Sus ŕ Yamamoto

![]()
L'année 1943 commença mal pour le Japon. Non seulement ses forces armées avaient été vaincues d'une manière décisive durant la bataille de Guadalcanal, mais elles perdirent un cadre irremplacable, l'amiral Isokuru Yamamoto.
L'homme qui commandait la Flotte Combinée japonaise avant la guerre, l'artisan de la victoire aéronavale sur Pearl Harbor, l'échaudé de Midway, serait tué dans des circonstances qui tenaient presque du hasard.
En 1943, il était toujours à la tête de la Flotte Combinée et symbolisait la volonté de conquête du Japon impérial. Le 14 Avril 1943, un message codé japonais fut intercepté par les stations d'écoute américaines. Fort heureusement, la nouvelle version du code japonais venait d'être re-décodée. Le message parlait de Yamamoto et de la visite qu'il devait faire prochainement pour visiter des avant-postes fortifiés et remonter le moral de ses troupes. Le message précisait que l'amiral visiterait l'île de Bougainville le 18, à bord d'un bombardier bimoteur G4M Betty, escorté de six chasseurs. Le décodage précisait que l'appareil arriverait à 08H00 et qu'il repartirait 40 minutes plus tard pour les îles Shortland. Le message intercepté fut remis à l'amiral Nimitz qui en fit part au Secrétaire de la Marine Frank Knox. Ce dernier ordonna à Nimitz de tout faire pour intercepter et tuer Yamamoto. La question opérationnelle fut discutée à Guadalcanal par l'amiral Mitscher qui donna le "contrat" à un major de l'USAAF, John Mitchell (ci-contre) de la 339ème Escadrille basée sur Henderson Field. La seule raison pour laquelle Mitscher fit appel à l'USAAF, c'est parce qu'elle possède le seul chasseur-intercepteur à long rayon d'action dans son inventaire capable de faire ce travail: le P-38 Lightning. Autrement, Mitscher aurait confié cette mission aux Marines ou à l'aéronavale américaine.
_________
Le raid
Mitchell choisit les meilleurs pilotes de Gualdalcanal pour sa mission, soit 18 en tout. Il divisa son groupe en deux: soit quatre avions "tueurs" chargés de l'interception, et les 14 autres chargés de disperser les chasseurs d'escorte ennemis et/ou d'en batailler d'autres qui pourraient décoller pour aider l'amiral. Afin d'économiser le carburant, la formation de P-38 volerait au ras des flots dans un silence radio total jusqu'au moment de l'interception. Au décollage, deux appareils ont des ennuis de moteur et doivent ré-atterrir. Il ne faut pas oublier qu'il s'agissait d'un raid assez risqué, car les renseignements australiens et américains avaient compté plus de 80 appareils sur le terrain d'aviation de Bougainville. Les chances d'intercepter Yamamoto demeuraient minces, car l'amiral pouvait modifier son horaire à la dernière minute. Mais Mitchell est chanceux. Près de l'île de Bougainville, son groupe aperçoit un bombardier solitaire avec son escorte, comme prévu dans le message décodé. Le seul petit hic était qu'il y avait non pas un mais deux bombardiers Betty, lequel serait le bon? Inutile de dire que les deux bombardiers furent attaqués puis descendus. Les P-38 pilotés par les lientenants Lamphier et Barber furent crédités de la victoire sur l'avion de Yamamoto.
_
L'interception fatale – Les funérailles de Yamamoto
Lorsque Mitchell donna le signal d'attaquer, les P-38 larguèrent leurs réservoirs auxiliaires externes et les appareils foncèrent sur la formation japonaise qui commençait à se préparer pour atterrir. Un des bombardiers fut grêlé de balles à une altitude de 1000 pieds et il s'écrasa dans la jungle de Bougainville. Son attaquant a du rapidement décrocher car il était attaqué par deux chasseurs japonais. L'autre bombardier Betty volait discrètement au ras des flots et fut mitraillé aisément, et plongea dans la mer. Dans la mêlée, un P-38 fut abattu et plusieurs autres se sont repliés précipitamment à cause de la limite de leur autonomie de vol. De retour à Guadalcanal, l'exploit des deux pilotes "victorieux" n'a pas été claironné publiquement, de crainte à ce que les Japonais adoptent un nouveau code. Mais les détails pré-cités du raid demeurent encore semi-officiels. Selon le dernier survivant japonais de l'escorte de chasse, Kenji Yanagiya, les P-38 américains auraient ignorés les chasseurs d'escorte pour se ruer sur les deux bombardiers et les abattre. Le corps de l'amiral fut incinéré, mais la nouvelle de sa mort prit un certain temps avant d'être annoncée publiquement au Japon. Il a eu droit à de lourdes funérailles d'État. La disparition de Yamamoto pertuba sérieusement les opérations aéronavales dans le Pacifique beaucoup plus que la perte de n'importe quel grand navire de guerre. Aucun cadre supérieur japonais n'avait l'expertise de ce dernier pour mener des opérations aéronavales. Le moral de la marine fut sévèrement atteint, tout comme son expertise opérationnelle.
______________________
© Sites JPA, 2019