La Tunisie

Les forces anglo-américains progressent le long de la côté méditéranéenne jusqu'à Jeffna, et en Tunisie médirionale jusqu'à Gafsa avec les forces françaises en guise de couverture. Les unités françaises commandées par Giraud se positionnent à l'Est de Tébéssa et ensuite sur le massif de la Dorsale orientale dont les hauteurs dominent une plaine cotière avec les villes de Kairouan, Sousse et Sfax. Giraud disposait à lui-seul de 70,000 hommes et quelques unités blindées. Cependant, la majeure partie des unités françaises étaient à pieds, tandis que celles des Anglo-Américains étaient majoritairement véhiculées. Eisenhower ordonna l'application de son Opération Satin: pousser le 2ème Corps US du général Fredenhall et les Français vers Sfax afin de couper les forces de l'Axe en deux tronçons qui seraient éliminés un à un. Le plan est logique, mais il prendra du temps à se réaliser car il ne tenait pas compte des capacités de résistance de l'armée allemande d'Afrique.

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Les forces de l'Axe

Au printemps de 1943, les forces de l'Axe en Tunisie comprenaient 47,000 soldats allemands et 18,000 Italiens, regroupée dans la 5ème Armée allemande, sous le commandement du général Von Arnim. Elle comprenait les effectifs de la 10 Division blindée rappelée de France sous le commandement du général Fischer, ainsi qu'un bataillon de chars Tigre, le 501ème. Les soldats italiens appartenaient presque tous à la division légère Superga; les autres à une unité de reconnaissance avancée munie d'autos blindées AB-40. Les Germano-Italiens n'avaient que peu de blindés, mais compensèrent cette infériorité en gagnant la maitrise complète du ciel au-dessus de la Tunisie: les Me-109G et les Fw-190 n'eurent pas de difficultés à batailler contre des chasseurs P-40 usés et contre des P-38 pas assez maniables dans les combats tournoyants (dogfights). La Luftwaffe mena le bal en Tunisie durant plusieurs semaines Cela eut deux conséquenses:

  1. Les avions de reconnaissance américains n'osèrent plus surveiller et n'ont pas détecté à temps les déploiements de Von Arnim.
  2. Les bombardiers allemands en profitèrent pour ralentir les progressions alliées en bombardant leurs colonnes de ravitaillement

Selon le général Beaufre, les routes étaient des "cimetières de véhicules et de chars" qui obligaient les Alliés à rouler la nuit. Mais dans l'obscurité, les progressions mécanisées étaient encore plus lentes. Le général Kesselring a une très haute estime de son subordonné Arnim - contrairement à l'opinion de Rommel. Le 18 Janvier 1943, Arnim lance son attaque contre les hauteurs de la Dorsale orientale que Kesselring ne pouvait laisser aux mains des Français. L'attaque allemande ne les surprend pas mais frappe alors que ceux-ci ne s'étaient pas préparés adéquatement pour tenir leurs positions. Les canons antichars français furent sans effet contre les chars Tigre et la poignée de canons d'assaut StuG allemands. Les unités de tirailleurs marocains ont été malmenées par les attaques allemandes. Elles furent temporairement contenues, mais au prix de 4000 prisonniers français.

La campagne de Tunisie en 1943

Le 23 Janvier 1943, Rommel se quitte Tripoli et évacue toute la Tripolitaine (Lybie). Le 26 Janvier, il s'est replié derrière la Ligne Mareth ou il essaie d'organiser sa défense avec les forces italiennes du général Cavallero. Mais ce dernier n'avait pas l'intention de placer l'autorité de ses forces sous commandement allemand; il le confia au général Messe. Néanmoins Rommel coopéra avec Messe. Pendant qu'Arnim tenait les Français à bout de bras, Rommel pourrait attaquer avec ses forces mobiles.

Kasserine

Entretemps, le 2ème Corps US n'avait pas idée de l'endroit ou les Allemands pourraient attaquer. Le premier coup dur encaissé par les Américains fut d'avoir été refoulé du Col de Faïd le 14 Février. L'attaque de Rommel surpend les Alliés et les jeta temporairement dans un état de confusion. Bien que les P-38 aient mitraillé les défenses allemandes, les soldats américains reçurent un baptême du feu auquel ils n'étaient pas préparé. Les hauteurs de la Grande Dorsale furent évacuées. Le lendemain, les Germano-Italiens prennent Gafsa sans tirer un coup de feu. En contrôlant Faïd et Gafsa, les deux colonnes de Rommel purent converger vers Sbeitla pour essayer de capturer les unités alliées planquées derrière la Grande Dorsale. Le 18 Février, les Germano-Italiens attaquent les défenses américaines au Col de Kasserine. Initialement, les Américains inexpérimentés se battent bien, mais ils ont été incapables de tenir leurs positions.

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Estafettes allemandes – G.I's à Kasserine

Les Germano-Italiens étaient beaucoup trop expérimentés pour les Américains et ils leur donnèrent toute une raclée en détruisant 112 chars légers Stuart et M3 Grant le 20 Février. Plus de 600 Américains furent tués, 900 autres blessés et 2200 prisonniers; du matériel lourd a été abandonné. Cette défaite secoua le moral et le complexe de supériorité inné des soldats américains; la peur s'était même installée dans leurs rangs. A Alger, le chamaillage reprit au QG allié entre généraux américains et français. Pour les forces de l'Axe, il restait à savoir comment exploiter le succès à Kasserine:

Rommel dit à Arnim que s'il prend Tébessa, il pourrait pousser jusqu'au port de Bône et cadenasser les Anglo-Américains et perturber toutes leurs communications. Mais les Italiens refusent de coopérer car le Commando Supremo. Rommel est furieux: quelle étroitesse d'esprit de ne pas battre le fer ennemi pendant qu'il est encore chaud. Après quelques jours de délai déprimants, les Anglo-Américains contre-attaquèrent, reprirent Kasserine, et canardèrent sévèrement les positions germano-italiennes. Eisenhower limogea Fredenhall à la tête du 2ème Corps et le remplace par le truculent général Patton.

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Colonne alliée en Tunisie – Bradley commande le 2ème Corps US

Montgomery arrête Rommel

Au même moment, le général Alexander avait mal commencé son déploiement en Tunisie et il fut ralenti à Thala par une résistance bien organisée. Pris de court, il demanda à Montgomery de l'aider à soulager la pression germano-italienne exercée contre sa 1ère Armée. Informé des mouvements alliés des mouvements alliés, Rommel persuada le commandement italien d'attaquer de front avec ses unités tandis qu'il prendrait d'assaut les flancs et les arrières de l'ennemi dans la région de Mémateur et de Medenine. Rommel voulait répéter sa performance d'Alam Halfa. Mais il n'avait pas assez de chars et d'avions pour espérer mener une telle attaque. Quant à Montgomery, il aurait eu vent des intentions de Rommel et positionna sa 2ème Division néo-zélandaise sur une position linéaire de 24 milles sur lequel attendaient 810 chars et automoteurs d'artillerie. Quelques centaines de pièces d'artillerie avaient également été alignées, dont le nouveau canon antichar de 76,2mm capable de lancer un projectile performant de 17 lbs à haute vitesse sur les chars. Montgomery attaque le 6 Mars.

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Des QF-25 britanniques en action – Von Arnim est dans le pétrin

Après des barrages courts mais successifs, l'artillerie britannique- qui lance des obus percutants mais aussi des fusants remplis de shrapnels - force Rommel à se replier, laissant derrière lui 52 chars détruits, 260 tués et 440 prisonniers. Les Britanniques ne perdent qu'un seul char Sherman et 130 tués. Montgomery interdit à ses unités de poursuivre les Germano-Italiens qui se replient derrière les monts Matama. Deux jours après cette défaite, Rommel rentre en Allemagne, et cette fois définitivement. La nouvelle est gardée secrète pour ne pas nuire au moral de la troupe. Il est remplacé par le général Arnim comme commandant de l'armée allemande d'Afrique; il est assisté par le général Bayerlein. Entretemps, l'OKW avait réussi le transfert de la Division Hermann Goering de Sicile en Tunisie, de la division blindée Manteuffel, et d'une brigade disciplinaire de soldats en mal de se réhabiliter. Mais ces renforts allemands sont trompeurs, car ils sont sous-équipés et leur moral demeure incertain. De surcroit, il sera très difficile de les ravitailler d'Italie et d'Europe: ces unités sont débarquées avec leur dotation immédiate en essence et munitions, rien de plus. Entre Mars et Avril, les Alliés reprennent la maîtrise du ciel au-dessus de la Tunisie et attaquent le fret de l'Axe est acheminé par bateau depuis l'Italie: sur 133,000 tonnes de fret envoyé, 78,000 sont débarqués à Bizerte et Tunis. Arnim et ses subordonnés savaient que "l'épicerie" serait vite épuisée et que les forces de l'Axe n'en n'auraient plus pour longtemps.

La Ligne Mareth

Devant les querelles intestines inter-alliées, Alexander "scinda" la Tunisie en trois zones opérationnelles: françaises, anglaises et américaines, afin d'accélérer les opérations. Ainsi, elles purent mieux coopérer entre elles. Le 20 Mars, l'artillerie de Montgomery ouvre le feu contre les défenses de la Ligne Mareth, et celle-ci céda 30 minutes plus tard; cela lui ouvre la route de Gabès avec ses chars. Cependant, son avance fut ralentie par de fortes pluies qui créèrent une mer de boue, ce qui permit aux Germano-Italiens de les repousser de l'autre côté de la Ligne. Montgomery est contraint de changer ses plans. Pour ménager ses unités britanniques, Montgomery fit replier ses Néo-Zélandais, et passa à l'attaque avec la 4ème Division indienne commandée par le général Tuker.

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Char Matilda muni d'un fléau – Un PZKW-IV détruit

Pendant que Montgomery maintenait la pression sur la Ligne Mareth, la 4ème Division indienne fit un crochet derrière les monts Matama pour se glisser au Sud-Est de Gabès, précédés de chars munis de fléaux anti-mines. Le général Messe fut informé et envoya une unité blindée allemande pour ralentir la marche de cette division à El Hamma. Une bataille de chars éclata, et elle fit perdre de nombreux véhicules à la division indienne. L'appui aérien d'attaque au sol sauva la division indienne et lui permit de progresser. Les chars allemands, la plupart de vieux PZKW-IV à canons courts, furent moppés du ciel. Le général italien Messe dut se replier en hâte pour Gabès afin éviter l'embouteillage de ses forces derrière la Ligne Mareth, mais les Britanniques prennent la ville avant l'arrivée des Italiens, et établissent une tête de pont sur la rivière Wanda Akarit. Messe se fait encercler et les Britanniques prennent 17,000 prisonniers. A ce moment, il y eut un moment de confusion, voire même de panique, dans les rangs germano-italiens.

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Autos blindées italiennes – Reconnaissance avancée américaine

Devant la rupture des défenses germano-italiennes à la Ligne Mareth, rien n'empêche à la VIIIème Armée de Montgomery de foncer tout droit sur Tunis. A partir du début d'Avril, l'USAAF dépêche de nombreuses escadrilles de P-38 et de nouveaux chasseurs-bombardiers P-47 marteler tous les chars et véhicules germano-italiens. Elles détruisent la majeure partie des pièces d'artillerie germano-italiennes; ce qui est tout un exploit en soi. Le général Von Arnim ordonne la retraite générale dans la péninsule tunisienne ainsi que l'établissement d'une résistance échelonnée, dite "en escaliers", destinée à gagner du temps et surtout à causer le maximum de pertes aux attaquants. Le général Patton devine rapidement le repli d'Arnim et, dans son secteur, reprend Gafsa. Le 8 Avril, il repousse une petite attaque germano-italienne à El Guettar (rejouée dans le film "Patton", produit en 1970), et fait sa jonction avec la VIIIème Armée de Montgomery. Sur sa gauche, les forces françaises reprennent le massif de la Dorsale orientale, mais ne parvient pas à ratrapper les Italiens qui se replient sur Sfax.

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Dernier combat devant Tebourba – Un char Grant américain

La situation se dégrade pour les Germano-Italiens: ils n'ont plus de pétrole pour activer les génératrices de leurs appareils radio; les rations diminuent rapidement, ainsi que les fournitures médicales; l'artillerie allemande en est réduite à une vingtainne de pièces tractées de 105mm. Arnim doit affronter les chars alliés à 1 contre 10, ce qui est suicidaire. La dernière petite contre-attaque de chars et d'infanterie est écrasée près du village de Tebourba.

Finale alliée

Le 2ème Corps US de Patton fonce pour embouteiller les forces allemandes dans la région entre Bizerte et Tunis, ce qui est tout un défi pour le truculent général, car il doit coordonner les mouvements de 110,000 hommes et de 30,000 véhicules sur une distance de 150x250 milles.  Il lança son attaque le 11 Avril et l'encerclement fut complété neuf jours plus tard, ce qui en dit long sur ses qualités de meneur d'hommes et sur l'efficacité de l'opération. Une fois encerclées, les forces de l'Axe subissent une série de bombardements aériens destinés à les achever. Le 15 Avril, Patton doit se rendre au Maroc pour faire son rapport à Eisenhower, et confie le commandement du 2ème Corps au général Bradley. Patton lui donne l'honneur d'achever les forces de l'Axe et de batailler dans Bizerte. Mais le reste de l'effort allié fut confié à la 1ère Armée britannique d'Alexander. Elle reçoit la tâche de presser le reste des forces de l'Axe dans un étau entre Tunis et la mer. Quant à la VIIIème Armée de Montgomery, elle progressait elle-aussi vers le nord avec la mer sur sa droite, mais fut temporairement et piteusement clouée durant quelques jours à Takrouna d'où elle ne pouvait pas sortir à cause des unités italiennes qui résistaient désespérément. Montgomery demeurait toujours surpris de voir que les Germano-Italiens persistaient dans l'art de contre-attaquer, même si l'issue finale du match ne faisait plus de doute. Le 6 Mai, Alexander donna le coup de massue final pour venir à bout de la résistance allemande à Tunis, en particulier celle de la Division Hermann Goering, grâce à sa supériorité matérielle. Le lendemain, il prit Tunis, avec la 11ème Division blindée comme fer de lance de sa capture.

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Combats aux aborts de Bizerte – Prisonniers de guerre italiens

Presque au même moment, la 9ème Division blindée US prit la ville portuaire de Bizerte et fit sa jonction avec les Britanniques de la 7ème Division blindée. Le 8 Mai, le nœud était lié et Arnim était acculé soit à la destruction ou à la reddition. Un général adjoint allemand, Von Vaerst, demanda un armistice à Bradley. Le lendemain, il se rendit avec les hommes de sa 5ème Armée. Néanmoins, les navires de l'Axe réussirent à évacuer plus de 33,000 soldats italiens vers la Sicile en tenant une solide tête de pont au Cap Bon, le dos à la mer. Le 12 Mai, Arnim fut capturé à Bou Ficha après un dur combat par des soldats de la 4ème Division indienne. Son officier adjoint, Sponeck (image gauche), rendit ses hommes au général Freyberg. Curieusement, ce fut Mussolini qui ordonna personellement aux troupes italiennes du 22ème Corps de cesser le feu.

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Le bilan

Le 25 Janvier 1943, les Alliés ont fait 238,243 prisonniers - incluant 101,700 Allemands, 89,400 Italiens, et 47,000 de nationalités diverses. Seulement 638 soldats allemands ont été évacués vers la Sicile - incluant les généraux Gause Bayerlein et Schmid, ainsi que le général italien Sogno. Les pertes alliées combinées pour toute l'Afrique du Nord se chiffrent à 11,104 tués (2156 Français, 6233 Britanniques et 2715 Américains), et 31820 blessés. Ce fut le second tournant de la guerre après Guadalcanal, et le premier à survenir dans le théâtre euro-méditérannéen.

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Britanniques et Français à Tunis – Les Américains paradent à Tunis

Pour la deuxième fois depuis Stalingrad, un théâtre d'opération était passé d'un belligérant à un autre dans par le biais d'une victoire décisive. Le 13 Mai, le général Alexander cabla le message suivant à Churchill: Sir, it is my duty to report that the Tunisian Campaign is over. All enemy resistance has ceased. We are masters of the North African shores. Cette victoire va fragiliser tout le dispositif défensif germano-italien, car il apparaît évident que la Sicile sera le prochain endroit ou les Alliés débarqueront.

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