Pearl Harbor

L'idée d'aménager une base navale avancée dans le lagon de Pearl Harbor remontait au XIXème siècle. En 1875 le roi de Hawaii doit accepter un traité de protectorat, qui réserve aux Etats-unis l'usage de Pearl Harbor, tant pour leur commerce que pour leurs installations militaires. En 1893, la reine qui lui a succédé est déposée au profit d'une république dirigée par des colons américains, et le 7 juillet 1898 Washington proclame l'annexion du pays, suite à la guerre hispano-américaine. Celui-ci devient ainsi une zone frontalière, séparant le territoire sur lequel les Etats-Unis plantent leur drapeau des pays dont ils doivent respecter l'indépendance, et éventuellement se méfier : le plus proche est le Japon, distant de 5000 kilomètres. L'amiral Mahan est alors le principal théoricien de l'impérialisme américain naissant. Voici ce qu'il écrit de nos Iles :(...) Hawaii, dans l'étude générale du Pacifique, est un point stratégique de première importance. C'est un grand centre de mouvement, une station incomparable à mi-chemin entre l'Amérique et l'Asie, une position avancée d'où l'on peut très bien mener une action offensive, une base d'opérations pour s'approvisonner et se réparer; mais pour surveiller le commerce, elle rendra moins de services, car, tout autour, le champ est vaste pour qui veut l'éviter. D'un autre côté, la possession de cet archipel donne, par le fait méme, une valeur défensive qui s'ajoute à leur valeur offensive, car on en exclut l'ennemi, aussi bien pour une action de guerre que pour une action commerciale.

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Une nouvelle base

Les premiers aménagements débutent en 1908 et l'île de Ford a été achetée par l'US Army pour servir de base aérienne future. A l'été 1914, les premiers submersibles américains furent basés à Pearl Harbor. En 1917-18, ils ne firent que des patrouilles côtières autour de l'archipel hawaiien. Il n'y eut peu de travaux autour de la rade avant 1927. Après les conférences de Washington sur la taille des flottes de guerre, l'US Navy eut un nouveau regain d'intérêt pour Pearl Harbor et ajouta des quais et diverses constructions; cependant, les travaux furent inachevés à cause de la crise économique de 1929. La rade est construite en 1932, mais elle n'acceuillera qu'une poignée de navires. En 1934, l'administration du président Roosevelt – lui-même un "navy man" – ré-injecta des fonds pour l'aménagement d'une base aéronavale complète pouvant acceuillir tous les types de navires utilisés par l'US Navy. Roosevelt considérait que cette base serait un excellent moyen de pression pour dissuader une expansion japonaise vers les Phillipines et l'Asie du Sud. Le gouvernement japonais protesta contre l'aménagement naval de Pearl Harbor, car les travaux furent interprétés comme l'affirmation d'une posture menaçante à moyen terme de la part des Etats-Unis, dirigée contre les intérêts japonais. Tokyo protesta également contre le gouvernement britannique qui achevait la construction d'une nouvelle base navale à Singapour. En fait, la base deviendra le GQG de l'US Navy dans le Pacifique (CinPac) qu'au printemps 1941.

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Vue aérienne de Pearl Harbor Une partie de la rade

Le théoricien Mahan indique ici, et l'extréme valeur de la position, et son talon d'Achille : on peut y accumuler des provisions de toutes sortes et des forces de toute nature - et on le fera de plus en plus au fur et à mesure que grandira la menace japonaise. Mais Hawaii est loin de tout : l'ennemi n'est donc pas tributaire de ces points de passage obligés qui font la valeur de beaucoup de positions plus proches des côtes, permettant de repérer la progression d'un adversaire. Un ennemi de l'Amérique peut profiter de la situation de Hawaii en plein océan pour dérober son commerce aux coups et aux regards. De méme, pouvons-nous ajouter, un ennemi en route vers les Etats-Unis peut très bien passer ailleurs; et un ennemi en route vers Pearl Harbor pourrait n'être pas repéré à temps. La présence de l'armée américaine fut accrue sur Oahu dans le but d'assurer sa défense dans l'hypothèse d'un débarquement ennemi. Des escadrilles de l'Army Air Corps furent acheminées et basées sur l'île, et décuplaient les capacités de reconnaissance de cette nouvelle base. Mais à l'hiver 1932, l'US Navy avertit toutes ses bases navales de l'Atlantique, du Pacifique et des Caraïbes, afin de préparer leurs défenses pour intercepter une attaque aéronavale simulée. Le général Yarnell anticipait une invasion de l'archipel hawaiien. L'exercice ne viserait qu'une seule base. La malheureuse victime de cet exercice fut .. la base de Pearl Harbor... La simulation avait démontré que des avions ennemis pourraient infliger de sérieux dommages pendant que la flotte ennemie restée à l'écart des côtes serait restée indétectable.

Le Battleship Row: l'enclos des cuirassés...

Le choix de Pearl Harbor à la fois comme base navale avancée et GQG de la flotte divisait la hiéarchie navale. Pour un certains amiraux, cette base était bien située et permettait d'établir un périmètre défensif avec les petits avant-postes navals de Midway, Guam et Wake, et assurer une liaison avec les bases américaines aux Phillipines. Selon eux, aucun avion ennemi ne pourrait l'approcher sans être détecté et intercepté. La faible profondeur du lagon interdisait l'emploi de torpilles aériennes.  Pour d'autres, la rade de Pearl Harbor n'était qu'un piège à rats. Certes, le lagon était bien aménagé et protégeait les navires, mais le petit canal qui le liait à la mer pouvait être miné ou obstrué par quelques épaves et, ainsi, paralyser la base durant plusieurs mois. Beaucoup de navires importants étaient concentrés dans un espace trop restreint, et demeuraient vulnérables à un bombardement. Ces amiraux auraient désiré que la flotte et le QG reviennent à San Diego "where it belongs".

Le commandement

En Octobre 1941, Pearl Harbor accueillait son nouveau commandant, l'amiral Husband Kimmel, patron de la flotte américaine du Pacifique. Bon bureaucrate et administrateur, il était de ceux qui favorisaient le maintien de la flotte du Pacifique à San Diego. Son soucil principal était de protéger sa flotte et non pas de s'occuper de sa base, dont il avait accepté la gestion intérimaire en attendant de lui trouver un commandant. Kimmel avait plus de 100 navires et 12,300 hommes – civils et marins – sous son commandement. Durant l'automne 1941, Kimmel accrut les patrouilles de reconnaissance aériennes à partir de ses deux porte-avions, mais il ne voulait pas que ces deux navires s'éloignent trop de l'achipel hawaiien afin de garantir la couverture aérienne aux cuirassés ancrés en rade, en cas d'attaque ennemie.

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L'amiral Kimmel – Le général Short

Kimmel devait également composer avec le commandant de l'armée à Oahu, le général Short. Officier de carrière tout à fait ordinaire, il commandait les 7500 réguliers et garde nationaux basés sur l'île. Il commandait également l'Army Air Corps qui disposait d'environ 400 appareils. Les deux hommes s'entendaient bien sur le plan personnel, mais divergaient d'opinion quant à la meilleure stratégie à adopter pour protéger les îles Hawaii et sa grande base navale.

Les défenses

Le facteur qui a le plus contribué au succès du raid aéronaval japonais sur Pearl Harbor fut les rivalités professionnelles entre la marine et l'armée américaine. A Washington, les grands patrons de ces deux services respectifs – l'amiral Stark et le général Marshall – ne pouvaient à peine se blairer. Ailleurs, le degré de rivalité différait selon les lieux, les bases, et leurs commandants. A Pearl Harbor, l'Army Air Corps ne coopérait que minimalement avec la marine, ce qui explique pourquoi l'amiral Kimmel hésitait à trop éloigner ses porte-avions de Pearl Harbor. Cependant, l'US Navy fut la grande responsable de la rivalité. L'US Navy gérait plus de 65% du budjet et des ressources militaires américaines aux îles Hawaii. L'US Army était le partenaire junior et complementaire. Kimmel voulait restreindre la liberté d'action de l'armée. Short voulait préserver sa marge de manoeuvre et obtenir des avions à long rayon d'action pour accroitre sa défense aérienne

Ces rivalités firent en sorte qu'aucun plan cohérent de défense conjoint ne fut élaboré par Short et Kimmel. Lorsque le Japon fut identifié comme un "ennemi probable et imprévisible", ils ne firent qu'improviser une série de mesures ad hoc qui se sont avérées désastreuses:

1- Kimmel fait retirer les filets anti-torpilles pour ne pas gêner le mouvement de ses navires.

2- Short établit un périmètre défensif trop large. Ses pièces anti-aériennes sont dispersées.

3- Kimmel ne place pas la base en état de sécurité maximale - trop de "curieux".

4- Short ne fait pas voler ses escadrilles en rotation de patrouilles au-dessus d'Oahu

Le général Short était surtout préoccupé par le sabotage et déplorait que Kimmel négligeait la sécurité de sa base. En 1941, plus de 100,000 Japonais vivaient sur l'archipel hawaiien. Short manquait de pilotes pour faire voler ses appareils et donna un ordre dramatique: il fit grouper tous les appareils non-utilisés au centre des pistes pour qu'ils soient mieux gardés. Son ordre sucita la controverse chez ses subalternes, mais il fut suivi. Kimmel et Short s'entendaient sur un point: la nécessité d'avoir des "yeux" qui "voient loin" dans le ciel. Ils désiraient baser plusieurs escadrilles de bombardiers B-17 pour repérer et, si besoin était, attaquer les navires ennemis et/ou menaçants. Le patron de l'Army Air Corps à Washington, le général Arnold, refusa car l'effort fut jugé trop coûteux.

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Les deux radars de Pearl Harbor

Cependant, Arnold ne promit l'envoi que d'une seule escadrille de B-17 prévue pour la première semaine de Décembre. Pour pallier aux carences de reconnaissance aériennes, Short reçut deux radars britanniques à la fiabilité incertaine quelques jours avant l'attaque japonaise. Fort heureusement, ces radars n'étaient pas déreglés…

Le plan d'attaque

La préparation de l'attaque sur la base aéronavale de Pearl Harbor, aux îles Hawaii, a été formulée le 5 Janvier 1941. L'amiral Isokuru Yamamoto, commandant de la Flotte Combinée, ordonna à une petite équipe d'officiers d'État-major et de logisticiens d'étudier la possibilité d'organiser une attaque aéronavale sur la principale base américaine dans le Pacifique. Auparavant, la posture stratégique de l'Amirauté japonaise à l'égard des Anglo-Américains avait été strictement défensive. Mais comme l'US Navy avait concentré la plupart de ses grands navires de ligne à Pearl Harbor, il serait possible de les anihiler par une frappe décisive. Lorsque la flotte américaine du Pacifique serait neutralisée, l'armée japonaise n'aurait aucune difficulté à réaliser ses conquêtes dans l'Asie du Sud-Est. Le succès aéronaval britannique contre la base navale de Tarente serait-il pour quelque chose dans l'entousiasme des officiers d'État-major japonais? Il semble que oui... De surcroit, à la fin de Mai 1941, une mission d'observateurs japonais a visité la base de Tarente pour constater les dégâts causés par les Britanniques.

Le trajet de la flotte japonaise vers Hawaii

En Août, l'Amirauté japonaise se livra à une série d'exercices stratégiques théoriques sur cartes sous la supervision de l'amiral Yamamoto qui aboutirent à l'Ordre opérationel No.1, signé le 1er Novembre. Contrairement aux "amiraux de cuirassés", Yamamoto voulait utiliser l'outil aéronaval pour détruire la base américaine du Pacifique. Entretemps, il avait réussi à convaincre de nombreux officiers supérieurs à la validité d'un raid sur Pearl Harbor, car plusieurs d'entre eux le trouvait trop risqué et qu'il se déroulerait aux détriments du corps expéditionnaire destiné à attaquer l'Asie du Sud-Est. Yamamoto ordonna également un entrainement rigoureux à ses pilotes d'avions-torpilleurs et d'attaque au sol.

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Commentaires de Fuchida sur l'arme aéronavale – L'amiral Yamamoto

Le 26 Novembre, l'escadre de Nagumo appareilla des Kouriles par mauvais temps et prit une route arquée dans le Pacifique Nord, pour minimiser les risques de croiser d'autres navires. Le plafond bas et les orages localisés camouflèrent la progression de l'escadre aussi efficacement qu'un écran de fumée. Le gouvernement japonais prenait un risque énorme en s'aventurant en haute mer avec une telle escadre, mais réussit à détourner l'attention de son adversaire. Bien qu'inquiétés par la disparition soudaine des porte-avions japonais, les services de renseignement navals américains avaient conclu que les Japonais se préparaient à une attaque imminente soit aux Phillipines, ou dans les Indes néérlandaises (Indonésie actuelle), suite à leur occupation de l'Indochine française en 1940. Le 2 Décembre, Nagumo reçut la phrase codée lui confirmant d'attaquer Pearl Harbor. La position de l'escadre longeait le 43ème parallèle. Le 6 Décembre, l'escadre japonaise bifurqua légèrement vers le Sud puis vers le Sud-Est pour se positionner à 240 milles des îles Hawaii, à la tombée de la nuit.

L'escadre d'attaque serait commandée par le vice-amiral Chuichi Nagumo, un professionnel compétent, peu loquace et pas très sûr de son affaire. Elle serait composée de six porte-avions: l'Akagi, le Kaga, Hiryu et le Soryu, ainsi que le Zuikaku et Shokaku, qui totalisaient 432 avions embarqués. Deux cuirassés rapides – le Hiei et le Kirishima -, trois croiseurs, neuf destroyers et trois submersibles protégeraient ces porte-avions. Cette escadre serait approvisionnée en mer par huit pétroliers pré-positionnés. Si un état de guerre imminent devait être déclaré entre le Japon et les Etats-Unis, l'escadre en mer recevrait la phrase codée "escaladez le mont Nikitaka", confirmant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays ainsi que le feu vert donné à l'attaque. Le raid aérien serait précédé d'une reconnaissance faite par deux sous-marins de poche à l'entrée de la rade de Pearl Harbor. Le 22 Novembre, tous les effectifs avaient été concentrés dans une baie isolée de l'île de Etorufu au sud de l'archipel des Kouriles.

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L'attaque

A la veille de l'attaque japonaise, la flotte américaine basée à Pearl Harbor comprenait 86 navires: 8 cuirassés, 9 croiseurs, 28 destroyers, 5 submersibles et une trentaine de bâtiments de soutien. Il y avait 25,000 hommes sur la base et 231 avionsdans l'île. A minuit, les submersibles hauturiers lancent 5 sous-marins miniatures vers Oahu. Le dimanche 7 Décembre à 6H15, Nagumo fit décoller une première vague d'attaque composée de 230 appareils, dont 51 avions d'attaque au sol D3A Val, et 70 avions-torpilleurs B5N Kate. C'était une entreprise extrêmement dangereuse pour la marine japonaise, car celle-ci n'avait que peu de renseignements ponctuels en mains sur les dispositions de son adversaire. Les aviateurs japonais ne savaient pas si la rade était protégée par un filet anti-torpilles. Le seul renseignement pertinent qu'elle reçut, fut la confirmation de l'absence des deux porte-avions de la rade. Vers 6H45, un des deux sous-marins de poche essaya d'entrer dans la rade de Pearl Harbor pour la miner, mais fut coulé par le destroyer Ward. L'incident fut rapporté au centre des communications de Pearl Harbor, mais l'amiral Kimmel ne fut informé qu'une heure plus tard. Un second sous-marin se fait également grenader par le Ward et le fait échouer sur un banc de sable.

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Sous-marin de poche japonais coulé par un destroyer – Un autre sous-marin échoué

Mais une heure plus tard, la formation japonaise fut repérée par un radar côtier américain à une distance alors estimée à 160 milles. Mais cette information – qui aurait alerté Pearl Harbor 30 minutes avant l'attaque – ne fut pas acheminée à l'amiral Kimmel et ses adjoints à cause d'une erreur tragique d'interprétation. Un jeune lieutenant de quart au centre des communications de la base de Pearl Harbor, Tyler, croyait que l'écho repéré au radar corresponsait au gisement d'un vol de quadrimoteurs B-17 qui devaient atterrir dans la matinée. L'opérateur radar, le soldat Elliot, se fit répondre: don't worry about it. La première vague aérienne japonaise était commandée par le capitaine Fuchida. Ses chasseurs A6M Zéro, commandés par le lieutenant-commandant Nakaya, aperçurent Pearl Harbor pour la première fois vers 7H40. Les appareils de cette vague attaquaient de l'Est vers l'Ouest, de manière à avoir le soleil dans le dos. Sa vague se divisa en deux branches: l'une d'entre elles attaqua l'aérodrome de Wheeler pour ensuite jeter ses bombes sur les navires ancrés dans le Battleship Row; l'autre attaqua le terrain d'aviation improvisé de Mokuleia et longer la côte d'Oahu par le Sud-Ouest et attaquer l'autre partie de la rade. A 7H58, Fuchida avisa l'amiral Nagumo que la surprise tactique fut réussie. Lorsque les premières bombes tombèrent, le centre des communication de la base émit en clair l'alerte suivante: Air raid, Pearl Harbor, this is no drill. Kimmel avisa Washington sans délai.

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Commentaires du soldat Elliot – Le trajet des deux vagues aériennes

Sur les 127 navires de Kimmel, 94 étaient ancrés, dont deux cuirassés qui se préparaient à la cérémonie dominicale de la levée des couleurs. Les Japonais attaquèrent d'abord les sept cuirassés ancrés par paires le long de l'île Ford. La première attaque se déroula à 8H00 avec 70 avions-torpilleurs Kate - dont une trenataine munis de bombes - escortés par 43 chasseurs Zéro. Les appareils japonais attaquent les cuirassés ancrés par paires le long de l'île Ford. Trois torpillent frappent le cuirassé Oklahoma qui chavire en tuant 415 marins; quelques-uns d'entre eux ont survécu à l'intérieur de la coque immergée jusqu'au 23 Décembre suivant. Durant cette attaque, si les marins des cuirassés California et West Virginia n'avaient pas eu le réflexe d'appareiller difficilement leurs deux navires, ils auraient subi le même sort que ceux de l'Oklahoma. Le cuirassé Nevada est frappé par une torpille et deux bombes perforantes, mais ses affûts anti-aériens abbatit deux de ses attaquants. Il dut s'échouer pour éviter de bloquer le bras de mer qui reliait la rade à l'océan. Les pilotes japonais devaient être très adroits et voler linéairement en approchant leurs cibles. La rade de Pearl Harbor n'avait que 35 pieds de profondeur, et un angle d'attaque incliné des avions-torpilleurs risquait de faire plonger les torpilles dans la vase plutôt de de frapper les navires. Mais, en gros, l'attaque en piqué des Vals avec leurs bombes perforantes donna de meilleurs résultats que les avions Kate.

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Reconstitution du cuirassé Arizona (1970) La rade et les navires ciblés

A 7H15, la deuxième vague d'attaque décolla. Dirigée par le commandant Shimazaji, elle comprenait 54 avions-torpilleurs, 80 avions d'attaque au sol, et 36 chasseurs, commandés par le lieutenant-commandant Shimazaki. Elle arriva de l'Est mais longea la côte d'Oahu par le Sud-Ouest pour attaquer les terrains d'aviation improvisés de Kaneohe et de Bellows à 8H55, puis l'aérodrome de Hickam, pour tomber sur la rade et compléter le travail de destruction de la première vague. Les avions américains se firent détruire en paquets serrés et de nombreux hangars et ateliers furent détruits. Plus de 340 avions américains furent également détruits ou endommagés, dont plusieurs appareils abattus au décollage. Les avions japonais endommagèrent également des croiseurs et quelques bâtiments de plus petit tonnage. L'un d'entre eux, le destroyer Shaw, fut détruit par l'explosion de sa soute à munitions. Vers les 9H15, les Américains se resaississent et abattent plusieurs appareils ennemis. Ces tirs anti-aériens furent si intenses que de nombreux obus non-explosés et des balles ont frappés la petite ville de Pearl City au Nord-Est de la rade, tuant et blessant de nombreux civils. Les quadrimoteurs B-17, à court d'essence, furent même pris pour cible par des artilleurs américains apeurés, et durent se poser en catastrophe sur les terrains et dans les champs. Quelques-uns furent détruits au sol par les chasseurs japonais. Le cuirassé California reçut deux bombes et deux torpilles et l'équipage l'abandonna. Le croiseur Maryland fut touché par deux bombes qui causèrent des dommages mineurs. Le cuirassé Pennsylvania est endommagé en cale sèche.

Geysers des impacts de bombes japonaises dans le Battleship Row

Des chasseurs P-40 américains ont pu décoller et abattre quelques avions japonais. Lorsque l'amiral Kimmel se fit lire le bilan des pertes en regardant simultanément le carnage de sa flotte, il eut un geste mémorable: il arracha de ses deux mains ses épaulettes d'amiral et les flanquèrent par terre devant ses adjoints médusés; il passa dans un bureau adjacent et en ressortit quelques minutes plus tard avec des épaulettes de contre-amiral… Vers la fin de l'avant-midi, la base aéronavale de Pearl Harbor avait été transformée en un parc de ferrailles enflammées, avec une garnison éprouvée, et surtout une désorganisation épouvantable.

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L'Arizona crevé au fond de la rade – Explosion des réservoirs de carburant de Kaneohe

Durant les attaques, les trois autres sous-marins miniatures entrent dans la rade et coulent quelques navires, dont le cuirassé Wart Virginia. Ils se firent repérer et détruire. Sur 10 marins japonais, un seul survécut: Kazuo Sakamari, et il devint le premier prisonnier de guerre japonais pris par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale. Les marins américains furent réveillés brutalement par les explosions et quelques-uns vont également s'illustrer durant l'attaque. Un enseigne de vaisseau comme John Taussig et le cuisinier Doris Miller seront décorés pour bravoure: le premier pour avoir fait appareiller le Nevada, le second pour avoir avoir abattu un appareil ennemi avec une mitrailleuse lourde.

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L'explosion du destroyer Shaw – Le West-Virgina est coulé

Devant le succès éclatant des deux premières vagues d'attaque, certains officiers japonais pressent Nagumo de lancer une troisième vague afin de frapper les dépôs de carburant de l'île Ford. Plusieurs historiens affirment que la destruction de ce stock pétrolier important ainsi que les cales sèches auraient handicapé l'US Navy durant plusieurs mois. Cependant, Nagumo refuse de lancer une troisième attaque car il croit que les Américains ressaisis pourraient infliger plus de pertes qu'au début de l'attaque. De surcroît, l'organisation d'une troisième vague laisserait le temps aux Américains de détecter la flotte nipponne et de l'intercepter, d'autant plus que Nagumo ignorait la position des porte-avions ennemis et qu'il devait être ravitaillé en mer pour revenir au Japon. C'est ainsi que l'attaque sur Pearl Harbor s'arrête là.

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Le Pensylvania avec les destroyers Cassin et Dowes détruits – Un hangar d'avions brûle

Le bilan

Le raid japonais contre Pearl Harbor fut à la fois impressionnant et humiliant pour l'US Navy, car sa flotte du Pacifique avait été décimée. Fort heureusement pour cette dernière, les porte-avions ciblés – l'Enterprise et le Lexington – n'étaient pas en rade durant la journée de l'attaque. Un troisième porte-avions, le Saratoga, terminait des réparations à San Diego. Pour la marine américaine, les pertes furent lourdes: 2403 tués (dont 1100 pour le seul cuirassé Arizona) et 1178 blessés. A ce nombre, il faut ajouter une centaine de civils tués et blessés par les balles perdues sur Pearl City. Deux des sept cuirassés américains furent coulés, mais deux d'entre eux seront renfloués et participeront ultérieurement à des opérations de pilonnages côtiers. Du côté aérien, 155 appareils de l'USAAF ont été détruits au sol - dont 67 bombardiers - ainsi que 23 chasseurs de l'US Navy .

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Pilotes japonais heureux d'entendre les actualités – Cérémonie entourant les victimes américaines

Pour la marine japonaise, les pertes furent dérisoires: 29 avions, 55 pilotes, et 9 marins. Après que tous les appareils de la seconde vague d'attaque eurent appontés sur leurs porte-avions, Nagumo mit le cap vers le Japon à 13H00. En revanche, l'utilisation des sous-marins miniatures fut un échec total car ils furent coulés. De sucroit, un submersible japonais fut repéré en surface et coulé par un appareil du porte-avions Enterprise, le 10 Décembre. L'amiral Yamamoto avait parié qu'il pouvait neutraliser son adversaire américain au premier round; en fait, il ne l'a que sonné. Comme il l'avait anticipé, l'attaque du 7 Décembre secoua la léthargie américaine et amena une vague d'indignation dans tous les Etats-Unis qui mobilisèrent leurs ressources pour lutter contre le Japon. Avec le départ de la flotte nipponne, aucun porte-avion américain ne fut détruit. Qui plus est, la plupart des navires américains détruits étaient de vieux bâtiments et la plupart d'entre eux ont été remis en service et modernisés au cours des deux années suivantes. Il faudra au moins trois mois de travaux pour remettre la base de Pearl Harbor en état.

Les conséquenses

A date which will live in infamy, disait Roosevelt devant le Congrès. La déclaration de guerre fut vite approuvée. Le ton était à la revanche à tous les échelons de la société américaine. Le 9 Décembre, le porte-avions Enterprise entra en rade de Pearl Harbor. En voyant le champ de ruines, le vice-amiral Halsey s'écria: before we're through with them, the Japanese language will be spoken only in hell!! Le Congrès américain déclara la guerre au Japon et Roosevelt signa la déclaration. Le 10 Décembre, à la surprise générale, l'Allemagne nazie déclara la guerre aux États-Unis. Le 22 Décembre, Churchill et Roosevelt unissent leurs forces contre les puissances de l'Axe.

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Vengons Pearl Harbor – Roosevelt signe la déclaration de guerre du Congrès

Pearl Harbor est considéré par les Américains comme l'un des événements les plus importants de leur histoire. C'était la première fois depuis 1812 que les USA étaient attaqués sur leur sol. Il y en aura une seconde, cette fois le 11 Septembre 2001... Une onde de choc balaya le pays, de même qu'à la tête de l'armée et de l'État. Jugée comme une gifle, cette attaque japonaise réussie fit l'objet de nombreuses polémiques dès le lendemain des événements. Certains croyaient à un effort prémédité de l'administration Roosevelt pour amener les Japonais à jeter les gants les premiers - une thèse défendue par l'amiral Kimmel désigné comme le portafaux idéal, de même que par les adversaires politiques de Roosevelt. Cet argument sera rejeté par l'amiral Nimitz qui affirma que Kimmel aurait perdu toute sa flotte s'il avait appareillé 24 heures avant le début d'une attaque japonaise anticipée. Il n'existe aucun document ou note de service affirmant que Roosevelt ait souhaité l'attaque de Pearl Harbor. Par la suite, il y a eu sept commissions administratives pour établir les responsabilités et les négligences. La conclusion provisioire à retenir est que le désastre a été provoqué à la fois par la préparation minutieuse des Japonais, et par une série de négligences des Américains.

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Sneak attack – Le cénotaphe construit sur la coque immergée de l'Arizona

La population japonaise a été surprise par la nouvelle de cette attaque, surtout par le secret qui l'a entourée. Pour le Mikado, Pearl Harbor n'était que la seule réponse disponible à la politique économique agressive menée par Washington. De leurs yeux, l'attaque ne relevait pas de la perfidie parce que les Américains se préparaient à la guerre depuis longtemps. Il faut retenir que l'amiral Yamamoto a considérablement augmenté la confiance du Japon en lui-même par la réussite de son raid aéronaval sur Pearl Harbor. Il a frappé et meurtri un pays beaucoup plus puissant que le sien. La planification et l'organisation de son initiative fort complexe, ainsi que le soucil du secret ont garanti le succès de ce qui fut, incontestablement, un fait d'armes remarquable de l'histoire militaire.

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