Les relations anglo-américaines
1938-41

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Tout comme la Crise de 1929, le début de la Seconde Guerre mondiale n'a pas rapproché l'Angleterre des Etats-Unis. Les deux pays avaient chacun évolués séparément depuis l'entre-deux guerres. Leurs populations s'ignoraient. Le début des hostilités européennes n'a pas créé une collusion d'intérêts pourtrant souhaitée par le gouvernement britannique. Londres est obligé de composer avec les nouvelles restrictions américaines, et doit manœuvrer avec finesse et persévérance pour associer ses craintes avec celles des Etats-Unis.
Le Neutrality Act
La classe politique américaine se méfiait de l'Angleterre, et croyait qu'une participation américaine à une guerre européenne n'était pas nécessaire.
Les médias de la côte Est affirmaient qu'une nouvelle guerre ne ferait l'affaire que des "marchands de canons", aux détriments des appelés; elle conforterait l'Angleterre dans ses illusions de grandeur impériale. Cette perception politique était si forte que l'administration Roosevelt avait institué une commission d'enquête sénatoriale - la commission Nye - pour la confirmer avec brio. L'un des membres de cette commission, Alger
L'évolution de la relation anglo-américaine
Le gouvernement Chamberlain comptait beaucoup sur l'invasion de la Tchéquoslovaquie en Mars 1939 pour faire sortir l'administration Roosevelt de sa léthargie; mais, les Britanniques furent décus. Le gouvernement américain ne répondit pas. La presse américaine rapportait les faits, sans plus. Quant à l'opinion publique, elle restait en bonne partie indifférente aux événements européens - tel que pouvait le constater, entre autres, les projectionnistes des salles de cinéma américains.
We were not interested…
La population américaine se sent isolée et protégée géographiquement. Ultérieurement, la visite du nouveau couple royal à Washington ne réussit pas à séduire les décideurs américains, mais permet de renforcer le sentiment pro-britannique dans une partie de l'élite de la côte Est.
Sans rien garantir aux Britanniques, le gouvernement américain opta de les accomoder, dès que ceux-ci se lancent dans une politique improvisée de réarmement tardif. L'Angleterre entreprit d'acheter toutes les fournitures militaires requises tandis qu'il y a encore la paix. De nombreuses firmes américaines reçoivent des contrats britanniques. La firme Lockheed Aviation construit frénétiquement des patrouilleurs bimoteurs Hudson et essayait de les livrer le plus rapidement possible en Angleterre avant que la guerre n'éclate en Europe. En cas de guerre, la Loi de la Neutralité s'appliquerait et stopperait toutes les livraisons. Roosevelt esquissa une trouvaille: le "payer et emporter", et réussit à convaincre le Congrès.. Lockheed et d'autres firmes américaines étaient autorisées à continuer à produire des avions pour les Britanniques et d'autres clients, à condition que les appareils ne quittent pas les Etats-Unis par leurs propres moyens - ce qui obligeait de curieux arrangements.
Cet exemple coloré illustrait l'état réel des relations anglo-américaines: une administration Roosevelt tenue en laisse par la Loi sur la Neutralité, et un gouvernement britannique incapable de la faire bouger.
B) Doléances churchilliennes
L'arrivée de Churchill à la tête du cabinet de guerre britannique en Mai 1940 allait changer la donne dans les relations anglo-américaines, mais pas tout de suite. Bien qu'étant lui-même à demi-américain, Churchill constate rapidement que l'aide américaine apportée par le Cash & Carry est insuffisante. Qui plus est, elle draine rapidement les finances britanniques. Au même moment, l'Angleterre commence à subir un blocus naval allemand. A Londres, l'ambassadeur américain Joe
Kennedy était persuadé que l'Allemagne viendrait rapidement à bout de la résistance britannique, avec la même facilité qu'elle avait vaincue la France (ci-contre).
Sa première doléance était d'obtenir des navires d'escorte pour défendre ses approches maritimes. Roosevelt lui répond qu'il "aimerait aider, mais le Congrès va m'empêcher de le faire". Churchill aura beau le supplier durant deux mois, avec des litanies du genre: I must insist that we receive those planes and destroyers; I assure you that this is the right thing to do… Roosevelt ne bougera pas.
La politique américaine immédiate vis-à-vis de l'Angleterre dépendait, en fait, de la résistance de la RAF contre la Luftwaffe durant cet été 1940.
Il y a de ces combats qu'une nation doit mener et gagner toute seule. Il était hors de question que Roosevelt envisage d'aider Churchill si ce dernier perd la bataille d'Angleterre. Selon Joseph Alsop, une victoire britannique dans les airs modifierait l'attitude du gouvernement américain (ci-contre), mais les pronostics apparaissent sombres.
C) Initiatives du Foreign Office
1-
La radioLe gouvernement britannique se demandait quoi faire pour inciter les Américains à l'aider contre Hitler. Le Foreign Office propose de diffuser en direct les commentaires des reporters de guerre couvrant le Blitz londonnien. Certains députés des Communes trouvaient qu'une telle idée était de mauvais goût, mais Churchill accepte. Un reporter américain, Edward
Murrow, transmet la guerre en direct telle qu'il la perçoit et fait vibrer un gros auditoire américain (ci-contre).2-
La peurLe Foreign Office fabriqua de toutes pièces un alibi pour effrayer l'administration Roosevelt. Les agents de l'Intelligence Service basés au Rockfeller Center à New York produisent une carte de l'Amérique du Sud sur laquelle était indiquée les ambitions allemandes sur l'hémisphère américain - la carte est fausse, bien sûr. Celle-ci est présentée au Département d'État américain et fait un tabac sur les hauts-fonctionnaires. Les Britanniques affirment l'avoir pris à un agent allemand.. Même Roosevelt mordit à l'hameçon britannique, mais cela ne fut pas suffisant pour entrainer les Etats-Unis en guerre.
J'ai une carte secrète "made in Germany"…
En fait, le gouvernement britannique était si désespéré qu'il était prêt à toutes les improvisations et pirouettes pour convaincre les Américains du danger allemand.
D) Le Prêt-Bail
Cette loi votée par le Congrès en Mars 1941 (voir chapitre
suivant) va améliorer les relations anglo-américaines:Cette aide ne fut pas populaire dans la classe politique américaine. Beaucoup de congressmen croyaient que l'Angleterre se servirait du matériel surtout pour consolider sa position impériale. De surcroit, ils ne percevaient pas l'Angleterre comme une entité démunie. Mais cette même classe politique change d'idée à l'automne 1941; elle perçoit les Britanniques à la fois comme leurs "mercenaires" dans la guerre européenne, et comme des dépendants des Etats-Unis. ![]()
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La Charte de l'Atlantique
Le 22 Juin 1941, l'Allemagne nazie attaque l'URSS. Hitler lance son Opération Barbarossa. Le caractère titanesque et tragique de ce nouveau conflit germano-soviétique donna un répit militaire et politique à l'Angleterre. Roosevelt en profita pour inviter Churchill à le rencontrer en mer à la nouvelle base américaine d'Argentia, à Terre-Neuve. Churchill est ravi de l'invitation. Il dit à son conseiller privé, Colleville, que I do not believe that our friend invited me so far away if he was not ready to take a further step to enter the war. La rencontre se déroula à bord du cuirassé Prince of Whale, frais réparé depuis son duel contre le cuirassé Bismarck. Aux dires de la délégation américaine, c'est comme si "l'électricité passait entre les deux hommes". Churchill s'inclinait bien bas en manifestant une franchise étonnante envers son interlocuteur: il voulait que les Etats-Unis entre en guerre à ses côtés.

Onward Christian soldiers…
Une amitié immédiate se développa entre Churchill et Roosevelt. Durant leur premier meeting, ils firent des discours complémentaires.
Churchill utilisa toutes les ficelles de la langue anglaise dans un exposé émotif centré sur l'expérience historique conjointe des deux pays. C'était, en fait, la seule carte qu'il pouvait jouer en présence de Roosevelt. Le discours de Roosevelt fut plus rationnel et confirmait que les Etats-Unis sympathisaient avec les souffrances de l'Angleterre, mais ne peuvent pas se permettre d'entrer en guerre. Tout ce que Roosevelt pouvait promettre à Churchill, était de signer une déclaration dite "

Rencontre des amiraux en Islande: l'américain Stark et le britannique Pound
Le meeting d'Argentia se termina ainsi. Churchill avait réussi à développer rapidement une amitié avec le président américain, et à accélérer la collaboration navale entre les deux pays, mais rien d'autre. La responsabilité de la conduite de la guerre reposait toujours sur ses seules épaules. Cependant, les Communes n'étaient pas ravies par "l'acceptation" de Churchill de sacrifier l'Empire britannique - pour lequel l'Angleterre se bat… Mais à l'automne 1941, il ne fait aucun doute que les relations anglo-américaines sont meilleures qu'au début de la guerre. Les deux pays ont étalé leurs visions stratégiques, leurs priorités navales, et défini une connivence circonstancielle d'intérêts dictés par la guerre européenne. En revanche, l'opinion publique américaine ne se montre pas intéressée.
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