Albert Speer

Ministre

1905-1981

 

Architecte de formation qui devint le ministre des Armements du Troisième Reich, et le confident personnel d'Hitler.

Né à Mannheim, il fait des études d'ingénieur et architecte et travailla à partir de 1928. Par un circonstances reliées au chômage, il se convainc d'entrer au parti nazi en 1931 et fut progressivement introduit dans les rouages du parti comme organisateur et comme réalisateur de projets vantant le nazisme.

Introduit à Hitler, il lui confectionne une série de travaux personnels allant d'un balcon de fenêtre jusqu'à la construction de l'édifice de la Chancellerie du Reich. Speer remplaça rapidement celui qui avait été l'architecte privé d'Hitler, Paul Troost. Lorsque Hitler visita le bureau que Speer lui avait construit et aménagé, il fut pétrifié d'émotion silencieuse et lui déclara simplement, à voix éteinte: c'est bien, bien.. Désormais, la place de Speer fut de plus en plus importante dans le parti nazi car il entrait dans l'entourage immédiat d'Hitler, et il se fit jalouser par les Bormann, Himmler, et surtout Goebbels. Involontairement, Speer fut amené à devenir bon an mal an le confident d'Hitler et il fut l'un de ses invités préférés à sa redoute de Berchtesgaden - que Speer avait dessinée... Hitler considéra Speer comme un génie artistique, et comme le furhrer se voulait artiste lui aussi, la connivence entre les deux personnages fut plus serrée. Grâce à cette connivence avec le patron, Speer a pu bénéficier d'une auréole protectrice contre tous ceux qui auraient bien voulu le neutraliser. En retour, Speer se dévoua inconditionnellement à Hitler. Il prit progressivement le goût d'exercer le pouvoir, ce qui mina sa vie conjugale. En 1937, il fut nommé inspecteur général de la rénovation de la capitale allemande. Speer et Hitler entreprirent des plans de construction et de rénovation de Berlin dignes de mégalomanes et firent une ré allocation des immeubles locatifs qui amena l'éviction de nombreuses familles juives en 1939. Avec l'entrée en guerre, Speer prit l'initiative de collaborer avec les autorités militaires, mais en apprenant la nouvelle, Hitler devint furieux et garda "son" architecte près de lui.

Un des couloirs de la chancellerie construite par Speer

Lorsque le ministre des Armements, Fritz Todt, périt dans un accident d'avion - voulu, selon certains auteurs -, Speer fut nommé pour le remplacer en Février 1942. Il ne pensait pas être la personne pour un tel job, mais s'en acquitta avec une assurance surprenante, rétroactivement. Il appliqua sa rationalisation méthodique aux dossiers logistiques principaux et devint un technocrate remarquable, aidé en cela par son fidèle ingénieur Kessler. Il fit à la fois décentraliser les usines d'armements et utiliser le potentiel productif de la main-d'œuvre servile pour accroître la production d'une façon remarquable. Il trouva également d'autres sources alternatives de matières semi-usinées via la Suède et la Suisse. Il réduisit les types d'armements produits pour accroître la production sur un certain nombre d'armes. Durant ses efforts de réorganisation, Speer dut affronter les autres sbires nazis comme Goering et Himmler afin de départager les sphères d'autorité dans la gestion de l'effort de guerre. Son plus grand casse-pieds fut Goering car il contrôlait le ministère du Travail et il ne voulait pas lui fournir la main-d'œuvre requise pour ses projets. Speer fit arbitrer la question par Hitler, qui trancha en faveur de son architecte.

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Speer se prononce sur la mentalité d'Hitler, une fois la guerre déclarée - Speer au tribunal de Nuremberg

En 1945, les relations entre Speer et Hitler se détériorèrent lentement, mais elles ne furent tendues que dans les dernières semaines du régime nazi. Ce qui ne l'empêcha pas d'être présent au bunker de la Chancellerie pour célébrer l'anniversaire d'Hitler le 20 Avril. Cependant, Speer désobéit à l'ordre du furhrer de détruire toutes les infrastructures routières et industrielles allemandes pour ne pas qu'elles tombent entre les mains des Alliés. Arrêté par les Américains, il fut traduit au tribunal de Nuremberg où il fut accusé d'avoir utilisé de la main-d'œuvre servile pour permettre l'accroissement de l'effort de guerre allemand. Speer avoua également avoir planifié de tuer Hitler par du gaz toxique via les cheminées d'aération de son bunker de Berlin, mais ne put mettre son projet à exécution. Speer n'était pas un fanatique, ni un demi-fou. Il est devenu nazi influent que par un enchevêtrement circonstanciel dont il a profité au maximum, comme tout arriviste ou opportuniste. Le tribunal de Nuremberg le condamna à 20 ans de prison qu'il purgea à la vieille prison de Spandau. Après sa libération, il se recycla dans les affaires d'import-export en Espagne puis en Allemagne. En prison, il écrivit un livre essentiel sur la compréhension du régime nazi: Au cœur du Troisième Reich.

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