Dragoon

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L'Opération Dragoon est un débarquement allié en Provence, organisé par le général Wilson, commandant en chef des forces alliées en Méditérannée. Il se voulait le volet complémentaire d'Overlord. Le débarquement devait être effectué entre St-Raphael et Toulon. Le noyau principal de l'attaque alliée serait la 7ème Armée commandée par le général Patch, l'un des "nettoyeurs" de l'île de Guadalcanal. De cette armée, le 6ème Corps - composé des 3ème, 36ème et 45ème Divisions, serait chargé des opérations de débarquement. Ces unités avaient cumulées une bonne expérience amphibie depuis la Sicile. Plus de 1000 navires de tout types participèrent à l'opération, dont 107 navires transportant 466 péniches de débarquement de cinq marines: américaine, britannique, australienne, française et grecque. La flotte d'invasion est identifiée sous le nom de Western Task Force, et commandée par le vice-amiral Hewitt. A son bord, il y avait la présence du secrétaire d'État américain à la Marine, James Forrestal. L'appui aérien consistait en la 12ème USAAF commandé par le général Saville avec 2100 avions, dont 900 appareils embarqués. Ses bombardiers quadrimoteurs étaient basés sur des terrains autour de Rome; ses bimoteurs tactiques étaient basés sur 14 petits terrains en Corse dans la région de Bastia. L'armée allemande devait défendre 400 milles de littoral entre Menton et Cerbère. La tâche était confiée à la 19ème Armée commandée par le général Wiese. Tout le sud de la France était sous la responsabilité du Groupe d'armées G commandé par le général Blaskowitz. Mais son groupe d'armées était diminué par le transfert de nombreuses divisions sur le front de Normandie au prix de renforts de piètre qualité. Blaskowitz dut se départir des 217ème, 272ème, 277ème Divisions et des SS Das Reich contre la 198ème et une moitié de la 716ème Division. Blaskowitz et Wiese commandaient surtout à des divisions d'infanterie de second ordre démunis en artillerie et presque dépourvus de chars - ces matériels ayant été transférés en Normandie. Qui plus est, les Allemands se retrouvaient en situation d'infériorité numérique suite à la capitulation italienne: 330,000 soldats italiens furent désarmés et internés dans des camps à l'est de la Provence et en Italie du Nord. Environ 23,000 ont fui en Suisse. Conséquemment, Blaskowitz dit à l'OKW qu'il n'avait pas ce qu'il fallait pour sérieusement endiguer un débarquement allié en Provence. Le 10 Août, Hitler ordonna le transfert d'une autre division expérimentée avec tout son matériel: la 338ème, envoyée à Avignon. Quant aux forces navales, les Allemands ne diposaient que d'une dizainne de vedettes rapides lance-torpilles et de quelques submersibles. La Luftwaffe disposait de trois escadrilles de chasse et d'un groupe de bombardement. Elle serait l'adversaire le plus sérieux que les Alliés auraient à affronter. Les défenses allemandes avaient été partiellement complétées par l'Organisation Todt, qui reprit les constructions là où les Italiens les avaient abandonnées. Seule la ville portuaire de Toulon était bien défendue. D'autres défenses partielles furent construites à Hyères, sur les collines de la Valette et de Thouar, mais elles étaient éparpillées
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Premiers débarquements
Durant la nuit du 14 au 15, des commandos français débarquèrent et prirent la batterie côtière de Cavalaire et le fortin de vigie de Port-Cros après une faible résistance. A 03H00, les troupes aéroportées décollèrent d'Italie dans un brouillard épais. Heureusement, 60% d'entre elles furent lâchées sur leurs objectifs. Au petit matin, les objectifs principaux assignés aux parachutistes avaient été pris et sécurisés. Le matériel lourd de ces aéroportés arriva le lendemain par planeurs, mais ceux-ci furent malchanceux car il n'y avait pas assez de champs pour les acceuillir et il y eut de nombreux accidents. Néanmoins, l'action des parachutistes a désorienté et partiellement désorganisé les efforts défensifs des Allemands. Ils opérèrent conjointement avec des partisans français.
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Une parcelle de l'appui aérien pour Dragoon - Lâchers de parachutistes alliés
L'objectif immédiat était de s'assurer la maîtrise du ciel. Le 15 Août, les avions alliés firent 4250 sorties sur bases aériennes allemandes de Provence, détruisant presque tous les avions allemands au sol. Les pilotes allemands n'eurent aucune chance. Seulement une soixantaine prirent l'air et furent subjugés par le nombre, et abattus dans des combats aériens qui durèrent toute la journée. La flotte d'invasion ne fut pas menacée. A l'aube, les croiseurs de l'amiral Hewitt arrosèrent les défenses statiques allemandes avec plus de 50,000 obus, dont 3000 d'un calibre de 12" ou supérieur. Avant le débarquement du gros de la force d'attaque du 6ème Corps US, des bataillons de Rangers US débarquèrent pour neutraliser les points défensifs qui n'auraient pas été détruits par le pilonnage naval. Tout comme durant le débarquement en Normandie, les parachutistes et les Rangers avaient pour fonction de baliser le zone de débarquement, tout en acheminant des renseignements ponctuels sur la riposte et les déplacements allemands

Parachutistes et Rangers américains
Les Alliés durent batailler contre la 148ème Division d'infanterie du général Pico et contre la 242ème Division du général Bassler. Ces unités opposèrent une faible résistance devant la puissance de feu alliée. Leurs efforts ne furent pas coordonnés. Cependant, la 36ème Division US du général Dahlquist subit une brève mais forte résistance à Agay. Le port de Toulon fut l'objet de combats serrés. Le soir du 15, les Alliés avaient débarqué 60,000 hommes et 6000 véhicules et plus de 50,000 tonnes de matériel au prix de 320 tués - en partie par des mines et traquenards - et du double de blessés. Un fait d'armes à souligner fut celui du colonel Bouvet et de ses commandos. Il captura une redoute allemande située sur le Cap Nègre, et progressa de 9 milles en capturant plus de 1000 prisonniers. Le 16, le périmètre de débarquement allié s'étendait d'Anthéor sur la droite vers Hyères.Le général Neuling fut fait prisonnier avec son État-major
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Débarquement en cours - Les Allemands s'accrochent à Toulon
Sur les plages, le second échelon des troupes de débarquement de sa 7ème Armée comprenait la 1ère Division marocaine du général Brosset, la 3ème Division algérienne du général Monsabert et la 6ème Division coloniale du général Magnan. Patch fit débarquer la 1ère Division blindée française du général Du Vigier et les Goumiers marocains du général Guillaume. Le gros du débarquement se fit essentiellement à l'est de Toulon, entre Cavalaire et Fréjus et avait pour objectif de capturer la ville de Draguignan et son nœud routier. Cette présence massive de troupes alliées menaçait de faire un mouvement d'encerclement successif de Toulon et de Marseilles, obligeant les Allemands soit à résister avec leurs moyens limités, ou à se replier en escaliers successifs dans la vallée du Rhône vers l'axe Grenoble-Lyon-Dôle. Les éléments français débarqués furent groupés en la 1ère Armée française commandée par le général De Lattre. Ce dernier était de tempérament fougeux et prenait soin de l'humeur de sa troupe, non sans rudoyer ses officiers subordonnés. Il allait catalyser l'élan de cette armée motorisée et blindée. De Lattre fit une bonne impression sur Patch lorsqu'il prit Salkernes, Brignoles et Cuers à 9 milles au nord-est de Toulon. Ses unités prirent également le village de Le Luc, après une forte résistance.Qui plus est, la concentration des troupes alliées et leurs progressions firent "sortir" les partisans clandestins armés français des FFI (Forces françaises de l'intérieur)

Concentration des troupes alliées avant la progression à l'intérieur
Ces clandestins français seraient rapidement armés par les Américains à même leurs stocks de surplus ainsi que des armes capturés aux Allemands. Quant au 6ème Corps US, sa priorité était de se mettre en branle pour ratrapper et intercepter les Allemands à Montélimar; la 45ème Division US du général Eagles roulait vers Aix-en-Provence. Le village de St-Tropez fut libéré par un groupe de FFI avant l'arrivée des Américains. A ce moment, les troupes françaises du second échelon de débarquement relevèrent les Rangers US à Cavalaire et Grimaud.
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Soldats français et leurs prisonniers - Toulon bombardée
Hitler ordonne la retraite
Devant l'élan et les succès initiaux alliés en Provence, Hitler ordonna au général Blaskowitz d'évacuer tout le sud et le sud-ouest de la France. Les généraux allemands ne se firent pas prier, car cela contrastait avec l'habitude d'Hitler de tenir le terrain "à tout prix". Les unités allemandes en retraite devaient faire leur jonction avec les forces du général Model au nord de la Seine. La 19ème Armée allemande servirait de tampon retardateur dans la vallée du Rhône pour accélérer le retrait des autres unités allemandes vers le nord. A court terme, les Allemands devaient tenir une tête de pont à l'ouest de Paris et retarder l'arrivée des divisions motorisées et blindées alliées à Dijon. Les derniers débris de la malheureuse 7ème Armée allemande devaient être repliées au-delà de Touques et raccomodés. Si la région de Dijon ne pouvait être tenue, la tête de pont à l'ouest de Paris devait tenir, sur la ligne Seine-Yonne-Canal de Bourgogne- Dôle, et jusqu'à la frontière suisse. Mais la directive hitlérienne devait tenir compte de trois handicaps:
Le 20 Août, Le coup d'envoi fut donné par le général Patch pour sortir du périmètre de débarquement et progresser le long de la vallée du Rhône. Les poussées furent rapides. Partout, les soldats alliés - et en particulier les éléments français - étaient acceuillis en libérateurs, avec des caisses de champagne. L'Opération Dragoon fut surnommée the champaign campaign, par les Anglo-Américains. Les unités sous-motorisées allemandes furent rapidement rattappées et encerclées, souvent par divisions entières. A Dignes, un fait d'armes particulier se déroula. Alors que des colonnes allemandes étaient malmenées dans leurs retraites par l'aviation alliée, une brigade d'infanterie allemande lâcha ses armes et hérissa une nuée de drapeaux blancs devant des chasseurs-bombardiers P-47 américains: c'est la première fois dans l'histoire militaire qu'une force terrestre se rendit à des avions - un événement qui ne se reproduira pas avant la campagne du Golfe persique de 1991.

La "campagne du Champagne"...
Briançon et Grenoble furent rapidement dégagées et encore là, de nombreux piétons allemands furent faits prisonniers par les unités alliées et les groupes de FFI. Mais au-delà de Grenoble, il fut impossible au 6ème Corps US de ratrapper les unités motorisées de la 19ème Armée allemande qui se repliaient rapidement. Lorsque les unités alliées et les FFI convergent à Lyon, elles sont acceuillies à la fois par une population soulagée mais également par des miliciens déterminés à ne pas s'en laisser imposer. Ces derniers furent rapidement réduits au silence, et la libération de la ville tourna en scéance de règlements de comptes entre partisans FFI et "collaborateurs"; des femmes suspectées d'avoir "collaborées" même sentimentalement avec les Allemands subirent l'humiliation de la "tonte" de leurs cheveux sur la place publique
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Un groupe de FFI - Le supplice de la tonte
Toulon et Marseilles
La célèbre ville portuaire fut dégagée de la présence allemande le 27 Août, par la capitulation de la dernière poche de résistance de l'amiral Ruhfus, terrée dans la péninsule de St-Mandrier. Isolée du reste des colonnes allemandes en retraite, la garnison allemande résista farouchement et infligea 2700 tués aux Français. Cependant, ces derniers prirent 17,000 prisonniers. Le réduit bétonné de la batterie du Cap Cépet avait infligée de lourdes pertes aux attaquants; elle fut criblée de 1400 obus de marine de 12" et 800 bombes de 1000 lbs et de 2000 lbs. Son béton résista aussi bien que celui du fort Douaumont 38 ans plus tôt. Quatre coups directs bloquèrent les tourelles: l'une d'entre elles fut bloquée et les autres trouées.
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D'autres scènes de tonte à Marseille - Des FFI combattent à Lyon
Entretemps, De Lattre avait envoyé sa 1ère DB, la 3ème Division algérienne ainsi que ses goumiers pour reprendre la ville dès le 23 Août. Tout comme à Toulon, les Allemands se défendirent farouchement, utilisant même des lance-flammes et des Nebelwerfers. La perte des fortins de Notre-Dame et de St-Nicolas convainc le général Schaffer de se rendre au général Monsabert. Ce dernier accepta, et les combats cessèrent dans la matinée du 28. Mais avant que cesse toute résistance, les Allemands firent sauter les installations portuaires de ces deux villes. Là-aussi, une population avide de revanche s'en prit aux "collabos". Après Lyon et Dijon, les poussées alliées se firent rapidement. La frontière suisse est atteinte le 27 Août, et les unités de la 1ère Armée française poussèrent vers la Lorraine entre Lyon et la frontière suisse jusqu'à Besançon, Lure et Luxeuil. Sur la rive gauche du Rhône, les unités motorisées et blindées de la 7ème Armée US prennent Autun, longent la Sambre et atteignent le Canal de Bourgogne à Sombarnon. Elles font leur jonction avec les éléments avancés de la 1ère Armée française à Langres. Le 30 Août, ces unités font leur jonction avec le 15ème Corps US de l'armée de Patton. Lorsque le général Gudérian fit ses comptes à Hitler, il lui dit que les forces allemandes en France avaient perdues en moyenne 5500 tués par division et que le reste était soit dispersé, prisonnier ou invalidé en Allemagne. Hitler réalisa qu'il n'y avait aucune chance de tenir le Canal de Bourgogne et ordonna un nouveau repli allemand derrière la Somme. Quelques jours plus tard, des unités américaines délogaient les Allemands sur la Ligne Maginot
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Les progressions motorisées et blindées alliées sont irrésistibles
Le 24 Août, Hitler envoya un message au Haut-commissaire nazi en Hollande, Seyss-Inquart, ainsi qu'aux gauleiters Burkel et Wagner en Alsace-Lorraine: faites une levée en masse des Alsaciens pour défendre vos territoires alloués. A partir de la deuxième semaine de Septembre, la résistance allemande se durcit progressivement. Couplée au mauvais temps automnal, elle devait endiguer les progressions alliées pendant plusieurs semaines.
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Le bilan
Grâce à la rapidité d'exécution de l'Opération Dragoon, les Alliés avaient gagné un mois sur leur calendrier des opérations en Europe occidentale. Leurs poussées irrésistibles leur coutèrent 4000 tués, mais ils ont capturés plus de 60,000 prisonniers. La destruction des installations portuaires de Toulon et de Marseilles n'a rien changé au dénouement inévitable des opérations. Les Alliés avaient déjà débarqué 380,000 hommes, 69300 véhicules divers, 306,000 tonnes de matériel et 17848 tonnes de carburant
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