alter-ego britannique: Christ! Must you do everything by the book? Et ce dernier de répondre: Our orders are to wait for the infantry. When the'll get here, we'll move on. Mais le délai des Welsh Guards allait condamner les parachutistes britanniques assiégés dans Arnhem. La prise des ponts de Nimègue ragaillardit le général Urquhart. Mais ce dernier était presque encerclé à Oosterbeek et était plus occupé à sauver ses hommes et à espérer des renforts - qui n'arriveront pas...

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Les Américains à Nimègue - Sapeurs avec des explosifs désamorcés - Le général Sosabowski à Driel

Pendant que les Alliés dégagaient les ponts de Nimègue, la Brigade aéroportée polonaise est larguée sur le champ de Weserbrowning en banlieue d'Arnhem, afin d'aider Frost et ses hommes. Au grand malheur du général Sosabowski, les allemands occupent cet aire d'arrivée et mitraillent sa brigade durant sa descente: plus de 1200 tués et autant de prisonniers. Le général polonais arrive à se replier au village de Driel et y organise une attaque vers Arnhem. Mais il doit s'opposer à 2500 Allemands bien outillés. Qui plus est, comme la brigade polonaise a été larguée sur la rive nord, elle doit traverser le Rhin si elle veut aider Frost. Durant la nuit du 20 au 21, Sosabowski essaie de faire traverser le Rhin de nuit à 200 de ses paras dans de petits canots pneumatiques. Les Allemands s'aperçoivent de la manœuvre et les canardent. Sur 200, 56 réussissent à traverser le Rhin et 35 arrivent jusqu'à Frost, trop épuisés pour combattre.

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Le duo dynamique allemand: Harmel et Harzer - Généraux Ridgway et Gavin - Browning

Du 21 au 25 Septembre

Les Allemands font leur assaut sur Arnhem et délogent les paras britanniques des positions qu'ils occupent pour les repousser au sud de la ville. Il y a beaucoup de combats corps-à-corps dans les immeubles en ruines. Les canons d'assaut et les roquettes antichar individuelles Panzerfaust percent les murs et les soldats arrosent l'intérieur au lance-flammes. Pour Frost, c'est la fin: un obus de mortier le blesse aux deux jambes et il est capturé par les Allemands. Gough reprend en mains ce qui reste de son bataillon, qui sera capturé. Le bataillon de Frost se méritera 7 citations. Inutile de dire que la situation tactique aurait été très différente si les blindés du 30ème Corps avaient résolu leurs problèmes de mobilité. Les paras américains progressent plus lentement. Comme la route d'Arnhem est réservée aux Britanniques, les Américains utilisent les chemins de traverse; mais malheureusement, la liaison n'a pu se faire avec la RAF et les paras n'ont pu obtenir l'aide des Typhoon qui tournaient au-dessus du terrain. Au contraire, les Allemands eurent l'heureuse surprise de voir apparaître des Fw-190D intervenir pour eux dans le ciel!

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Le pont d'Arnhem après la bataille -Tigre II détruit à Oosterbeek

Ces avions refoulent temporairement les Américains.A l'aube, les blindés du 30ème Corps font leurs derniers efforts pour déloger les Allemands d'Arnhem. Ils sont arrêtés et refoulés au village d'Elst. Une dizaine de chars parviennent à faire leur jonction avec les Polonais, mais quatre d'entre eux sont détruits et les autres reculent temporairement. Urquhart se fait encercler à Oosterbeek. Durant cette journée, des transporteurs C-47 larguent des cylindres de ravitaillement qu'espéraient les soldats britanniques. A leur grande surprise, ils contiennent des bérets et des insignes de bérêts. D'autres containers sont largués sur des zones de terrain tenus par les Allemands. Les chars britanniques essaieront de se rapprocher d'Arnhem durant trois jours, au milieu de combats de mortiers, rien n'y fait. Les généraux Gavin, Taylor et Urquhart décident d'ordonner l'arrêt de l'offensive, à moins d'un mille de l'objectif. Ils ordonnent à leurs subalternes d'organiser un repli progressif, selon le modèle de "l'escalier".

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Britanniques parlementant avec des SS - Blessés et prisonniers - Blessés britanniques sur une Jeep capturée

Le 26 Septembre

Durant la nuit du 25 au 26, Urquhart appliqua l'ordre. A ses encerclés d'Oosterbeek, il demande à ses blessés de maintenir un certain niveau de tir contre leurs assiégeants de manière à couvrir le repli des autres en pleine pluie. De cette manière, les officiers anglo-américains réussirent à faire passer 2163 soldats sur la rive sud du Rhin, sur un effectif de plus de 8900 soldats et officiers. La Brigade aéroportée polonaise perdit 1000 tués, la 82ème Airborne en perd 1669, mais les pertes les plus élevées ont été dans la 101ème Brigade aéroportée avec 2074 tués. Sur les effectifs alliés au sol, le 30ème Corps britannique perdit 3302 tués. Les Allemands chiffent leurs pertes à 3400 tués dans leurs deux divisions SS. Du 17 au 30 Septembre, 1/3 des 34,876 parachutistes lâchés au-dessus de la Hollande furent perdus – comme blessés et prisonniers. La population d'Arnhem cacha plus de 250 parachutistes et les aidèrent à s'échapper: parmis eux, les généraux Hackett et Lathbury.

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26 Septembre: Filons à l'anglaise... - Nimègue est en ruines

Montgomery félicite Urquarth

C'est un général Urquhart épuisé et sale qui rejoint le PC du général Browning, dans la matinée radieuse du 26 Septembre. Browning lui dit qu'il avait parlé à son supérieur Montgomery, et que ce dernier était très "fier" de ce qu'avait accompli les soldats alliés. Deux jours plus tard, Urquhart reçoit une lettre de Montgomery lui disant qu'il avait beaucoup d'admiration pour sa division – qui n'existe plus. Un court passage en résume le ton: there can be few episodes more glorious than the epic of Arnhem, and those that follow after will find it hard to live up to the high standards that you have set. So long as we have the armies of the British Empire officers and men who will do as you have done, than we can indeed look forward with complete confidence to the future. In years to come it will be a great thing for a man to be able to say " I fought hard at Arnhem". Comme si cela ne suffisait pas, Montgomery va également décorer le général américain Gavin pour bravoure au feu.

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Gavin est décoré par Montgomery - Frost blessé est fait prisonnier

Anatomie d'un échec

L'Opération Market Garden ne fut rien d'autre qu'une "glorious failure"... L'échec déçut amèrement Eisenhower et il commença à douter sérieusement des capacités de Montgomery à la tête de son 21ème Groupe d'armées. Les relations entre les deux hommes se déteriorent et vont empirer, quelques mois plus tard. Ce dernier chercha un bouc-émissaire. Selon lui, l'échec anglo-américain a été causé parce que le SHAEF avait continué à ravitailler la 3ème Armée de Patton aux dépends de ses propres forces. Mais en fait, l'échec fut causé par un ensemble de facteurs pré-cités au sommet duquel la négligence cohabitait avec la sous-estimation de l'adversaire. Elle démoralisa les soldats alliés, car ceux-ci s'aperçoivent ne pourraient pas gagner la guerre en 1944.

C'était une opération organisée à la hâte et inutilement complexe pour un objectif tactique simple

Une opération trop ambitieuse pour les moyens logistiques requis. Ausis longtemps que le port d'Anvers n'était pas repris (23 Novembre), il était quasi-impossible de maintenir le ravitaillement et l'élan du groupe d'armées de Montgomery.

Elle va créer un saillant que Montgomery et Bradley seront obligés de tenir aussi longtemps que le port d'Anvers ne sera pas remis en opération.

Elle confirme, encore une fois, les qualités militaires du maréchal Model. Sa clarté d'esprit et son agressivité lui permit de concentrer les effectifs requis pour faire avorter l'opération alliée presque à son début.

Market Garden prouva également que la supériorité matérielle alliée ne pouvait à elle-seule garantir le succès d'une bataille; surtout, lorsqu'elle était combinée à de mauvaises tactiques, tout comme au mont Cassino.

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