La Sicile

L'invasion de la Sicile, première véritable opération anglo-américaine conjointe, exigeait une énorme logistique navale et aérienne, fournie et payée par l'Oncle Sam. Elle fut à l'image de l'Opération Husky: difficile à réaliser. La multiplicité des niveaux de commandement, les distances à franchir, ainsi que l'appétit des différentes unités. Plus d'un millier de navires voguent vers la Sicile, mais les transports de troupe manquent de barges de débarquement. les difficultés des défenseurs étaient encore augmentées par l'incertitude du lieu de l'attaque. Les Alliés avaient le choix d'objectifs alternatifs et les défenseurs devaient faire face à un dilemme: comment répartir leurs maigres forces. Hitler, influencé par Jodl, pensait que la prochaine étape des Alliés serait la Sardaigne. Du côté allemand, il y avait la 90ème Division blindée sous-dotée et en formation. Kesselring, quant à lui, ne croyait pas que les Alliés débarqueraient en Sicile, et avait transféré la plus grande partie de ses parachutistes dans le sud de la France. Deux mois vont s'écouler avant que les Alliés envahissent la Sicile et il est remarquable qu'aussi peu d'efforts aient été entrepris pour cadenasser la porte du "ventre mou" européen. Qui plus est, les chances d'une réaction rapide à cette invasion disparaissent lorsque les Italiens rejettent la proposition de placer deux de leurs divisions sous commandement allemand. Et la capitulation approche…

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L'Axe en alerte

L'invasion de la Sicile commence, en fait, le 7 Juin 1943 par la prise de l'archipel de Pantellaria. Ces îlots volcaniques avaient été occupés militairement par Mussolini pour contrer la présence militaire britannique sur l'île de Malte. Plus de 12,000 soldats italiens y étaient basés, et avaient installés un réseau de batteries côtières navales. Cependant, cette garnison était âgée et démoralisée; elle n'était pas en état de résister au choc qu'il l'attendait. Les défenses de Pantellaria n'ont été que des tigres de papier. L'attaque alliée débute par le pilonnage des îlots par la Royal Navy. En trois semaines, 6400 tonnes d'obus et de bombes furent larguées. Le 12 Juin, le gros des défenseurs italiens se rend aux Britanniques: 11,200 prisonniers. Chez les Alliés, aucune perte, sauf un soldat mordu par une mule… Cette opération permit à la fois à Eisenhower de flatter son ego en affirmant son leadership et de donner un terrain d'aviation aux Alliés. L'occupation de Panterilla donnait l'impression que la conquête de la Sicile serait facile. Mais Eisenhower et Alexander n'étaient pas dupes.

Le théâtre d'opération sicilien

Les premiers convois alliés appareillent le 3 Juillet d'Alger, de Gibraltar et de Malte. Les 276 navires américains naviguent vers Gela, et les 600 autres transportant toute la VIIIème Armée britanniques vers Syracuse. Les généraux alliés étaient anxieux car la mer était mauvaise, les vents étaient forts, et l'ennemi était aux abois. Le 9 Juillet, des avions de reconnaissance de la Luftflotte 2 repérèrent cinq convois, comprenant chacun entre 150 et 180 transports et/ou barges hauturières, escortés par de nombreux destroyers et au moins deux gros croiseurs ou cuirassés. Pour le général Guzzoni, il ne fait aucun doute que l'objectif allié est la Sicile. Dans la nuit du 9 au 10 Juillet, les parachutistes britanniques de la 1ère Division aéroportée arrivèrent en planeurs au large du Cap Passero. Leur objectif était de se poser près de Syracuse et de capturer le pont de Ponte Grande sur la rivière Anapo, jusqu'à ce qu'ils soient relevés par l'infanterie de la VIIIème Armée. Cette division est commandée par le général Browning, qui avait réussi à convaincre Montgomery qu'il pouvait prendre et tenir cet objectif en attaquant avant la levée du jour. L'ennui, c'est qu'il est fortement défendu. Mais l'attaque aéroportée fut désastreuse:

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Parachutistes de la 1ère Division aéroportée – Un planeur américain Waco

Les facteurs conjugés d'inexpérience, de la météo et des tirs anti-aériens firent échouer l'attaque de la 1ère Division aéroportée britannique. Sur 147 planeurs pris en remorque pour attaquer Ponte Grande (image gauche), 69 s'abiment en mer, noyant 252 parachutistes; 59 autres se posent sur une zone de 25 milles de diamètre, et leurs parachutistes ne peuvent attaquer l'objectif; 2 autres furent abattus par les tirs anti-aériens; 10 autres n'ont pas été désamarrés de leurs C-47 et sont retournés en Tunisie. Seulement 12 planeurs réussissent à se poser près de l'objectif. Ils prennent la station radio du Cap Murro di Porco et neutralisent une batterie côtière de Syracuse. A l'aube du 10, il délogent les Italiens du Ponte Grande à l'arme automatique. Une heure plus tard, les Italiens délogent les parachutistes, mais ils sont de nouveau repoussés de Ponte Grande par l'arrivée de renforts britanniques. L'objectif est atteint mais l'amerturme est grande chez les parachutistes, car ils accusent les pilotes de C-47 d'avoir flanché sous la nervosité et les tirs italiens.

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Gela pilonnée par les croiseurs alliés – Commentaires

Au même moment, les parachutistes américains de la 82ème Division aéroportée furent lâchés sur quatres objectifs au nord de la ville de Gela, dont le port était bombardé par les canons des croiseurs au large du port (image ci-haut). Le colonel Gavin commandait au feu groupes de parachutistes lâchés sur Gela. Là encore, les parachutistes furent dispersés dans un rayon de 15 milles par les vents violents. L'inexpérience combinée à la météo va éparpiller les parachutistes alliés sur une trop grande surface pour sécuriser immédiatement leurs objectifs. C'est la première fois que les Alliés appliquent le parachutisme de combat, ce qui explique leurs erreurs. Aucun élément éclaireur n'avait été parachuté avant le jour pour baliser les objectifs. Il n'y avait aucune aide de navigation. Les parachutistes qui sont lâchés arrivent au sol dans un dédale de bruit et de fumées qui les désorientent. Les Américains perdirent une dizainne de C-47 par des tirs anti-aériens. Pris sous les tirs, les pilotes de C-47 ordonnent aux parachutistes de sauter avant d'atteindre leurs objectifs. Les Américains prirent trois jours à se regrouper avant de prendre leurs objectifs. Mais auparavant, ils ont la surprise de se frotter à la meilleure unité de la Wehrmarcht: la division aéroportée Herman Goering. Les Américains durent s'aguerrir au prix du sang des leurs. Après la sécurisation des deux premiers objectifs, la 1ère Division aéroportée britannique fut si amochée qu'elle fut évacuée en Tunisie pour panser ses blessures et se réorganiser. Entretemps, le général Guzzoni apprend avec stupeur que les parachutistes alliés ont capturé deux têtes de pont.

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La 8ème Armée britannique attaque

Contrairement aux débarquements de Gela, Salerne, Anzio et de la Normandie, le débarquement britannique à Syracuse ne fut pas précédé d'un pilonnage naval ou d'un bombardement aérien pour ne pas alerter outre-mesure les Germano-Italiens. A l'aube du 10 Juillet, la 51ème Division d'infanterie – l'élément de tête de la VIIIème Armée – débarque ses soldats en proie au mal de mer dans des vagues incertaines. Les débarquements se déroulent sans histoires. La résistance est minime car la garnison italienne peu entrainée de Syracuse n'a ni les moyens et la volonté de combattre; elle se dispersa puis se rendit en petits groupes. L'armée italienne en Sicile n'envisageait pas de résister sur la côte. Cependant, les débarquements se firent dans un cafouillage de délais d'horaires, de matériels noyés, et de troupes débarquées aux mauvais endroits. Heureusement pour Montgomery, la Luftwaffe n'intervient pas en grand nombre car les avions allemands sont occupés à se batailler au-dessus du terrain de Pachino, bombardé par les B-17 et B-25 américains. Néanmoins, quelques Me-110 sont venus dire bonjour en coulant un destroyer et en amochant quelques navires de transport.

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Transporteurs britanniques – Une barge de débarquement hauturière

A 13h00, le gros de la VIIIème Armée avait déjà débarqué sur de nombreux sites. Elle relève les parachutistes du Ponte Grande, prendt la ville de Syracuse, et neutralise le reste de la résistance italienne organisée en Catagne par des actions aéro-terrestres coordonnées. Montgomery fut si heureux qu'il câbla son appréciation à Tedder et Cunningham en leur remerciant du soutien aérien et naval. La maîtrise du ciel sicilien est désormais assurée par la RAF. Les plages étaient couvertes de matériel et de véhicules pour exploiter le succès de la journée. Pour le moment, l'Opération Husky se déroulait très bien, car Montgomery n'a pas eu à combattre aucune unité allemande.

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La 7ème Armée US attaque

Les débarquements de la 7ème Armée américaine sont également réussis, mais plus animés.. Tout comme devant Syracuse, les vagues de cinq pieds devant Gela incommodent les soldats dans les barges de débarquement. L'exécutant responsable des débarquements américains est le général Truscott. Les premiers groupes d'assaut sont fauchés par les mitrailleuses italiennes, mais les défenseurs italiens sont repoussés et les Américains occupent rapidement Gela. A l'Est de Licata, les défenseurs italiens se sont sauvés, y compris les officiers du PC régional. Pendant que les soldats sécurisent Gela, les parachutistes de la 82ème Division se sont regroupés pour bloquer deux contre-attaques germano-italiennes vers Gela. A l'extrême Sud-Est, un bataillon du 175ème Régiment d'infanterie US prend Ragusta, sur la droite de la force de débarquement. La 1ère Division d'infanterie US – surnommée la Big Red One – consolide la zone de débarquement, tout en subissant des tirs italiens. Ses bataillons de Rangers, commandés par le lt-colonel Darby, nettoient ce qui reste de la résistance italienne autour et au Sud de Gela.

Les Américains débarquent à Licata

Les navires américains ont été victimes d'attaques aériennes. Le destroyer Maddox fut coulé par un coup direct d'un avion d'attaque au sol Stuka, de même que le dragueur de mine Sentinel. De surcroit, les Stukas et les Me-110 coulèrent deux barges de débarquement et un transport de troupes. Les Italiens se replient à l'intérieur du territoire, et il n'y a que des accrochages sporadiques. Durant les deux premiers jours de l'Opération Husky, 80,000 soldats sont débarqués, ainsi que 7000 véhicules divers, 300 camions et 900 pièces d'artillerie. Le Sud-Est sicilien présente le spectacle d'une Italie en déroute. Beaucoup de soldats italiens gisent morts au bord des routes. La population civile ne veut pas les enterrer de crainte d'être touchée par le "mauvais œil" et ignorent ces corps. Les correspondants de guerre anglo-américains sont déçus de l'île et de ses habitants. Au lieu d'un paysage vert et fertile, ils retrouvent une contrée brune et drabe, désolée et poussiéreuse. Les villages manquent d'eau; leurs habitants sont déprimés et sales.

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Automoteur M7 en Sicile – Artilleurs américains

Lorsque Patton débarque le 11 Juillet, il confére avec ses subordonnés quant à l'orientation des progressions de son armée. Il n'a aucun égard pour les Siciliens qui n'enterrent pas leurs propres morts au combat: this part of the island house the dirtiest of all Sicilians; they are the most destitude and God-forgotten people I have ever seen, écrit-il dans ses carnets. Mais ces gens se sont réveillés en hâte devant le spectacle de ces nombreux navires ancrés devant leurs côtes.

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L'Axe contre-attaque

Devant les succès initiaux des Alliés, le général Guzzoni considère qu'il lui est inutile de perdre son temps à disperser ses forces pour repousser tous les débarquements; il désire plutôt conserver ses réserves et les utiliser dans quelques endroits critiques. Même avec Syracuse entre les mains ennemies, Guzzoni croit qu'il serait possible de flanquer en double les Britanniques en faisant intervenir la Division Napoli et une unité de la Division Herman Goering – le Groupe Schmalz. Mais le 12 Juillet, les Britanniques progressent en direction d'Augusta; ils sont partout et consoldient leurs gains en poussant vers le Nord. La 23ème Brigade blindée britannique prend Vizzini, et Montgomery encourage ses unités à progresser le plus rapidement possible. Qui plus est, la prise du port de Syracuse intact permet aux Britanniques d'acheminer encore plus de matériel.

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Des parachutistes allemands – Des chars Tigres à Gela

La 5ème Division britannique batailla avec le Groupe Schmalz, mais les Allemands ne peuvent faire plus que de retarder la progression britannique. Les Allemands n'ont pas coordonné leurs attaques avec leurs alliés italiens, et elles vont échouer. Malgré sa réputation professionnelle, les unités de la Division Herman Goering avaient perdues leur tonus. A l'exception de ses éléments blindés, elle était composée de nouvelles recrues. Son commandant, le général Conrath, la scinde en deux groupes: un d'infanterie, un de chars. Le groupe de chars attaque les positions américaines sur la route côtière, mais les chars allemands se font démolir par le tir des croiseurs et destroyers croisant à proximité de la côte. En Sicile, les Allemands ne sont pas habitués à faire coopérer leurs chars avec leur infanterie, et la topographie ne se prête pas à leur utilisation. Les chars PZKW-VI Tigre ne peuvent rouler sur les routes escarpées et plusieurs sont détruits par l'aviation alliée. En certains endroits, ils sont endommagés par des fantassins ennemis qui réussissent à les séparer de leur infanterie. Après avoir été ralentie par les Britanniques, ce sont les Américains qui font refluer le reste de la Division Herman Goering devant Gela. Les soldats américains du 135ème Régiment d'infanterie, aidés des parachutistes de la 82ème Division, dispersent les fantassins allemands, malgré la présence du général Conrath pour les guider à l'assaut. Mais Conrath dut se replier. Les combats reprennent la nuit suivante, mais sans succès pour les Allemands. Quant aux Italiens, ils ne purent combattre efficacement et les attaques de la Division Livorno sont repoussées le 12 et le 13 Juillet; un de ses bataillons a été anéanti, même s'il est parvenu à détruire plusieurs chars et camions américains. Mais du côté américain, la RAF arriva en retard pour faire son appui au sol et lâcha ses bombes aux mauvais endroits.

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Italiens maniant un antichar de 37mm – Montgomery a hâte d'en finir

Le 12, les Germano-Italiens lancent une nouvelle contre-attaque de nuit, espérant déloger de nouveau la tête de pont américaine sur Gela sans risquer de s'exposer aux tirs des navires ancrés près de la côte. Mais le général Allen a eu vent des intentions allemandes et ne perdit pas de temps à attendre l'attaque anticipée. Il ordonna à deux de ses régiments d'attaquer vers le terrain d'aviation de Ponte Olivo, qui était le point fort de la résistance germano-italienne. Le général Von Senger ordonne aux généraux Conrath et de lancer la contre-attaque. Le gros des combats se déroule autour d'une crête à proximité de la route qui mène à Biscari, et surnommée Crête de Biazza par les Américains. C'est une attaque classique d'infanterie accompagnée par des chars. Encore une fois, le général Gavin et ses parachutistes forment le bouclier de protection devant le gros de la 7ème Armée US. Ne disposant que de quelques mortiers et deux canons de 75mm, il établit des positions défensives et accepte le combat contre les chars. A sa grande stupeur, il s'aperçoit que les lance-roquettes antichars M1, ou Bazooka, sont sans effet contre le blindage épais des chars Tigre. Et il a à faire face à 700 soldats allemands du 1er Régiment de Panzergrenadiers. Pendant toute la journée, les belligérants s'échangent des tirs pour se disputer la crête. Malgré ses pertes, Gavin arrête quelques chars par des tirs de 75mm à bout portant par derrière. Comme dans un bon western, les chars Sherman de la 45ème Division et les automoteurs d'artillerie M7 arrivèrent à la rescousse et repoussent l'infanterie allemande qui semble mal encadrée et pas assez résolue pour tenir le terrain. Allen et Gavin remportent la bataille qui permettra à la 7ème Armée US de quitter sa tête de pont pour progresser - toujours selon le plan - sur le flanc gauche de la 8ème Armée britannique vers Messines. De son côté, le général Conrath fit son rapport à son supérieur Senger en blâmant sévèrement les cadres de sa division pour leur manque de leadership dans ce qu'il appelle, à juste raison, une petite affaire. Du côté américain, les généraux Allen et Gavin furent amers à l'égard de la RAF pour ne pas avoir soutenu les efforts américains à Gela, alors qu'elle avait réalisée 1100 sorties pour soutenir les efforts de l'armée de Montgomery en Catagne.

La nouvelle des désastres germano-italiens en Sicile sema consternation et stupeur chez Mussolini et le Commando Supremo. La goutte qui fit déborder le vase fut l'apparente lâcheté des défenseurs italiens devant Augusta. Du côté de l'OKH allemand, le général Von Senger dut rendre des comptes pour la mauvaise performance au combat des unités gérées par son commandement. A son tour, Senger blâma la piètre performance de l'armée italienne de Guzzoni en Sicile. Quant à Mussolini, il continue de croire en ses phantasmes de victoire sur les Alliés, surtout lorsqu'il a été informé par erreur que les forces de l'Axe rejetaient les Alliés à la mer. Mais en fait, l'Axe est placé sous la défensive par son incapacité à mener une résistance coordonnée. Quant à Hitler, il fut si dégouté qu'il envisagea, sans succès, de remplacer Mussolini par un autre leader. Mais surtout, Hitler accepte la perte éventuelle de la Sicile comme un fait accompli; cette affirmation contraste avec sa politique de résister "à tout prix". Hitler approuve, en sous-main, une série de mesures destinées à préparer le retrait des troupes allemandes de la souricière sicilienne:

Kesselring comprit ces mesures comme étant un coup de semonce poli à sa propre autorité en Italie. Au lieu de s'y opposer, il collabora pleinement en nommant un logisticien hors-pair pour aider Hube, le colonel Baade, pour superviser ce qui sera, en fait, un retrait progressif des unités allemandes de Sicile, non sans résistance. Grâce aux talents de Baade, Kesselring laissa à Hube toute l'autorité pour régler la question sicilienne, convaincu qu'il avait le bon homme au bon endroit. Mais du même coup, la présence de Hube diminua l'autorité du patron allemand en Sicile, le général Von Senger. La Division Herman Goering n'avait plus le moral de combattre et elle transféra la moitié de son effectif en Calabre pour se réorganiser. L'autre moitié, appelée Groupe Schmalz, était la seule force potable pour s'opposer aux Anglo-Américains. Il aménagea des positions défensives sur les collines entourant le village de Lentini, afin de bloquer ou retarder la progression britannique. La Sicile a été le théâtre d'atrocités gratuites chez les deux belligérants. Le 14 Juillet, la 45ème Division US (affectée à la 7ème Armée de Patton) talonne la retraite des éléments de la Division Goering dans son repli hors de Sicile. Une arrière-garde allemande réussit à stopper temporairement les bataillons de tête américains à Biscari, et dans sa hâte, massacre des prisonniers. Les Américains répliquent à leur tour en capturant des parachutistes allemands pour les faucher gratuitement à la Thompson dans un fossé routier. Le général Bradley fut horrifié. Chaque camp ne cherche plus à faire des prisonniers.

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Tensions inter-alliées

La campagne de Sicile fut un véritable laboratoire qui exposa les difficultés de coopération inter-alliée ainsi que les rivalités personnelles entre les officiers. La rivalité entre Montgomery et Patton demeure la plus connue, et certainement la plus enfantine. Elle est connue des correspondants de guerre, et même des services de renseignement allemands. Comme le disait avec amusement le général Jodl: wir haben zwei prima donna in Sicila, Montgomery und Patton. Cependant, la situation est plus sérieuse entre les généraux exécutant les ordres de leurs supérieurs sur le terrain. Du côté américain, les généraux Bradley et Truscott avaient de la difficulté à coopérer avec les "hotheads" qu'étaient Allen et Patton. Qui plus est, le général Roosevelt Jr – pourtant un bon bougre – était méprisé par tous les autres officiers généraux américains pour son manque de "drive", et ils réclamaient son renvoi aux States. La progression américaine en Sicile sera constamment gênée par ces mesquineries ouvertement exposées de généraux exécutant les ordres (souvent discutables) de leurs supérieurs.

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Shermans de la 4ème Division britannique – Une petite pause à Brolo

Du côté britannique, les tensions étaient réelles, aussi mesquines mais beaucoup plus discrètes que chez les Américains. Montgomery est un bon ami Alexander, mais leur coopération professionnelle était froide. Sur le plan militaire, le premier considére que le second vit sur une autre planète, et cela à cause du caractère nébuleux et vague de ses ordres. Montgomery doutait des capacités d'Alexander pour commander une entreprise aussi vaste que celle de la conquête de la Sicile. En revanche, il existe toujours un mépris hargneux entre Montgomery et Tedder, qui existait depuis El Alamein. Le second reprochant au premier de ne pas avoir reconnu sa contribution dans la victoire contre Rommel en Afrique du Nord. Le seul général exécutant qui a fait l'unanimité de ses pairs contre lui fut Anderson, et tous réclamaient son renvoi en Angleterre, surtout depuis l'échec de sa défense du col de Kasserine en Tunisie.

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Alexander et Eisenhower – En route vers Messines

Tous les généraux britanniques ne comprenaient pas pourquoi Eisenhower n'avait pas lui-même dirigé la conquête de la Sicile, au lieu de choisir Alexander. Ce dernier a connu des succès militaires à cause de son leadership personnel sur le champ de bataille plutôt que par la conception de plans. Il fait la guerre avec un naturel, sans s'embarrasser de son ego, se contentant d'être vu plutôt que d'être entendu. Bien que discret et poli, il méprise l'approche intellectuelle et paperassière des officiers d'État-major, et n'est pas à l'aise lorsqu'il doit s'exprimer sur des questions stratégiques. En somme, c'est un praticien de la guerre qui a grimpé au sommet de l'échelle par son expérience acquise depuis 1916. Eisenhower l'a choisi pour deux raisons.

  1. Politique – Eisenhower (lire ici Marshall..) n'a aucune objection à ce qu'un général britannique occupe une position de premier plan sur un front secondaire. Ça permet de maintenir de bons rapports avec Churchill.
  2. Militaire – Il est la caution militaire expérimentée d'Eisenhower, qui n'a aucune expérience militaire pratique dans le commandement de grandes unités.

Bien qu'il s'est très bien débrouillé pour commander des unités de taille variées, Alexander a des ennuis en Sicile, car il éprouve de la difficulté à contrôler ses subordonnés - américains et britanniques. Si tout va bien avec Montgomery et Dempsey, il devra se brouiller avec Leese – le successeur de Montgomery à la tête de la VIIIème Armée, ainsi qu'avec l'amiral Cunningham, qui le considère totalement unfit for the job. Mais pour Eisenhower et les autres généraux américains, Alexander représente la quintéssence de l'officier de carrière britannique de haut rang, et ils le considèrent presque comme l'un des leurs – à l'exception du général Clark qui ne peut pas le blairer

Impasse en Catagne

Pendant cinq jours, la VIIIème Armée de Montgomery a progressé sans grande opposition, mais elle va être freinée dans la plaine marécageuse de Catagne devant le pont de Primosole situé sur la rivière Simeto, à 7 milles de la ville de Catania. C'est un passerelle qui ressemblait à un pont Bailey préfabriqué britannique. L'objectif est convoité car, en dépit de son étroitesse, il peut supporter le poids de véhicules lourds. Il est défendu par une série de bunkers. Durant sa progression rapide, Montgomery crut qu'il n'y aurait pas d'autre résistance organisée. Les déboires de la 7ème Armée US à Gela faisaient l'affaire de Montgomery car ils drainaient des ressources ennemies contre Patton et Allen. Montgomery ordonne un lâcher de parachutistes sur le pont de Primosole, suivi d'autres parachutistes plus lourdement armés en planeurs. Une fois le pont capturé, la 50ème Division blindée et le 30ème Corps de Leese pourraient le franchir, occuper la plaine afin prendre la ville de Catania.

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Leese et Montgomery – Le pont de Primosole

Pendant que les Britanniques se préparent à se mettre en branle, les Allemands acheminèrent des renforts pour renforcer le Groupe Schmalz. Le Fliegerkorps 9, commandé par le général Student, fut mis en alerte, et envoya 1400 parachutistes très entrainés à Catania, commandés par le lt-colonel Heilmann. Ils arrivent sur l'aérodrome de Catania en plein raid aérien britannique. Le 14 Juillet, Heilmann fut renforcé par l'arrivée d'un autre bataillon de parachutistes. Entretemps, des éléments germano-italiens occupaient toujours les hauteurs de Lentini qui avaient à leurs pieds des petits chemins sinueux et faciles à défendre. C'est une première militaire: une bataille entre parachutistes entrainés. Lorsque les parachutistes britanniques sont largués, ils ne s'attendaient qu'à trouver des défenseurs italiens éparpillés et peu organisés.A leur grande surprise, la résistance germano-italienne est impressionnante et cause de nombreux morts et blessés aux paras britanniques dépourvus d'armes de soutien. Néanmoins, les premiers parachutistes britanniques à atteindre le pont sont les hommes du major Young. Ils enlèvent les charges de démolition, refoulent les défenseurs italiens, et prennent le pont. La réaction allemande ne tarde pas. Elle cloue sur place les parachutistes britanniques et les isolent de la 50ème Division britannique chargée de les relever. Cette division subit elle-même le feu de la contre-attaque allemande. Les chars Tigre n'ont aucune difficulté à la refouler. La plaine de Catagne était couverte de parachutistes britanniques, dont certains essayaient de tituber vers leurs lignes. Quant aux planeurs de la deuxième vague, ils furent amochés par des tirs anti-aériens accidentels provenant de la Royal Navy. Le colonel Frost se retrouve avec 112 parachutistes sur les 600 qu'il commandait. Il reprit le pont de Primosole. Mais ne disposant pas d'un appui motorisé et blindé de la 50ème Division, les officiers parachutistes n'ont pas été capable de contenir les contre-attaques allemandes et durent se replier. Les éléments germano-italiens réussissent à repousser cette division. Un semblant de ligne de front s'installe et les Britanniques n'opposent plus que des tirs d'artillerie vers les positions ennemies.

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Artilleurs britanniques en Catagne – Progressions britanniques

Pour Montgomery, c'était l'impasse: les lâchers de parachutistes furent dispersés par des vents indécents: Seulement 16% des 1850 paras britanniques furent largués; le tiers retourna en Afrique du Nord; une grappe fut lâchée par erreur sur les pentes de l'Etna et fut capturée. Les Britanniques perdirent 115 paras autour du pont de Primosole, et 83 autres soldats de la 50ème Division. Quelques centaines d'autres étaient blessés et/ou prisonniers. Le 15 Juillet, Eisenhower suspend toutes les autres opérations aéroportées aussi longtemps qu'une coopération air-sol n'aura pas été établie. Quant aux parachutistes allemands, leur déboires ne font que commencer, car après avoir refoulés les Britanniques, ils doivent défendre ce qui a été conquis avec un manque de matériel lourd – la carence originelle des aéroportés de l'époque. La VIIIème Armée britannique n'a pas secouru à temps leurs parachutistes essouflés. La topographie montagneuse de la Sicile ralentissait les mouvements sur de mauvaises routes. Les Britanniques étaient également affaiblis par la chaleur et l'humidité. Mais la faute principale fut la sur-prudence de Montgomery qui n'a pas été assez impétueux et rapide pour traverser la plaine de Catagne. Eisenhower le blâma. Allen et Patton le raillèrent, et furent convaincus de ne pas perdre du temps à protéger le flanc gauche britannique par l'intérieur du territoire. Ils avaient autre chose en tête.

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La course vers Messines

La décision du général Alexander de privilégier l'avance de la VIIIème Armée britannique vers Messine déplait à Patton. Le 21 Juillet, Montgomery pataugeait encore en Catagne. Tout comme dans le bocage normand de 1944, il voyait sa progression bloquée à la fois par des contraintes géographiques et par un petit groupe de défenseurs germano-italiens résolus à ne pas le laisser passer. L'aile gauche canadienne de l'armée de Montgomery constate à ses frais que les Allemands tiennent le territoire au lieu de le céder progressivement. Patton était comme un lion en cage. Il exprime sa frustration à Alexander qu'on lui avait "usurpé" la tâche de progresser rapidement. Alexander - qui n'a ni idées ni plans - permit à Patton de progresser avec aisance le long de la côte mais à condition de ne pas s'embourber contre des forces supérieures. Alexander tarda à avertir Montgomery quant à cette "permission". C'était tout ce que Patton avait besoin avant de lâcher ses chiens. Patton conféra avec ses généraux subordonnés - Truscott, Bradley, Wedemeyer, Roosevelt Jr - qui furent réceptifs. Patton lance les divisions blindées de sa 7ème Armée et prend la ville de Palerme le 23 Juillet. Eisenhower applaudit mais Alexander fut consterné. Pour la première fois, les correspondants de guerre alliés ont vu la population italienne applaudir Patton comme un libérateur et décrirer publiquement Mussolini et son régime fasciste. Cependant, Montgomery ne fut pas content: damned!!, s'écrie-t'il. Un autre officier américain est décu devant le succès de Patton: son subordonné Bradley. Bien que ce dernier sait que cette capture facilitera les problèmes logistiques alliés, il demeure persuadé que cela compliquera la coopération anglo-américaine: c'est du beau théâtre qui va fouetter le moral de nos soldats, mais qu'arrive-t'il au flanc gauche de Montgomery? Va-t'on le soutenir? Il faut avouer que la réalité militaire se marie parfaitement bien avec les problèmes d'ego. Mais Patton avait les yeux tournés vers Messines. Devant son subordonné Truscott, il fut très clair: Messina Bill, Messina!!!

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Causons stratégie maintenant – Les Brits prennent Sferro

Ainsi, le 25 Juillet, Montgomery invite Patton à Syracuse pour discuter de la stratégie (image ci-haut) sans en avertir Alexander. Montgomery est assez candide pour avouer à Patton que ses attaques en Catagne sont futiles et qu'il doit coopérer avec lui. Méfiant, il dit à Montgomery les routes qu'il empruntera pour atteindre Messines. A sa grande surprise, non seulement Montgomery est d'accord mais propose que la 7ème Armée devrait être la première à entrer dans Messines plutôt que sa VIIIème Armée. Mais Patton croit que Montgomery essaie de le tromper. Il n'a pas tout à fait tord; la seule différence étant que le général britannique n'était plus aussi sur de lui qu'aupravant. Montgomery sait qu'il n'a aucune chance de gagner la partie tout seul, en espérant faire une entrée triomphale à Messines. Il sait également que sans la présence de la 7ème Armée US au nord de la ligne de l'Etna, ses forces n'ont aucune chance de percer. Quatre jours plus tard, Patton rend la politesse à Montgomery pour une deuxième réunion à Palerme pour finaliser les détails de la conquête de l'île. Patton ne croyait pas à la sincérité des concessions de Montgomery. Pour lui, c'était une rivalité d'aversaires professionnels dans laquelle il n'acceptait pas qu'un Britannique puisse gagner une cause dont le gros de l'effort a été entrepris par les Américains: this is a horse race in which the prestige of the US Army is at stake. We must take Messina before the British. Patton demeurait sensible au sentiment d'infériorité de son armée vis-à-vis celle du vainqueur d'El Alamein. Bradley fut consterné. De son côté, la chute de Mussolini ne changea rien à la posture germano-italienne qui a toujours été précaire dès le début de l'invasion alliée. Maintenant, elle est critique, et Hube met en branle ses plans d'évacuation des troupes allemandes vers la péninsule italienne. Tout le reste de l'effort germano-italien ne servira qu'à gagner du temps. Ce qui accéléra leurs préparatifs fut le débarquement allié en Italie, à Salerne. A ce moment, la course vers Messines fut ralentie par la résistance allemande à Troina.

Troina

La résistance germano-italienne a Troina sera le goulot qui permettra le retrait quasi-complet des effectifs allemands de Sicile vers l'Italie. La ville de Nicosie fut l'objet d'âpres combats, mais elle fut prise le 30 Juillet. Une partie de la 7ème Armée US de Patton – le 2ème Corps de Bradley – avait eu la tâche ingrate de progresser lentement dans des routes sinueuses, et fut plusieurs fois stoppée par des tirs d'artillerie allemands ou italiens. A un moment, Bradley frôla la mort de près lorsqu'un obus de 105mm fit voler sa jeep en l'air peu de temps après s'être abrité de tirs ennemis.

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Bradley voit la mort de près – Américains à Troina

L'avance anglo-américaine se compartimente dans des petits chemins, et ne peut s'appuyer mutuellement.La bataille de Troina dura sept jours. Les Alliés enveloppèrent progressivement la petite ville dans une succession d'assauts de collines poussiéreuses que les Allemands avaient aménagés en nids de résistance. Quatre attaques américaines ont été repoussées, mais cela épuisa les défenseurs germano-italiens. Cette fois, les Alliés disposaient d'un appui aérien pour de l'attaque au sol: des chasseurs-bombardiers P-40 (ci-contre) et P-47 dont les bombes de 250 lbs maltraitèrent les positions allemandes et les isolèrent du reste de leurs forces déjà en retraite vers Messines. Encore une fois, l'appui aérien régulier allait sceller le sort de la bataille. Malgré leurs pertes, les parachutistes allemands et les soldats italiens se permirent une contre-attaque qui forca le repli précipité de tout un bataillon américain pour éviter son débordement et sa capture. Le 4 Août, les Américains firent un pilonnage préliminaire d'une heure, suivi de quelques frappes aériennes de P-40 britanniques. Mais les Allemands continuaient toujours de résister et ils mirent hors de combat un régiment de Goumiers algériens. Le 5 Août, Hube et ses subordonnés conclurent que Troina ne pouvait plus être tenue car ils avaient perdu 1600 parachutistes et 440 soldats italiens. Hune se replia doucement en escaliers vers le village de Cesaro. Troina n'était pas le seul pépin de Hube. Au sud, la VIIIème Armée de Montgomery réussit à fort prix à bousculer - grâce aux Canadiens - les Germano-Italiens à Agira et aboutirent devant la ville de Regalbulto. Le général Guzzoni protesta contre le retrait allemande de Sicile. Montgomery prit Catania le 6 Août devant une foule joyeuse – et affamée. Patton ne fut pas satisfait de la tenue au feu de la 1ère Division US. Avec la permission d'Eisenhower, il limogea Allen dans des circonstances nébuleuses; on parla même de l'hypothèse d'un "avertissement indirect" envoyé à Bradley de faire preuve de plus de combattivité, quitte à augmenter les pertes. Bradley, irrité, en profita pour limoger Roosevelt Jr. Allen fut remplacé par Huebner, ce qui fit baisser le moral chez les soldats américains. Pour Patton, il est temps que cette campagne se termine..

Goddam cowards...

Les deux dernières semaines de la campagne de Sicile furent un triomphe pour Patton. En Juillet, il était le second violon de l'invasion derrière l'aura et le prestige de Montgomery. En Août, les correspondants de guerre alliés le considèrent comme le véritable conquérant de la Sicile: un nouveau Stonewall Jackson, disent-ils. Il ne se doutait pas que sa carrière militaire était sur le point de basculer. D'une part, son principal subordonné, Bradley, qui n'avait jamais été un grand admirateur de Patton, affichait poliment ses désaccords avec son supérieur et n'appréciait pas qu'il se mêle trop directement des opérations menées par son 2ème Corps. Les tempéraments des deux hommes étaient différents. Malgré son allure d'instituteur paternaliste, Bradley est un partisan du protocole militaire et n'apprécie pas que l'on se moque de ses règles non-écrites. Il est inconfortable devant le caractère carnavalesque et flamboyant des succès de Patton et ne voulait pas y être associé. Il n'aimait pas que Patton parle dans son dos à Eisenhower. Il n'aimait pas le caractère impulsif et improvisé des décisions de Patton: to George, tactics was simply a process of bullying ahead. He never seem to think out a campaign. Patton ne se gênait pas pour rappeler à l'ordre - souvent à la vue de d'autres officiers - des subordonnés talentieux et combattifs comme Allen ou Truscott sous prétexte qu'ils "manquaient d'audace": If you can't lead this division, general, I shall find somebody who can, sans se soucier de savoir si des officiers juniors (capitaines, majors) se trouvaient à proximité pour assister aux scènes.

Patton s'excuse devant un régiment de la 7ème Armée

D'autre part, Patton perdait progressivement la confiance et l'estime de ses hommes: our blood, his guts, disaient bon nombre de soldats. Durant l'attaque sur Troina, Patton fit le tour des cantonnements militaires, y compris des hôpitaux de campagne. En visitant l'un d'entre eux, il s'entretenait avec chacun des blessés en leur proférant des encouragements. Mais, lorsqu'il vit un soldat affecté par le choc - sans blessures apparentes - ce dernier, Charles Kuhl, avoua à Patton qu'il ne pouvait plus supporter le stress des combats. Patton le traita de lâche, le gifla, lui prit l'oreille droite et le traina hors de la tente pour lui donner son pied au cul. Devant le personnel infirmier, il cria: companies should deal with such men, and if they shirk their duty, they should be tried for cowardice and shot. Toute la chambrée fut estomaquée. Le 10 Août, Patton récidiva à un autre centre de tri de campagne. Après avoir parlé et encouragé quelques blessés, il se retrouva devant un autre patient souffant de choc, l'artilleur Paul Bennett. Lorsque Patton lui a demandé ce qu'il avait, il répliqua en tremblottant it's my nerves, sir. Patton répondit what did you say? Bennett rétorqua I can't stand the shelling anymore. Ulcéré, Patton vociféra: your nerves? You're just a goddam coward. I won't have these brave men who have been shot seeing a yellow bastard sitting here crying. Devant le médecin traitant, Patton le gifla et cria de nouveau au soldat: You're going back to the front to fight! You ought to be lined out and shot. In fact, I ought ot shoot you myself right now. Patton sortit son pistolet, et le personnel infirmier expulsa promptement le soldat à l'extérieur.

Les mots de Patton sont jugés insuffisants

Bradley fut mis au courant de l'affaire, mais ne dénonça pas son supérieur. Ce fut la troupe qui s'en chargea. Le personnel infirmier informa les correspondants de guerre de ces deux événements, et l'incident se retrouva dans les journaux et sur le bureau d'Eisenhower. Patton était, à ce moment, indispensable pour terminer la campagne de Sicile et il ne fut pas limogé. Cependant, Eisenhower écrivit une lettre de réprimande très lourde de conséquense pour Patton, l'accusant de mauvaise conduite. Bien qu'il reconnaît qu'un commandant doit parfois serrer la vis dans la bonne tenue au feu de la troupe afin d'atteindre les objectifs, but this does not excuse brutality, abuse of the sick, or exhibition of uncontrollable temper in front of subordinates. I must seriously question your good judgment and your sepf-discipline as to raise serious doubt about your future usefulness, écrit Eisenhower, un vieil ami personnel de Patton. Le journaliste américain Quentin Reynolds – auteur du livre Les coulisses de la Guerre – informa Eisenhower de la grogne de la 7ème Armée en lui disant "qu'il y a 50,000 hommes sur cette île qui veulent tuer cet enfant de chienne". Eisenhower obligea Patton à s'excuser publiquement devant chacun des régiments de la 7ème Armée (ci-haut), mais il trouva que les excuses de Patton demeuraient insuffisantes. Patton fut outré d'avoir à se produire ainsi, mais il ne comprenait pas qu'Eisenhower l'appuyait dans sa fonction de patron de la 7ème Armée. Quant Montgomery a appris l'événement, il resta muet, mais sourit.

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L'échappée allemande

Aussi étonnant qu'il puisse paraître, l'évacuation des troupes allemandes de Sicile avait déjà été étudiée dès Février 1943. Un capitaine de frégate allemand, le baron Von Liebenstein, fut chargé de réquisitionner tous les esquifs semi-hauturiers de la côte ouest italienne pour les utiliser comme navettes d'évacuation en cas de nécessité, c'est-à-dire 134 esquifs, dont une cinquantaine pouvaient porter du fret. L'évacuation allemande de la Sicile fut menée en quatre phases:

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Le général Porcinari est capturé – Les Américains à Messines

Les efforts alliés pour contrer l'échappée allemande furent mal organisées et sont menées trop tard pour gêner ce qui fut un excellent succès logistique. A la grande honte de la RAF et de l'USAAF, 400 avions alliés ont fait 8 raids de bombardment et lâchés 154 tonnes de bombes sans avoir réussi à toucher un seul navire. Parallèlement aux efforts allemands, les Italiens ont réussi à faire passer initialement 7000 soldats équipés en Calabre. Le gouvernement de Badoglio affréta un ferry qui fit douzes navettes nocturnes entre le 2 et le 17 Août. Il ramena 59,000 soldats équipés, 3000 marins, 227 véhicules, une quarantaine de pièces d'artillerie, et..12 mules… Le dernier officier allemand à quitter Messines fut le général Hube. Peu après, le port de Messines fut démoli à l'explosif. En Calabre, Liebenstein, Hube, Baade et l'amiral italien Barone avaient toutes les raisons de jubiler. En revanche Alexander et Eisenhower furent amèrement déçus, surtout de la piètre performance de leur aviation. Les Américains entrèrent dans Messines le 17Août, et les Britanniques le 18.. Les deux alliés fêtèrent longtemps dans les rues de Messines avec la population locale.

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Le bilan

Dans son communiqué final à Eisenhower, le général Alexander fit le bilan allié de la campagne de Sicile. Les gains furent:

132,000 prisonniers

4200 Italiens et 4325 Allemands tués

Le prix allié à payer pour prendre la Sicile aura été de:

7900 tués/manquants et 14,410 blessés

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