L'Arakan

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L'Arakan est une région à la fois montagneuse, boisée et vallonnée, avec des crêtes de 2000 pieds en moyenne qui s'étirent parallèlement à la côte sur près de 200 milles. Une bande côtière à peu près carrossable s'étend de Maungdaw jusqu'à l'extrémité de la péninsule de Mayu. La rive Est du fleuve Mayu est constitué de champs marécageux de bambous. Il y a deux chaines de monts Arakan: la première est à l'Est du fleuve Mayu et tombe brutalement dans le fleuve Kadalan d'où s'étend une plaine; la seconde est située plus à l'Est et parallèlement à la première. Durant la saison sèche, les pistes forestières sont carossables pour les véhicules, de même que les plages en marée basse. Mais durant la mousson, il tombe plus de 200 pouces de pluie, et la région est un paradis de maladies tropicales. C'est avec des effectifs épuisés et inexpérimentés de la 14ème Division indienne que Wavell ordonne au général Irwin d'attaquer la Birmanie dans l'Arakan. Le 21 Septembre 1942, cette division partit de Chittagong en Inde et longea la péninsule de Mayu. Le village de Bawli fut pris, et les Japonais ne perdirent pas de temps pour organiser une résistance (voir carte). Les généraux Irwin et Lloyd – patron de la 14ème Division indienne – allèrent affronter la meilleur unité d'infanterie japonaise basée en Birmanie: le 213ème Régiment, sous le commandement du colonel Miyawaki.
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Première offensive
La progression japonaise se passe bien. A la mi-Octobre, Miyawaki improvisa une ligne de défense appelée Ligne Buthidaung pour retarder les Britanniques, mais leurs déplacements sont lents. Les axes de progression de la 14ème Division sont divisés en ligne de crêtes difficiles à franchir. Des premiers combats retardateurs ont lieu en Novembre et les Britanniques parviennent à repousser les Japonais vers Buthidaung. En Janvier 1943, la situation aérienne devenait précaire pour les Japonais car les 2/3 de leur couverture aérienne fut transférée dans le Pacifique. Bien que la progression britannique piétinait sur terre, elle était compensée par la supériorité aérienne en effectifs. Le 224ème Groupe de la RAF disposait de six escadrilles de Hurricane, deux de bombardiers légers Blenheim et une de chasseurs-bombardiers Beaufighters: 125 appareils au total. Mais c'était une unité aérienne sans aucune bombe à lâcher sur un ennemi, et elle ne pouvait faire que peu de choses contre les Japonais. Le colonel Miyawaki parvint à ralentir et à stopper la progression des unités alliées sur la péninsule Mayu durant 13 semaines avec seulement 2 bataillons d'infanterie. Durant toute l'année 1943, la RAF n'a donné qu'un soutien moral en Arakan par la présence de ses avions et le son de ses moteurs.
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La topographie ralentit les Britanniques – Grenade au phoshore contre un bunker japonais
Le chasseur Hurricane ne faisait pas le poids dans les combats aériens contre le chasseur A6M Zéro japonais, et la RAF n'avait aucun moyen de soutenir son offensive, ne serait-ce que pour ravitailler ses unités. Dans son offensive, le général Lloyd ne savait pas où frapper. Devant la décision de son supérieur Irwin d'attendre que l'île d'Akyab soit occupée, Lloyd perdit trois semaines dans son calendrier opérationel. Lorsqu'il fut prêt pour réattaquer, le colonel Miyawaki s'était déjà replié plus au sud, obligeant Lloyd à tenter de le rattrapper et à s'éloigner de ses bases. Les Japonais avaient déterminé que leur ennemi manquait de cohésion et de détermination. Ils harcelèrent les deux brigades de tête de Lloyd par des attaques au mortier et des charges banzai de nuit qui surprirent et effrayèrent les soldats indiens inexpérimentés. Les Japonais firent en sorte de paraître plus nombreux que deux bataillons. Lloyd essaya à quatre reprises de prendre les villes de Rahtndaung et Donbaik le 19 Janvier, mais échoua avec de fortes pertes.

La première offensive désastreuse dans l'Arakan
Réalisant le danger britannique, le patron de l'armée japonaise en Birmanie, le général Iida, ordonne l'envoi de la 55ème Division d'infanterie du général Koga de Chine en Arakan. Le 22 Janvier, Koga ordonne à Miyawaki de continuer sa résistance à Rahtndaung et Donbaik le temps qu'il termine le déploiement de sa division. Informé, Irwin et Lloyd ordonnent à la RAF de bombarder les colonnes japonaises sur la piste de Pakokku. Plus important encore, les Japonais occupèrent l'île d'Akyab avant que les Britanniques ne puissent y débarquer. Le général Iida croyait que Koga consoliderait ses positions, mais ce dernier s'aperçoit que les 6 brigades indo-britanniques de Lloyd progressaient séparément en colonnes isolées par des rivières et petits cours d'eau.
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Progression le long d'un cours d'eau – Blessés attendant d'être évacué
Koga vit une excellente opportunité de glisser ses forces entre celles de Lloyd pour les contre-attaquer et les vaincre une par une. Koga visait à isoler ces brigades avancées de la ville de Donbaik, toujours assiégée par le reste de la 14ème Division indienne. Churchill ordonna que Lloyd écrase "l'opposition insignifiante" tapie dans Donbaik. Le 21 Février, la contre-attaque japonaise fit replier rapidement les Britanniques de la péninsule Mayu et sur la rive Est du fleuve du même nom, tuant 300 soldats – surtout indiens – et en blessant le double. Après plusieurs semaines de combats de chouans, les Japonais reprirent Indin et les Britanniques furent contraints d'abandonner une partie de leur matériel lourd et leurs mules. En un mois, Koga avait complété l'isolement et la destruction des unités ennemies qu'il avait ciblées. Avec son régiment d'artillerie et ses 7 bataillons d'infanterie, Koga avait vaincu 7 bataillons britanniques et 10 indiens – soit l'équivalent de 4 brigades. Devant la retraite britannique, Koga demanda à son supérieur Iida s'il pouvait continuer à attaquer jusqu'à la mousson. Iida lui donna carte blanche. Obligé de retraiter, le général Irwin limogea le général Lloyd et le remplaça par le général Lomax. Entretemps, un corps d'armée indien fut créé et commandé par le général Slims, ce qui mit le général Irwin dans l'obligation de faire preuve d'initiative. Slims ordonna à Lomax de disputer la Ligne Buthidaung pour fixer sur place quelques unités japonaises. Le général Koga fit de même pour occuper Lomax sur la côte, puis divisa ses 6 bataillons pour contre-attaquer cette même Ligne Buthidaung.
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Combats rapprochés – Le pont de Gwâ
De nombreux combats rapprochés ont eu lieu à l'arme automatique et à la grenade. La-dite ligne tomba entre les mains des Japonais le 2 Mai. Lomax improvisa une coulée pour attirer les Japonais dans un piège, mais ceux-ci attaquèrent sur son flanc nord et Lomax ne put refermer le piège; ses troupes étaient pas assez entrainées pour comprendre la nature du piège; leur moral était à plat. Slims réalisait que ses forces ne combattaient pas bien en jungle et proposa à son supérieur nominal – Irwin – de leurrer les Japonais sur du terrain plat où la RAF pourrait lancer ses bombes. Irwin refusa, et la 14ème Armée indienne dut se replier jusqu'à son point de départ en Inde, abandonnant une grande quantité de matériel et de véhicules derrière elle.
Bilan
La première offensive en Arakan prit fin le 23 Mai 1943. Elle coûta 1700 tués, 3000 blessés et 300 prisonniers. Churchill blama sévèrement le général Wavell qui, à son tour, limogea Irwin pour le remplacer par Slims. Il critiqua la piètre performance des officiers juniors indiens dans le feu de la bataille et se méfiera de la capacité combattive des soldats indiens dans les combats de jungle. Sur le plan stratégique, la première offensive n'a rien donnée sur le plan stratégique:
Le but et les objectifs étaient irréalisables, compte tenu des moyens et du moral.
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Seconde offensive
Les Britanniques comprennent désormais qu'ils ont besoin d'une solide infrastructure logistique et aérienne pour mener une seconde campagne militaire conventionnelle en Arakan. Les troupes devront s'emparer et tenir certaines parcelles de territoire birman sur lesquelles peuvent être aménagés des terrains d'aviation et des dépôts de vivres et de munitions. Avec la mise sur pieds du commandement inter-allié SEAC dirigé par Mountbatten, ce dernier avisa Slims de mieux choisir ses unités d'infanterie. Ainsi, Slims opta pour les soldats Gurkhas népalais. Quant aux autres unités d'infanterie placées sous son commandement, elles reçurent plusieurs semaines d'entrainement en combats de jungle afin de les familiariser avec cet environnement hostile et putride. Slims disposerait à la fois de la supériorité aérienne ainsi que d'un support naval côtier pour acheminer certains matériels lourds. Il lança sa deuxième offensive en Décembre 1943 par un débarquement côtier à Maungdaw effectué en même temps qu'une progression côtière effectuée depuis l'Inde.
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B-25 bombardant des position japonaises – Durs combats au col de Nyakyedank – Soldats de la brigade Est-Africaine à Ruywa
Les Britanniques n'eurent pas de mal à prendre Bawli, Wabyin, Goppe, pour ensuite entrer dans la plaine d'Arakan située entre les chaines du même nom. L'appui aérien des bimoteurs B-25 fut très utile et efficace pour pilonner les positions et cantonnements japonais et faciliter la progression de la 7ème Division indienne commandée par le général Messervy. Durant tout le mois de Janvier 1944, les effectifs britanniques contrôlèrent des parcelles de territoires birman qui devinrent rapidement des enclaves. Entretemps, les Japonais s'apercurent rapidement que les mouvements britanniques produisaient des enclaves égrainées comme une grappe de raisins sur plus de 300 milles et décidèrent de les contrer par une attaque rapide.
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Positions britanniques encerclées par les Japs
Le plan japonais pour 1944 était de les attaquer via les hauteurs du Chindwin et de couper leurs lignes de communication. La réduction de ces enclaves devait se faire peu de temps avant le début de l'offensive japonaise en Inde contre Kohima et Imphal. Attaquer les Britannique en Arakan permettrait peut-être d'acheminer des renforts britanniques plus au sud et permettre la réussite de l'offensive japonaise en Inde. Les Japonais attaquent les enclaves britanniques le 3 Février avec deux divisions regroupant six brigades. Au début, tout se passe bien pour les Japonais. Ils frappent simultanément les Britanniques à plusieurs endroits, traversent le fleuve Mayu et s'emparent de tous les chalands et barges ennemies. Ils prennent le pont Brisaco, et attaquent le QG de Slims à Sinzweya. Mais l'entrainement de jungle que Slims avait donné à ses hommes montra ses dividendes. Une unité britannique captura le PC de guerre du général Tanahashi et met la main sur son segment "administratif" avec tous les documents de sa division et les plans de l'attaque. Le enclaves britanniques furent informées des tactiques japonaises et elles résistent fermement aux assauts japonais. Cette fois, l'appui et le ravitaillement aérien fait la différence. Les avions alliés s'en prennent à tout mouvement ennemi observé des airs et ravitaillent par parachute les assiégés. Les Britanniques avaient le livre de la procédure radio japonaise et cela leur permit de faire perdre aux généraux japonais le contrôle de leur contre-attaque. Décontenancés, le général Sakukai commandant la 7ème Armée fit intervenir ses avions pour déloger ses ennemis récalcitrants; quelques sorties de bombardiers Ki-21 perturbent temporairement le momentum britannique, mais la RAF les chassent rapidement du ciel. Le 27 Février, Sakukai abandonna sa contre-attaque, et ce fut la fin des espoirs japonais de déloger les enclaves britanniques, et celles-ci devinrent permanentes. Sakukai avait perdu 3500 tués, ce qui ragaillardit le moral des troupes indiennes et ouest-africaines engagées dans cette deuxième offensive en Arakan. Slims reçut en renfort 7 bataillons de soldats ouest-africains, 5 bataillons de Gurkhas et 18 bataillons britanniques pour exploiter le retrait japonais.Ce sera l'Opération Talon, qui constitua la phase finale de l'offensive britannique en Arakan (ci-bas).
Bilan
La seconde offensive britannique en Arakan avait un but stratégique tout à fait discutable, c'est-à-dire celui de concentrer des forces japonaises dans une zone géographique déterminée afin de faciliter la progression des efforts sino-américains du général Stillwell ainsi que ceux des Chindits de Wingate en Birmanie centrale. Elle avait réussie à contrôler une certaine partie du territoire birman, mais surtout, elle permit aux troupes indiennes de remporter la victoire qui leur était nécessaire pour leur estime de soi dans l'effort allié contre les Japonais.
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