Franz Stangl

Lt-colonel

 

1908-1971

 

Le commandant des camps d'extermination de Sobibor et de Treblinka

Né en Autriche d'une famille modeste. Il s'engage dans la police municipale de Linz en 1935 où sa tâche consiste à dépister les activités anti-gouvernementales et notamment, semble-t-il, celles menées par les nazis. Après l'annexion de l'Autriche, Stangl ne sait plus à quel saint se vouer. Catholique, il dira plus tard avoir été profondément troublé par l’appel du cardinal Innitzer à la coopération de tous les catholiques avec les nazis. S’étant distingué dans la lutte menée par la police contre les nazis autrichiens, Stangl, selon ses dires, craint désormais des représailles. Avec l’aide d’un collègue, il va arriver, racontera-t-il, à convaincre un membre du parti de nazi de l’inscrire sur les listes du parti nazi autrichien à partir d’une année antérieure à l’Anschluss, époque à laquelle ce parti était encore illégal et clandestin en Autriche. Par la suite, dans tous les formulaires officiels Stangl mentionnera toujours 1936 comme date de son affiliation. La question de son appartenance volontaire au parti avant l’Anschluss reste encore controversée et fit du reste l'objet de longs débats lors de son procès. Le service de police dans lequel sert Stangl est incorporé à la Gestapo en 1938. Stangl est promu au Centre national de la Santé publique à Berlin et va participer au programme d'euthanasie des indésirables appelé T4. Stangl va accepter de faire partie du personnel policier du programme et à ce moment sous les ordres de Christian Wirth, comme responsable de sécurité. Pour se justifier, il invoquera ses mauvaises relations avec son chef à Linz et le fait que son adhésion au programme mettait fin à une enquête disciplinaire en cours à sa charge. En Février 1942, il est convoqué à Berlin où on lui donne le choix entre le retour à la police de Linz ou une mission en Pologne, à Lublin. Il choisit la seconde solution.

Arrivé au quartier général de la SS à Lublin, il est reçu par le Obergruppenführer SS Odilo Globocnik qui le charge de la construction du camp de Sobibor, alors à l’état d’ébauche. Stangl prétend qu’à ce moment, il ignorait tout de l'opération Reinhardt, à savoir l’extermination programmée, par des moyens industriels, des Juifs polonais et de la destination réelle du camp de Sobibor dans ce contexte. Selon ses dires, il n’aurait eu des soupçons sur la finalité de Sobibor qu’au moment où il y aurait découvert la chambre à gaz alors en construction. Il aurait été informé de la finalité exacte de Sobibor et de son rôle par Wirth lors d’une visite en avril 1942 à Belzec qui, à cette époque, fonctionnait déjà. En Septembre 1943, Globocnik donne l'ordre à Stangl de prendre le commandement du camp de Treblinka en lui expliquant que 100 000 Juifs y avaient déjà été envoyés, sans que rien, "ni argent ni affaires" en soit revenu – bref, que le dépouillement des déportés n'avait pas rapporté assez d'argent… En fait, comme va le découvrir Stangl, le camp, qui avait été placé sous la direction Eberl est dans un état indescriptible et complètement désorganisé. Pendant que Christian Wirth se charge de réorganiser le camp, Stangl se charge de retrouver l’argent et les objets de valeur. Une fois le camp réorganisé par Wirth, Stangl s’en voit confier le commandement. À la fin de 1942, il est définitivement incorporé à la SS. Pendant son commandement à Treblinka, Stangl se promène sur un cheval blanc parmi les futures victimes, vêtu d'une veste taillée sur mesure. Durant cette période, selon Todorov, Stangl hésite entre le dévouement pour sa femme et son devoir à l'égard de la patrie. Le Août 1943, les prisonniers des Sonderkommandos se révoltent contre leurs gardes et en tuent plusieurs. Stangl dirige les opérations menées par les gardes pour contrecarrer la révolte, mais il ne pourra empêcher l'évasion d'une partie des prisonniers, dont plusieurs sont armés. Peu de temps après, le camp est démantelé sous la direction de Franz et Stangl se voit affecté à une unité SS anti-partisans à Trieste.

Stangl passera le reste de la guerre en Yougoslavie et en Italie. Il participe à des opérations anti-partisans. Peu avant la fin de la guerre en Europe, il tombe malade et est transféré en Autriche avec d'autres SS. Il est fait prisonnier par les Américains et interné. Cependant, il s'évade lors de son transfert vers une autre prison. Stangl se réfugie en Rome, part pour la Syrie et par la suite au Brésil. Le 28 Février 1967 il est arrêté par la police brésilienne et extradé en Allemagne le 22 juin de la même année. Lors de son procès, d'anciens détenus se souviennent du plaisir évident qu'il trouvait dans son travail; quant à Stangl, il affirme que tout ce que je faisais de ma libre volonté, il me fallait le faire le mieux possible. Je suis comme ça. Cela ne l'empêche pas de ne pas vouloir regarder les choses en face: À Sobibor, on pouvait s'arranger pour ne voir presque rien, ça se passait loin des bâtiments du camp. Selon, l'historien Todorov, déjà cité, Stangl constitue un exemple de la fragmentation entre sphère privée et publique qui permet de continuer à mener une vie privée et familiale pleine d'amour et de souci, alors même qu'ils se comportent avec la dernière brutalité à l'égard des détenus. Il est jugé en 1970 et condamné à la prison à vie. Stangl meurt à la prison de Dusseldorf, le 28 Juin 1971.

___________________________

© Sites JPA, 2013