Maurice Papon

Fonctionnaire

1910-2007

 

Fonctionnaire français qui a été le secrétaire général de la préfecture de Gironde (à Bordeaux) durant le régime de Vichy, et condamné en 1998 pour crimes contre l'humanité.

Né à Gretz-Armainvilliers d'une famille aisée, il fait ses études de droit et d'économie politique avant d'obtenir un emploi au ministère de l'Air, en 1931. En 1939, il est fonctionnaire au Liban avant le début de la guerre, puis revient en France pour des raisons de santé. Lorsque l'Armistice est signé, il accepte de travailler pour le régime de Vichy avec la fonction de sous-préfet, surtout parce qu'il partage les idées de Pétain. En 1942, il est nommé secrétaire général de la préfecture de Gironde, et il dirige le Service des questions juives jusqu'en 1944. Cet organisme avait pour objectif de recenser les Juifs dans les hôpitaux et maisons de retraite afin de préparer leur arrestation. Papon a signé les ordres de déportation de 1690 Juifs de Bordeaux (dont 250 enfants en bas âge) vers le camp de transit de Drancy, puis de là vers les camps d'extermination d'Allemagne. Contrairement à Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon qui a été jugé à la fin des années 80, Papon n'était pas un antisémite ou un fanatique d'extrême droite. Seulement un carriériste qui voulait grimper dans les échelons de l'administration publique. De lui-même, il n'aurait jamais eu l'idée de déporter des Juifs. Mais, au moment où les occupants et Vichy le lui demandaient, il a appliqué les consignes avec zèle, devançant même les ordres des Allemands. Papon n'en a sans doute pas fait davantage que beaucoup de hauts responsables de Vichy sous l'occupation. Sur la centaine de préfets républicains, deux seuls ont démissionné à l'arrivée des Allemands. Comme beaucoup d'autres fonctionnaires professionnels, Papon a su prendre le virage avant qu'il ne soit trop tard, à partir du début de 1944. Tandis qu'il organisait encore des envois de déportés juifs, il donnait des gages à la Résistance (divisée politiquement dans sa région), ce qui lui a permis de passer à travers les mailles de l'épuration.

Son dossier était plutôt chargé. Il a été jugé et acquitté au bénéfice du doute et déclaré "ancien résistant". De Gaulle avait besoin de la haute fonction publique pour reprendre en main les rouages de l'État et était prêt, au nom de la sacro-sainte raison d'État, de récupérer des éléments passablement douteux. Papon retourne au ministère de l'Intérieur en Octobre 1945, et sera nommé préfet de Corse en 1947 et sera fait chevalier de la Légion d'honneur en 1948. Il devient préfet en Algérie (au Constantinois) en 1949, avant d'être nommé secrétaire général de la préfecture parisienne en 1951. Trois ans plus tard, Papon est nommé secrétaire général du protectorat marocain avant de retourner en Algérie. De retour à Paris dans ses fonctions de préfet de police, il fait réprimer durement la marche pour la paix organisée par le FLN algérien; certains journalistes avaient avancé des chiffres de 300 morts. En 1962, Papon fait réprimer une manifestation de l'OAS, faisant 8 morts au métro de Charonne. Il prend sa retraite en 1967 et se trouve un job comme président de Sud-Aviation.

Le hasard a voulu qu'un déporté bordelais, Michel Slitinsky, retrouve dans les archives des documents accablants signés de Papon, pour les publier en 1981 dans le Canard enchainé. Dès lors, la machine judiciaire était lancée, même si Papon était un grand notable de la Vème République. Durant son procès, il avait balayéd'un revers de la main les accusations portées contre lui et prétendu avoir même sauvé des centaines de Juifs… Ironie de l'histoire, ce grand commis spécialisé dans les besognes répressives allait se trouver un "ami protecteur" en la personne de l'ex-président socialiste Mitterand, dont les sympathies vichistes avaient duré jusqu'au début de 1943. Ce dernier a fait trainer les procédures judiciaires durant 17 ans, et ce n'est qu'en 1985 que Papon (88 ans) fut condamné à 10 ans de prison pour complicité de crimes contre l'humanité. Il est libéré après 3 ans de détention pour des raisons de santé. Ni à son procès ni par la suite a-t-il exprimé de regrets ou demandé pardon à ses victimes. Papon meurt dans son village natal et est enterré avec sa Légion d'honneur.

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ã Sites JPA, 2007