Les plans de 1943

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L'année 1943 est une année charnière de la Seconde Guerre mondiale, car c'est celle des grands tournants. Pour la première fois depuis le début du conflit, la situation militaire va évoluer en faveur de l'un des deux camps belligérants; l'initiative stratégique passera d'un camp à un autre sur plusieurs théâtres d'opérations: le Pacifique Sud-Ouest, l'Afrique du Nord, la Sicile, l'Italie, et l'URSS. De surcroit, le camp allié occidental va bientôt gagner la bataille de l'Atlantique, et amorcer la phase cruciale de ses bombardements stratégiques (voir thèmes). Dans le théâtre du Pacifique, la perte de l'initiative stratégique fut cruellement ressentie par la mort de l'amiral Yamamoto.
Tous les pays belligérants se sont mis au diapason de la guerre totale, y compris l'Allemagne nazie qui a fort tardée à comprendre l'évolution du conflit – d'une série d'affrontements limités à une guerre véritablement mondiale. Dans les deux camps, la propagande se fait garante du moral. Les médias sont fortement censurés. L'économie est entièrement consacrée à l'effort de guerre. Toutes les classes d'âge sont appelées à jouer un rôle direct ou indirect dans l'effort de guerre de leurs pays respectifs: femmes, jeunes, vieux. Dans un des deux camps belligérants, la main-d'œuvre servile des pays vaincus ainsi que les prisonniers de guerre font partie de l'économie de guerre. En Europe occidentale, le rationnement des denrées limite l'activité civile à un degré minimal, mais les populations arrivent à survivre. Mais en Europe orientale – et surtout sur le front russe –, l'absence de denrées et d'autres produits de première nécessité va déclencher des famines localisées qui coûteront la vie à des centaines de milliers de civils. Dans l'immédiat, le camp de l'Axe met toutes ses ressources militaires pour infliger les revers qui lui permettrait un tournant décisif dans la guerre: la déconfiture de leurs adversaires sur terre (en URSS) et sur mer (Atlantique et Pacifique).
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L'archipel des Salomons
Après la capture de l'île de Guadalcanal, l'étape suivante pour le général MacArthur était d'occuper l'archipel des Salomons avec le but de se rapprocher de la Nouvelle-Guinée et ensuite des Phillipines. Les Américains procéderont à une série de débarquements dans les Salomons afin d'en déloger les Japonais et neutraliser leurs terrains d'aviation. Il faut se rappeler que les bases aériennes insulaires sont la clé du contrôle du théâtre d'opération du Pacifique. Les deux rivaux américains dans le Pacifique - MacArthur et Nimitz - optent pour une politique de neutralisation des objectifs japonais par des attaques indirectes. Les objectifs japonais possédant un terrain d'aviation seraient attaqués et occupés, et serviraient de tremplin aérien pour en attaquer d'autres. Quant aux objectifs japonais bien défendus mais ne possédant pas de terrain d'aviation, ils seraient attaqués indirectement – bombardements aériens – puis contournés et isolés pour ne pas ralentir le calendrier des opérations. Le but stratégique direct de la conquête des Salomons était de resserrer progressivement l'étau autour de la grande base aéronavale de Rabaul, en Nouvelle-Bretagne, tout en brisant l'isolement de l'Australie avec les Etats-Unis par le Sud-Ouest. Grâce à la couverture aérienne offerte par les avions américains basés à Guadalcanal, puis sur les îles conquises, les progressions américaines s'articuleront autour d'une même praxis:
Les efforts exigés des Marines américains amèneront une croissance rapide du USMC durant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, les Marines seront presque considérés comme la "quatrième arme" des forces armées américaines. Durant la campagne des Salomons, les Marines posséderont leurs propres escadrilles de chasseurs-bombardiers F4U Corsair. Elles ne seront pas autorisées à opérer à partir de porte-avions, mais seront affectées sur les terrains d'aviation construits par les Japonais et capturés par les Marines. L'escadrille des Black Sheeps se fera une notoriété par l'efficacité de sa couverture aérienne et de ses attaques au sol durant toute la campagne des Salomons.
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La Birmanie
La défaite humiliante des Britanniques en Birmanie avait laissée un goût amer au moral des troupes alliées. Le gouvernement Churchill prit la décision de lancer une offensive limitée en Birmanie via la vallée de l'Arakan. Il s'agit d'une initiative purement politique, car elle n'avait rien à voir avec la réalité militaire. Les unités britanniques et chinoises réfugiées en Inde étaient tout aussi délabrées qu'en 1942, et leur ré-entrainement commençait à peine. Pour Churchill, il était important de remonter l'opinion publique britannique et d'essayer de lui prouver – tout comme à El Alamein – que les soldats de Sa Majesté étaient capables de mener et gagner une victoire par leurs propres moyens. Après la conférence de Québec, les Britanniques subissent des pressions pour marquer des gains en Asie. Les Américains ne veulent pas que des unités japonaises de Birmanie soient transférées dans le Pacifique - il faut les occuper. Les Britanniques allèrent entreprendre deux types d'opérations militaires ayant pour but de perturber l'armée japonaise de Birmanie et de la fixer sur place:
Le 17 Septembre 1942, le général Wavell approuve un plan visant à mener une opération militaire conventionnelle sur la côte nord-ouest de la Birmanie, en Arakan. Il ordonne au lt-général Irwin d'attaquer en saison sèche (d'Octobre 1942 à Mai 1943). Wavell avait deux buts stratégiques pour attaquer en Arakan:
Pour réaliser ces buts stratégiques, Wavell avait donné quatre objectifs à Irwin:
L'ennui pour Wavell est que son plan est irréalisable en ce début de 1943. Les Alliés venaient à peine de terminer leur retraite de Birmanie vers l'Inde qui avait été très éprouvante autant psychologiquement que physiquement. Ils ne sont pas en état de se lancer dans une offensive qui exige à la fois des forces expérimentées encore état de combattre et une logistique pour les approvisionner sur place. Wavell et Irwin devaient affronter des unités japonaises expérimentées et victorieuses, tandis qu'une bonne partie des éléments britanniques étaient soit épuisés, inexpérimentés, ou de simples recrues. Irwin choisit la 14ème Division indienne, commandée par le général Lloyd pour exécuter le gros de l'opération. Cependant, cette division avait subi des pertes en Birmanie et il ne restait que quelques unités légères potables; les autres n'étaient plus en état de combattre. Ce sera avec cette unité non-réorganisée qu'Irwin attaquera en Arakan. Le choix d'une division indienne n'était pas dicté que par des impératifs militaires. Il se coiffait d'une motivation hautement politique. L'Angleterre avait perdue une bonne partie de sa crédibilité militaire et politique dans le monde indien suite à la défaite de Singapour. Elle avait maille à partir avec les nationalistes du Parti du Congrès indien, et les émeutes anti-britanniques étaient fréquentes. Après la retraite de Birmanie, Churchill jugeait qu'il fallait donner "une sorte de victoire" aux militaires indiens, de les valoriser, et de les tenir occupés en coopérant avec les Alliés.

Le plan initial d'Irwin était de réaliser un débarquement sur l'île d'Akyab, mené conjointement avec une progression le long de la péninsule de Mayu jusqu'à son extrémité. Mais son supérieur Wavell conclut que ce plan était trop risqué car il exposerait les troupes aux attaques aériennes japonaises. Irwin opta pour une progression côtière menée par la 14ème Division de Lloyd, combinée au débarquement nocturne de la part d'une brigade de la 2ème Division britannique à Akyab. Le problème fondamental d'un plan militaire est qu'il ne se réalise jamais comme prévu.. La première offensive de l'Arakan échoua au moment où se tenait la conférence Trident à Washington sur l'avenir de la politique inter-alliée en Asie du Sud-Est. Churchill exprima des doutes sur la validité des troupes indiennes dans les combats de jungle. Le gouvernement indien lui répliqua que les Britanniques avaient gonflé les effectifs indiens sans leur avoir donné un entrainement adéquat. De surcroit, de nombreux officiers britanniques affectés aux unités indiennes connaissaient mal la langue et avaient de la difficulté à communiquer avec leurs hommes. Wavell savait que les Japonais n'étaient pas invincibles. De nouveaux changements vont influencer le cours des opérations militaires en Birmanie:
Les forces alliées furent réorganisées et elles étaient supérieures à celles des Japonais: 6 divisions et des unités indépendantes d'ingénieurs-pontonniers. Dans la région de l'Arakan, les Japonais ne pouvaient opposer que deux divisions et une force aérienne passablement amochée qui ne disposait que de 80 appareils. La seconde offensive en Arakan fut menée par les Japonais contre les petits cantonnements britanniques dans l'Arakan. Le plan japonais était simple: isoler les cantonnements et les réduire, uns par un. Lorsque les Britanniques parviennent à résister aux Japonais, Mountbatten entreprit une troisième offensive menée par trois divisions pour se reconsolider sur la même bande territoriale entre l'Arakan et le Golfe de Bengale. L'ennui, cette fois, c'est que les Japonais ne sont presque plus présents pour mordre à cet hameçon. Ils ont retiré la majeure partie de leurs unités pour assister l'effort fait à Kohima et Imphal.
Pour économiser sur les forces alliées en cours de réorganisation en Inde, le général Wavell et le colonel Wingate entreprirent d'organiser une force de guérrilla pour harceler les communications japonaises en Birmanie: ce seront les Chindits – déformation d'un mot birman signifiant les "lions de pierre" (qui gardaient les temples bouddhistes).
Comme les routes de l'Inde orientale étaient rares et en mauvais état, le plan adopté par Wavell et Wingate serait de parachuter quelques bataillons de Chindits en Birmanie centrale pour perturber les voies de communicaiton japonaises par des actions de guérrilla. Les Chindits devaient faire sauter des dépôts japonais, contrôler des axes routiers, des berges de rivières, comme prélude à une reconquête de la Birmanie. Ce plan fut accepté par les Alliés, mais à contre-cœur, car il interférait avec d'autres initiatives, notamment l'aide à la Chine. Le général américain Stilwell – qui ne peut pas blairer les Britanniques – voulait garder les avions de transport pour aider Tchang kai-Shek. Il voulait également construire une route à partir du sol indien pour atteindre la Chine via le nord de la Birmanie: la route de Ledo. En 1943, Stilwell doute de la validité et de la pertinence des opérations Chindits alors que le gros des forces en ré-entrainement en Inde attaqueraient le nord de la Birmanie par la route de Ledo vers la frontière chinoise. Il n'a pas tord. Les plans anglo-américains ne convergent pas dans la même direction. Cela va produire une dispersion des avions de transports, et un ralentissement considérable de l'aide alliée à la Chine. En 1943, les Japonais sont peu inquiets d'une attaque venant de l'Inde, car ils savent que les montagnes birmanes et leurs jungles pourries sont difficiles d'accès, et peuvent épuiser rapidement des attaquants. Les Japonais ne seront pas pris de court par les initiatives timides et limitées des Chindits: ils les attendent, l'arme au pied.

La deuxième expédition chindit sera menée avec de plus gros moyen et aura à la fois le cacactère d'opérations de guérrilla et de guerre conventionnelle. En Novembre 1943, les Américains et les Britanniques ont reconnu la validité du concept de harcèlement des forces japonaises en Birmanie. Les unités envoyées à Wavell et Wingate vont leur permettre de mener des opérations qui se rapprochent de celles des armées classiques. Ces derniers ordonnent à leurs commandants de brigade de conduire des opérations militaires conventionnelles de longue durée afin de détruire certains objectifs. Les brigades chindits bénéficient d'une artillerie légère parachutée. Lorsqu'un objectif sera conquis ou neutralisé, Wingate envisageait de mener des opérations conventionelles. Pour mener à bien ses opérations, Wingate doit acheminer ses hommes sur des terrains lui permettant de faire atterrir ses planeurs. Ces bases avancées en Birmanie seraient des aires de départ pour ses opérations. En Mars 1944, les Chindits concentrent leurs opérations militaires au sud-ouest de Myitkyina pour attaquer les voies de communication et les dépôts militaires sur les arrières de Japonais engagés dans leur offensive contre Kohima et Imphal. Durant l'été de 1944, ils poursuivrent leurs opérations de sabotage entre Mogaung et Indaw, ce qui permit de détourner partiellement les Japonais de la route de Ledo et ainsi permettre aux forces de Stillwell de progresser jusqu'au terrain d'aviation japonais de Myitkyina.
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La Tunisie
Avec le repli des Allemands de la Tripolitaine et l'arrivée des Anglo-Américains au Maroc et en Algérie, le théâtre d'opération de la Tunisie devenait le point de mire des deux camps belligérants en Méditérannée. Du côté allemand, l'Afrika Korps de Rommel devait gagner le plus de temps possible en fixant sur place des divisions anglo-américaines qui, autrement, seraient déjà débarquées sur le continent européen. Le plan initial de Rommel était de consolider ses défenses en Tunisie avant que les forces anglo-américaines débutent leurs progressions. Ce plan fut présenté à Hitler par Kesselring pour approbation: pour gagner du temps en Europe, il nous faut sacrifier l'Afrika Korps et ses auxiliaires. Hitler fit sa petite scène de protestation, se calma, et approuva. Après tout, le but de la présence allemande en Afrique du Nord n'était-il pas de distraire les Alliés du front principal européen? Rommel et Kesselring firent comprendre qu'en cas d'une offensive majeure alliée en Afrique du Nord, les forces de l'Axe en Tunisie ne pouvaient être ravitaillées. Au contraire, ils planifiaient de rétrécir progressivement le front le dos à la mer par une défense en escaliers, protégée par la Luftwaffe, le temps de faire passer le maximum d'unités du Cap Bon en Sicile. L'Afrika Korps était presque au bout de son rouleau, sans matériel et presque plus de munitions. Rommel sait qu'il n'a pas à craindre les troupes inexpérimentées d'Eisenhower, mais plutôt celles de Montgomery qui arrivent en Tripolitaine (Lybie), et dont les avant-gardes se pointent devant la Ligne Mareth. Malgré que la VIIIème Armée britannique était bien entrainée, Rommel sait également qu'il a affaire à un Montgomery sur-prudent, et qu'il serait plus sage de l'attaquer le plus rapidement possible sans lui laisser le temps de constituer des reserves d'hommes et de matériel – comme à El Alamein.
Du côté allié, bien que les forces franco-américains étaient prêtes pour converger vers la Tunisie, quatre éléments retardaient leurs opérations:
Quelques groupes d'irréductibles vichystes à nettoyer en Algérie – A Ste-Marie du Zit
L'autonomie limitée des chasseurs alliés – qui prohibe toute opération alliée à l'Est d'Alger
L'humeur de l'Espagne franquiste – hantise du Foreign Office et du State Dept américain.
Les Anglo-Américains sont mal renseignés sur les intentions de leurs adversaires. En 1943, ils s'imaginent que leurs forces seraient tenaillées par une contre-offensive germano-italienne en Afrique du Nord et une attaque germano-espagnole venue d'Espagne. Eisenhower perdit trois mois à faire du sur-place au Maroc et en Algérie devant cette menace imaginaire. Qui plus est, il s'embourba dans un cloaque politique en se montrant indifférent vis-à-vis de Giraud. Eisenhower devait faire ses plans avec un second ennemi dans le dos: certains de ses pairs qui contestent son autorité. Le quatrième élément était l'absence de commandement unifié inter-allié en Méditérannée. Le général Delay commande les troupes françaises à Fezzan; le général Juin commande des troupes françaises en Tunisie; le général anglais Anderson commandait la 1ère Armée britannique. Qui plus est, Eisenhower et Giraud pouvaient à peine se blairer et ne coopéreront que minimalement. Comble de migraine pour Eisenhower: les troupes françaises ne veulent pas recevoir d'ordre des officiers britanniques. Giraud se considérait comme "chez lui". Eisenhower passa un mois de Janvier très difficile, et il dut apprendre rapidement le métier de diplomate pour calfeutrer les fissures et autres succeptibilités chez ses alliés. Un curieux arrangement opérationnel circonstanciel fit en sorte que les troupes françaises se placèrent sous le commandement d'Eisenhower, mais à condition que les troupes américaines soient dirigées au feu par le général britannique Anderson… Ce calfeutrage allait coûter cher aux Alliés.
Cependant, ce fut la conférence de Casablanca qui mit de l'ordre dans le capharnaum du commandement allié en Afrique du Nord. Eisenhower fut nommé chef suprême inter-allié. Un groupe d'armées fut créé, le 18ème, dirigé par le général Alexander; il comprenait deux armées britanniques et le 2ème Corps d'armée US. Les forces navales alliées seraient dirigées par l'amiral Cunningham, qui a fait ses preuves antérieurement. Les forces aériennes inter-alliées sont commandées par le maréchal Tedder, qui commandait déjà l'aviation britannique en Méditérannée. Le 19ème Corps français fut dissout, et ses unités absorbées dans la 1ère Armée britannique. De Casablanca, Giraud fut rassuré par le général Marshall que l'armée américaine organiserait un corps expéditionnaire français de 11 divisions sous le commandement allié.
Plan allié – Il comprend trois éléments:
Si le plan allié réussit, la Tunisie sera conquise et la Méditéranée sécurisée. Eisenhower et Alexander pourront conquérir la Sicile. Si le plan échoue, Marshall sera sollicité pour envoyer d'autres effectifs en Afrique du Nord.
Plan allemand– Profiter de la sur-prudence de Montgomery à la Ligne Mareth:
Si le plan allemand réussit, la Tunisie sera tenue et il y aura plus de temps de gagné pour la Wehrmarcht en Europe. Si le plan échoue, Rommel envisage la retraite progressive, en escaliers, vers le Cap Bon afin de sauver une partie de ses forces.
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La Sicile
La défaite des forces de l'Axe en Tunisie exposait la Sicile à une offensive alliée. La Sicile est une partie intégrante du territoire italien, à 80 milles de distance de la côte tunisienne. Mais en 1943, Mussolini et Hitler ignorent que les Alliés sont divisés quant à l'orientation de leur stratégie militaire. A la conférence de Casablanca de Janvier 1943, les Alliés se concertent pour envahir la Sicile dès que les forces de l'Axe d'Afrique du Nord seront vaincues. La planification opérationnelle de l'invasion de la Sicile a été difficile parce qu'elle a conservée un caractère improvisé. Selon le général Bradley, il est rare qu'une opération offensive d'une telle envergure soit menée à bien dans un tel climat de confusion et d'indécision. Les différences d'opinions anglo-américaines sur le plan stratégique émises à Casablanca se transposent dans la préparation du plan d'invasion de la Sicile, et entretiennent des rivalités mesquines entre les généraux. Les Américains se méfient de toute action périphérique en Méditérannée, alors que Churchill souhaite envahir la Sicile pour précipiter la chute de l'Italie fasciste. Bien qu'écorchés à Casablanca, les généraux Britanniques seront incapables de se concerter avec les Américains sur la suite des choses après une victoire en Sicile. En Mai, Eisenhower rassure Montgomery et Alexander qu'ils pourront exploiter leurs progressions en Italie, sans plus. Les préparatifs s'accélérèrent, et l'esquisse de Montgomery est retenue pour l'invasion. Elle propose une opération en cinq phases:
Les généraux anglo-américains ne s'entendent pas quant aux moyens et aux lieux pour réaliser cette cinquième phase. Malgré que Montgomery et Patton s'accordent quant à l'importance de capturer la ville portuaire de Messines, le général Alexander préfère combattre les Germano-Italiens avant de décider dans quelle direction il doit conduire ses attaques. L'invasion de la Sicile sera commandée par le général Alexander. Il disposera de deux grosses unités:
C'est la première fois que ces deux personnalités seront amenées à coopérer dans une grande opération conjointe. La cohabitation ne sera pas facile, car ces généraux rivaliseront pour obtenir des ressources, et se disputeront quant aux tactiques à appliquer sur le terrain. La mission allouée à la VIIIème Armée sera de réaliser son débarquement au sud de la ville de Syracuse une fois que les parachutistes auront sécurisé un bout de plage et capturé des ponts supportant le poids de véhicules lourds. Le gros de cette armée capturera Syracuse, son port et les hauteurs avoisinant cette ville. Montgomery a organisé son armée en deux corps: le 13ème et le 30ème. Il sait que la clé d'une percée rapide est de progresser via la plaine de Catagne. Mais celle-ci est dominée par le mont Etna, et les routes qui le contournent sont étroites et facilement défendues. La VIIIème Armée sera chargée de prendre Messines.

L'Etna constitue un obstacle aux progressions alliées
La mission allouée à la 7ème Armée US sera de réaliser son débarquement sur la plage de Gela, après la sécurisation des lieux par les parachutistes de la 82ème Division aéroportée. Elle devra évoluer sur la flanc gauche de l'armée de Montgomery par des routes pour la protéger de toute contre-attaque germano-italienne. Le petit port de Licata devra être également capturé. La 7ème Armée de Patton est principalement articulée autour du 2ème Corps, commandé par le général Bradley; le reste est constitué de régiments renforcés (regimental combat teams) pouvant exécuter des tâches spécialisées.
Du côté de la marine, tous les débarquements seront effectués à partir de navires porteurs: Ils s'ancrent à proximité du rivage, et des barges acheminent les hommes au rivage. Le matériel lourd sera acheminé par des navires d'assaut pouvant s'échouer au rivage et déverser leur chargement. Deux autres divisions débarqueront à partir de camions amphibies.
Plan allemand
Durant la première moitié de 1943, la tension entre l'Allemagne et l'Italie s'accroit. Mussolini a demandé à Hitler de signer une paix séparée avec l'URSS, afin de préserver son armée et sauver son régime. Qui plus est, les relations harmonieuses qui existaient entre le maréchal Kesselring et le Commando Supremo italien se déteriorent. L'intransigeance italienne amène Hitler à se méfier d'avantage, car il croit que les Italiens vont retourner leur veste à la première opportunité offerte par les Alliés. Néanmoins, le chef d'État-major du Commando Supremo italien, le général Roatta, partage l'avis de Kesselring sur un problème essentiel: l'impossibilité pour l'armée italienne de défendre la Sicile et le sol italien contre une invasion anglo-américaine sans des renforts allemands.
L'Allemagne a intérêt à se préoccuper de la défense de la Sicile et de l'Italie, et cela autant pour des raisons politiques que militaires. Hitler cherche à maintenir son allié italien dans la guerre à ses côtés en lui promettant des renforts. Mais Hitler et Kesselring divergent quant aux lieux de positionnement de ces renforts.
Hitler veut envoyer une bonne partie de ces renforts en Sicile – meilleur moyen de faire avorter tout succès allié, et d'aider à court terme le régime de Mussolini.
Kesselring veut surtout les concentrer sur la péninsule italienne – ils seraient plus à l'aise dans la défensive, dans la manoeuvre, et plus facile à les ravitailler.
En fait, Kesselring considère la Sicile comme une souricière plus vicieuse que la Tunisie. Les effectifs allemands devraient, selon lui, avoir les moyens nécessaires d'évacuer l'île en cas d'écroulement de sa défense. De surcroit, ni l'OKW ni le Commando Supremo savaient avec certitude que la Sicile serait le premier objectif italien attaqué. Selon eux, il est possible que les Alliés ignorent la Sicile pour débarquer directement en Italie.
Le plan de Kesselring sera d'utiliser des troupes postées sur la côte pour vaincre les Alliés sur les endroits où ils débarqueront. Ces troupes seront renforcées par des petites unités mobiles bien armées pour fixer les attaquants et leur éviter de progresser à l'intérieur du territoire sicilien. Finalement, les divisions italiennes et allemandes achèveront les attaquants. Le plan de Kesselring prévoit d'utiliser le plus grand nombre d'unités italiennes que possible pour assurer le gros de la défense: das ist ihre land – c'est votre pays, disait-il aux généraux Roatta et Guzzoni. L'armée italienne en Sicile n'envisageait pas de résister sur la côte, mais sur des positions fiex à l'intérieur du territoire. Dans l'hypothèse d'un débarquement réussi, Kesselring prévoit également aménager une série de points défensifs à l'intérieur du territoire pour bloquer l'accès des véhicules alliés sur les petites routes sinueuses en utilisant des tirs d'artillerie ou des mines. Bref, tout faire pour éviter que les Alliés établissent une sorte de front continu.
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Citadelle
En 1943, l'Allemagne est également à la croisée des chemins en URSS. L'année 1942 s'était terminée par le désastre de Stalingrad, et la Wehrmarcht a réussie à jouer aux pompiers en stabilisant le front du mieux qu'elle le pouvait en cassant d'imprudentes attaques de la part d'avant-gardes soviétiques désireuses d'exploiter leurs succès. Le revers de Stalingrad fut plus important et douloureux que celui de Barbarossa. Le traumatisme de la défaite toucha une zone de combat géographiquement plus "petite" que l'ensemble du front allemand de 1941, et la démoralisation fut grande dans de nombreuses unités, surtout celles des partenaires italiens, hongrois et roumains. Comme en 1942, l'Armée rouge essaya de profiter de ce désarroi pour tenter de pousser plus à l'Ouest, mais elle échoua. Les Soviétiques avaient repris Kharkov pour ensuite la reperdre lors d'une poussée du maréchal Von Manstein le 20 Février. La stabilisation du front russe en Mars 1943 produisit une ligne de front particulière. Les Allemands du Groupe d'armées Centre occupaient la région d'Orel, tandis qu'au sud, la reprise de Kharkov et de Bielgorod sur le Donetz avait créé un saillant qui protubérait à plus de 130 km à l'intérieur des lignes allemandes. Ce saillant avait pour centre la ville ferroviaire de Koursk. Dès que la fonte des neiges fut terminée à la fin-Avril, l'Armée rouge entreprit de concentrer des bataillons entiers d'ingénieurs pour créer une succession de tranchées, de bunkers, de pièges antichars, de sites d'artillerie, ainsi que des aires de départ pour des chars. A la mi-Mai, les Soviétiques préparèrent de nombreux champs de mines. Pour les Allemands, ce saillant donnait l'allure d'une position imprenable. Ce qui inquiétait les Allemands, c'est que les Soviétiques disposaient de ressources apparamment supérieures en nombre pour opposer les forces de la Wehrmarcht entre Orel et Rostov. L'OKH savait que ces nouvelles grosses unités passeraient à l'attaque dès le début de l'été. Il fallait les endiguer.

La stabilisation du front russe en Mars 1943
Au début de l’été 1943, deux possibilités s’offraient aux Allemands pour conduire leurs opérations sur le front de l’Est. La première consistait à empêcher les Soviétiques d’attaquer en attaquant eux-mêmes. Dans ce cas, l’attaque allemande devait débuter le plus tôt possible, avant que les Soviétiques n’aient pu combler leurs pertes, surtout en blindés. La première étape d’une telle offensive devait avoir pour objet de couper le saillant de Koursk et de détruire les réserves blindées ennemies. La deuxième aurait été d’attendre l’offensive soviétique, qui serait sûrement lancée dans le sud de l’Ukraine, avec comme objectif de redescendre le long de la ligne de front au nord de la Mer Noire. Cette possibilité était la préférée des généraux allemands, mais Hitler choisit la première option, car il ne voulait pas abandonner le bassin du Donets et parce qu’il n’était pas homme à prendre de grands risques stratégiques. Néanmoins, Hitler décida d’attendre un mois de plus avant d’attaquer afin de disposer du plus grand nombre de chars Panther. Hitler voulait tenter le grand coup qui ferait craquer les forces soviétiques une bonne fois pour toute. Il sait que l'offensive à venir sera décisive pour l'un ou pour l'autre des adversaires. Dans la direction principale de l'attaque, les meilleures formations, les meilleurs armes, les meilleurs chefs et une grande quantité de munitions devront être utilisés. Hitler et ses généraux sont parfaitement conscients que chaque commandant d'unité – grosse ou petite – et chaque soldat doivent être informés de l'importance capitale de ce qui sera, jusqu'à ce jour, la plus grande bataille aéro-terrestre de l'histoire militaire. Le but stratégique des belligérants était tout aussi important:
Pour les Allemands – Infliger des pertes majeures aux énormes réserves soviétiques amassées entre le Don et le Donetz avant que celles-ci puissent passer à l’offensive.
Pour les Soviétiques – d’appâter suffisamment de forces allemandes à un endroit déterminée par elle, soit le saillant de Koursk, afin de les vaincre décisivement et de lancer leur réserves dans une contre-offensive générale.
En fait, chaque camp savait qu’une victoire à Koursk déciderait le sort de la guerre européenne, c'est-à-dire, de quel côté passerait l’initiative des opérations militaires à l'Est.

Le plan allemand à Koursk
Le général Warlimont affirme que la principale pression en faveur de l’offensive à Koursk ne vint pas de Hitler mais du général Zeitzler. Ce dernier était d’avis que la Wehrmacht à l’Est était trop faible et ses communications trop mauvaises pour prendre le risque de laisser aux Russes le choix du moment et du lieu de leur inévitable offensive. Jodl, devenu entre-temps chef des opérations à l’OKW, se montra défavorable à une telle offensive à l’Est, et même d’attaquer ledit saillant. Guderian, le grand expert des chars, demanda narquoisement à Hitler : selon vous, combien d’hommes savent où est situé Koursk? Le commandement des forces allemandes avait été confié au maréchal Von Manstein. Considérant sa grande expérience professionnelle, le problème que posait la menace d'offensive soviétique, il est arrivéa à la conclusion que la solution consistait à conduire une défense mobile qui autoriserait l'ennemi à progresser jusqu'au moment où ses lignes de communication – étirées – ne lui permettraient plus un ravitaillement adéquat. Manstein contre-attaquerait en prenait appui sur des positions défensives bien préparées dans ce but. Mais les techniques de combat de Manstein supposaient des mouvements de repli qu'Hitler n'aimait pas. Pour parvenir à ses fins, Manstein utilisa la méthode bien simple d'aviser l'OKH qu'il "agirait de sa propre initiative", à moins qu'au bout d'un laps de temps déterminé, il n'ait reçu l'ordre formel de résister sans esprit de recul. En ce printemps de 1943, Manstein savait que l'atmosphère de pessimisme et d'indécision dans laquelle baignait l'OKH – depuis Stalingrad – n'était pas propice à des décisions rapides. Même Hitler semblait réticent à recommander à ses troupes de résister sur place "à tout prix" pour leur éviter un autre Stalingrad. Manstein sera autorisé à manœuvrer presque à sa guise durant l'été 1943.
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Manstein (en bonnet) et Kluge planifient l'opération Citadelle - Des PZKW-V montent en ligne
Si nous comparons l'offensive que les Allemands projetaient de lancer contre le saillant de Koursk – appelée Opération Citadelle –, on s'aperçoit qu'elle est beaucoup plus modeste que la campagne de Russie méridionale de 1942 – l'Opération Bleue –, ou encore de l'Opération Barbarossa de 1941.. Mais elle impliquerait des effectifs tout aussi considérables qui devaient être acheminés. La manoeuvre allemande (carte ci-haut) est de réussir une poussée à double mouvement tournant au-travers des défenses soviétiques. La mâchoire nord commandée par Model devait percer les défenses antichars et de converger vers Koursk. La mâchoire sur commandée par Manstein devait faire de même et converger au nord vers Koursk et refermer la pince sur les forces soviétiques. L'attaque allemande à Koursk commencerait dès qu'il y aurait suffisamment des forces concentrées à Orel et Bielgorod. Les Allemands devaient attaquer avant que les Fronts soviétiques passent à l'offensive pour bousculer et embouteiller les forces allemandes. D'après les estimations de l'OKH, il ne restait que 65 jours d'initiative stratégique à l'armée allemande avant que celle-ci soit obligée de retraiter. Inutile de dire que la volonté de vaincre fut très forte dans les deux camps. Il s'agissait d'une lutte à finir, d'un combat homérique.
Plan soviétique
La Stavka commença l'élaboration des plans d'une ambitieuse offensive stratégiques à mener par quatre de ses groupes d'armées: les Fronts de Voronej, du Sud-Ouest, et du Caucase. L'effort offensif principal serait fait par les deux fronts de l'aile nord: Fronts de Voronej, commandée par le général Golikov, et du Sud-Ouest, commandé par le général Vatoutine. Le commandement du secteur fut confié au général Joukov, qui contrôle également l'acheminement des réserves aux différents Fronts. En 1943, les armées soviétiques sont mieux organisées et beaucoup plus professionnelles qu'auparavant. Chaque armée avait sa composante blindée et ses escadrilles aériennes. Mais contrairement aux unités allemandes, les formations soviétiques étaient moins étoffées que celles des Allemands. Une "armée" soviétique n'était comparable qu'à un corps d'armées allemand; une division soviétique correspondait au 2/3 de sa correspondante allemande. Le plan visait à embouteiller toutes les unités allemandes entre Rostov et Orel. Cependant le plan soviétique était trop ambitieux pour une armée encore sous-motorisée. Bien que les chars russes ont une bonne tenue tout-terrain et au feu, l'infanterie se traine encore à pieds, et il lui manque beaucoup de camion pour en assurer sa mobilité. Mais les camions Studebaker, fabriqués aux Etats-Unis, seront distribués à de nombreuses divisions d'infanterie à partir de Juin 1943. Une partie de l'infanterie soviétique pourra accompagner les chars.
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