Overlord

L'exécution de l'opération'Overlord, le 6 Juin 1944, a été l'opération la plus complexe de toute l'histoire militaire. Elle fut le résultat de trois années de conceptions, de discussions, de bouts d'essai, de coups de gueule, et d'efforts de planification englobant tous les volets économiques et logistiques. Overlord a deux volets: le débarquement lui-même (le Jour J), et les opérations pour quitter le périmètre de débarquement pour chasser les Allemands de Normandie. Elle permettrait aux Alliés occidentaux d'ouvrir le second front européen tant réclamé par Staline depuis deux ans. La planification de l'invasion du continent européen débute le 14 Janvier 1943 (voir dossier Plans de 1944) lors d'une rencontre à Casablanca entre Roosevelt et Churchill, alors que Staline réclame à cor et à cri l'ouverture d'un second front en Europe pour soulager l'Armée rouge qui supporte l'essentiel du poids de la guerre en Europe. Britanniques et Américains lancent en Juillet 1943 l’invasion de la Sicile. Mais alors que les Américains souhaiteraient lancer un débarquement au Nord-Ouest de l'Europe, pour atteindre plus vite le cœur industriel de l'Europe, Churchill les convainc de lancer un débarquement sur la péninsule italienne, qu'il juge être le ventre mou de l'Axe. Mais la campagne d’Italie lancée en Novembre 1943 est difficile et les Alliés ne progressent que très difficilement, rendant nécessaire un rapide débarquement dans le nord-ouest de l'Europe.

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Préliminaires

Les opérations préliminaires à l'exécution d'Overlord ont commencé à partir de la mi-Avril 1944, lorsque les forces de bombardiers quadrimoteurs américaines et britanniques ont été jumelées sous l'autorité de Leigh-Mallory. Eisenhower utilisa l'aviation alliée pour isoler le champ de bataille de Normandie. Tout le réseau routier et ferroviaire français, y compris les gares de triage et les ateliers de locomotives seraient bombardées. Malgré cela, il n'était pas chaud à l'idée d'utiliser des bombardiers pour tapisser de telles cibles, car il savait que les raids causeraient la mort de milliers de civils français – et que la propagande allemande en ferait ses choux gras (image ci-bas à gauche). Churchill était également très embarassé vis-à-vis de tels bombardements, mais comprenait que l'enjeu était crucial pour réussir le débarquement en Normandie. Ces bombardements avaient deux buts stratégiques:

1 – Ralentir et/ou arrêter les réserves ennemies – Bombardement systématique de tous les cantonnements, dépôts et bases allemandes sur l'ensemble du territoire français. Leigh-Mallory devait à la fois infliger un choc à Rundstedt sans lui dévoiler indirectement le lieu de l'invasion alliée. Les quadrimoteurs alliés tapissèrent des cibles le long de la Seine entre Paris et Rouen, et d'autres séries de cibles entre Anvers et Liège. Des gares de triage situées en banlieue de Paris furent également frappées: Trappes, Juvisy, Villeneuve St-George. Ces destructions alliées empêcheraient les unités mobiles de la 15ème Armée d'intervenir sur la rive gauche de la Seine, tout en laissant croire que la région du Pas de Calais serait la zone probable du débarquement.

2 – Couper les lignes de communication – Empêcher Rundstedt de renforcer les effectifs dispersés qui défendent la Normandie, incluant les trois divisions blindées basées entre Nantes et Hendaye et entre Perpignan et Menton. C'est pour cette raison que les B-17 américains ont occasionellement ravagés certains quartiers de Rennes et de Nantes. D'autres villes françaises comme Lyon, Avignon et St-Etienne ont été bombardés. Non seulement les communications routières et ferroviaires ont été sérieusement perturbées, mais la variété de cibles touchées partout en France augmentaient la confusion quant aux intentions véritables des Alliés: il y a certes des dommages, mais il y a surtout du "bruit" de guerre sur presque l'ensemble du territoire français

Le 4 Mai, le point de Gaillon s'effondre sous les yeux mêmes de Rommel.Tous les ponts sur la Seine capables de supporter des poids lourds furent détruits entre Paris et l'estuaire. La campagne de bombardement aérien contre l'infrastructure ferroviaire française fut un succès. Au début de Juin, le traffic fut ralenti à 85% dans les zones au nord de la Loire. Ce qui oblige les convois allemands à quitter prématurément le rail et d'emprunter des routes cabossées et souvent bombardées. Un trajet qui aurait pris deux jours prenait maintenant dix jours à cause de cette perturbation des communications. Une autre conséquense, innattendue, des bombardements alliés en France fut la difficulté d'acheminer le minerai de fer des mines de la Sarre jusqu'aux industries allemandes.

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Affiche de propagande allemande dénonçant les Alliés – Une des nombreuses gares de triage bombardées

Veillée d'armes

Dans les deux camps, la veillée d'armes du 5 au 6 Juin est mémorable. Depuis le 3, les deux belligérants doivent composer avec les caprices de la météo, toujours incertaine sur la Manche. Du côté allemand, la pluie maussade et les vents forts causant de fortes vagues avaient persuadé les généraux allemands – dont Rommel – qu'il n'y aurait aucune action militaire aéro-terrestre importante de la part des Alliés. Rundstedt est à son QG et lit ses romans policiers. Son subordonné, le général Salmuth de la 15ème Armée profite du mauvais temps pour réorganiser ses cantonnements endommagés par les raids aériens; le général Dollman de la 7ème Armée organise une rencontre de ses commandants de division à Rennes pour un atelier stratégique qui sera donné le 6, suivie d'une beuverie... Rommel quitte son QG pour Herrlingen en Allemagne, d'où il ira à Berlin pour rencontrer Hitler afin d'obtenir la permission d'utiliser certaines divisions blindées. Conséquemment, plusieurs commandants de division de la 15ème Armée sont épuisés par leurs tâches, et plusieurs autres de la 7ème Armée ne seront pas avec leurs hommes au moment du débarquement. Rommel apprendra la nouvelle du débarquement chez lui. Du côté allié, l'embarquement des premiers contingents avait déjà été effectué dès le 3 Juin. Pour les soldats alliés habitués à un cycle d'embarquements et de désembarquements lors des manœuvres d'entrainement, celui du 3 n'en n'était qu'un parmi tant d'autres. Cette fois, les soldats étaient balottés à l'ancre dans leurs navires et barges depuis presque trois jours. Lorsque les prévisions météorologiques annoncèrent une accalmie de 36 heures dans la Manche, Eisenhower réunit ses généraux à son QG de Sopwith House. Bien que la météo laissait encore à désirer, il donna le feu vert pour l'exécution d'Overlord à 16H15 le 5 Juin. Aux dires d'Eisenhower, la pièce où se tenait la réunion se vida de ses occupants en dix secondes… Trois heures plus tard, les premiers groupes de navires et de barges appareillèrent à la brunante pour se grouper près de l'île de Wright, pour ensuite naviguer de nuit vers leurs différents points d'attaque. Durant la nuit du 5 au 6, des messages codés étaient diffusés par la BBC aux différents groupes de résistants français; chacun était destiné à un groupe en particulier sur une mission de sabotage à accomplir. Une citation tirée d'un poème de Verlaine — blesse mon coeur d'une langueur monotone.. — devait annoncer à tous ces résistants que le débarquement aurait lieu à l'aube.

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Péniche de débarquement à Souhthamton – Eisenhower visite les paras de la 101ème Division – Le vers de Verlaine

L'action des aéroportés

Les premières attaques vinrent du ciel, précisément à 0H15. L'objectif des troupes aéroportées était de baliser l'arrière immédiat de la zone de débarquement pour éviter toute contre-attaque immédiate de la part de la péninsule de Cherbourg ou de la direction de Caen en direction des plages. Les parachutistes de la 82ème et de la 101ème Divisions aéroportées US furent larguées sur le village de Ste-Mère-Eglise, aux pieds de la péninsule de Cherbourg et sur la batterie de St-Marcouf. Pour cette phase de l'attaque, Eisenhower disposait de 867 planeurs transportant 27,000 hommes. Les planeurs de la 6ème Division aéroportée britanniques se posèrent le long de la rive de l'Orne afin de capturer le pont Pégase (Pesagus bridge) jugé indispensable pour faire passer les blindés alliés à l'ouest de Caen. Les éléments parachutistes britanniques dirigés par le major Howarth prirent facilement le pont Pégase et le défendirent toute la nuit contre deux petites contre-attaques allemandes. Mais beaucoup de parachutistes britanniques ont été éparpillés à cause d'erreurs de navigation de leurs transporteurs. Quelques paras furent capturés dans., la cour du QG du général Von Salmuth, estomaqué de cette visite si impromptue. D'autres planeurs eurent moins de chance; plusieurs furent taillardés en se posant de nuit dans des champs couverts d'asperges de Rommel.Certains se posèrent sans encombre mais trop éloignés de leur lieux d'atterrissage prévus pour que leurs parachutistes puissent participer ponctuellement aux combats préliminaires de la nuit. Dans la zone de parachutage américaine, les Allemands avaient inondés les marais de la Douve et de la Vire, et de nombreux parachutistes aboutirent dans ces marais, et prirent plusieurs heures avant de regrouper et passer à l'action. Parfois, les planeurs perdaient trop de vitesse et décrochaient vers le sol, tuant leurs passagers (image gauche). Vers 01H00, une compagnie de parachutistes américains fut lâchée au-dessus de Ste-Mère-Église, mais le saut fut trop court, et beaucoup de parachutistes tombèrent directement dans le village et ont été tués par les soldats allemands. Au nord de la Vire, les parachutistes américains essaient de contenir des petites colonnes de renforts allemands sur la rive droite de la Merderet. Bien qu'ils repoussent les Allemands, ils tombent sur des champs de mines allemands et plusieurs dizainnes d'hommes sont tués et des centaines sont blessés. Selon le général Ridgway, sur les 17,200 hommes de ces deux divisions, 15% d'entre eux sont déclarés "blessés" ou "manquants. La 101ème Division aéroportée US s'était dispersée dans un rectangle de 40 km de long par 25 de large.

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Le pont Pégase Planeurs posés dans les champs

Durant cette nuit-là, les Allemands ne purent interpréter les actions des aéroportés: Rundstedt dort. Les succès des parachutistes alliés s'expliquent partiellement par l'incertitude allemande. On signalait des parachutistes dans toutes les directions. Il était impossible de savoir l'importance des effectifs ennemis. Contre qui se battre? Les paras s'efforcent de rester invisibles, et n'engagent le combat que lorsqu'ils se trouvent face aux Allemands. Ces derniers ne savent pas ce qui leur arrive. Les paras coupent les fils téléphoniques et tuent les estafettes en moto. Le commandant du 84ème Corps à St-Lô, le général Marcks, fut le seul à conclure à l'imminence d'un débarquement. A 01H30 appela l'adjoint de Dollmann à Le Mans, le général Pemsl, pour lui faire part de l'activité ennemie, et ce dernier mit la 7ème Armée en état d'alerte. Marcks alerta lui-même les bunkers sur les plages normandes A 3H00, cinq planeurs britanniques se posent devant les ponts de BénouvilleIl y eut là-aussi des échanges de tirs d'armes légères durant la prise de ces objectifs. Ces ponts sont pris une demi-heure plus tard et déminés. A 4H00, un bataillon aéroporté britannique commandé par le lt-colonel Otway attaqua la batterie de Merville, car celle-ci peut tirer sur la plage Sword. Cette fois, les Allemands avaient été prévenus et résistèrent: plus de 70 parachutistes furent tués, mais les Allemands se rendirent: 22 prisonniers sur une garnison de 130 hommes. Les parachutistes canadiens parviennent à faire sauter cinq petits ponts sur la Dive. En somme, les actions des parachutistes avaient partiellement réussies: elles avaient bon an mal an "sécurisées" (ou insécurisées) la zone immédiate du débarquement, causé de la confusion et de la perturbation chez les Allemands. Cependant, ces paras étaient incapables de mener une action coordonnée.

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Le célèbre parachutiste de Ste-Mère Église Commémoration de la prise du village en 2004

Le débarquement

A l'aube, la flotte d'invasion alliée arrivait près des plages. Depuis la veille, 5339 navires de tout types et jauges – dont 4126 transporteurs – s'étaient formés sur dix colonnes. Elle progressait, protégée par une noria de ballons de barrage pour contrer les attaques aériennes en piqué. Le segment initial destiné à l'attaque était composé de 1213 navires, dont plus de 200 navires de guerres et une centaine de drageurs de mines. De ces navires de guerre, une trentaine de croiseurs et de cuirassés devaient fournir l'appui-feu nécessaire; de surcroit, de nombreuses barges avaient été munies de rampes lance-roquettes à la manière des Katyushas soviétiques, afin de faire du tir de saturation à courte distance. Quant aux tirs de ces gros navires de ligne, il serait dirigé par des avions. Tel que décrit dans le plan Overlord, les deux groupes d'armées alliés devaient débarquer leurs unités sur un littoral de 52 milles de long en deux secteurs, un américain, l'autre britannique. Cinq bouts de plage furent identifiées:

* Utah et Omaha seront laissées aux Américains

* Sword Gold et Juno aux Britanniques et Canadiens

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La flotte d'invasion alliée – Bradley observe le pilonnage naval

La 1ère Armée US, commandée par le général Bradley, devait débarquer à 6H30 sur ses deux plages. Une compagnie de Rangers US devait escalader la Pointe du Hoc à 7H10 pour neutraliser des batteries navales de 150mm. Quant à la 2ème Armée britannique, commandée par Montgomery, elle devait débarquer à 7H30 sur ses trois plages. A 06H00, les navires de ligne alliés ouvrent le feu contre leurs objectifs. Le pilonnage dura 25 minutes. Une bonne partie des fortifications de fortune et des petits ouvrages bétonnés furent détruits – parfois littérallement enterrés – par un déluge d'obus de 12", 14" et 15". Plusieurs champs de mines allemands sautèrent en grappes; des obstacles furent soufflés; quelques bunkers renforcés sautèrent; les communications allemandes entre les bunkers et les PC de Caen et de St-Lô furent coupées; de nombreuses tranchées allemandes furent nivelées; des bouts de routes côtières furent labourées et devinrent impassables. Le tir naval de gros calibre fut si intense que plusieurs obus tombèrent en banlieue de Caen, ce qui sema une commotion dans la population civile. Les batteries allemandes de Villerville – devant Le Havre – et du Cap Barfleur furent sévèrement tapées par 200 salves d'obus de marine.

A 6H30 les barges des 4ème et 9ème Divisions d'infanterie US s'ébranlent vers la plage Utah. Elles sont précédées par le tir de calibres moyens des destroyers et des barges lance-roquettes. Sur certaines barges de matériel, des soldats avaient montés des obusiers M1 de105mm. Ils ouvrirent le feu nourri de saturation à moins de 400 mètres de la plage (clip ci-haut), soufflant les pillboxes allemands peu nombreux. Devant cette puissance de feu dirigée sur un espace restreint, la 4ème Division US n'aura que peu de pertes: 71 tués et 126 blessés. Dans la soirée du 6, cette division sera débarquée intégralement (21,328 hommes, 1742 véhicules, et 1950 tonnes de matériel). Elle progressera de 5 milles, relèvera les paras américains de Ste-Mère-Église et isolera la base de la péninsule de Cherbourg contre toute contre-attaque allemande.

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Le commentaire d'Eisenhower – Débarquement réussi sur la plage Utah

Le débarquement américain à la plage d'Omaha demeure un événement amer dans l'histoire militaire américaine, car il aurait facilement pu tourner au désastre. Bien que les bunkers et tranchées allemandes avaient été malmenées, les défenseurs allemands provenaient d'éléments de la meilleure division de la 7ème Armée: la 352ème. Ils déblayèrent leurs débris et remirent leurs mortiers et leurs affuts de Nebelwerfer en batterie. Omaha était la plage la plus fortement défendue de toute la zone côtière s'étendant de Caen à la Pointe du Hoc.Outre les ouvrages détruits et soufflés, les Allemands diposaient de 85 nids de mitrailleuses encore intacts, et une vingtainne de petits bunkers renforcés, dont certains étaient munis de canons antichars Pak-40 de 75mm Du côté américain, la 1ère Division US (la Big Red One) du général Huebner avait reçu l'ordre de capturer la route d'Isigny-Bayeux-Caen. Mais la résistance allemande bien organisée bloqua ses régiments sur la plage durant de nombreuses heures. Après le pilonnage des gros navires et des destroyers, les barges américaines se rapprochent d'Omaha, précédées de chars Sherman amphibies (appelés DD Shermans). Sur les 20 chars de ce types lancés à l'assaut, 10 heurtent des tétradères immergés et se font ballotter par des vagues de 1.5 mètres qui les font couler. Lorsque les premiers groupes d'Américains débarquent, ils sont pris sous un feu croisé de mortiers, de Nebelwerfer (image gauche) et de mitrailleuses. La situation se gâte rapidement. Morts et blessés jonchent la plage; et, il devient difficile pour Huebner de coordonner ses assauts. Les canons de 75mm allemands frappent de nombreuses péniches, dont certaines explosèrent.

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Les feux croisés furent meurtriers à Omaha

Les pertes causées par le tir des mortiers allemands étaient importantes. A 10H00, le général Bradley recevait les premiers rapports de l'action sur les plages. A Omaha, la 1ère Division US avait près de 2000 tués et l'équivalent en blessés. Tandis qu'à Utah, les unités américaines progressaient aisément. Les débris de ces péniches s'accumulent le long de la plage d'Omaha au milieu des morts et blessés, ce qui complique l'arrivée de d'autres péniches. Incapables de bousculer ces amas de ferrailles, certaines péniches chargées d'hommes débarquèrent là où elles le pouvaient; d'autres devaient attendre avant d'aller à la plage, en tournoyant autour de leurs transports de troupes. Plusieurs furent endommagés par le tir des canons allemands, de même que quelques transports. Pis encore, un muret antichar bétonné bloquait le passage de la plage d'Omaha et il était fortement défendu (image ci-haut). Il était hors de question que les destroyers essaient de le percer étant donné la densité des troupes déjà débarquées. Huebner se cramponnait à une mince bande de plage entre le village de Colleville et le Hoc.

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Section du muret antichar bétonné d'Omaha – Explosion du muret antichar bétonné

La marée commençait à monter et compromettait les chances de maintenir cette tête de pont. Le brigadier-général Cota, de la 29ème Division US, parvient – dans un élan d'adrénaline – à lancer un message désespéré aux hommes qu'il l'entouraient: écoutez-moi, il y a deux sortes d'hommes qui vont rester sur cette plage: ceux qui se sont faits tuer et ceux qui vont se faire tuer, maintenant, maniez-vous les fesses! Cota refusait à la fois la reddition et le ré-embarquement. Il envoya un certain nombre de sapeurs installer des charges de plastic pour faire sauter le muret. Plusieurs se firent tuer, mais la base du muret fut miné et à 13H00, une forte détonation de plusieurs centaines de livres de plastic ouvrit une brèche dans le muret – soufflant plusieurs défenseurs allemands. Les Américains se ruèrent dans la brèche, et prirent les villages de Colleville, Ste-Honorine et St-Laurent. A la fin de la journée, la 2ère Division US atteignait Isigny, tandis que les 1ère et 29ème Divisions US font leur entrée dans Bayeux: la première ville française à être libérée. A 16H00, des segments de la plage d'Omaha furent dégagés des débris de péniches et tétradères, ce qui a permit le débarquement du matériel lourd de ces divisions. Les Américains firent également de nombreux prisonniers - des soldats aguerris de la 352ème ou des volontaires russes ou polonais sous l'uniforme allemand (ci-bas).

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Premiers prisonniers allemands – La plage d'Omaha est sécurisée

Le débarquement américain devant la pointe du Hoc débuta à 7H10. Il avait pour objectif de neutraliser une batterie de canons de 150mm qui menaçait de saturer les plages d'Utah et d'Omaha. Les bunkers avaient été malmenés par des raids aériens antérieurs, mais sans faire de dommages significatifs. La hauteur des falaises ne permettait pas aux destroyers de détruire ces bunkers de plein fouet. L'US Army opta pour utiliser trois compagnies de Rangers pour escalader la falaise, neutraliser l'opposition et détruire ces canons. Ces soldats avaient reçu un entrainement de commando, et ils avaient faits leurs preuves sur les pitons rocheux italiens longeant la vallée du Liri. Ils pouvaient endurer des épreuves qui auraient faits craquer n'importe quel sodat appelé ou régulier. Cependant, l'espérance de vie des Rangers n'était pas très élevée. L'US Army les considèrent comme "sacrifiables". Pour escalader la falaise, les Rangers disposaient de mortiers-grappins (clip ci-bas) reliés à des cables pour amorcer l'escalade. Les Rangers étaient contraints d'attaquer de face contre des Allemands qui leur balançaient des grenades du haut de la falaise. Les pertes furent élevées: sur 480 Rangers lancés dans cette attaque, 160 furent tués et presque autant blessés. Les deux bunkers bétonnés furent attaqués de flanc et neutralisés à la grenade. C'est avec dégoût que les Rangers découvrirent qu'il n'y avait aucune pièce lourde d'installée dans les bunkers conquis au prix de leur sang. Quelques heures plus tard, les pièces de 150mm furent découvertes dans un verger à deux milles à l'arrière, et elles furent détruites au plastic.

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Lancement des grappins sous le feu ennemi – La pointe du Hoc

Le pilonnage naval des plages britanniques fut donné par la Royal Navy: 500 obus de 15" et 3500 de 6" saturent les plages de Gold, Juno et Sword. Le cuirassé Warspite fit une présence très remarquée des Allemands. Les débarquements britanniques commencent une heure plus tard que ceux des Américains. Il faut comprendre que le débarquement en France n'avait pas la même signification pour les Américains que pour les Britanniques:

a) Américains = Une croisade dans laquelle s'affirme la puissance de l'Amérique

b) Britanniques = une revanche pour exorciser le syndrome de Dunquerke

A 7h25, les unités britanniques débarquèrent sur la plage Gold entre les villages de Le Hamel et La Rivière. Les trois bunkers casematés furent détruits par le tir du croiseur Ajax. A La Rivière, la résistance fut brève mais se tut lorsque des pillboxes ennemis furent neutralisés. A Le Hamel, la résistance allemande est plus vigoureuse et ne cessera qu'à 16h00. Le Régiment du Hampshire perdit 200 tués sur la plage, mais lorsque l'équipement lourd fut débarqué, il progressa jusqu'à Arromanches à 21H00

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Débarquement sur la plage Gold – Débarquement sur la plage Juno

La plage Juno fut attaquée par le 1er Corps britannique commandé par le lt-général Crocker. La 3ème Division canadienne débarqua entre La Rivière et St-Aubin et essaya de progresser jusque vers l'aérodrome de Carpiquet, à 17 km de la plage. Entretemps, la 3ème Division britannique débarqua dans le secteur de Riva-Bella et Ouistreham dans le but de faire sa jonction avec les parachutistes de la 6ème Division aéroportée, puis foncer sur Caen. Ces plages étaient séparées par 8 km de rochers impropres à un débarquement. Selon le plan de Montgomery, le 1er Corps de Crocker devait supporter le poids des principales contre-attaques allemandes et de tenir le coup pour permettre aux Américains d'attaquer vers le sud à partir du Cotentin. Bien qu'ayant consolidé leur têtes de pont, les généraux britanniques se demandent comment ils pourraient endiguer les assauts anticipés de la 21ème Division blindée – avec ses 146 chars et 50 automoteurs StuG – , la seule unité blindée stationnée près de la côte. Juno ne permettait pas un débarquement à marée basse, comme sur Utah et Omaha. L'eau était suffisamment haute pour permettre aux péniches de soldats britanniques et canadiens de surnager légèrement les obstacles et tétradères ennemis. Mais sur 24 péniches qui ont repris la mer pour aller chercher de nouveaux hommes à débarquer, 20 furent coulés par ces obstacles. Les Canadiens progressèrent rapidement malgré une forte résistance allemande à Bernières, et qui provoqua un embouteillage monstre dans cette petite ville, de 9H30 à 15H. Malgré tous leurs retards, les Canadiens avaient progressé de 11 km à l'intérieur des terres. Avec les Britanniques de Gold, ils tenaient un périmètre de débarquement de 19 km de large par 11 km de profondeur. N.b pour l'effort canadien, référez-vous au dossier Canada dans la guerre.

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Débarquement à Sword – Britanniques prograssant vers l'intérieur

Bien que le débarquement à Sword a été plus facile, il y avait eu de durs moments. Plus de la moitié des chars amphibies DD Sherman ne parvint pas au rivage: ils coulent comme des briques après 4km de navigation, et cela était presque toujours fatal pour leurs équipiers. Les autres chars d'assauts franchissent facilement les obstacles de bois. Des troupes se rendent; bien qu'elles portent l'uniforme allemands, elles parlent russe ou polonais. Dans le village de Colleville – pas celui de la plage d'Omaha –, les cantonnements allemands avaient si durement été bombardés par les avions alliés depuis un mois que beaucoup d'artilleurs allemands se rendent facilement. A 7H30, les deux péniches de débarquement portant le commando français de Kieffer subissent le gros de la résistance allemande sur un point fort de sa défense. Dans la confusion, les Français perdent beaucoup d'hommes mais réussissent à pousser à l'intérieur. Dans l'après-midi du 6, ils prirent le petit port de pêche de Ouistreham.

La réaction allemande

Depuis le début d'Overlord, tout se passait comme si le débarquement en Normandie n'était qu'une petite opération de diversion:

Le général Von Salmuth est persuadé que les Alliés vont débarquer au Pas de Calais.

Rundstedt est surpris, et ordonne d'envoyer deux divisions blindées dans le secteur de Caen: la 21ème DB et la 12ème SS, sans toutefois croire qu'il s'agit de la véritable invasion.

Le général Jodl, de l'OKW, croit que l'action des parachutistes alliés n'est que la manifestation d'un raid aéro-terrestre important, et non pas d'une invasion.

À 9H00, le général Pemsel ne sait pas qu'il ya eu un débarquement réussi sur Utah.

Il faudra attendre à 10H00 pour que l'OKW admet qu'il y a des indices importants permettant de penser qu'un important débarquement a eu lieu. Dès lors, il fallait réveiller Hitler; mais une fois réveillé, le furhrer fit sa petite scène bruyante et ne prit aucune décision. Devant sa colère, on ne lui parla même pas du refus de Jodl de libérer la 21ème Division blindée et la 12ème SS. Lorsque Rommel apprit la nouvelle du débarquement, il renonça à se rendre à Berchtesgaden. Il n'attendait plus rien de Hitler. Il était trop tard. Ce n'est qu'à 16h30 que l'État-major de la 7ème Armée apprend le débarquement sur la plage d'Utah. Une heure plus tard, Hitler et l'OKW acceptent de transférer la 21ème Division blindée et la 12ème SS sous les ordres de la 7ème Armée. Cependant, leur montée au front est retardée de dix heures par les mauvaises routes et par la présence aérienne alliée.

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Combats à Ouistreham – Les commandos français de Kieffer prennent un bunker fortifié

Durant la journée du 6 Juin, la Luftwaffe fut pratiquement invisible dans le ciel de Normandie. Quant aux Alliés, ils firent plus de 15,000 sorties et perdirent 120 appareils, presque tous par des tirs anti-aériens mais quelques-uns par accident. La marine allemande ne prit pas la mer pour s'opposer à l'armada alliée, sauf trois vedettes rapides lance-torpilles. Le reste fut dissimulé dans les abris à cause de la supériorité aérienne et navale ennemie. A 23H00, le Mur de l'Atlantique était crevé sur 50 km. A Omaha, quelques batteries allemandes tirent encore sur les plages. A la Pointe du Hoc, les Rangers sont encore sous le feu de groupes épars.Les plages britanniques s'étendaient à peu près sur la moitié du périmètre de débarquement projeté. Les parachutistes de la 6ème Division aéroportée britannique étaient dans une situation précaire, car les Allemands amorcent des contre-attaques pour leur enlever leurs ponts. Bref, le 7 Juin à 0H00, la situation était telle que les deux belligérants envisagaient l'avenir avec optimisme. Les Alliés considéraient que le plus dur tait fait, qu'ils avaient pris pied partout.

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La pointe du Hoc est finalement sécurisée Évacuation des blesses vers l'Angleterre

Le Cotentin

Les plages de débarquement sont liées le 10 Juin, ce qui permit aux Alliés de construire leur premier port artificiel devant Arromanches. Comme prévu, la jetée artificielle fut créée par le sabordage volontaire de vieux rafiots, et la centaine de caissons creux dits "phoenix" fut alignée perpendiculairement au rivage, et coulée. Le débit des camions et matériels lourds débarqués quotidiennement s'accrut jusqu'au 18; le lendemain, le mulberry d'Arromanches fut gravement endommagé par une tempête, mais remis en service quelques jours plus tard. Selon le plan d'Overlord, la reconquête de la péninsule du Cotentin et du port de Cherbourg seraient les premiers objectifs du groupe d'armées américain commandé par le général Bradley, et spécialement par son 7ème Corps (90ème et 91ème Divisions) commandé par son subalterne Collins. Du côté allemand, le Cotentin était défendu par cinq divisions sous-dotées appartenant au 84ème Corps commandé par le général Marcks. Lorsque ce dernier fut tué par un chasseur-bombardier américain, il fut remplacé par le général Von Choltitz. En plus d'être sous-dotées, les divisions de Choltitz étaient partiellement composées de volontaires russes et polonais. Le commandant de l'une de ces divisions, le général Schlieben, dit à Choltitz: croyez-vous sincèrement que des Russes sous l'uniforme allemand vont se battre férocement contre les Américains? La moitié d'entre eux ont des problèmes auditifs et les autres se plaignent de leurs estomacs. La moyenne d'âge était entre 35 et 42 ans. Choltitz essaya de faire de son mieux avec ce qu'il avait en mains.

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Le mullberry d'Arromanches – La situation tactique au 10 Juin

Avant son décès, le général Marcks avait organisé la défense de la péninsule du Cotentin pour mener des combats retardateurs selon le principe dit de "l'escalier". Il espérait ralentir une attaque ennemie sur différentes positions pour ensuite contre-attaquer lorsque les attaquants seraient essouflés. De son côté, Bradley ne voulait pas trop perdre de temps dans cette péninsule et laisser Montgomery subir le choc d'une éventuelle contre-offensive allemande. Son subordonné Collins envoya son corps d'armée à l'attaque le 14 Juin et laissa le gros du travail à son adjoint, le général Eddy. Au grand dam de Choltitz, ses premiers échelons défensifs cèdent rapidement devant les poussées américaines à St-Sauveur et Barneville. Les attaques aéro-terrestres américaines sont bien coordonnées sur une topographie semi-clairsemée. Les P-47 malmènent les défenseurs allemands. La seconde ligne de défense cède plus difficilement. Les villages de Pieux et Valognes sont pris. Mais avant de prendre Cherboug, il falait déloger les Allemands de Carentan, petite ville portuaire située au pied de la péninsule dans la vallée de la Douve. Sa population en 1944 était de 4000 habitants. Quatre routes et une voie ferrée convergaient vers cette ville qui liait le port de Cherbourg aux villes de Bayeux et Caen à l'est. L'endroit était tenu par les Allemands qui occupaient des positions en hauteur, et ces derniers avaient inondé la plaine de Douve pour gêner l'inévitable arrivée des Alliés. Les Allemands disposaient de deux bataillons de parachutistes commandés par le général Von der Heyte, et du 1058ème Régiment qui avait échappé èa l'encerclement du village de St-Come du Mont, le 8 Juin. Rommel avait ordonné à Von der Heyte de tenir cette ville à tout prix. Heye pouvait aussi compter sur des éléments de la 17àme Division blindée SS basée à Thouars; un de ses régiments, le 37ème, avait été envoyé à Carentan, tout comme quelques compagnies de volontaires ukrainiens. La tâche de prendre Carentan sera confiée à la 101ème Division aéroportée US.

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Parachutistes de la 10ème Division – Ces Waffen-SS à Carentan seront des clients redoutés

Les Américains croyaient que la ville était peu défendue et optent pour l'encercler des deux côtés. Le 10 Juin, un des régiments de la 101ème Division, le 502ème, se porte prèes de la rivière Douve et se fait tirer dessus par des pièces de 88mm. Il pasa la rivière de nuit à 1H45 mais il se fait de nouveau accrocher par des tirs de mitrailleuses et fusées éclairantes. Durant l'avant-midi, Il y a encore d'autres tirs de mitrailleuses, si bien que le 502ème perd la moitié de son effectif, et l'endroit est surnommé "Purple hear lane". Cette contre-attaque allemande, quoique vigoureuse, ne réussit pas à déloger les GI's de la 2ème Compagnie du 502ème — surnommée la "Easy Company" — qui arrosent les Allemands de tirs d'armes légères et de petits mortiers. L'arrivée d'une poignée de chars Sherman repousse les Allemands (ci-bas à gauche). Le 11, un lieutenant du nom de Cole se rend maître des deux côtés d'une route qui mène vers Carentan durant une attaque nocturne, ce qui lui vaut la médaille d'honneur du Congrès.

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La contre-attaque allemande est repoussée – Obusier M7 américain à Carentan

Le 12, le général Hodges délègue à son subordonné McAuliffe les ressources pour prendre. A 06H00, la ville est attaquée par le nord par deux compagnies de paras du 506ème Régiment. Les défenseurs allemands se dispersent et les Américains atteignent le centre de la ville. Ils consolident leurs positions dans l'après-midi mais sont menacés par des éléments de la 12ème Divisions blindée SS. fort heureusement, ces engins sont repérés et détruits par les avions alliés. La ville est finalement prise le 13 par des unités de la 2ème Division blindée US qui arrosent l'ennemi du tir de leurs automoteurs M7 Priest. La route de Cherbourg est ouverte. C'est a Cherbourg que la résistance allemande devient plus importante. Collins ordonne un raid de B-17 et de B-25 pour "ramollir" les défenseurs; ils furent ramollis, bien sûr, mais de nombreux civils français ont été tués. Les Allemands sont serrés dans une nasse le dos à la mer. Le 20, Collins ordonne aux Allemands de se rendre, mais sans réponse. Hitler avait ordonné à Choltitz de tenir "à tout prix". Collins ordonna aux bimoteurs B-25 de revenir pour le raisonner. Aprèes deux raids aériens et trois jours de combat, Choltitz ordonne à son subordonné Schlieben et au contre-amiral Hennecke de gagner du temps afin de permettre aux sapeurs de faire sauter le port, avant de se rendre aux Américains. Schlieben envoie des émissaires pour négocier. Le 27 Juin, le port explose et le dernier îlot de résistance capitule le 3 Juillet.

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Combats de rue à Cherbourg – Le port explose

La destruction du port de Cherbourg n'a pas empêché les alliés de terminer l'installation de leurs pipelines sous-marin Pluto. Son terminal devient fonctionnel le 16 Juillet et les cargos américains peuvent débarquer du frêt à Cherbourg une semaine plus tard. C'est sur cette note que l'opération Overlord s'achève. Une entreprise immense, préparées durant de longs mois, s'était exécutée dans des conditions très médiocres. Les Alliés ont enfin réalisé leur débarquement en Europe occidentale au grand plaisir de Staline pour qui il était plus que temps que les Alliés se grouillent. Cependant, les Anglo-Américains se retrouvent avec un autre problème sur les bras: comment venir à bout des défenseurs allemands qui utilisent le terrain dans la défensive? Comment percer vers la Seine alors que la villede Caen et son carrefour routier sont encore entre les mains des Allemands? Et, surtout, comment s'harmoniseront les rapports entre les Britanniques et les Américains durant la phase suivante de l'offensive alliée?

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