Iwo Jima

L'île d'Iwo Jima avait peu de choses à offrir pour un envahisseur. C'est un petit bout de terre arride de 4.2 milles de longueur par 2.5 milles de largeur que le gouvernement japonais svait annexé depuis 1891. Une colline volcanique de 552 pieds de hauteur la domine sur son côté sud: le mont Suribachi. L'île est entrecoupée de gorges et de crêtes entre 340 et 368 pieds de hauteur. Le gouvernement japonais en avait fait un avant-poste de liaison militaire. En 1940, Iwo Jima fut considérée comme forteresse défensive, et ses crêtes furent aménagées avec des bunkers bétonnés et enterrés, reliés par un réseau complexe de tunnels et de boyaux. Deux terrains d'aviation furent également aménagé pour chasseurs et bombardiers. En 1943, l'étendue des redoutes enterrées fut augmentée: 642 blockhaus, 800 pillboxes, et 41 batteries navales camouflées de 6" avaient été construites; des tranchées munies de canons-mitrailleurs de 25mm avaient également été aménagées. Des champs de mines avaient été étendus sur les points de passage obligés en cas de débarquement ennemi. En 1944, il y avait cinq villages sur l'île; ils étaient situés sur le nord et le centre du plateau. Iwo Jima devenait importante pour les belligérants à cause des deux terrains d'aviation japonais. Un troisième était en cours de construction. Les chasseurs japonais pouvaient décoller de ces terrains pour essayer d'intercepter les B-29 américains qui bombardaient les villes japonaises. De surcroit, des bombardiers japonais décollant d'Iwo Jima pouvaient effectuer des raids sur les Mariannes. Techniquement, Iwo Jima devenait un abcès menaçant pour la poursuite des bombardements américains sur le Japon. La décision de la neutraliser s'imposait. Mais il fallut plusieurs semaines de débats pour opter pour une invasion. Nimitz et ses subordonnés avaient deux options:

  1. La bombarder sévèrement pour détruire ses terrains, et isoler l'île.
  2. La bombarder sévèrement, et l'occuper pour utiliser les-dits terrains japonais.

Les généraux et amiraux oprèrent pour la deuxième option. Selon l'US Army, les terrains d'Iwo Jima pourraient être utilisés comme une station-service pour des appareils à court d'essence ou endommagés qui reviendraient du Japon après leurs raids. L'US Navy n'était pas enthousiasmée pour l'occuper. Elle avait déjà été critiquée pour avoir subie des pertes importantes pour des enjeux qui n'en valaient pas la peine. Les oreilles de Nimitz résonnaient encore devant les noms de Tarawa et Peleliu, tout comme celles des correspondants de guerre. Quant aux Japonais, ils étaient résolus à la défendre. Leur commandant, le général Kuribayashi, avait motivé ses hommes à encaisser les coups à venir et à opposer une résistance fanatique aux Américains.

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L'attaque

Jamais une île ne fut frappée avec autant de tonnage offensif qu'Iwo Jima. Fidèles à leur habitude, les Américains n'hésitaient pas à balancer du tonnage explosif pour protéger leurs soldats. L'île avait déjà subi un raid aérien le 15 Juin 1944 par des avions de l'aéronavale. A partir de la fin de Novembre, Iwo Jima fut bombardée sans relâche pendant 74 jours par les quadrimoteurs B-24 et les bimoteurs B-25 opérant à partir des Mariannes. Les villages furent rasés et les terrains détruits. Plus de 680 soldats japonais périrent durant ces bombardements. Les autres encaissent les bombes dans leurs réduits fortifiés.

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Iwo Jima fut tapissé durant 74 jours – Raids d'avions F4U Corsair américains

Le 16 Février 1945, une armada américaine se déploya près de l'île; elle comprenait de nombreux cuirassés. Ceux-ci pilonnèrent l'île durant trois jours: plus de 40,000 obus et roquettes furent tirés. Le 19 Février à 9H00, les péniches de débarquement débarquent au nord-est du mont Suribachi et les Marines essaient de progresser sur le gros sable volcanique. Les troupes d'assaut provenaient d'unités appartenant à trois divisions de Marines: des éléments de la 4ème USMC commandés par le général Cates; ceux de la 5ème USMC commandés par le général Rockey; et ceux de la 3ème USMC du général Erskine qui servaient de force de réserve. Ces généraux étaient sous l'autorité du général Smith.

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Débarquement devant le mont Suribachi – Péniches motorisées LVT

Les bombardements et le pilonnage naval avaient soufflé une partie du camouflage qui protégeait certaines positions japonaises. Cependant, les Américains ignoraient l'étendue réelle des ouvrages reliés par plus de trois milles de tunnels et boyaux souterrains dont les écoutilles à demi-enterrées pouvaient être utilisées par les défenseurs pour tirer dans le dos de leurs attaquants. En plus des canons de marine de 6" affutés et camouflés, Kuribayashi disposait d'une centaine d'obusiers, une cinquantaine de canons antichars de 47mm, quelques rampes lance-roquettes, et une vingtainne de chars. Le débarquement et les combats ressemblent en gros à ceux livrés sur les autres îles du Pacifique. Kuribayashi avait choisi de livrer bataille à l'intérieur, mais la marine lui avait forcé à établir certains bunkers et pillboxes près des plages. Quant aux Américains, ils étaient sûrs que la densité des pilonnages avaient neutralisés une bonne partie des défenseurs. Ils allèrent être surpris; en particulier, les éléments inexpérimentés de la 5ème Division USMC, dont les soldats avaient une moyenne d'âge de 19 ans. Les Marines pouvaient sentir le choc des obus qui arrosaient leurs péniches, et être témoin de l'explosion de certaines d'entre elles touchées par des coups directs. Le souci principal du Marine chargé comme un mulet était de quitter cette péniche et de retrouver le sol. Dès que les premières vagues d'assaut ont touché le sol, les Marines comprennent qu'ils sont sous les feux croisés de pièces d'artillerie et de mortiers. Dans la cacophonie et la fumée, il était très difficile pour eux de déterminer d'où provenaient les tirs ennemis. Les meutrières des bunkers enterrés étaient juste au niveau du sol et les mitrailleuses fauchaient des sections d'infanterie entières, lorsque celles-ci avançaient. Pour survivre, les Marines devaient rester tapis sur ce gros sable.

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Les Japonais ouvrent le feu – Pillbox japonais détruit

Comme à Tarawa, les premières vagues se devaient d'avancer, à cause que les autres arrivaient avec leur matériel lourd – dont des chars Sherman – ce qui obligaient les premières vagues de "rampants" à progresser dans de très mauvaises conditions. Malgré la densité du feu japonais, les Marines réussisent à détruire quelques pillboxes ennemis (image ci-haut).

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Marines au repos dans leurs trous – Du matériel traîne ça et là

Ripostes japonaises

Les chars japonais se lancent à l'attaque pour refouler les éléments débarqués à la mer: ils sont rapidement détruits par les Shermans et même par les tirs de certains destroyers. Devant la résistance initiale, les Américains firent un nouveau pilonnage naval risqué à quelques centaines de mètres seulement devant les Marines tapis au sol. Malgré ces nouveaux tirs, les Japonais se livrent à de petites contre-attaques en infiltrant les positions précaires américaines et en les arrosant de tirs automatiques et de projectiles de petits mortiers. La ténacité des attaques japonaises n'a pas permis aux Marines de couper l'île en deux. Il leur a fallu trois jours pour ramper aux pieds du mont Suribachi, et l'encercler. Le lendemain, les Marines en avait gravi le tiers, sous le feu d'armes automatiques nippones. Les Japonais préféraient attaquer les Américains à courte portée, parce que ces derniers ne pouvaient pas compter sur la protection de leurs armes d'appui. Ailleurs dans l'île, de nombreux corps-à-corps opposaient plusieurs détachements belligérants.

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Le Saratoga endommagé par un kamikaze – Témoignade d'un vétéran

Les défenseurs japonais ne recurent aucune aide du Japon, à l'exception d'un petit raid de kamikazes. L'une des bombes volantes Okha frappèrent l'avant du porte-avions Saratoga, mais les dégâts furent limités. Pour de nombreux Marines, les combats d'Iwo Jima se déroulent dans un paysage irréel qui leur semblait être celui d'un décor de film de science-fiction. Les tirs fusaient de toutes part et les jours passés tapis au sol dans l'anticipation de la mort ou de la blessure – qui symbolisait l'évacuation providentielle – semblaient durer des mois. L'adversaire japonais semblait être fantomatique: il frappe de jour comme de nuit et il disparaît immédiatement dans ses trous au beau millieu de la fumée et de la poussière. Pour eux, survivre à Iwo Jima serait la consécration de la sortie de l'enfer. Le témoignage des vétérans est éloquent à ce sujet. Le 23 Février, un peloton de Marines grime sur le mont Suribachi après le bombardement de son sommet par une quarantaine de chasseurs-bombardiers Corsairs. S'en suit un furieux combat au corps-à-corps et à la grenade. Le lieutenant Shirer fit lever un petit drapeau américain au sommet de la montagne. Peu après, un drapeau de plus grande taille fut amené d'une péniche de débarquement et Shrier remplaça son drapeau par l'autre. Ce fut celui qui figure sur la célèbre photographie prise par Joe Rosenthal de l'Associated Press, et qui est un cliché-symbole à la fois de la lutte pour Iwo Jima et le symbole des Marines américains. Ceux-ci furent enthousiasmé par la vue du Old Glory flottant sur le mont Suribachi; ils croyaient que l'île avait été prise. Mais elle était fortement tenue par les Japonais. Entretemps, le nombre de blessés chez les Marines continuait d'augmenter (image gauche). Cependant, les Américains disposaient d'une importante réserve en hommes et en matériel pour combler des pertes ponctuelles.

La photo de Rosenthal

Le noeud américain se resserre

Le 1er Mars, quatre bataillons de Marines se lancent sur les positions défensives japonaises sur le premier terrain d'aviation japonais. L'appui-feu est livré par des jeeps sur lesquelles sont affutées des petites rampes lance-roquettes, ainsi que par des mortiers. Les combats quotidiens pour ce premier terrain se mesuraient en centaines de verges. Les premiers assauts américains sautent sur les mines entourant le-dit terrain et certains Shermans sont cassés par des canons antichars de 47mm. Les autres assauts réussissent à le prendre au bout de quatre jours. Les bunkers furent nettoyés uns à uns au lance-flammes et à la grenade. La progression américaine se poursuit lentement, méthodiquement, et bien coordonnée. Mais les Marines continuent de tomber; dès qu'une batterie lourde de 6" déverse son fiel sur les attaquants, les Marines font appel à leur artillerie composée d'obusiers de 155mm courts. La communication sans fil effectuée par les walkie-talkies permet de cibler les redoutes bétonnées et les neutraliser.

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Obusier tracté de 155mm court – Pillbox japonais soufflé

Le 6 Mars, la 3ème Division USMC débarque. Elle a pour objectif au centre-nord du plateau d'Iwo Jima; cela dans le but de fractionner les défenseurs japonais et disperser leur puissance de feu. Ce plateau n'avait pas la topographie rêvée pour faire évoluer des attaquants: c'était une surface érodée et ravinée par l'eau, le vent et l'activité volcanique. La division lança son attaque en matinée. Les bataillons d'avant-garde furent hachés par le feu défensif japonais. Les Marines durent utiliser leurs mortiers, et leurs lance-flammes pour refouler à petits pas ces coriaces planqués comme des marmottes. Les chars Sherman échangent de nombreux tirs avec les pièces de 75mm dont étaient munis les bunkers japonais en béton armé et légèrement recouverts de cendre volcanique. Les meutrières de ces bunkers furent arrosées par de généreux jets de lance-flammes. Les progressions furent difficiles, et avec leurs lots de blessés habituels à évacuer. Les ruines du village de Motoyama furent prises, tout comme les butons qui flanquaient le troisième terrain d'aviation japonais. Le lendemain, tous les terrains troués japonais furent pris.

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Marines sous le feu ennemi – Shermans munis de lance-flammes

Les Marines entreprirent de faire une progression par segments sur toute la largeur de l'île. Cela correspondait aux combats livrés pieds-à-pieds par le général Kuribayashi – le terrain cédé par ce dernier était rapidement occupé par les Marines. Le général Smith refoulait inexorablement les défenseurs japonais sur la pointe de Kintano. Mais Kuribayashi livra un combat d'usure, et les Marines prirent un mois avant d'embouteiller ses forces le dos à la mer, sans aucune possibilité d'évacuation.

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Nettoyage des derniers réduits et prisonniers embarqués – Un rare prisonnier japonais

Durant le mois de Mars, les Marines durent batailler fort pour déloger deux points fortifiés inter-reliés par des tunnels: les côtes 382 et 382A. L'intérieur de la Côte 382 avait été réaméngé en bunker géant en béton épais, et fortifié par de nombreux canons de 47mm et de 75mm, ainsi que par des affuts doubles de canons-mitrailleurs de 25mm, et des puits de mortiers. Les vallons menant à ces côtes étaient protégés par des chars. Les Marines ont balancés plus de 2200 obus de 105mm et de 155mm sur ces collines avant de les attaquer. Le 14 Mars, un premier assaut général appuyé par des chars fut lancé, il fut repoussé, et les Marines perdirent plus de 300 tués. Un autre assaut fut lancé le lendemain: échec, 162 tués. La côte fut surnommée le "hachoir à viande" par les Américains. Une dizainne de petits assauts plus modestes furent lancés sans succès avant que les Shermans munis de lames de bouteur enterrent les défenseurs vivants dans leurs tranchées et meurtrières. Les Américains ne se sont pas badrés d'exiger la reddition des servants japonais: des explosifs furent balancés dans les bouches d'aération et la Côte 382 fut détruite. L'attaque de la Côte 382A fut plus complexe et inusitée, car les Marines décident de l'attaquer de nuit afin de minimiser leurs pertes. Malgré que la progression était lente et difficile, la tactique surprend les Japonais. Après un combat à courte portée bref mais violent, la Côte 382A est prise rapidement. Malgré la perte de ces deux redoutes, les soldats japonais continuent d'attaquer avec leur agressivité habituelle. Le 8 Mars, ils lancent une attaque en règle dans la charnière entre deux bataillons de Marines. Mais le déploiement japonais se fait en terrain découvert sans aucun appui d'artillerie: l'attaque japonaise échoue et 650 soldats nippons sont tués. Le nettoyage des points fortifiés japonais a pris du temps non seulement à cause que les soldats étaient déterminés à résister, mais parce qu'ils avaient de bonnes réserves de munitions, de nourriture et d'eau. Beaucoup de soldats japonais attendaient la nuit pour infiltrer des positions américaines avant de s'évaporer au lever du jour. Tassés dans la pointe de Kintano, les Japonais doivent affronter les chars Sherman munis de lance-flammes qui arrosent tout le pourtour d'une zone attaquée, forcant les défenseurs à bouger, ou à être incinérés sur place. Le 25 Mars, les derniers défenseurs de la pointe de Kintano tombent et l'île fut officiellement sécurisée. Les 439 survivants à la peau boursoufflée et noircie par les lance-flammes font mine de se rendre, avec le général Kuribayashi à leur tête. Ils sortent dans anfractuosités et autres trous avec les mains sur la tête, devant les Marines du 5ème Bataillon de pionniers. Soudainement, une partie des prisonniers lancent des grenades aux Américains et ouvrent le feu avec des armes légères dissimulées. Les Marines tirent dans le tas avec un feu croisé, tuant 223 soldats, incluant Kuribayashi. Sur les 21,000 Japonais, 216 furent faits prisonniers. La prise d'Iwo Jima coûta la vie à 5931 Marines et 17,372 autres furent blessés. Cependant, l'île sera rapidement aménagée en base aérienne auxiliaire pour l'USAAF et l'aéronavale américaine. Les Américains grommelaient que si la prise d'Iwo Jima avait coûté aussi cher pour si peu, qu'en serait-il lorsqu'ils débarqueraient au Japon.

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la Côte 382 détruite à la dynamite – Des Japonais se suicident à la grenade

La prise d'Iwo Jima fut filmée par plusieurs correspondants de guerre, et associée au courage des Marines américains. Pourtant, Iwo Jima ne fut pas le seul endroit ou le USMC a fait preuve de ses qualités combattives. Hollywood capitalisa sur l'événement après la guerre en produisant le film "Sands of Iwo Jima" avec John Wayne comme acteur principal. A la vue de ce film, le général MacArthur rencontra l'acteur et dit devant ce dernier, pétrifié: jeune homme, personne n'incarne mieux l'esprit du soldat américain mieux que vous Dès lors, Okinawa reste le dernier objectif à conquérir, et il sera de taille.

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