Koursk

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La bataille de Koursk fut le plus grand affrontement aéro-terrestre de l'histoire militaire. Plus de deux millions d'hommes y prirent part, avec plus de 6000 chars et 30,000 pièces d'artillerie. L'issue de cette bataille décidera du sort de la guerre européenne. Après quelques succès et plusieurs revers, les Allemands et les Soviétiques étaient à la croisée des chemins quant à leur avenir militaire. Ils allèrent opposer la plus grande concentration de moyens militaires jamais vue jusqu'à ce jour. Cette bataille inquiétait Hitler au point qu'elle "lui retournait l'estomac". Elle va durer 50 jours et nuits, sans accalmie. Cette fois, il y aura un définitivement un vainqueur et un vaincu. Elle permettra èa l'URSS de reprendre définitivement l'initiative sur le front de l'Est, de chasser les Allemands de Russie et de les refouler jusqu'à Berlin. Désormais, la Wehrmarcht ne parviendra plus à reprendre l'offensive. Dèes la fin de 1943, il apparaît clairement que l'Allemagne nazie a probablement perdu la guerre.
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Préparatifs des belligérants
En 1943, les Allemands reconnaissent qu'une victoire militaire globable sur l'URSS devient improbable, surtout depuis les pertes qu'a subie la Wehrmacht depuis 1941. L'industrie soviétique est pleinement lancée dans une guerre totale contre l'envahisseur. L'industrie allemande commence à subir les contrecoups des premiers bombardements stratégiques. Dans un premier temps, les généraux allemandes encore sous le choc de la défaite de Stalingrad, misent sur une posture défensive inspirée de la Ligne Hindenburg de 1918. Cependant, d'autres généraux ne veulent pas rester sur la défensive devant la montée en puissance des réserves soviétiques, et ils veulent attaquer le plus tôt possible: c'est le cas de Von Manstein. Ce dernier favorise une attaque préventive en direction de la petite ville ferroviare de Koursk dès que la météo printannièere le permettra – ce qui aura pour effet de compliquer le mouvement des réserves soviétiques et de cogner sur des unités ennemies qui n'avaient pas eu le temps de consolider leurs positions. En Mars, le plan Citadelle (voir plans 1943) est approuvé. La 9ème Armée de Model attaquera le saillant de Koursk par le Nord à partir d'Orel pendant que la 4èeme Armée blindée de Hoth et le détachement renforcé de Kempf sous le commandement de Manstein attaqueraient par le sud depuis Bielgorod et Kharkov. Lorsque le-dit saillant sera conquis, les deux armées seront autorisées à poursuivre leurs opérations de manièere autonome vers le Don.
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Sur Manstein et Joukov – Sur les options de l'Armée rouge à Koursk
A partir du printemps 1943, il devenait évident pour quiconque pouvant lire une carte que le saillant soviétique de Koursk serait l'objectif probable pour une nouvelle offensive allemande. La Stavka n'avait même pas besoin de faire des hypothèses concernant les intentions allemandes, car elles lui étaient connues. Lorsque les Soviétiques furent bien renseignés sur les intentions militaires allemandes pour l'été 1943, ils ne préparèrent pas d'offensive contre le saillant allemand du Donetz, mais décidèrent de s'opposer à celle que Von Manstein préparait contre Koursk. L'un des principaux informateurs soviétiques étaient Rudolf Roessler, surnommé "Lucie", à partir de ses contacts privilégiés en Suisse. Selon les sources actuellement disponibles, la Stavka savait tout des intentions allemandes depuis Avril, soit 15 jours avant qu'Hitler ne signe sa Directive No.6. Même en dépit de renseignements favorables, l'Armée rouge était dans une bien meilleure posture pour infliger un revers décisif aux Allemands qu'auparavant. Ses effectifs surclassaient ceux des Allemands dans une proportion de 3 contre 2, contrairement à 1.1 contre 1 à Stalingrad. Le 21 Avril, l'espion Lucie achemina une copie de la Directive No.6 à la Stavka. Dès qu'il fut confirmé que l'offensive allemande serait tributaire d'un nombre important de chars et de leurs avions, la Stavka ordonna une vaste campagne de production de leurs avions d'attaque au sol IL-2 et de leurs bombardiers légers Pe-2. Durant le printemps-été 1943, le taux de production soviétique allait surpasser celui des Allemands. Comme le dégel printannier n'était pas achevé, cela donna des délais supplémentaires pour produire l'armement, concentrer des troupes et le matériel dans le saillant, ainsi qu'au nord et au sud de ce dernier.
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Rokkosovsky et Joukov –Tétradères de bois rapidement aménagés
En plus de préparer le saillant de Koursk en le hérissant d'ouvrages défensifs, la Stavka a pu avoir tout le temps requis pour planifier sa propre offensive anticipée de 1943. La destruction des forces allemandes serait suivie d'une offensive jusqu'au Dniepr. L'Armée rouge avait une supériorité de 2 contre 1 en artillerie sur l'axe anticipé de l'assaut allemand, soit 19,300 canons et obusiers de tout types, et 920 rampes lance-fusées Katioucha mobiles ou fixes que les Allemands surnommaient les Orgues de Staline. Les formations blindées des deux Fronts disposaient de 3300 chars et automoteurs d'artillerie. Pour les acheminer dans le saillant et à proximité, des routes improvisées furent construites en Avril et Mai par 305,000 travailleurs civils ainsi que des bataillons disciplinaires de l'armée. Une voie ferrée reliant Voronej à Karstornoié fut construite en hâte; elle permit d'acheminer les chars et le matériel directement à Koursk. Chaque tranchée antichar était parsemée de bunkers qui contenaient de 3 à 5 canons, ainsi qu'une demi-douzainne de mortiers de 82mm. Dans les secteurs particulièrement vulnérables, les bunkers et pillboxes étaient plus grands, plus épais et recouverts de terre boueuse; ils pouvaient être munis jusqu'à 12 canons chacun.
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Distribution d'armes à des partisans – Sur les arrières des Allemands à Koursk
Tel que mentionné dans les Plans de 1943, le dispositif soviétique à Koursk n'était non seulement important en front, mais également en profondeur: soit 175 km de l'avant à l'arrière. Il y avait six ceintures successives antichars entrecoupées de champs de mines. Elles avaient pour fonction de ralentir, d'absorber et de stopper les attaques aéro-terrestres du genre de celles que les Allemands avaient livré avec succès depuis 1940. Il y avait 1600 mines antichars et 1700 mines anti-personnelles au kilomètre: six fois plus que devant Moscou; quatre fois plus qu'à Stalingrad. Pour l'équipage d'un véhicule blindé, la mine antichar est l'ennemi le plus redouté (clip ci-bas)
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Efficacité d'une mine antichar — La tactique allemande du "coin blindé"
Le renforcement de la défense soviétique n'était qu'une partie des préparatifs entrepris. Il s'avérait tout autant nécessaire de contrecarrer au maximum les mouvements de troupes et de matériel allemands dans les zones occupées; cette tâche fut confiée aux unités de partisans encadrés par des officiers de l'Armée rouge. Bien que les Allemands avaient été gênés par des partisans depuis 1941, l'action des bandes de guérrilla laissait à désirer, car celle-ci n'était pas coordonnée. Les partisans agissaient en petits nombres, sans direction centralisée, souvent pour régler des différents régionaux. L'URSS mettera plus de deux ans avant d'assurer son autorité sur les différents mouvements de partisans, dont les Ukrainiens, peu chauds à l'idée de coopérer avec Staline. Dès que ces groupes furent bien tenus, l'Armée rouge les réarma, surtout avec des armes allemandes capturées (ci-haut). Les opérations de guérrilla des partisans furent aiguillées par les avions soviétiques et frappèrent le ravitaillement allemand sur les routes et chemins de fer. La "bataille du rail" débute le 26 Mars lorsque les partisans firent sauter le grand pont rail sur la Desna. Plus de 400 attaques fructueuses furent menées contre les locomotives et les ponts dans les zones dites allemandes. C'est le Groupe d'armées Centre qui dut supporter le fardeau de les prendre en chasse.
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Partisans capturés fusillés – Kluge et Model discutent fort
Du 12 Mai au 6 Juin, cinq opérations allemandes anti-partisans furent menées avec succès, tuant 3150 partisans et récupérant 1200 armes légères et de 3 chars. Des prisonniers furent capturés, mais les combattants sans uniforme ne sont pas protégés par la Convention de Genève, et la plupart furent fusillés (ci-haut). Cependant, l'action des partisans avait nécessité la mise en œuvre d'importantes unités de deux armées allemandes, qui furent enlevées du front et qui ne purent être incluses dans l'ordre de bataille pour le plan de Koursk. De surcroit, l'insécurité sur les arrières allemands devenait inquiétante. Un caporal écrivait ceci à sa femme: nos trains roulent une journée complète, mais trois autres jours doivent être consacrées à la réparation des voies car les partisans font tout sauter. Hier, ils ont provoqué une collision entre un express et un train de permissionnaires..
Effectifs et tactiques soviétiques
Pour s'opposer à la 9ème Armée allemande de Model au nord du saillant de Koursk, le général Rokossovky disposait de 6 armées – même si l'on tient compte que chacune d'elles n'équivalaient qu'à un corps d'armée allemand. Au sud du saillant, le général vatoutine disposait 6 autres armées aux 2 armées de Von Manstein. Contrairement aux Allemands qui n'avaient pas de réserves, les généraux soviétiques pouvaient compter sur un groupe d'armées complet. En ce qui concerne les forces aériennes, les Soviétiques n'avaient qu'un léger avantage sur leurs adversaires: 2650 contre 2500. Au grand total, Joukov commandait une force de 1.3 million d'hommes, et plus de 20,000 obusiers, canons et lance-roquettes. Si une ceinture défensive devait céder partiellement ou totalement, la seconde prendrait le relais par un feu nourri. Ces ceintures faisaient également un feu croisé sur des axes de passage obligés. Pour neutraliser les chars allemands, un commandant de batterie peut concentrer jusqu'à 10 canons antichars sur le même véhicule. Les tactiques russes combinaient les ingrédients de la Première Guerre mondiale avec l'armement de la Seconde Guerre mondiale. L'aviation tactique – appelée souvent "aviation frontale" par les Russes – ferait des raids "préventifs" contre les concentrations allemandes, en particulier leurs chars, avant que la bataille proprement dite ne débute. Lorsque le mouvement allemand serait en branle, il y aurait de violents barrages d'artillerie. Lorsque des chars allemands sauteraient sur des mines, ceux-ci seraient achevés soit par des canons antichars, soit par des fantassins munis de mines magnétiques. Lorsque les attaques allemandes seraient suffisamment endiguées, les Soviétiques lanceraient leurs chars et automoteurs pour batailler et repousser leurs adversaires. Les meilleurs équipages de chars avaient été regroupés dans des unités d'élites dites de Garde.
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Le char T-34/85 – L'automoteur antichar SU-85
A partir de l'automne 1942, la production de matériel militaire soviétique ne fut limitée qu'à quelques types d'engins destinés à être produits en très grande quantité. L'outil de guerre qui sera le plus produit durant 1943-4 est l'avion d'attaque au sol IL-2 surnommé Stormovik: pas très bon, pas très rapide et peu maniable, il pouvait encaisser des tirs qui auraient haché n'importe quel autre avion. Staline le considérait aussi important "que l'air ou le pain": 40,000 exemplaires seront produits. Le chasseur Yak-3 dominera l'espace aérien au-dessus de Koursk; il est aussi performant en moyenne altitude que les meilleurs appareils allemands. Le bombardier léger Petlyakov 2 malmènera les convois de camions allemands autour du saillant, il sera piloté par de nombreux équipages féminins. La production de chars avait été augmentée et centrée sur le T-34, dont la version de 1943 est produite avec une tourelle triplace et un nouveau canon aussi puissant que ceux des derniers modèles allemands: le T-34/85. Une centaine d'exemplaires de pré-production seront introduits pour y être testés mais la production en série ne débutera qu'à l'automne 1943. En revanche, sa version à casemate fixe dite "tueuse de chars" qui utilise le même chassis: le SU-85, sera disponible en masse pour défendre le saillant. N'oublions pas que les avions et chars soviétiques sont conçus pour la production en série, ne possèdent que peu de pièces, et sont très fiables par toutes les températures.
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Le général Joukov et ses adjoints – Le général Koniev et son adjoint Zakharov
Avant la bataille de Koursk, l'Armée rouge avait subie des transformations pour lui donner sa pleine capacité offensive. A partir de Décembre 1942, Staline la considérait suffisamment fiable pour approuver les réformes requises pour la professionaliser pleinement:
Cependant, les Soviétiques ne disposaient pas d'engins semi-chenillés pour transporter leur infanterie, si bien qu'une partie de celle-ci était montée sur des chars, aussi longtemps que possible. En cet été 1943, l'Armée rouge atteignit un niveau de plus en plus élevé dans son commandement, tout grades confondus. Sa plus grande qualité était la perméabilité de ses officiers, toujours disposés à apprendre et à se perfectionner. Le général allemand Dittmar affirme que les Russes pouvaient se permettre des erreurs à cause de l'immense supériorité de leurs réserves, ce qui n'était pas le cas des Allemands. Cette Armée rouge reconstruite et fanatisée sera plus résistante que l'armée tsariste de 1914. Pour la troupe mieux habillée et mieux nourrie, la guerre était une simple question de survie durant les combats: c'est toi ou moi! La discipline était plus rigoureuse que du temps des tsars. Voici le genre d'ordres aveuglément obéis que les Allemands interceptaient par radio: pourquoi n'attaquez-vous pas? Je vous ordonne pour la dernière fois d'attaquer ledit village, faute de quoi je crains pour votre santé… Les colonels soviétiques se font souvent brasser par leur hiérarchie: votre régiment n'est pas en position. Attaquez immédiatement, à moins que vous préfériez perdre la vie. C'est ainsi que les Allemands vont comprendre la dure fermeté de leurs adversaires retranchés à Koursk. Ainsi, l'Armée rouge de 1943 n'a plus rien à voir avec ces masses dépenaillées et effrayées qui s'étaient rapidement disloquées devant les poussées allemandes de 1941-2. Autour et dans le saillant de Koursk, chaque armée soviétique de premier échelon s'égrainait sur trois zones défensives dénommées principale, seconde et arrière, comprenant des aires de départ pour les chars et l'infanterie. Pour éviter que le saillant soit bombardé par la Luftwaffe, les Soviétiques disposaient d'assez de chasseurs pour s'assurer la maitrise locale du ciel entre Orel et Biégorod.
Effectifs et tactiques allemandes
Les perspectives de pénétrer un dispositif aussi profond par des percées aéro-terrestres sur fronts étroits, largement distantes les unes des autres étaient fort aléatoires et, comme chaque mettre carré du saillant avait été photographié par les avions de reconnaissance, les généraux allemands étaient parfaitement conscient de la difficulté de leur tâche. Pour l'attaque du saillant à partir d'Orel, le général Model décida de retourner à la tactique de combat traditionnelle qui utilise l'infanterie et l'artillerie pour ouvrir des brèches dans les lignes russes, ce qui permettra aux blindés de se frayer un chemin. Model savait ce que procédé avait très bien fonctionné pour Montgomery à El Alamein. L'ennui de cette tactique, c'est que la puissance de choc des blindés ne serait pas utilisée et compliquerait l'attaque allemande dès son début. A Biélgorod, les généraux Hoth et Kempf se trouvaient sous l'autorité directe de Von Manstein. Ils disposeraient de la plus importante force de chars d'assaut jamais confiée à des officiers allemands: 9 divisions blindées sur un front de moins de 16 milles. Ces divisions étaient des unités de l'armée régulière ou de la Waffen-SS. Tout comme les divisions blindées de la Garde soviétique, les divisions SS étaient pourvues des meilleurs matériels en quantités largement supérieures aux allocations normales, et leur personnel était soigneusement sélectionné.
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Train régimentaire de PZKW-V Panther – L'avion d'attaque au sol Ju-87G
L'année 1943 marqua un tournant pour la production des armes allemandes. Beaucoup d'engins de guerre démodés avaient été discontinués et la production s'était concentrée sur une certain nombre d'engins. Cependant, l'industrie allemande connaissait mal les méthodes de production en série, et les matériels produits demeuraient des engins coûteux, de qualité, et fort complexes. La seule exception était le chasseur-bombardier allemand Fw-190 qui sera l'appareil des combats aériens sur le front de l'Est en 1943: simple, peu coûteux, maniable et très performant. L'avion d'attaque au sol était la dernière version du vénérable Stuka: le Ju-87G (image haut à droite), spécialement conçu pour la lutte antichar. Il est muni de deux canons de 37mm en-dessous des ailes.
Plusieurs centaines de ces appareils combatteront de Koursk jusqu'au Dniepr. Ce sera l'appareil de l'as allemand d'attaque au sol Rudel. Au grand dam des généraux de blindés, la production allemande de chars s'était progressivement tournée vers la production en série des canons d'assaut StuG, construits à partir de chassis de chars démodés. Mais pour affronter les chars soviétiques, les tankistes allemands avaient conçu deux nouveaux types de chars d'assaut. Le premier était le PZKW-VI, surnommé Tigre, et construit par l'ingénieur Porsche. Un engin lourd, massif, complexe, et qui montait le canon rapide de 88mm qui s'était avéré si efficace contre les T-34 soviétiques. Il n'était pas très mobile, mais pouvait pointer rapidement sa tourelle triplace et neutraliser facilement un adversaire. Pour combattre le T-34 sur son propre terrain, l'industrie allemande produit le PZKW-V, surnommé Panther, mis au point par les ingénieurs de la MAN à Nuremberg.Ce char s'inspirait du T-34 dans sa conception: armure angulaire, chenilles larges, diésel puissant. Cependant, son système de visée était plus adéquat que sur les modèles soviétiques; le canon utilisé pouvait neutraliser plus de 4 pouces de blindage à 800 mètres à angle de 90 degrés: aucun char au monde ne pouvait résister à son nouveau type de projectile très rapide de 75mm. Le grand défaut de ces deux nouveaux chars allemands était qu'ils allèrent être introduits au combat sans avoir été testés. Hitler ordonna que la protection des Panther soit augmentée, ce qui retarda la date du déclenchement de l'Opération Citadelle de plusieurs semaines. Un engin décevant fut introduit à Koursk sans être testé: l'automoteur antichar Ferdinand (image gauche). Il était très bien protégé pour encaisser des coups; il portait le même tube de 88mm que le char Tigre, mais il était peu mobile et ne disposait d'aucun armement secondaire pour le protéger des fantassins. Un engin intéressant à Koursk fut le canon automoteur Wespe qui portait l'obusier standard de 105mm. Il pouvait accompagner les fantassins et les protéger de leur feu.
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Le char PZKW-VI Tigre – L'automoteur StuG-IV
Cependant, faible partie du parc blindé allemand disposait des chars Tigre et Panther. Le char allemand principal de la bataille de Koursk fut le vieux PZKW-IV avec son canon allongé. Peu blindé mais assez mobile, il pouvait encore être utile entre les mains d'un équipage expérimenté. Les unités du général Model disposaient d'un grand nombre d'automoteurs StuG munis du même canon long de 75mm que le PZKW-IV. La Wehrmarcht acheminait ses meilleures unités au nord et au sud du saillant. les généraux allemands ne s'objectaient pas à concenter un si grand nombre d'unités car l'enjeu était à leurs yeux important et temporaire: briser le plus grand nombre d'unités blindées soviétiques. Après plusieurs kriegspiels, la tactique de combat est révisée au profit d'une approche de carapace pour encaisser le choc des défenses ennemies: le panzerkiel ou coin blindé.
Les chars s'avanceraient comme une succession de coins d'acier:
Hoth et Kempf espéraient que le fait d'enfoncer une série de ces coins dans le système défensif soviétique suffirait à casser celui-ci. Les chars d'assaut seraient beaucoup plus utilisés comme des pieux ou des béliers mécanique que comme un fer de lance. Il n'était plus question d'utiliser les blindés comme des engins autonomes, car les tactiques soviétiques imposaient de tenir fermement les bords de chaque pénétration allemande; les chars devaient être protégés par l'infanterie, les armes d'appui et l'aviation, du moins, dans la phase initiale de l'offensive. Les équipages de chars allemands avaient reçu des ordres stricts de ne s'arrêter en aucun cas, même pour aider un autre char. Aussi longtemps qu'ils pouvaient rouler, les chars devaient pousser vers leurs objectifs. Dans le cas ou certains blindés seraient immobilisés, ils devaient continuer le combat sur place et tirer uniquement contre les positions qui feront ralentir les mouvements allemands. L'infanterie se chargerait de ces points de résistance. Le but de ces instructions était de garder la force blindée aussi dynamique que possible pour qu'elle puisse percer les ceintures défensives soviétiques et éviter de s'enliser dans un combat statique. Cependant, la puissance des défenses antichars soviétiques condamnerait à mort tout véhicule immobilisé à la suite de bris mineurs. L'ordre de bataille final de l'Opération Citadelle présentait une puissance immense. La 9ème Armée de Model du Groupe d'armées Centre, déployait sur un front de 27 milles 6 divisions blindées, 2 motorisées et 12 d'infanterie. Le Groupe d'armées Sud de Manstein disposait de forces encore plus importantes: la 4ème Armée blindée de Hoth avec ses 5 divisions blindées, 1 motorisée et 3 d'infanterie; le Groupe Kempf avec 3 divisions blindées et 3 d'infanterie. Le total des forces allemandes attaquantes le long de 80 km de front ne devaient progresser que de 45 km pour isoler le saillant de Koursk. L'artillerie disposait de 10,000 pièces, dont de nombreux nouveaux lance-roquettes Nebelwerfer de 150mm. Les Luftflotte 4 et 5 disposaient de plus de 2500 avions. La Wehrmarcht disposait de 900,000 hommes, dont 570,000 dans les forces d'assaut. Tout l'effectif est en ligne, il n'y a aucune force de réserve en cas de problèmes..
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L'attaque
Les deux adversaires sont prêts. Le coup d'envoi est donné le 2 Juillet lorsqu'une grande formation de bombardiers bimoteurs Pe-2 malmène certaines aires de départ allemandes au nord et au sud du saillant. Plusieurs dizainnes de véhicules allemands sont détruits, mais la chasse allemande abat une quarantaine de Pe-2 et garda la contrôle du ciel autour du saillant convoité. Le calme revint sur l'ensemble du front. Les Soviétiques voulaient inciter les Allemands à lancer leurs attaques prépaturément, mais les Allemands furent muets et s'en tiennent à leur calendrier: l'offensive déburetait le 4 Juillet.
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Les Pe-2 attaquent les positions allemandes – Chasseurs Yak-1
Ce même 2 Juillet, Manstein, Kluge, Hoth et Kempf furent convoqués au QG d'Hitler en Prusse orientale pour "prendre le thé" avec le furhrer. Les généraux lui disent qu'il est trop tôt pour attaquer les Soviétiques le 4 Juillet. Non seulement ils avaient le sentiment que les Soviétiques étaient au courant de ce qui se tramait, mais pressentaient qu'Eisenhower débarquerait bientôt en Italie. Hitler ne perd pas de temps à écouter leurs doléance et leur enjoint d'attaquer le 4 Juillet. Mais le génie imaginatif qui avait caractérisé les opérations allemandes de 1939-41 était absent. Hitler s'en tenait au caractère de bélier mécanique. Seule la croiyance qu'une force aussi puissante que la leur ne pouvait pas ne pas réusir réconfortait les généraux allemands. Model était plein de doutes. Manstein aurait préféré attaquer "à revers" puis s'est rallié à la tactique du "coup droit" des coins blindés. Pour tous les généraux, le moment favorable était déjà passé car les Russes sont trop forts. Hitler les envoya paitre et les ordonna de retourner à leurs postes. Du côté soviétique, l'appréhension était grande car les généraux ne savaient pas comment la troupe allait se tenir au feu de l'ennemi. Bien qu'ils étaient renseignés sur les déplacements allemands, il y avait toujours l'impondérable que quelque chose pourrait gripper.
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Fusées d'artillerie Nebelwerfer et Fw-190C en action – Heurts entre Tigre, Ferdinand et T-34
A l'aube du 4 Juillet, un tonnerre d'artillerie allemand déchira le ciel et s'abattit sur les deux premières ceintures de défense de tout le saillant de Koursk. Le pilonnage dura trois heures, et il fut relayé par des frappes de bombardiers Ju-88. Les chasseurs Yak décollèrent pour intercepter les bombardiers et le tout dégénéra en mêlées aériennes lorsque la chasse allemande intervint. Les combats aériens furent acharnés durant plusieurs heures, avec de nombreuses pertes de part et d'autre. Au nord, la mâchoire de la pince formée par la 9ème Armée de Model attaque à partir d'Orel avec trois corps blindés en direction de Koursk (ci-bas). La progression réussit à casser la première ligne de défense soviétique sur un front de 15 milles. Heureusement que les blindages des chars de tête allemands étaient de bonne qualités car ils dévièrent de nombreux tirs. La résistance soviétique est très forte et stoppe plusieurs colonnes allemandes. Rokossovsky fit déclencher un contre-barrage d'artillerie sur la première ceinture qui avait flanchée. Staline, anxieux, appela Joukov: quelles nouvelles? Avez-vous commencé? Joukov répond: c'est en cours. Staline demande: comment l'ennemi réagit-il . Joukov le rassure en lui répondant: quelques batteries ont ouvert le feu mais elles se sont tues. N'importe quelle information valait plutôt que d'avoir le dictateur sur les bras.
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L'attaque de la 8ème Armée de Model – Model constate le peu de progrès de ses unités
En fait, les nouvelles étaient meilleures que prévues: les Allemands s'agglutinaient au nord, et une centaine d'obusiers allemands avaient été détruits par le tir de contre-barrage soviétique d'une durée de 30 minutes. L'infanterie allemande se retrouva dans une grande confusion.
Les tirs soviétiques auraient pu être encore plus dévastateurs si Rokossovsky avait attendu une heure plus tard. A 7H30, une nouvelle attaque allemande fut montée contre le flanc de la 13ème Armée soviétique. Les chars Tigres écrasent les défenseurs de la 81ème Division d'infanterie; ils sont appuyés par quelques centaines de chars PZKW-IV accompagnant de l'infanterie motorisée en semi-chenillés. La résistance est forte, mais les sapeurs soviétiques parviennent à enfouir 6000 nouvelles mines dans les deux couloirs allemands; plus d'une centaine de chars allemands furent endommagés et immobilisés. La plupart ont été détruit par des raids d'avions d'attaque au sol IL-2. Les Soviétiques voulaient canaliser les chars allemands dans les couloirs minés de manière à permettre à leurs canons antichars d'en détruire un très grand nombre, et laissant l'infanterie allemande extrêmement vulnérable aux feux croisés des mitrailleuses et mortiers intégrés dans le dispositif défensif. Cependant, de nombreux canons antichars soviétiques de 45mm ne devaient ouvrir le feu qu'à bout portant et dans les chenilles, afin d'immobiliser les chars Tigre et Panther allemands (image ci-bas). Néanmoins, les Allemands refoulent deux divisions soviétiques qui se replient dans leurs deuxième ligne de défense. Le 5 Juillet, les Allemands sont ralentis quelque peu par la deuxième ceinture de défense à Ponyiri. Les combats se poursuivent même de nuit. L'infanterie motorisée allemande essaie de consolider des gains et y parvient au prix de pertes terribles. Le 6, Model avait déjà perdu 25,000 tués et blessés et 200 chars, presque tous par les avions soviétiques. Manstein suggéra à Model d'utiliser des chars T-34 capturés afin d'inflitrer de nuit les lignes russes et semer la confusion parmi les défenses soviétiques (clip ci-bas). Cette tactique a permis de surprendre et détruire plusieurs chars ennemis, mais elle ne fut que partiellement réussie.
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Sur la tactique d'inflitration blindée allemande – Un T-34/76 utilisé par les Allemands
Dans la soirée, Model parvient à enfoncer certaines positions de la deuxième ceinture de défense avec un nombre réduit de chars Tigre pour ménager son inventaire de blindés. Avec son attaque de trois divisions, il aurait du percer dans des circonstances dites normales. Mais à Koursk, les circonstances étaient loin d'être normales et Rokossovsky déduit que Model visait la ville d'Othlovatka. Il y concentra toute une armée blindée, mais elle ne se battit pas comme il le fallait et les divisions de Model n'a pas eue de la difficulté à la repousser. Des combats aériens nourris ont eu lieu le 6 Juillet, au-dessus de la mêlée terrestre. Cette fois, ce furent les chars soviétiques d'être attaqués des airs, et une bonne centaine furent détruits. Ébranlé, Rokossovsky ordonna au 19ème Corps de Chars d'enterrer ses engins en position de châssis défilés pour canarder les Tigre et automoteurs Ferdinand, n'autorisant l'emploi des chars en rase-campagne que contre l'infanterie et les chars allemands plus légers.
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Artilleurs et sapeurs soviétiques en action
Sur la face sud du saillant de Koursk, l'attaque de la 4ème Armée blindée de Hoth et du Groupe Kempf connut de beaux succès initiaux aéro-terrestres, après l'arrêt des tirs d'artillerie menés par les belligérants. Suite à l'erreur commise par la Stavka d'avoir estimée que la menace allemande principale viendrait de Model, le Front commandé par Vatoutine avait reçu une priorité relativement moindre en chars et canons d'assaut. Manstein avait appliqué la tactique pré-citée du coin blindé beaucoup plus que Model de manière à ne pas trop exposer inutilement l'infanterie aux tirs ennemis.
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Hoth observe une mêlée de chars – Un T-34 détruit par un Tigre – Vatoutine est inquiet
La présence de deux armées blindées rendait la tâche difficile pour Vatoutine.Néanmoins, il concentra l'essentiel de ses ressources blindées au sud de la ville d'Oboyan. Ses meilleures unités de chars étaient commandées par des vétérans aguerris de Stalingrad: Choumilov, commandant la 7ème Armée de la Garde; Tchisitiakov, commandant de la 6ème Armée de la Garde, et Rotsmistrov, commandant de la 5ème Armée de chars de la Garde. Pour faciliter à la fois la progression et le ravitaillement par voie ferrée de ses grandes unités blindées, Vatoutine décida d'occuper la ville de Prokhorovka. Il serait en bonne position de bloquer toute les progressions allemandes en direction de Koursk Entretemps, les unités blindées de Hoth (image gauche avec le télémètre) avaient également l'infention d'atteindre le nœud ferroviaire de Prokhorovka, après avoir brisé la première ceinture défensive du sud du saillant. Sa progression rendait presque caduque le déploiement de Vatoutine.
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Un StuG est visé par des artilleurs – Des chars Panther de Hausser
Qui plus est, la Luftwaffe basée près de Kharkov fut en mesure d'intercepter des vagues d'avions soviétiques car les terrains allemands étaient munis d'un radar Freya, ce qui enlevait toute surprise à l'aviation soviétique. Les attaques aériennes soviétiques vers Kharkov furent interceptées: plus de 400 bimoteurs Pe-2 et SB-2 furent abattus, de même que de nombreux chasseurs. La Luftwaffe acquit temporairement la maitrise du ciel au-dessus de Koursk. Le 7 Juillet, le général SS Hausser réussit à casser la seconde ligne de défense. Ses chars Panther (image ci-haut) n'eurent aucune difficulté à déloger le faible rideau antichar et les T-34/76B et T-34/85 qui lui barraient la route. Hausser prit rapidement Yakolevko et Pokrova. Vatoutine sait qu'il doit se presser pour le bloquer, car les Allemands avaient progressé de 18 milles de profondeur sur un front de 23 milles.
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L'attaque d'un régiment de chars allemands – Prisonniers soviétiques interrogés
Prokhorovka
Le sort de la bataille de Koursk allait se jouer durant le formidable duel de chars devant la ville de Prokhorovka. Plus de 1500 chars et canons d'assaut allèrent s'affronter, appuyés par l'aviation des deux belligérants. Le front tenu par la 6ème Armée de la Garde avait été brisé en deux endroits et une situation sérieuse avait été crée.
Plus au sud, le Groupe Kempf avait franchi le Donetz et roulait vers Rjavets; mais les gardes de Choumilov purent endiguer la progression de Kempf. Khroutchev, qui était en compagnie du général Vatoutine, commençait à transpirer: les deux ou trois jours seront terribles. Ou bien nous résisterons, ou bien les Allemands nous bousculent et s'emparent de Koursk. Ils jouent tout sur une seule carte. C'est une question de vie ou de mort pour nous. Nous devons faire en sorte qu'ils se rompent le cou, affirme-t'il. Dans la nuit du 5 au 6 Juillet, Joukov se servit du rail pour acheminer la bagatelle de deux armées, dont l'une de char au nord de Prokhorovka. La Division Grossdeutschland progressa jusqu'à Syrtzevo et fit replier le 3ème Corps mécanisé soviétique. Le 8 Juillet au matin, il contre-attaqua les chars allemands sans succès à la rivière Pena. Ses blindés furent repoussés par les Stukas antichars leur infanterie d'accompagnement dispersée par les automoteurs d'artillerie Wespe (image gauche). Le plan de Hoth menaçait de tourner court car le Groupe Kempf était stoppé et ne pouvait plus appuyer la progression allemande vers Koursk. Le 12 Juillet, le général Rodmistrov installe son PC à Prokhorovka et ordonne une contre-attaque de la 5ème Armée de la Garde. Il s'était déjà montré un expert dans le maniement des troupes blindées, même s'il avait perdu tous ses chars à Stalingrad. Il disposait de 550 chars T-34 ainsi qu'une poignée de canons d'assaut. Au moment de leur démarrage, les tankistes soviétiques virent une force blindée aussi puissante qu'eux roulant à leur rencontre. Par hasard, le déclenchement de la contre-attaque de Rodmistrov coincidait avec l'attaque du corps blindé SS de Hausser, avec ses 700 chars dont une centaine de Tigre.
La mêlée confuse des combats de chars à Prokhorovka
Le champ de bataille semblait trop étriqué pour ces centaines de chars d'assaut. Des groupes de chars en marche essaient de se dissimuler derrière des bosquets isolés et des des vergers. Les chars soviétiques foncèrent à vive allure sur des chars allemands qui se déployaient.
L'attaque des unités de la 5ème Armée de Chars de la Garde fut si rapide que l'ennemi n'eut pas le temps de se préparer au choc, et les chars soviétiques de tête traversèrent d'un seul coup le premier échelon ennemi en neutralisant sa possibilité de manœuvrer. Les chars Tigre, frustrés dans les combats rapprochés des avantages que leur condéraient la puissance de feu et l'épaisseur de leur blindage, furent engagés à courte distance par les T-34. Les obus tirés à courte distance perçaient autant les blindages frontaux que latéraux. Mais les chars allemands répliquèrent également. Un grand nombre de chars gisaient enchevêtrés sur le champ de bataille. Des petits groupes de chars soviétiques furent détruits lorsque tenaillés entre deux colonnes de chars allemands. L'infanterie des deux camps est désorientée; les ordres parviennent mal par radio. Durant le feu de l'action, les engins allemands ne disposaient ni du temps ni de l'espace pour se désengager et reformer leurs rangs. Pendant ce temps, l'on entendait de fréquentes explosions provenant des munitions qui sautaient, tandis que des tourelles de chars étaient soufflées par les explosions à des douzainnes de mètres de leurs châssis. munitions qui sautaient, tandis que des tourelles de chars étaient soufflées par les explosions à des douzainnes de mètres de leurs châssis. Au même moment, des combats acharnés se déroulaient dans le ciel au-dessus du champ de bataille entre avions allemands et soviétiques Chacun s'efforçaient d'aider leurs chars et troupes au sol à gagner la bataille. Les avions d'attaque au sol des deux camps semblaient suspendus au-dessus des masses de chars comme des charognards, guettant l'opportunité de frapper ou d'achever un char ennemi.
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Rapports de tankistes allemands – Commentaires du tankiste Otto Carius
Très vite, tout le ciel au-dessus des combats fut obscurci par d'épais nuages de fumée provenant des incendies. Sur le sol noirci par le feu, chars et véhicules flambaient comme des torches. Dans cette mêlée confuse – qui dura sept heures –, il était extrêmement difficile de différencier les attaquants et les défenseurs. Il y eut de nombreux cas de tirs accidentels sur de mauvais véhicules.. Du côté allemand, l'automoteur Ferdinand se montra décevant. Bien que les exemplaires présents ont détruit de nombreux chars soviétiques et résisté à plusieurs tirs, ils étaient lourdaux et myopes et pouvaient être facilement cassés par des tirs de flanc. Des fantassins soviétiques munis de mines pouvaient les détruire sans risquer de se faire mitrailler, car le Ferdinand n'avait aucun armement secondaire pour le protéger des fantassins.
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Les combats de chars sont impitoyables – SS de la division Totenkopf – Chars contre chars...
Dans le courant de l'après midi du 12, le général Hoth arriva sur place. En dépit de la supériorité allemande en chars lourds et de l'excellente tenue au feu de ses tankistes, Hoth constatait que les chars de Rodmistrov donnaient le meilleur d'eux-mêmes, certains n'hésitant pas à foncer sur les chars allemands lorsqu'à court de munitions. Les Soviétiques humilièrent ces représentants sélectionnés de la race des seigneurs que formaient les divisions blindées SS. Seule l'arrivée du Groupe Kempf aurait pu faire pencher la balance en faveur de Hoth, mais cette unité avait été leurrée sur la rive Est du Donetz et ne pouvait intervenir ponctuellement pour aider Hoth et son subordonné Hausser. Dans la soirée, chaque belligérant avait perdu 300 chars et 500 aréonefs. La contre-attaque de Rodmistrov qui avait tenté de détruire le Corps blindé SS de Hausser avait échoué, et Rodmistrov se retira pour lécher les plaies de ses forces, laissant les Allemands maitres du terrain. Malgré leurs gains coûteux, Hoth et Hausser ne purent continuer à progresser plus au nord dans le saillant de Koursk. Ils s'étaient saignés à blanc et avaient perdus des équipages irremplacables. Le champ de bataille était devenu par endroits un amoncellement de véhicules calcinés et tordus.
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Automoteurs Ferdinand cassés – Les T-34 jonchent le sol
De surcroit, Hoth avait été informé du déclencement imminent d'une contre-offensive soviétique imminente d'Orel jusqu'à Biélgorod. Contrairement aux Soviétiques qui disposaient de bonnes réserves en hommes et en matériel, Hoth et Hausser avaient lancé tous leurs hommes au feu. Il ne leur restait que 350 chars en parfait état de marche. L'élite de l'Allemagne nazie, pourvue des dernières nouveautés de sa technologie et fortifiée par sa foie en sa supériorité raciale d'était mesurée à ses "inférieurs" au cours d'un choc blindé décisif, et avait trouvé en eux des égaux à tous points de vue. En une seule journée, le Corps blindé SS avait perdu la moitié de ses chars, mais le coups porté à son orgueil était encore plus grand. Au sud du saillant, Manstein considérait la bataille comme perdue, et tout cela pour quelques milles de terrain sans aucune valeur; du reste, Hausser allait devoir les conserver en payant le prix fort.
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Pertes allemandes irremplacables – D'autres T-34 cassés – L'équipage valeureux d'un T-34
La contre-attaque soviétique
Le 11 Juillet, les unités de la 9ème Armée de Model étaient stoppées définitivement à Othlovatka, et elles étaient trop faibles pour continuer leurs attaques vers Koursk. Quant à Manstein, il avait donné le maximum de son effort, et il n'avait pas les réserves pour poursuivre l'attaque. Le 13 Juillet, Hitler convoqua Manstein et Kluge à son QG de Prusse orientale pour discuter de la suite des choses. Rastenburg baignait dans une atmosphère de tristesse et de mélancholie. Ceux qui avaient élevé des objections contre le déclenchement de l'Opération Citadelle ne pouvaient pa se réjouir d'avoir été de bons prophètes. Hitler transféra certaines unités blindées encore potables sur le front italien, et dit aux deux généraux qu'il se voyait dans l'obligation de mettre fin à l'Opération Citadelle. Kluge admit que Citadelle devait être abandonnée, car le général Bagramian avait lancé sa contre offensive contre Orel et Briansk. Son subordonné, Model, disposait de 600,000 soldats dont 492,000 en première ligne courait le grave danger d'être encerclé si les Soviétiques réussissaient à couper le saillant d'Orel. Ce serait alors un super-Stalingrad. Il fallait que la 9ème Armée se replie au plus vite du saillant de Koursk, quitte à évacuer Orel. Mais le sang de Manstein continuait à bouillir, car il avait été impressionné par le succès local allemand dans le saillant et croyaient que les pertes soviétiques leur avaient drainé leurs réserves – ce qui n'était pas le cas. Il plaida auprès d'Hitler pour continuer Citadelle, car selon lui, l'arrêter serait de jeter aux orties les victoires chèrement gagnées. Mais Kluge n'avait pas l'intention de sacrifier son armée. Manstein semblait mal informé des résultats complets de Citadelle et qu'il ne réalisait pas qu'il avait perdu le cinquième des blindés de son Groupe d'armées Sud.
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Les généraux Von Kluge, Bagramian, Hausser et Rotmistrov
Surprendre Model en position de déséquilibre était essentiel pour les Soviétiques. Si on laissait son front inactif, toute chance de le tourner, de l'isoler et de l'embouteiller dans le saillant d'Orel serait perdue. Model pourrait alors se replier sur une ligne plus courte et peut-être même dégager des forces et les envoyer sur des fronts de Hoth ou de Kempf, où la bataille était encore indécise depuis le début Juillet. La Stavka décida, en conséquense, de lancer sa contre-attaque le 12 Juillet avec les Fronts de Briansk et de l'Ouest. Mais, ces contre-attaques au nord et au sud du saillant de Koursk ne purent être déclenchées qu'à trois semaines d'intervalle, et leur efficacité en fut réduite. Cela était dû à la mauvaise estimation des capacités de résistance de la 9ème Armée de Model, une erreur qui avait amené à Stavka à renforcer Rokossovsky au détriment de Vatoutine, alors que le maillon fort des Allemands était sur la partie sud du saillant. Non seulement les forces opposées à Vatoutine était plus puissantes que celles dont Rokossovsky eut à s'occuper, mais elles furent plus astucieusement employées, et les Soviétiques ont mis du temps pour les neutraliser – en payant le prix fort, évidemment.
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Soldats soviétiques à l'assaut – Canon antichar soviétique de 76,2mm
Les opérations dans le nord du saillant commencèrent le 13 Juillet, après que la Stavka a pu établir que sur tout le font s'étendant de Kirov à Kharkov, les Allemands ne disposaient que de 5 divisions encore fraiches – force inadéquate pour endiguer l'assaut soviétique. Les attaques soudaines alertèrent les Allemands sur le danger qui menaçait la région d'Orel où près de 500,000 Allemands et 1000 chars et 1100 avions basés sur 7 terrains rudimentaires. Cette fois, les Allemands avaient improvisés une ligne de défense allant de Kirov à Sievsk pour tenter d'endiguer les Soviétiques: la Ligne Hagen. Cette position avait été organisée avant que les Allemands n'attaquent le saillant de Koursk, et protégeait le très important centre routier et ferroviaire de Briansk – qui constitue la plaque tournante des voies ferrées contrôlées par la Wehrmarcht. L'aviation soviétique satura la région d'Orel, ce qui donna de durs combats aériens. Après une préparation d'artillerie vigoureuse la 11ème Armée de la Garde avait enfoncé les lignes allemandes sur 14 milles. Au début d'Août, les combats se déroulaient presque aux portes d'Orel et sur toutes les routes conduisant à la ville. Des combats de chars, bien sûr, mais surtout entre bataillons de fantassins ennemis qui s'échangent de nombreuses politesses au mortier et avec tout ce qui pouvait tirer. Les pertes de fantassins furent terribles de part et d'autre. Les aviateurs soviétiques ne se gènaient pas de frapper les colonnes de troupes allemandes en retraite qui s'embouteillaient dans les goulots de la ville et aux berges de la rivière Oka. Le 4 Août, les avant-gardes soviétiques se battent dans les faubourgs d'Orel.
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La contre-attaque soviétique du 11 Juillet 1943 – Sons et lumières...
Les Allemands évacuèrent la ville, non sans avoir dynamité toutes les usines, les installations ferroviaires, ainsi que ses gros hlm. La poursuite menée par les forces soviétiques était d'une telle intensité que Von Kluge fut forcé de faire savoir que le Groupe d'armées Centre devait évacuer le saillant d'Orel aussi rapidement que possible. Orel fut prise le 6 Août. Cependant, les attaques soviétiques n'eurent pas la force suffisante pour causer une catastrophe complète des forces de Kluge. Son subordonné, Model, ordonna un repli ordonné qui se termina le 18 Août derrière la Ligne Hagen, ce qui mit fin à la contre-attaque soviétique sur l'axe d'Orel. Pour Rokossovsky et Joukov, il n'y aurait pas de "super-Stalingrad", car ils constatent que Model est un défenseur très déterminé et habile qui sait manœuvrer de grandes unités. De surcroit, les soldats allemands sont encore aggressifs, même dans la défensive. N'empêche, Kluge avait sacrifié 14 divisions d'infanterie, 760 chars et 378 avions, à la fois pour attaquer le saillant de Koursk et protéger celui d'Orel. L'armée allemande n'allait plus pouvoir remplacer des pertes de cette importance.
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Sapeurs soviétiques sous le feu allemand – Orel est évacuée
Si la situation allemande restait précaire au nord du saillant de Koursk, elle devenait intenable au sud. Maigré ses 500 chars perdus en 12 jours de combat, Von Manstein se félicitait d'avoir recensé 1032 chars soviétiques détruits, sans compter les autres véhicules brûlés et avions abattus; mais il devait faire face à une contre-attaque imminente venant autant du saillant lui-même – vers Biélgorod – ainsi que de la région du Donetz, plus au sud. Une telle contre-attaque menacerait d'embouteiller ses forces dans la région de Kharkov, et Manstein ne désirait pas s'accrocher morbidement à ce terrain et sacrifier ses unités. A défaut de couper le saillant de Koursk, il voulait garder sa liberté de manœuvre, comme Kluge et Model au nord. Mais tout comme au nord, les subalternes de Manstein parvinrent à tenir en joue les avant-gardes blindées soviétiques les plus téméraires. Une menace plus sérieuse menaçait le Groupe d'armées Sud. Le général Manilovsky – un viel adversaire de Manstein d'avant Stalingrad – fit franchir le Donetz à sa 1ère Armée de la Garde et bouscula des forces blindées allemandes à Barvenkovo et parvint jusqu'à la rivière Mius. Le seul ennui pour les généraux soviétiques opérant au sud du saillant de Koursk était qu'ils ne disposaient pas assez d'unités et de blindés pour casser Manstein, car ils devaient l'affronter seulement avec une supériorité de 2 contre 1.
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L'étau se resserre autour de Bielgorod – Avion d'attaque au sol IL-2 abbatu
La percée soviétique sur la Mius menaçait Manstein de catastrophe pour l'ensemble méridionale du front allemand. Manstein insista auprès d'Hitler sur la nécessité de raccourcir la ligne de front du Dniepr. Le furhrer refusa d'abandonner à région du Donetz de sorte que Manstein n'eut d'autre alternative que de contre-attaquer et d'éliminer les concentrations soviétiques qui lui apparaissaient comme les plus menaçantes. Hitler retarda le transfert du Corps blindé SS vers l'Italie pour le confier de nouveau à Manstein. Puis il se ravisa, et cela fut interprété comme un désaveu indirect des compétences de Manstein. Dans une lettre écrite à Zeitzler, il dit: ..si mes appréhensions au sujet des événements futurs ne sont pas pris en considération et si mes propositions en tant que commandant responsable continuent d'être rejetées, je n'aurai plus le choix que d'estimer que le Furhrer n'a plus la confiance nécessaire en mon état-major. Mais aussi longtemps que je conserverai mon commandement, l'on doit m'accorder la possibilité d'agir selon mes convictions. Cette possibilité lui fut accordée, et le Corps SS fut placé à sa disposition.
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Soldats soviétiques inspectant un Tigre – Ces Allemands au repos sont inquiets
Les contre-attaques allemandes de Manstein débutent le 30 Juillet contre un ennemi supérieur en nombre. Le forces blindés allemandes éliminent les aires de départ du général Toboulkhine avec beaucoup d'efficience, capturant 18,000 prisonniers. Mais les avions de reconnaissance allemands repérèrent des réserves soviétiques encore plus considérables à l'intérieur même du saillant de Koursk, prêtes à attaquer. Manstein avait déduit que Joukov préparait à lancer non pas une contre-attaque mais une contre-offensive générale. L'opération soviétique fut plus difficile à monter que dans le nord parce que le Front de Voronej et de la Steppe avaient subi de fortes pertes au cours des combats défensifs depuis le début Juillet. Les Soviétiques estiment que les Allemands possèdent encore 300,000 hommes valides au sud, de même que 600 chars et 800 avions. Les forces allemandes occupaient des positions défensives bien préparées.
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La contre-offensive soviétique
Du 18 au 29 Juillet, Joukov avait acheminé des réserves qui allèrent donner à supériorité numérique et matérielle à ses commandants subalternes: Les Fronts de la Steppe et de Voronej totalisaient 980,500 hommes (dont 656,000 combattants contre 200,000 Allemands); une supériorité de 4 contre 1 en artillerie et chars (12,000 tubes contre 3000 – 2400 blindés contre 600); et finalement de 3 contre 2 en avions (1275 contre 800). Manstein, Hoth et Kempf allaient devoir livrer bataille en ne possédant que les 2/5 de leurs effectifs initiaux en blindés.
L'opération soviétique débuta dans la matinée du 3 Août. Alors que, au nord, les Soviétiques s'approchaient d'Orel, les forces soviétiques au sud réalisèrent une forte progression dans la position principale défensive allemande. A midi, Vatoutine engagea ses deux armées de chars pour se ruer sur les arrières allemands. Le Front de la Steppe avait moins de chars et progressa plus lentement. A 15 heures, le général Koniev approchait de Biélgorod dans un grand combat. La 7ème Armée de la Garde traversa le Donetz en force et menaçait d'envelopper Biélgorod par le sud. Après deux jours de combats féroces – qui ne firent aucun quartier entre les unités de la Garde et les Waffen-SS – , Biélgorod fut prise par un régiment d'infanterie après 15 assauts successifs, appuyé par la 305ème Division d'infanterie. Les Allemands ont défendu la ville jusqu'à la limite de leurs forces, et se replièrent, laissant 3100 tués derrière eux. Staline fut heureux d'apprendre la nouvelle de la reprise de Biélgorod après celle d'Orel. Le 5, il fit tonner le ciel de Moscou de salves d'artillerie pour saluer ces deux victoires importantes.
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A l'attaque!! – Détecter les mines ennemies
Devant cette ruée soviétique, Manstein voulait sauver le Groupe Kempf. Comme il savait que les Soviétiques s'inquiétaient des attaques aériennes allemandes, Manstein procura une couverture aérienne à Kempf qui se replia vers l'Ouest. La tactique utilisée était de lancer des attaques au sol factices pour faire croire aux pilotes soviétiques que la colonne allemande "attaquée" était en fait une colonne soviétique et la laisserait tranquille – cela a marché.. Pour l'avenir immédiat, la tentative de tenir "à tout prix" Kharkov après la perte de Biélgorod conduirait, selon Manstein, à l'encerclement et à l'anihilation des divisions allemandes qui la défendent. La rapidité de la contre-offensive soviétique avait causé la perte de nombreux chars allemands qui se trouvaient en révision dans les ateliers de campagne. D'autres, légèrement endommagés, ne pouvaient plus être remorqués, faute de temps et de moyens.
Kharkov
En plus de perdre plusieurs milliers d'hommes, Manstein constatait que certaines unités étaient mentalement épuisées: deux divisions avaient complètement "craquées". Le 8 Août, Manstein se demandait s'il devait utiliser la méthode romaine de la décimation (fusiller un homme sur dix) pour forcer les unités ramollies à revenir au feu, ne serait-ce que pour sauver leurs existences. Cette solution radicale ne s'avéra pas nécessaire, car les fantassins allemands firent replier temporairement les soldats soviétiques. Mais devant Kharkov, les chars du général Rodmistrov bataillent dans les faubourgs de la ville.
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Combats dans les faubourgs de Kharkov – Le fusil d'assaut allemand est distribué à plusieurs unités
Au bout de 5 jours de combats furieux, la ville fut investie par les T-34 soviétiques et la panique s'empara des autres formations allemandes. Entre le sud du saillant de Koursk et Kharkov, une dernier affrontement aéro-terrestre opposa deux armées de chars soviétiques aux forces de Manstein. Certains avions soviétiques lançaient les tracts suivants: nous savons que vous ètes de braves soldats. Un sur deux d'entre vous détient la Croix de Fer, mais un sur deux d'entre nous détient un mortier. Rendez-vous!!! Pour une dernière fois, les divisions de Waffen-SS infligèrent de lourdes pertes aux Soviétiques et récupérèrent tellement de terrain que la 5ème Armée de la Garde dut boucher la brèche allemande. Manstein déclara que cela avait assez duré et réclama le retrait ordonné de Kharkov. Hitler refusa. A la requête de Manstein, il répondit: la chute de la ville aura des répercussions politiques importantes; l'attitude des Turcs en dépend. De même que celle des Bulgares. Si nous quittons Kharkov, nous perdrons la face à Ankara et à Sofia. Manstein grommela: je n'ai aucune intention de sacrifier 6 divisions sur l'autel de douteuses raisons politiques. Je préfère perdre une ville qu'une armée. Cependant, Manstein savait qu'il avait de fortes chances de perdre les deux…
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Les Soviétiques ne cessent d'attaquer – Les camions allemands se bousculent pour passer le Dniepr
Dès le 8 Août, Joukov et Koniev commencent à exploiter les premières percées réussies de la contre-offensive, au nord et au sud du saillant de Koursk. Leurs subalternes Yémérenko, Sokolovski et Vatoutine lancent leurs Fronts sur toute l'étendue du front (voir carte plus haut).
L'énorme préparation d'artillerie bousilla de nombreuses unités allemandes. Manstein n'attendit pas que tout soit à feu et à sang. Il fit évacuer Kharkov le 22 Août, défiant la colère d'Hitler, comme il l'avait fait auparavant, fort de sa conviction de se sentir indispensable. Pour compliquer la contre-offensive soviétique, la retraite allemande fut accompagnée de toutes sortes de destructions massives. Le 23 Août, Kharkov fut reprise durant la nuit par les forces de Koniev. Quelle que soit l'importance que Kharkov revêtit aux yeux d'Hitler ou de Staline, la ville ne signifiait plus grand chose pour Manstein, car il sait qu'elle ne sera plus une aire de départ pour casser le saillant de Koursk. Sa perte ne représentait qu'un incident amer. Ses prévisions les plus pessimistes s'étaient réalisées et même dépassées. Désormais, l'initiative stratégique sur le front russe avait changée de camp. Les décisions qui auraient pu être prises à l'aise devront l'être sous la pression des événements sans que l'on puisse y consacrer le temps nécessaire à la réflexion. Hitler fut très irrité par la décision de Manstein d'évacuer Kharkov, mais il ne put rien faire car, sans le génie défensif de Manstein, il était impuissant. Hitler n'avait pas les moyens de limoger Manstein, surtout lorsque les Soviétiques paralysaient les forces allemandes en leur enlevant toute liberté de manœuvre. Hitler avait besoin du talent de "pompier" de Manstein. La seule solution possible pour stabiliser le front russe était un retrait général du front de la Mius pour raccourcir la ligne de défense de manière à ce que le bassin du Donetz puisse être protégé. Manstein confia cette suggestion à Hitler qui lui répondit: ne faites rien pour le moment, je me rends personnellement sur place. L'entrevue se tint au PC ukrainien d'Hitler à Vinnitsa le 27 Août. Manstein étala ses statistiques connues à Hitler en lui disant: Avec les forces qui nous sont disponibles, le bassin du Donetz n'est plus défendable. Manstein réclamait des forces sur d'autres théâtres pour "boucher les trous" à l'Est. Cela devenait difficile, car au moment de leur meeting, les Anglo-Américains débarquaient en Italie.
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Bielgorod est prise – Tout est fini
Manstein n'obtint rien du tout. Il joua au pompier du mieux qu'il put en cassant certaines avant-gardes soviétiques trop imprudentes. Mais cela n'a pas empêché les forces soviétiques de percer des lignes allemandes et menacer certaines unités d'encerclement – comme le 19ème Corps à Tanarog. En Septembre, la situation allemande à l'Est était tellement sérieuse que Manstein appela Kluge qui accepta de rencontrer de nouveau Hitler en Prusse orientale. Après discussions, Kluge fut autorisé à se replier vers la Desna avec le maximum de matériel lourd transportable – Model contrôlait encore certaines voies ferrées. Manstein reçut la permission d'évacuer la région de Koursk, de Kharkov ainsi que la tête de pont du Kouban.
Le bilan
L'échec de l'Opération Citadelle à Koursk, et l'impossibilité pour la Wehrmarcht d'endiguer la contre-attaque, puis la contre-offensive soviétique scella le sort de la guerre à l'Est. C'était la dernière offensive allemande sur le front russe. L'Armée rouge aurait désormais la main haute sur toutes les initiatives stratégiques. Tout au plus, les Allemands ne pourraient que ralentir un processus qui apparaissait comme inévitable pour tout officier allemand intelligent: la défaite, à terme, de l'armée allemande. Le processus d'affaiblissement graduel de celle-ci était lancé et deviendrait inexorable. La guerre à l'Est ne sera plus, dès lors, qu'une succession d'avances soviétiques menées d'un cours d'eau à un autre, selon le modèle aéro-terrestre allemand pratiqué en 1941. La bataille de Koursk amena également d'autres conclusions:
1 - Le char d'assaut n'appaisssait plus comme l'outil idéal pour gagner une guerre terrestre
2- L'avion avait eu un rôle déterminant, autant dans l'attaque que la défense
3- L'importance d'avoir des réserves adéquates pour attaquer: au moins 5 contre 1
4- Les meilleures unités allemandes ont été ébranlées et vaincues
5 - La défaite allait obliger les Allemandes à se replier sur la rive gauche du Dniepr
Jusqu'en 1993, il était impossible d'avoir accès aux archives soviétiques pour connaître l'étendue des pertes russes durant cette importante bataille de 50 jours. Les notes consignées dans les carnets des généraux soviétiques font état de bilans démesurés non crédibles. Quant aux statistiques allemandes, elles sont empiriques et pas assez fiables pour être définitives – sauf, peut-être, pour illustrer les pertes de chars et d'avions. Nous pouvons cependant affirmer qu'elles furent très élevées dans les deux camps. Après révision des sources allemandes, un bilan provisoire des pertes apparaît vraisemblable:
| Pertes comparées | Allemagne | Russie |
| Chars & automoteurs | 1480 | 2120 |
| Avions | 430 | 661 |
| Artillerie | 830 (approx) | 2600 (approx) |
| Tués | 220,000 | ?? |
| Blessés | 133,000 | ?? |
| Prisonniers | 24,000 | 23,000 |
| Manquants | 8000 (approx) | ?? |
Comme la première option d'attaquer préventivement les Soviétiques dans le saillant de Koursk a échouée, il semble que la seconde (attendre l'offensive ennemie) n'aurait pas réussi non plus. Le général Heinrici – l’un des "pompiers" qui a freiné temporairement les poussées soviétiques de Septembre et Octobre 1943 – a clairement identifié la cause principale de la défaite allemande à Koursk et les revers ultérieurs à l'Est. Il écrit dans son journal que nos troupes furent obligées de couvrir d'énormes espaces sans la souplesse de commandement qui aurait permis des concentrations destinées à tenir les secteurs vitaux. C'est pourquoi nous perdions constamment l'initiative. Je ne pense pas qu'il eut été possible d'user la puissance soviétique uniquement par des opérations de défense, mais nous aurions pu faire tourner la chance en augmentant notre mobilité et, surtout, en réduisant l'étendue de notre front de façon à libérer des unités pour mener des contre-attaques fructueuses. Mais, comme de coutume, Hitler ordonnait toujours à ses généraux de se battre sur place pour conserver la moindre parcelle de terrain et menaçait de traduire devant la justice militaire tous ceux qui ne se conformeraient pas à cet ordre. Pourtant, la Wehrmacht était mieux équipée pour passer l'hiver en 1943 qu'en 1942. Une retraite stratégique n'aurait pas ébranlé son moral.
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