Pierre Pucheu

Secrétaire d'État

1899-1944

Industriel qui est devenu secrétaire d'État à l'Intérieur du régime de Vichy.

Issu d'un milieu populaire, après des études à l'École normale supérieure, il fait carrière dans l'industrie : il dirige le service d'exploitation du Comptoir de l'industrie sidérurgique, dépendant de la Chambre syndicale de la sidérurgie française et du Comité des forges, puis en 1939 les établissements Japy (montres et machines à écrire), lié au groupe Worms. En 1934, il est membre des Croix-de-feu du colonel de La Rocque, qu'il abandonne à l'été 1935, puis en 1936 du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, où il siège au bureau politique et qu'il quitte à l'automne 1938, après les accords de Munich. Il sert d'agent de liaison entre Doriot et une partie du patronat grâce à ses fonctions au Comptoir de l'industrie sidérurgique. Il occupe plusieurs postes au sein du régime de Vichy: secrétaire d'État à la Production industrielle dans le gouvernement de Vichy, secrétaire d'État à l'Intérieur en Juillet 1941, puis ministre de l'Intérieur le 11 Août. Il crée les Sections spéciales pour juger en urgence les " terroristes ", ainsi que les Groupes Mobiles de Réserve (GMR), ancêtres des CRS actuels. Plusieurs militants communistes internés par le gouvernement sont guillotinés comme otages dans le cadre de cette procédure après l'exécution d'un militaire allemand dans le métro parisien, le 21 Août 1941. Et Pucheu, dans un discours aux préfets des zones occupées, déclare: Il n'y a qu'un homme habilité à prendre contact avec les autorités d'occupation, c'est moi ! Il va jusqu'à proposer que l'armée française stationnée en Tunisie combatte aux côtés de Rommel.

L'évolution du conflit fait pressentir un danger pour Pucheu qui souhaite changer de camp. En 1942, il avait pris quelques contacts infructueux avec la Résistance et avait rencontré Henri Frenay, le fondateur du MLN. Après le débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942, il passe en Espagne dans la nuit du 11 au 12 novembre 1942 et écrit, de Barcelone, au général Giraud, qu'il avait préalablement rencontré à Lyon, pour demander à venir au Maroc s'engager comme officier de réserve dans une unité combattante. Il attend plusieurs mois avant de recevoir, à Madrid, une réponse de Giraud qui lui donne son accord, par une lettre du 15 février 1943, à condition que Pucheu prenne un nom d'emprunt et s'abstienne de toute activité politique. Il lui a fait adresser à cet effet un sauf-conduit par l'un de ses collaborateurs, le colonel Malaise. C'est ainsi que Pucheu débarque finalement à Casablanca le 6 mai 1943. en ayant eu l'assurance qu'il pourrait servir sur le front de Tunisie avec son grade de capitaine de réserve. Mais, une semaine plus tard, le 12 mai 1943, le même Giraud le fait placer en résidence surveillée. Pucheu lui adresse alors une seconde lettre, de protestation cette fois, à laquelle il n'obtient pas de réponse. Peu après, le 30 mai de Gaulle arrive à Alger et constitue avec Giraud le Comité français de la Libération nationale dont il prend progressivement le contrôle. La liberté de la presse alors rétablie permet aux journaux gaullistes et communistes de dénoncer ouvertement ceux qui ont collaboré avec l'ennemi. C'est ainsi qu'une campagne est lancée contre Pucheu par le journal clandestin " Combat le 15 mai 1943, puis relayée en force par les médias communistes. C'est alors que le CFLN décide de procéder à l'épuration des collaborateurs, et de faire traduire Pucheu devant un tribunal militaire, le 4 mars 1944, sans que Giraud, qui en fait partie et l'a fait venir en Afrique du Nord, ne proteste. Appelé par la défense à déposer au procès Pucheu, non seulement Giraud ne l'a pas défendu, mais de plus il a justifié la violation de ses engagements envers l'accusé, lors de sa mise en résidence surveillée : il a d'abord avancé le fait que celui-ci serait arrivé en pleine bataille de Tunisie, alors que celle-ci aurait été " indécise ", et qu'il ne pouvait alors tolérer aucune agitation à l'arrière. Cette affirmation était inexacte car la campagne de Tunisie était si peu " indécise ", lors de la mise en résidence surveillée de Pucheu le 12 mai, que cette campagne allait se terminer le lendemain 13 mai. La deuxième justification de sa mesure par Giraud est plus sérieuse : il affirme, en effet, avoir reçu des informations relatives à la responsabilité de Pucheu dans des arrestations d'otages, qu'il ne pouvait vérifier. Giraud demande cependant à de Gaulle de surseoir à l'exécution, ce que celui-ci ne peut accepter. À l'issue de ce procès, Pucheu est condamné à mort. Sa demande de grâce est rejetée par le général de Gaulle. Il est fusillé à l'aube du 20 Mars 1945, c'est le premier membre du gouvernement de Vichy à être exécuté dans le cadre e l'épuration.

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